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Posts Tagged ‘yaoi’

Je vous souhaite à tous une bonne et heureuse année 2013, et la réalisation de tous vos souhaits.

J’ai encore ralenti le rythme sur le blog ces dernières semaines pour deux raisons. La première est que je m’efforce de terminer en catastrophe sur l’autre blog avant leur échéance les challenges auxquelles j’étais inscrite. J’ai presque fini et presque réussi.

La seconde est que je suis en train de lire en parallèle un gros manga (environ 500 pages, tout de même!), Le coeur de Thomas, que je pensais chroniquer ici, et que je vais finalement réserver pour l’autre blog, car il est très chaste. Je voudrais néanmoins attirer un peu votre attention dessus.

9782820305343_cgSon auteur, Moto Hagio, est l’une des femmes mangakas qui ont révolutionné le shojô dans les années 70s. Cet auteur majeur, qui n’avait jusque-là pas été traduit en français, a touché à différents genres, tels que la science fiction.

Elle est considérée comme l’inventeur du genre yaoi, ayant ouvert la voie avec Le coeur de Thomas, qui vient enfin d’être traduit en français.

Ce manga a pour cadre un pensionnat allemand dans les années 30s. Il s’ouvre sur le suicide de Thomas, qui a décidé de mourir parce que son amour pour un de ses condisciples, Juli, n’était pas partagé. L’arrivée au pensionnat d’un nouvel élève qui ressemble beaucoup à Thomas va perturber Juli. On y trouve déjà de futurs ingrédients des histoires de boy’s love, notamment avec des personnages très androgynes. Mais ce gros manga ne se résume pas à un enchevêtrement d’intrigues sentimentales, il évoque également les difficultés familiales de certains pensionnaires et le sentiment d’abandon éprouvé par quelques-uns d’entre eux. Elle fait aussi un peu allusion au contexte historique, à travers des problèmes de racisme. C’est donc une oeuvre qui mérite d’être découverte par qui s’intéresse aux mangas.

Je reprendrai mes lectures douteuses dès que je me serai sortie de mes challenges, dans quelques jours tout au plus. Je pense trouver matière à rédiger un nouveau billet dans le courant de la semaine prochaine!

 

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Turning point

9782351806623_cgMon goût prononcé pour les mangas de Hinako Takanaga ne vous aura sans doute pas échappé si vous passez par ici régulièrement. C’est pourquoi, bien que son précédent one-shot m’aie relativement déçue, je me suis néanmoins précipitée sur Turning point, sorti le mois dernier. Bien m’en a pris car, si l’intrigue est assez conventionnelle et pas franchement crédible, je n’en ai pas moins trouvé la lecture très agréable. Si Liberty liberty, qui date de 2005, péchait par certains défauts, dans Turning point, publié au Japon 4 ans plus tard, la mangaka semble avoir gagné en maturité et en aisance dans la création d’une trame scénaristique.

Sakuragi est scénariste. Il s’est heurté à des échecs répétés et, bien qu’il s’obstine dans la voie de l’écriture, il a perdu énormément de confiance en lui-même. Hanté par les soucis, il n’arrive plus à dormir, ses nuits consistant en un enchaînement de cauchemars. Alors qu’il a pris quelques jours de vacances pour essayer de se changer les idées, il tombe sur un étudiant qui parcourt le Japon à vélo, et dont l’engin a un problème mécanique qu’il ne sait pas réparer. Cet étudiant, Imamura, s’inscruste dans la voiture de Sakuragi, qui le conduit chez un réparateur. La répararation du vélo demandant  2-3 jours, Sakuragi propose sur un coup de tête à Imamura de l’héberger. Ce dernier, qui est gay, est vite sous le charme de son hôte et lui fait des avances. Sakuragi, bien qu’hétéro, accepte, prêt à tout pour tenter d’oublier quelques heures ses soucis. Plein de honte de ce qu’il a fait, il disparaît au matin. Mais Imamura refuse d’en rester là et fait de son mieux pour se créer une place dans la vie de Sakuragi et, face à sa spontanéité, son naturel et sa gentillesse, l’armure de Sakuragi se fendille.

On peut reprocher au manga que l’évolution des situations professionnelles des deux héros soit un peu dure à gober. On peu également lui reprocher que Sakuragi change brutalement d’orientation sexuelle sans en être particulièrement perturbé et sans se poser de questions, mais il me semble que ça s’explique par le fait que ce n’était pas le propos de la mangaka. Celle-ci s’est principalement concentrée sur ce que les deux personnages s’apportent mutuellement et sur l’évolution de leur relation et leur évolution personnelle. Et c’est quelque chose que je trouve qu’elle réussit bien. L’aspect psychologique est beaucoup plus cohérent que dans Liberty liberty. Bien que le récit soit concentré en un seul tome, Hinako Takanaga a réussi à faire des personnages aussi fouillés que dans ses séries, et a développer son propos de façon harmonieuse et sans à-coups.

Peu de sexe dans ce manga, le propos de l’auteur étant ailleurs. Néanmoins on y retrouve la patte habituelle d’Hinako Takanaga : des personnages attachants et humains, beaucoup de sensibilité, de l’humour. Et, comme toujours, j’adore la façon dont elle dessine ses personnages. Je leur trouve beaucoup de charme, et en dépit du peu de passages érotiques, beaucoup de sensualité.

Cette fois encore, j’attends son prochain manga avec impatience.

Turning point
Hinako Takanaga
Taifu comics
Collection yaoi
Pour public averti

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Je n’arrive pas à comprendre que l’éditeur n’ait pas traduit le titre de cette série en français, ou, tout du moins, n’ait pas repris le titre anglais tel quel, plutôt que d’y inclure une faute de grammaire monstrueuse, mais passons…

J’ai déjà eu l’occasion par deux fois de vous parler d’Hinako Takanaga, à propos de la série Little butterfly et du one-shot Liberty liberty, et de vous dire qu’elle est ma mangaka préférée pour les yaoi. The tyrant who fall in love est la série avec laquelle je l’ai découverte, et celle que j’aime le mieux.

Ce manga fait suite à Rien n’est impossible, qui a été la première série publiée par Hinako Takanaga, en 1997 (elle est parue en 2010 en France). Rien n’est impossible raconte l’histoire d’un jeune étudiant naïf, Tomoe Tatsumi. Celui-ci, alors qu’il se rend à un concours d’entrée dans une université, rencontre par hasard un employé, Mitsugu Kurokawa, qui lui propose de l’héberger pour la nuit. Par chance, le naïf Tomoe est tombé sur quelqu’un de bien mais, lorsqu’il accepte de loger chez Kurokawa pour étudier à Tokyo, il ne s’attend pas à l’engrenage dans lequel il a mis le doigt : Kurokawa est tombé amoureux de lui et ambitionne de lui faire partager ses sentiments. Comme dans beaucoup de mangas, les parents de Tomoe sont absents : la mère est morte et le père est en voyage à l’étranger. Cependant, Tomoe a un grand frère bien décidé à le protéger, Sô-Ichi, irascible, autoritaire et homophobe. Il n’aime pas du tout Kurokawa et fera son possible pour le séparer de son petit frère, en vain. Sô-Ichi, étudiant-chercheur, s’épanche souvent auprès de Tetsuhiro Morinaga, qui étudie dans la même université et l’assiste dans ses recherches. Il ignore que Morinaga est homosexuel et secrètement amoureux de lui depuis des années. Un jour, ce dernier n’y tient plus et embrasse Sô-Ichi. Cet épisode se déroule à la fin de Rien n’est impossible

The tyrant who fall in love, publié à partir de 2005 au Japon et de 2010 en France, est centrée sur Sô-Ichi et Morinaga, bien que les autres personnages de Rien n’est impossible y fassent quelques apparitions. L’histoire débute un an plus tard, année pendant laquelle Sô-Ichi a décidé de faire comme si de rien n’était et d’oublier ce qui s’était passé. Mais un ami de Morinaga, lassé que celui-ci souffre sans espoir, lui donne un flacon contenant une boisson aphrodisiaque. Morinaga hésite à le jeter, et finit par l’oublier au fond d’un placard. Un soir de beuverie, Sô-Ichi fouille dans les affaires de Morinaga, déniche la bouteille et la boit. Morinaga hésite, puis décide de profiter de cette occasion inespérée pour abuser de son ami. Evidemment, le lendemain Sô-Ichi et furieux et, dans sa colère, déclare à Morinaga qu’il ne veut plus le voir. Celui-ci décide de quitter l’université pour essayer d’oublier Sô-Ichi. Mais (il y a forcément un mais, sinon il n’y aurait pas de série!) Sô-Ichi se rend compte au bout de quelques jours qu’il ne veut pas perdre celui qu’il considère comme son ami. Il le retrouve et lui demande de rester, et consent pour cela à lui accorder quelques faveurs.

C’est ainsi que débute pour Morinaga un nouveau calvaire, Sô-Ichi continuant à se montrer, la plupart du temps, distant et odieux. De son côté, Sô-Ichi se pose des questions existentielles et fait tout son possible pour éviter de se le poser et, plus encore, d’avoir à y apporter des réponses.

Ce que j’aime bien chez Hinako Takanaga, c’est qu’elle fait un effort pour créer des intrigues qui tiennent la route et qui soient plausibles, et qu’elle s’intéresse à la psychologie de ses personnages. Il n’est pas question pour Sô-Ichi de retourner brutalement sa veste : il est confronté à un dilemme, entre perdre son ami et accepter un amour qui lui répugne, et c’est une situation douloureuse pour lui, qu’il s’efforce d’évacuer.

Autre point que j’apprécie : elle joue avec les codes habituels du yaoi. Sô-Ichi, coléreux et tyrannique, correspond au stéréotype du seme (partenaire actif) tandis que Morinaga, patient, attentionné et dévoué, correspond à celui du uke (partenaire passif). Et pourtant, lorsqu’il s’agit de sexe, les rapports s’inversent complètement, Sô-Ichi, avec ses cheveux longs, étant même dessiné sous une apparence plus effeminée, tandis que Morinaga, qui prend de l’assurance lorsqu’il se laisse guider par ses désirs, est diablement sexy. Ai-je déjà dit que j’aime beaucoup la façon dont Hinako Takanaga dessine ses personnages, Morinaga étant pour le moment, à mes yeux, le plus réussi toutes séries confondues?

Outre le soin apporté à la dimension psychologique, j’aime le mélange d’humour et de sensualité des mangas de Hinako Takanaga. Si certains de ses mangas sont très chastes et très fleur bleue, comme Rien n’est impossible, qui ne m’avait pas emballée, l’érotisme est beaucoup plus présent dans d’autres, tels que The tyrant who fall in love. Même si les scènes de sexe sont beaucoup moins explicites et perverses que chez d’autres mangakas que j’ai pu lire, et sont souvent empreintes de tendresse et de fraîcheur, elle est cependant l’un des auteurs de yaoi que je trouve le plus érotique, car elle excelle, à mes yeux, à créer et entretenir une tension sexuelle.

L’histoire de Sô-Ichi et Morinaga a pris fin avec le huitième tome de The tyrant who fall in love, qui est sorti en juillet. Néanmoins, dans la postface, l’auteur annonce que, si ce tome marque la fin de la série, elle n’en a pour autant pas fini avec ses deux héros, et j’attends avec impatience de pouvoir lire la suite de leurs aventures! En attendant, j’ai repéré que la publication d’un one-shot de Hinako Takanaga, Turning point, est annoncée pour le mois d’octobre et j’espère y trouver de quoi satisfaire mon côté midinette!

The tyrant who fall in love
Hinako Takanaga
Editions Taifu Comics
Collection Yaoi
8 volumes (série finie)
Pour public averti

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Je suis tombée par hasard sur cet essai, lors d’une descente en librairie il y a quelques mois, et je n’ai pas pu résister à la curiosité de découvrir ce qu’il contenait.

L’auteur, indique le quatrième de couverture, est psychologue clinicienne, psychanalyste, docteur en psychopathologie et psychanalyse. Elle a également, dit-elle dans son introduction, vécu 3 ans au Japon. C’est en voyant, à son retour en France, les mangas pulluler dans les librairies qu’elle a eu l’idée d’allier ses deux centres d’intérêts en se penchant sur la question.

Ceux qui me lisent régulièrement se souviennent peut-être que, bien que n’y connaissant rien, j’ai un peu de mal avec ce qui touche à la psychanalyse. Tout en étant curieuse de savoir la façon dont Joëlle Nouhet-Roseman allait analyser les mangas, j’appréhendais un peu la lecture de cet ouvrage, et le fait est que je suis souvent restée assez perplexe. J’ai néanmoins pris plaisir à lire cet essai qui m’a beaucoup intéressée.

En effet, le livre contient plus d’informations sur les mangas que d’analyse de leur contenu à la lumière des théories freudiennes. Il se divise en deux parties. La première, qui vise à présenter les mangas, aborde leur apparition et leur réception en France, revient sur leur histoire, des origines au Moyen Age jusqu’à nos jours, et développe leurs principales caractéristiques. La seconde partie, consacrée à l’analyse des shôjo (mangas pour filles), comprend encore de nombreuses parties explicatives, sur des sujets variés allant de ce qui différencie, dans la forme, les shôjo des autres types de mangas à l’historique de la notion de kawaï, en passant par le théâtre traditionnel japonais.

Cet aspect culturel m’a passionnée. J’y ai appris pas mal de choses et j’ai relevé les références de plusieurs livres qui m’intéresseraient pour aller plus loin. Le seul reproche que j’aurais envie de faire à l’auteur, c’est que, lorsqu’elle parle d’un manga, elle ne peut s’empêcher d’en résumer toute l’histoire jusqu’au dénouement. Mieux vaut déjà le connaître ou ne pas avoir envie de le lire!

J’ai été surprise par le style du livre. En effet,  j’appréhendais de peiner et de ne pas y comprendre grand chose. Au contraire, mis à part quelques pages un peu techniques, il est d’un abord très facile. Son écriture vivante et quelques traits d’humour le rendent même agréable à lire. Pour toutes ces raisons, mon ressenti après lecture est largement positif.

Néanmoins, comme je m’y attendais, je n’ai pas accroché à l’aspect analyse des mangas. Je me suis même sentie par moments assez mal à l’aise, car l’auteur interprète tout selon les écrits de Freud : l’intérêt pour les langues étrangères relève du sexuel, une passion pour la couture exprime la volonté de maîtriser un attribut féminin… J’ai l’impression à la lire qu’il n’y a rien que nous puissions faire qui ne relève d’un aspect de la sexualité infantile, voire d’une pathologie qui nécessite une thérapie, et c’est un sentiment que je trouve effrayant!

Par ailleurs, elle cite souvent des témoignages de jeunes lecteurs et lectrices de shôjo, auprès desquels elle dit avoir « effectué des entretiens de recherche clinique ». Je regrette que l’on ne sache pas combien de jeunes gens elle a reçus, dans quelles conditions et comment ils ont été choisis. Les extraits qu’elle rapporte semblent en effet des cas d’école. Si bien que je n’ai pas pu m’empêcher de me demander si elle a bâti ses théories autour de ce qu’elle a observé ou si elle a, au contraire, simplement retenu les témoignages qui allaient dans le sens de ce qu’elle voulait démontrer.

Pour autant, je ne rejette pas tout en bloc. Certains aspects m’ont intéressée, comme l’étude qu’elle fait des nombreux personnages androgynes ou qui changent de sexe au cours d’une série. Je serais par exemple curieuse de savoir quelle analyse elle fait de Princess Jellyfish, un manga dans lequel un garçon travesti en fille tente d’amener une bande de filles otakus à s’ouvrir au monde et à assumer leur féminité. Si le scénario d’un tel manga ne me semble pas innocent, passer automatiquement et exclusivement les mangas à la moulinette freudienne me semble excessif et réducteur, voire même pas nécessairement pertinent.

Ainsi, elle rappelle bien que l’engouement pour les yaoi (histoires d’amour entre garçons écrites par des filles et pour des filles) est souvent expliqué, tant par les mangakas que par les fans et par ceux qui ont étudié le sujet, par le fait que les lectrices sont tentées de s’identifier aux personnages féminins dans les shôjo, ce qui n’est pas forcément très satisfaisant, du fait des codes auxquels ceux-ci obéissent, alors que le yaoi leur permet de garder une certaine distance avec les personnages. Cependant, Joëlle Nouhet-Roseman en fait immédiatement abstraction pour développer le thème de l’hésitation bisexuelle des adolescentes, leur attirance pour la féminité, et la nécessité de dépasser cette phase pour assumer son sexe. Elle va encore plus loin, à l’occasion d’une évocation du manga Gravitation, dans lequel l’un des personnages principaux a tendance à rufoyer l’autre, et qu’elle interprète en termes de sadisme/masochisme. Les rêveries à caractère masochiste relevant, selon Freud, d’un refus de la sexualité génitale, la lecture de yaoi pourrait représenter une étape transitoire pour accéder à la sexualité génitale.

Néanmoins, cette codification de la relation amoureuse dans les yaoi en dominant/dominé (seme/uke) n’est qu’une transposition des shôjo classiques, le personnage féminin étant simplement remplacé par un personnage masculin. De plus, bien souvent, le personnage féminin des shôjo ne semble devoir aspirer à rien d’autre qu’à rencontrer l’amour et à se réaliser en devenant une bonne épouse et une bonne mère. Les personnages qui échappent le mieux aux codes du shôjo sont ceux, comme Princesse Saphir ou Lady Oscar qui, sous des vêtements masculins, peuvent connaître une existence bien plus intéressante. Mais l’auteur ne dit rien de ces codes, pourtant tout aussi stricts que ceux du yaoi, et ne semble pas s’y intéresser.  Par ailleurs, elle rappelle combien le marché des mangas est segmenté, chaque série s’adressant à une catégorie de public précise. Aussi je m’étonne qu’elle mentionne simplement que les jeunes filles sont également très friandes de shônen (mangas pour garçons) sans chercher à aller plus loin, à comprendre cet attrait et à déterminer exactement ce qu’elles lisent.

Dans le même ordre d’idée, j’ai été un peu surprise qu’elle s’arrête au fait que la culture japonaise attire les français et que les mangas trouvent un écho en eux et soient compris par eux, sans s’interroger sur d’éventuelles différences culturelles et disparités de goûts et de réception. Il me semble étonnant que, pour analyser la psychologie des adolescentes françaises, elle s’appuie sur des mangas qui ne sont pas traduits en France. Ainsi, elle consacre tout un chapitre aux mangas d’horreur qui, dit-elle, attirent beaucoup les jeunes japonaises. Or, à ma connaissance, les mangas d’horreur qu’on peut trouver en France rentrent très majoritairement dans les catégories shônen ou seinen (mangas pour hommes adultes), je ne crois pas en avoir rencontré parmi les shôjo (mais ça peut être une lacune de ma part, étant donné que je m’intéresse peu aux shôjo). De la même façon, elle évoque l’attrait pour les relations plus ou moins incestueuses, notamment à travers un manga des Clamp. Néanmoins, je me demande là encore si ce qu’elle dit peut s’appliquer aux lecteurs français de mangas autant qu’aux lecteurs japonais. Les remous provoqués auprès des lecteurs français par la fin de la série Un drôle de père, qui flirte avec l’inceste avant de s’en débarrasser par une pirouette, m’incitent à me demander si ce dénouement a reçu une réception identique au Japon ou si la réaction du public français est propre à nos moeurs occidentales, et, plus largement, si l’inceste est si acceptable que ça en France.

Pour toutes ces raisons, j’ai eu le sentiment que ses recherches auraient pu être plus creusées et je me suis demandée si elle s’était appuyée sur des lectures de mangas et témoignages pour illustrer ses théories ou si elle avait construit ces dernières à partir de l’analyse des données qu’elle a pu rassembler. La lecture de cet essai, bien construit et d’un accès facile, est néanmoins intéressante et instructive pour qui s’intéresse aux mangas.

Les mangas pour jeunes filles, figures du sexuel à l’adolescence
Joëlle Nouhet-Roseman
Editions érès
Collection La vie devant eux

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Liberty liberty

Comme j’ai déjà eu l’occasion de le dire ici, Hinako Takanaga est ma mangaka préférée dans le domaine des yaoi. C’est dire si j’attendais avec impatience ce nouveau manga (enfin, tout est relatif, puisqu’il a été publié au Japon en 2005), d’autant plus qu’il s’agit d’un one shot. J’étais contente qu’un nouveau manga vienne m’aider à patienter en attendant la sortie des nouveaux volumes des séries que j’ai en cours, sans que j’aie à m’embarquer dans une série de plus.

Itaru se réveille dans des poubelles avec une affreuse gueule de bois. Kôki, cameraman pour une chaîne de télévision locale, est en train de le filmer. De colère, Itaru casse sa caméra. Lorsque le jeune homme s’éveille à nouveau, il est au domicile de Kôki, qui a pris soin de lui, mais qui lui demande de rembourser le prix de la caméra cassée. Itaru, qui a abandonné ses études à la suite d’une déception et n’ose plus se présenter chez ses parents, n’a ni logement ni travail. Il s’accroche donc à Kôki qui cache sa gentillesse sous des airs bourrus. Peu à peu, Itaru se sent de plus en plus attiré par son hôte, et s’inquiète des sentiments que celui-ci peut encore nourrir envers son ex, Kurumi, qui, sous l’apparence d’une jeune femme ravissante et à l’enthousiasme communicatif, s’avère en fait être un homme.

Comme vous l’aurez deviné à la lecture de cette présentation, on se retrouve ici avec le classique triangle amoureux. Hinako Takanaga s’efforce cependant d’apporter un peu d’originalité à l’affaire. Si Itaru est un uke assez typique (je vous renvoie, pour la définition des termes barbares,  à mon billet sur l’essai Homosexualité et manga : le yaoi) : naïf, serviable et plutôt cruche, il s’avère cependant également courageux et volontaire. De plus, il n’hésite pas à prendre des initiatives face à Kôki qui est un seme étonnamment passif. Par ailleurs, la mangaka essaie de développer le contexte autour de l’histoire d’amour qu’elle nous raconte. Il est, en effet, question dans le manga des difficultés économiques rencontrées par les personnages qui font vivre la petite chaîne de télévision locale pour laquelle travaillent Kôki et Kurumi. Quant à Itaru, il ne se contente pas de tomber amoureux mais retrouve peu à peu le courage et la motivation de remonter la pente et reprendre confiance en lui. Malgré tout, ça reste assez léger. Je pense que le manga aurait gagné à être en plusieurs tomes. Hinako Takanaga aurait eu ainsi plus de temps pour développer le contexte et donner plus de profondeur psychologique à ses personnages, alors qu’elle ne fait qu’esquisser. Le fait que j’ai lu ce manga juste après le tome 10 de Bakuman, volume qui m’a semblé particulièrement passionnant d’une série très riche, n’a pas joué en sa faveur. Néanmoins, j’ai été déçue car j’ai trouvé dans Liberty liberty moins de substance et d’originalité que dans d’autres séries du même auteur.

L’autre facteur qui a certainement joué est que l’un des points forts, à mes yeux, de Hinako Takanaga est la charge érotique qu’elle arrive à insuffler dans les scènes de sexe, même lorsque celles-ci restent relativement sages. Or, en dépit de la mention « Pour public averti » qui figure sur la couverture, Liberty liberty est une histoire purement fleur bleue, totalement dépourvue de sexe. Ceci rend,  à mon goût, le manga bien moins intéressant. Cette lecture est donc pour moi une relative déception. Heureusement, je viens d’apprendre que le huitième et avant-dernier tome de ma série favorite, The tyrant who fall in love, sortira fin juillet, ce qui m’a instantanément remonté le moral!

Liberty liberty
Hinako Takanaga
Taifu comics
Collection Yaoi

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Little butterfly

Il faut bien avouer que la production de yaoi, ou tout du moins ce qui est publié en France, brille rarement par son intérêt et son originalité. Parmi ces mangas trop souvent décevants pour la lectrice grincheuse que je suis, ceux de Hinago Takanaga, frais et naïfs sans être niais, sortent, à mon sens, clairement du lot. Si je n’ai pas tellement accroché à Rien n’est impossible, trop mièvre à mon goût, je suis en revanche Silent love et, surtout, The tyrant who fall in love avec plaisir. J’ai également bien aimé Little butterfly, dont le troisième et dernier tome est sorti le mois dernier.

Bien que figure sur chacun des volumes la mention « Pour public averti », c’est un manga très soft. Cela correspond à une volonté de l’auteur, du fait du jeune âge des deux héros : ce sont deux adolescents en dernière année de collège. Ce qui m’a paru original dans le manga et que j’ai trouvé intéressant, c’est sa tonalité sombre. En effet, si le blondinet des couvertures, Kojima, est un garçon extraverti, bien dans ses baskets, bien intégré dans sa classe et choyé par ses parents, l’autre, Nakahara, mène une existence beaucoup plus difficile. De son père, qui a fait un mariage d’argent et qui voit sa femme et son fils comme des fardeaux, comme de sa mère, déçue dans les grandes ambitions qu’elle avait pour son fils, adepte d’une secte et qui a des troubles mentaux, il ne reçoit que de l’indifférence et des reproches, voire même des coups.

Kojima, intrigué par ce garçon silencieux qui ne se lie avec personne, profite d’un voyage scolaire pour entrer en contact avec Nakahara. Au début, il est pour lui une source de problèmes, puisqu’il fiche en l’air le plan soigneusement élaboré par Nakahara pour fuguer et laisser derrière lui le Japon et sa famille. Mais, très vite, les deux garçons deviennent amis, avant de découvrir qu’ils éprouvent l’un pour l’autre de tendres sentiments. La série couvre leur dernière année de collège. Tandis que Nakahara va pousser Kojima à se dépasser sur le plan scolaire, le soutien de ce dernier va encourager son ami à s’affranchir de ses parents et de l’étau de culpabilité dans lequel il étouffe, et à s’autoriser à faire des projets d’avenir. Bref, tous deux vont apprendre et grandir.

En parallèle à cette maturation intellectuelle se produit en eux un éveil des sens et une prise de conscience de leurs désirs. Le manga est néanmoins beaucoup plus tendre qu’érotique et seul le dernier volume contient des scènes un peu chaudes. Par ailleurs, l’un des points forts d’Hinako Takanaga est qu’elle arrive, du moins à mon goût, à être plus sensuelle que d’autres mangakas qui montrent beaucoup plus de choses, en jouant sur la suggestion et sur la tension érotique entre les partenaires et non sur des pratiques spectaculaires. Pour ces raisons, je ne me suis sentie à aucun moment mal à l’aise du fait du jeune âge des personnages, chose sur laquelle j’aurais pourtant pu buter. La sexualité s’introduit dans leur relation de façon naturelle et avec beaucoup de délicatesse. C’est mignon, pas malsain.

Même si ça reste un yaoi qui obéit bien aux canons du genre, l’aspect sensuel n’est malgré tout que relativement secondaire dans cette série qui, si elle n’est pas impérissable, offre suffisamment d’intérêt, du fait de l’histoire de Nakahara, pour occasionner une lecture de détente agréable.

Little butterfly
Hinako Takanaga
Taifu Comics
3 volumes (série finie)

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Ludwig II

J’avais déjà eu l’occasion d’évoquer ici il y a quelque temps You Higuri à travers l’un de ses mangas, Gakuen heaven. La mangaka, qui aime l’histoire et la culture occidentale, est également très connue pour Cantarella, série toujours en cours inspirée par César Borgia, et pour Ludwig II, librement adaptée de la vie du roi Louis II de Bavière. Cette dernière série étant actuellement épuisée en France, je me suis jetée dessus quand je l’ai repérée dans le vide-bibliothèque de Kaeru. Ce n’est d’ailleurs pas la seule série qui m’a inspirée dans son vide-bibliothèque, puisque je me suis livrée à une véritable razzia sur les mangas et livres qu’elle proposait!

You Higuri a très visiblement fait des efforts de documentation pour dessiner cette série en 3 tomes, qui a été publiée au Japon de 1996 à 1998. Elle raconte dans les pages bonus du manga les déplacements qu’elle a effectués en Europe sur les traces de son héros, s’est inspirée de plusieurs ouvrages de photographies, et elle s’est renseignée non seulement sur la biographie du roi, mais également sur les événements politiques de l’époque, et notamment la construction de l’Allemagne, sous l’égide de la Prusse, sur l’impulsion du chancelier Bismarck. Cela lui permet de sortir de la caricature qui veut que Ludwig II se soit totalement désintéressé des affaires politiques et de montrer qu’il agissait au contraire avec beaucoup de clairvoyance et de sagesse.

Cependant, il s’agit d’un yaoi et non d’une biographie. La mangaka s’en tient donc sur certains aspects aux images d’Epinal plutôt que de rendre compte de la réalité. Par exemple, il était bien plus romanesque de peindre une duchesse Sophie éperdument amoureuse de son cousin Ludwig et d’imputer la rupture de leurs fiançailles à l’homosexualité (réelle ou supposée, je ne prendrai pas parti là-dessus connaissant mal le personnage) du roi plutôt que de relater la façon dont les événements se sont réellement passés, à savoir que les fiançailles se sont conclues sous la pression des familles alors qu’il n’existait rien de plus que des liens amicaux entre Sophie et Ludwig. Quant à la rupture des fiançailles, Ludwig l’a en fait réclamée en raison de l’inclination qu’éprouvait Sophie pour un photographe, inclination qui poussa la famille de celle-ci à la marier rapidement au duc d’Alençon afin d’éviter un scandale. Il faut dire que l’histoire de ce roi atypique, mort à 41 ans, mécène de Wagner et qui a principalement laissé derrière lui des châteaux de contes de fées, est propice à inspirer des récits romanesques.

En tant qu’oeuvre de fiction, en dépit de quelques maladresses, Ludwig II ne tient pas si mal la route. La mangaka a essayé de rendre compte de ce qu’elle avait perçu de la personnalité du roi, et de ce qu’elle a ressenti, car visiblement le destin de son héros ne l’a pas laissée insensible. Elle a donc insisté sur son amour pour la beauté, sa passion pour les légendes moyenâgeuses mises en musique par Wagner, son romantisme. Malheureusement, elle y va parfois avec de gros sabots. Les autres personnages ne sont pas développés ou sont assez stéréotypés, la palme revenant au favori du roi, Richard Hornig, qui réunit toutes les caractéristiques du personnage type de yaoi : amour, naïveté, pureté, dévouement. Certains personnages, tels le comte Holnstein, sont assez ambigus. Ce n’est cependant pas parce qu’ils sont complexes mais parce qu’ils manquent de profondeur et que le lecteur ignore quelles sont leurs intentions et motivations réelles. J’ai toutefois une petite tendresse pour l’impératrice Elisabeth d’Autriche, belle et insaisissable, mais je crois que c’est parce que j’aime bien l’original. Pour ce qui est des événements, là non plus ce n’est pas parfait. Certains développements de l’intrigue paraissent invraisemblables, d’autres sont un peu confus et auraient mérités d’être mieux expliqués. Et j’ai été un peu énervée par l’adaptation française qui manque parfois de rigueur. Le nom du château de Neuschwanstein est par exemple écorché 9 fois sur 10.

Malgré ces points négatifs, le manga n’est toutefois pas mauvais, surtout pour un yaoi. Il y a du rythme, de l’humour, de l’action. Elle a su créer des personnages attachants aux aventures desquels je me suis intéressée. C’est un manga qui n’est pas creux, l’auteur a essayé d’y mettre une certaine substance. Elle s’en sort plutôt bien avec la chronologie, qu’elle arrange évidemment un peu à sa façon : elle a introduit des événements fictifs qui présentent un intérêt dramatique et accrochent le lecteur, et a réussi à les lier avec les événements politiques du temps. Et j’ai apprécié la façon dont elle introduit la folie dans l’existence de son héros, qui confère au manga un côté mystérieux et fantastique. De façon générale, je trouve qu’elle s’en est plutôt bien sortie avec les points de la vie du roi qui ont fait débat : la réalité de sa folie et les circonstances de sa mort, puisqu’elle a trouvé des solutions qui lui évitent de prendre ouvertement parti.

Mais l’atout principal de You Higuri est à mes yeux le dessin. Si j’ai été un peu déçue parce que je m’attendais à ce qu’il y ait plus de décors dans le manga, j’aime beaucoup la façon dont elle dessine les personnages, que je trouve très beaux. Si le manga n’est clairement pas à laisser entre toutes les mains, il n’est pas à proprement parler érotique. Les orgies auxquelles se livre le roi et les tourments qu’il inflige à Hornig ne sont évoqués que rapidement, par une image ou deux, elle ne s’appesantit jamais dessus.

Etant restée sur une impression franchement mitigée avec Gakkuen heaven, j’étais curieuse de lire Ludwig II pour ma culture générale (on m’a dit récemment que j’avais une conception particulière de la culture générale!) mais je n’en attendais pas grand chose. C’est donc pour moi une heureuse surprise, car la lecture en a été plutôt plaisante.

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