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Posts Tagged ‘voyeurisme’

« Le point d’orgue » ou « l’Enclos » est le nom que donne Arno à son étrange pouvoir. A l’aide de divers mécanismes, il peut arrêter le temps et le faire redémarrer à loisir : tandis que tout l’univers se met sur pause autour de lui, lui seul continue à vivre normalement. Il utilise essentiellement son pouvoir à des fins sexuelles, déshabillant des femmes ou faisant en sorte que d’autres découvrent des sex toys qu’il leur a laissés en cadeau ou des histoires érotiques rédigées pour elles. Si certains chapitres du roman relèvent purement de la littérature érotique, le livre est bien plus que ça : c’est l’autobiographie de Arno, or celui-ci se pose plein de questions. Et, de ce fait, moi aussi je m’en suis posé et je suis toujours contente quand un livre m’amène à réfléchir.

Le temps qu’Arno passe dans l’Enclos n’est pas un bonus : s’il y reste une journée, il sera vieux d’un jour de plus lorsqu’il fera redémarrer le temps. Puisque mettre le monde qui l’entoure en pause ne rallonge pas sa vie, la problématique est la meilleure façon pour lui de gérer la répartition entre ce qu’il nomme le « temps réel » et le « temps Arno ». Se pose également la question de l’utilisation de ces moments passés dans l’Enclos, et de la solitude qui en découle. Bien que satisfait de ses activités voyeuristes et masturbatoires, qui sont essentielles pour lui, Arno s’interroge et soumet l’hypothèse à certaines personnes de son entourage : et si tu avais le pouvoir d’arrêter le temps? A la base, j’ai trouvé le sujet super intéressant et je me suis dit qu’il y aurait matière à faire toutes sortes de romans développant l’idée de façons différentes. Et j’ai trouvé bien futiles les activités érotiques du narrateur. Mais qu’est-ce qui est prioritaire dans la vie? Et je me reproche souvent intérieurement de faire un mauvais usage de mon temps. Que ferais-je si j’avais la même possibilité que lui? En ferais-je un usage qui me semblerait moins futile?

Arno se pose également beaucoup de questions sur l'(im)moralité de ses actes et c’est une autre dimension que j’ai trouvé intéressante. Lorsqu’il évoque la possibilité d’arrêter le temps, les réponses de certains hommes le choquent. Il se sent à part, et plus digne de son pouvoir qu’eux, car ses intentions sont bonnes… et c’est vrai que je lui ai trouvé un petit côté Amélie Poulain du sexe. Pour autant, lorsqu’il dévoile, là encore en le présentant comme un sujet de réflexion purement rhétorique, ce qu’il fait dans l’Enclos aux femmes, certaines de ses interlocutrices sont choquées. Les bonnes intentions suffisent-elles à excuser un acte? Est-ce que ça change quelque chose que la personne, en quelque sorte, victime d’un acte n’ait pas conscience de celui-ci? N’est-ce pas une attitude bien humaine et bien naïve de se croire à part et meilleur que le voisin?

En dehors de ces questions directement liées au sujet du roman, Arno s’interroge sur tout ce qui l’entoure et digresse beaucoup, ce que j’ai personnellement trouvé assez réjouissant. Il travaille comme intérimaire et tape des documents ou des bandes magnétiques, ce qui l’amène à de jolies réflexions sur son métier, les mots et la voix. A force de déshabiller les femmes, il a développé beaucoup de tendresse pour elles, et est devenu très observateur, ce qui donne lieu également à de jolis passages.

Le livre est bourré d »humour. Les passages érotiques qui oscillent entre clichés et imagination débridée, sont tout aussi drôles, mais n’en perdent pas en efficacité pour autant. Après les 2-3 premiers chapitres, j’ai éprouvé une certaine appréhension. J’ai eu peur d’avoir entre les mains un roman assez superficiel, aux idées convenues, qui aurait tourné en rond et dont je me serais vite lassée. Il n’en est rien car, en dépit de son air improvisé, le récit progresse vers un but et s’approfondit bien plus qu’il ne se répète. Et j’ai été tout étonnée de me laisser emporter par les élucubrations du narrateur et de « Encore un chapitre! » en « Encore un chapitre! » lire le roman quasiment d’une traite.

Le seul point sur lequel j’ai tiqué est l’écriture, qui m’a semblé par moments lourde et maladroite. Est-ce volontaire, le narrateur n’étant qu’un écrivain débutant? Est-ce le style de l’auteur ou est-ce dû à la traduction? Pour en avoir le coeur net, la prochaine fois – car il y aura forcément une prochaine fois! – je lirai Nicholson Baker en VO.

Je remercie Comme une image, qui m’a conseillé le livre, pour cette découverte!

Le point d’orgue
Nicholson Baker
Editions Christian Bourgeois
(Il existe également en Folio, mais a l’air difficile à trouver dans cette édition)

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Voici un livre qui a manqué de rester dans les rayons de ma librairie : sa couverture hideuse et son titre racoleur ne m’engageait  que peu. Et pourtant par pure curiosité, comme il m’arrive souvent au milieu d’étagères remplies de bouquin, j’ai pris le temps d’en lire quelques pages. Le ton plaisant et tendre de l’auteur m’a plu et me voilà partie avec un livre de plus dans mon sac. Je ne prenais pas un gros risque, le livre peu épais ne pouvait pas me faire perdre beaucoup de mon temps.

Florence Ehnuel, professeur de philosophie qui avait déjà écrit l’Amour conjugué (essai sur le conjugual et l’adultère), nous fait part à travers cet essai autobiographique (est-ce que cela existe ? mais j’ai de plus en plus de mal ces temps-ci à classer les livres que je lis dans une catégorie bien définie) dans un parcours presque initiatique, du regard qu’elle porte sur les corps masculins.  Celui-ci a évolué depuis son enfance, où la pudeur émotionnelle et physique de son éducation lui renvoyait une image honteuse des corps, jusqu’à l’épanouissement de sa sexualité auprès de son amant et des partenaires rencontrés.  Après un mariage de plusieures années et l’infidélité de son mari, elle a conclu avec lui un pacte d’adultère consenti et assumé assorti d’une cohabitation amicale pour le bien-être de ses enfants.

 A travers ce livre, l’auteure nous rappelle la difficulté de poser un regard sur l’autre avec sa différence et cette part d’inconnu qui nous fait peur alors que l’acceptation de soi n’est pas toujours innée. J’ai aimé la capacité d’émerveillement de son regard qui rappelle celui des enfants.  Son regard est tendre et respectueux. Pour Florence Ehnuel, poser son regard est un don à l’autre, une reconnaissance.

Elle ne cherche pas des relations physiques uniquement. Pour elle faire l’amour est un langage, une autre forme de dialogue qu’elle ne se voit pas utiliser auprès d’une seule personne. Elle aime l’idée de la fidélité mais pas celle de l’exclusivité. Etre amoureuse exaxerbe sa réceptivité aux autres.

Les textes sont souvent très beaux sans pudeur hypocrite, sans vulgarité, sans prosélytisme, sans prétention. L’auteure ne cherche pas à convaincre. Elle nous raconte son parcours et nous livre son point de vue.

Elle décrit merveilleusement le corps non stéréotypé des hommes et leur sexe. Certains passages sont d’un bel érotisme presque poétique. J’ai été notamment touchée par la relation de « nu à nu » (sans pénétration aucune)  qu’elle entretient avec Iouri son professeur de russe.

« Cette relation de nu à nu me bouleverse. Une familiarité généreuse presque désintéressée s’y construit. Je sens une paix m’envahir quand je suis contre lui, ou une fringale gigantesque de m’adonner au regard. Lorsque je me déshabille ou que je le déshabille, je crois que nous nous révélons, je crois que nous dévoilons nos âmes. Je crois que je le délivre et je crois qu’il m’allège. »

La décription qu’elle fait  du corps et du sexe masculin dans la dernière partie  est vraiment réusssie et très érotique. Je vous livre ici un extrait chaste pour vous laisser le plaisir de découvrir les passages nettement plus sensuels encore que réserve la fin de ce livre.

« Tout en lui me semble un long programme passionnant à suivre, merveilleux, prometteur. Tout : le fin grain de sa peu, la distribution irrégulière de des poils, le dessin de ses tétons sur sa poitrine large, le tournant doux des épaules continuant en spirale dans la rondeur des muscles sur les bras, le battement chaotique de la veine du cou, la délimitation bien marquée entre dos et fesses, la constellation des grains de beauté, la densité de la nuque, la puissance des cuisses, la multitude des événements grandioses et émouvants sur le giron, la rondeur confortable du ventre. Tout. Mes pupilles veulent gober le moindre détail. Et plus que tout peut-être la liberté d’être nus ensemble sans projet défini. »

La lecture de ce livre m’a apporté du bonheur, et ce n’est pas rien…. Je le conseillerai très vivement mais pas uniquement aux femmes, aux hommes également et surtout aux jeunes qui débuteraient leur vie sexuelle.

Le beau sexe des hommes
Florence Ehnuel
Ed Points

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