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Jusqu’à présent, je ne connaissais Agnès Giard qu’à travers son blog, que je suis régulièrement. J’admire son érudition et j’apprécie de trouver à puiser chez elle des idées de lecture, mais, bien souvent, je ne la suis ni dans ses raisonnements, ni dans ses opinions, ce qui fait que ce que j’y lis m’intéresse et m’agace, voire parfois m’indigne, à la fois. C’est donc non sans une certaine appréhension que je me suis lancée dans ce livre.

J’ai bien retrouvé la blogueuse dans l’écrivain et ai, une fois de plus, été admirative devant l’étendue de ses connaissances mais, si j’ai ronchonné intérieurement au début parce que je craignais qu’elle n’aborde pas certains aspects, mes récriminations se sont faites de plus en plus rares au fur et à mesure que j’avançais, parce qu’elle dresse un panorama très complet et aborde son sujet dans son ensemble. De même, à plusieurs reprises, au début du livre, j’ai fulminé intérieurement parce que je la trouvais trop complaisante vis à vis de comportements que je trouvais choquant. Ce fut le cas par exemple lors d’un passage où elle évoque un réalisateur de films porno qui cherche à montrer la honte chez ses actrices et qui a poussé le perfectionnisme au point qu’une de ses actrices a fini dans un hôpital psychiatrique après un tournage. En avançant dans le livre et en réfléchissant, j’en suis arrivée à me dire que c’était ma propre indignation qui me faisait trouver son ton approbateur, et qu’elle a en fait adopté une attitude plutôt neutre qui est, au final, celle qui me semble la plus appropriée pour ce type d’ouvrage.

Toujours est-il qu’il m’a été impossible de rester indifférente à la lecture de ce livre. Grosse lectrice de mangas, je suis de plus en plus fascinée par la culture japonaise à mesure que j’apprends à la connaître et j’ai ressenti à la lecture de ce livre les sentiments que m’inspirent le Japon de façon générale : un mélange d’attirance et d’incompréhension, voire de répulsion.

Il faut dire que, si l’on synthétise ce qu’elle expose dans le livre, le résultat est assez glauque. En tentant de résumer ses propos en quelques lignes, je vais forcément caricaturer un peu mais, ce qu’il en ressort de façon générale, c’est que est considéré comme beau et attirant ce qui est éphémère (la floraison des arbres comme la fraîcheur des jeunes filles) et que, au Japon, on détruit ce qui est beau (fantasmes de viols, d’humiliation). Passant des fantasmes à la société japonaise, elle fait la description d’un peuple que j’ai ressenti comme étant en train de s’autodétruire : elle affirme que, selon une étude de 2005, 1/3 des couples mariés n’avait pas fait l’amour depuis plus d’un mois. Une étude de 2010 semblerait montrer que ce chiffre a encore augmenté, pour dépasser 40%. En parallèle le nombre d’hommes célibataires s’accroît de façon inquiétante, à tel point que le ministère de l’Education a débloqué des fonds en 2001 pour les éduquer.

Agnès Giard nous dresse le portrait d’une génération d’hommes qui ont grandi entre un père absent et une mère qui les chouchoutait et leur mettait la pression pour les études, qui ont tout consacré à leur vie professionnelle, qui attendent seulement d’une épouse qu’elle leur serve de boniche, qui ne savent pas que dire aux femmes ni comment les séduire, et qui n’ont pas envie de s’y atteler. Ces hommes, qui terminent leurs journées de travail avec leurs collègues dans les bars à hôtesses, préfèrent collectionner les petites culottes souillées ou les poupées sexuelles plutôt que de nouer des relations avec des femmes.

Face à eux, les jeunes femmes, qui n’ont pas connu la même pression, seraient des écervelées uniquement préoccupées de leur apparence et de posséder tous les produits à la mode. Parmi ces femmes harcelées dans les transports ou au travail, certaines n’hésitent pas à exploiter les désirs masculins pour augmenter leur pouvoir d’achat… tout en continuant à rêver au grand amour.

Personnellement je trouve ça flippant!

 Evidemment, la question que je me suis posée est : dans quelle mesure ce qu’elle décrit est-il digne de foi… et je suis bien incapable d’y répondre, puisqu’elle en sait infiniment plus que moi sur le sujet! Le seul point sur lequel je me permettrais d’émettre une opinion est le sujet des yaoi (comme j’en lis beaucoup et que j’ai lu quelques livres à leur sujet) qu’elle évoque en quelques lignes. J’ai trouvé ce qu’elle en disait caricatural et réducteur. C’était très bien écrit et ça sonnait très joliment, mais il m’a semblé que l’objectivité y perdait. Les légendes et anecdotiques historiques qu’elle évoque pour expliquer l’origine des yaoi m’ont intéressée et m’ont semblé bien éclairer certaines choses qu’on retrouve dedans, mais j’ai eu néanmoins le sentiment qu’elle passait à côté de quelque chose. Ce qui fait que je n’ai pas pu m’empêcher de considérer l’ensemble de l’ouvrage avec un peu de suspicion.

Cependant, j’ai retrouvé dans ce qu’elle décrit beaucoup de traits que j’avais pu croiser à maintes reprises dans des mangas, animes, romans ou articles, et qui semblent des éléments constitutifs importants de la culture érotique ou de la société japonaise. Ce que j’ai toutefois regretté, c’est qu’elle les place sur le même plan que des pratiques qui semble beaucoup plus marginales. Ainsi elle consacre tout un chapitre aux poupées qui, loin d’être simplement des jouets sexuels, sont des oeuvres d’art et quasiment des compagnes pour leurs propriétaires. A en croire Agnès Giard, les japonais préféreraient maintenant aux vraies femmes ces copies inanimées. Néanmoins, pour évoquer un magazine à gros succès traitant exclusivement de ces poupées, elle indique qu’il compte 8 000 lecteurs réguliers!

Je trouve donc difficile, à la lecture de cet ouvrage, de se faire une idée réelle de la culture érotique japonaise.

Néanmoins, il y a énormément de choses à en retirer et sa lecture vaut largement le coup, car elle est tout de même très instructive. Déjà, c’est un livre superbe, abondamment et très joliment illustré. D’autre part, ce gros livre de plus de 300 pages est une véritable mine pour qui s’intéresse à la culture japonaise et veut la découvrir. Comme je l’ai dit plus haut, l’érudition d’Agnès Giard est très vaste et éclectique. On découvre donc dans le livre nombre de légendes, récits historiques, artistes officiant dans le domaine de l’érotisme. J’y ai relevé beaucoup de références d’écrits littéraires et d’essais sur le Japon. Et c’est un livre que je garderai près de moi, car il me faudra énormément de temps pour approfondir et digérer les photographes, dessinateurs, peintres représentés dans le livre et dont les images m’ont plu ou m’ont interpellée. Je vous ferai sans doute part de ces approfondissements dans le futur, au fil des mois.

En refermant ce livre, la réflexion qui m’est venu à l’esprit est que le titre en est un peu mensonger. Ce que j’ai trouvé dedans de plus frappant, c’est qu’il y est seulement question de l’imaginaire érotique de la moitié de la population japonaise : les hommes. Ils ont des critères de beauté, des fantasmes, des envies. Dans tout cela, qu’elles soient vénérées ou maltraitées, les femmes ne sont que des objets de plaisir, pas des partenaires. Bien sûr, Agnès Giard évoque les femmes, mais uniquement par rapport à l’imaginaire érotique masculin. Elles semblent avoir le choix entre trois options : se soumettre aux désirs masculins, les utiliser pour tirer profit des hommes et prendre une revanche sur eux, ou s’en tenir à l’écart. Mais ces femmes ont-elles des désirs, des fantasmes? Quelqu’un s’y intéresse-t-il? Le livre ne nous l’apprend pas!

Cette lecture constitue ma quatrième participation au défi Images du Japon de Kaeru.

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Jung Kyung-a est diplômée d’histoire. Elle a néanmoins fait carrière en tant que scénariste de dessins animés et auteur de bandes dessinées. C’est l’intervention américaine en Irak, en 2003, qui l’amène à s’interroger sur le rapport entre la guerre et les femmes. C’est ainsi qu’elle en est venue à travailler sur celles qu’on a appelées les « femmes de réconfort », ces femmes, parmi lesquelles beaucoup de coréennes, prostituées de force dans des bordels à l’usage des militaires japonais.

Le résultat de ses recherches est ce manhwa (bande dessinée coréenne) de plus de 250 pages, qui est apparemment suivi d’un deuxième tome qui n’a pas l’air d’avoir été publié en France ni de devoir être publié dans un futur proche. Ce premier volume m’a semblé un OVNI car je n’avais jamais eu une telle bande dessinée entre les mains.

Le manhwa est divisé en 3 parties, de longueurs inégales. La première, sorte de chapitre introductif, est centré sur une hollandaise. Elle permet d’aborder différents thèmes :
– comment les rescapées ont commencé à se faire entendre dans les années 90s et à réclamer que l’Etat japonais reconnaisse leur existence et sa responsabilité,
– la difficulté pour ces femmes de révéler le secret honteux qu’elles ont porté en elles pendant 50 ans, n’osant pas même en parler aux membres de leur famille,
– le fait que, non seulement des asiatiques ont été concernées, mais que des occidentales qui vivaient dans les colonies hollandaises conquises par les japonais, ont été déplacées des camps de prisonniers où elles étaient détenues pour être enfermées dans ces bordels à l’usage exclusif des militaires japonais.

La seconde partie, qui constitue l’essentiel de l’album, s’appuie sur l’ouvrage de Aso Tetsuo, un médecin militaire chargé d’examiner les jeunes filles et jeunes femmes qu’on envoyait dans ces bordels, Méthode de prévention active des maladies vénériennes. En utilisant ce médecin comme fil conducteur, l’auteur dresse une chronologie, montrant que la pratique ne date pas de la seconde guerre mondiale mais remonte aux débuts de l’expansionisme japonais. Elle montre comment l’organisation des « maisons de réconfort » a évolué et s’est structurée, et décrit les conditions inhumaines dans lesquelles ces jeunes filles étaient détenues et violées à longueur de journée. Elle développe également les différentes techniques de recrutement de l’armée : promesse fallacieuse d’un travail, menaces et enlèvements.

La troisième partie, aussi courte que la première, dresse le portrait d’une de ces femmes à travers un séjour qu’elle a effectué dans sa famille, au cours duquel l’auteur l’a accompagnée.

La transition entre les parties est constituée d’intermèdes assez étranges, dans lesquels des amies de l’auteur font des commentaires sur son manhwa et qui sont ponctués d’interventions d’un personnage représentant Yun Mi-Hyang, secrétaire générale du Conseil coréen pour les femmes enrôlées de force comme esclaves sexuelles au service de l’armée japonaise, qui précise des définitions et des faits historiques.

Dans chacune des trois parties, une couleur vient s’ajouter au noir et blanc dans les dessins. J’ai lu le manhwa tard le soir, à la lumière artificielle, et j’avais cru qu’il était en noir et blanc. Ca m’a fait tout drôle de découvrir, le lendemain, les couleurs à la lumière du jour. Du coup, je l’ai reparcouru complètement. La première partie est agrémentée de tons de vert/kaki qui m’ont évoqué les uniformes militaires. La seconde est dominée par des tons de rouge et de rose, dans lesquels je vois à la fois la couleur du sexe et de l’érotisme, et celle du feu et de la mort. Dans la dernière enfin, on trouve du jaune et de l’ocre. Je ne sais comment l’interpréter mais j’ai vu dans ces couleurs lumineuses de l’espoir.

Dans l’ensemble, la forme du manhwa m’a complètement déroutée. Les dessins sont très simples, très naïfs, peu de décors. Parfois des photos, reproduites telles quelles ou redessinées par l’auteur. Tout est très factuel : des cartes, des plans, des citations. Ca m’a fait penser à un cours d’histoire qui aurait été retranscrit sous forme de fiches pour que l’essentiel soit facilement assimilable et mémorisable. Ce qui ne veut pas dire que l’album soit indigeste, bien au contraire! Déjà, il est très aéré, et le ton, toujours très pudique, est souvent naïf, presque enfantin, et rempli de traits d’humour. Au début j’ai trouvé étonnant ce contraste entre le sujet et la façon dont il est abordé. Avec le recul, ça me semble une très bonne idée. D’une part, ça permet à l’auteur de garder une certaine distance, d’être factuelle et non accusatrice. D’autre part, je pense que la lecture m’aurait sans ça paru insoutenable.

Si elle s’intéresse bien évidemment à la condition des femmes, à travers le destin tragique de ces « femmes de réconfort », ce sont les guerres que Jung Kyung-a entend dénoncer, d’où l’apparition dans une case de G.W. Bush. Ainsi, elle condamne également les pressions qui étaient exercées sur les soldats pour qu’ils fréquentent les « maisons de réconfort ». Les officiers vérifiaient parfois que les soldats passaient bien à l’acte. Cela faisait partie de leur apprentissage et des valeurs qu’on voulait leur inculquer pour faire d’eux des guerriers. Elle évoque également le fait que à la fin de la guerre, des « maisons de réconfort » ont été créées à l’intention des soldats alliés, dans le but de préserver les japonaises.

J’ai appris énormément de choses en lisant ce bel album. S’il m’a déroutée au départ, je le trouve, avec le recul, très bien fait et je ne saurais trop vous le conseiller si le sujet vous intéresse et que vous en voulez une première approche.

Cette lecture constitue ma deuxième participation au défi Images du Japon de Kaeru.

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Cet anime m’a tentée dès que je suis tombée par hasard sur l’image qui orne la jaquette du DVD (je ne sais plus si j’ai déjà eu l’occasion de vous dire que j’ai un gros faible pour les histoires de tentacules!). Je ne l’aurais pas acheté à son prix normal (prohibitif!), car je ne m’attendais pas à quelque chose d’extraordinaire mais, quand je l’ai trouvé à moins de 5€ en farfouillant sur un site, je n’ai pas pu résister!

Le DVD comporte deux épisodes d’un peu moins de 30 minutes chacun et offre le choix entre une version française et une version originale sous titrée en français. Craignant un peu le doublage français, j’ai lâchement opté pour la VO. De toute façon, étant donné que l’anime comporte peu de dialogues constructifs, le choix de la langue n’est pas bien gênant!

Les auteurs ne se sont, en effet, pas beaucoup foulés pour l’intrigue, qui n’est pas originale et qui n’est qu’esquissée! L’histoire se passe dans un genre de lycée pour filles dédié à la musique, dans lequel sont gardés plusieurs instruments de musique maléfiques. Un professeur s’est emparé d’un violon qui, lorsqu’on en joue, fait apparaître un démon, sous forme de tentacules donc, et qui suscite l’excitation sexuelle chez ceux qui l’entendent. Evidemment, le professeur utilise son violon pour faire subir toutes sortes de sévices à ses élèves, de jolies jeunes filles aux seins complètement disproportionnés (forcément). Au début du second épisode, on apprend l’existence d’un violon angélique. Mais les gentilles n’ont pas le temps d’en faire usage. Il faut comprendre : c’est bien plus intéressant qu’elles tombent au pouvoir du professeur plutôt qu’elles essaient de l’empêcher de nuire. Le scénario m’a donc paru fort maigre! Là, je me dis que je dois être vraiment casse-pieds : j’avais, au contraire, trouvé en regardant Le retour de la blue girl qu’il y avait trop de scénario et pas assez de tentacules. Mais, tout de même, un minimum de scénario qui tienne deux secondes la route n’aurait pas nui à l’affaire!

Sur le fond, on voit essentiellement des jeunes filles se faire violer par tous les orifices, par des tentacules ainsi que par certaines de leurs camarades munies de divers instruments. Il faut donc aimer le genre! L’ensemble est agrémenté par diverses pratiques, du style lavements, flagellations, bondage, promenades en laisse, mais ça reste assez classique et plutôt répétitif.

La particularité, si je puis dire, de l’anime, qui m’a beaucoup gênée, c’est qu’il est très orienté scatophilie et que pratiquement toutes les scènes de sexe se terminent sur la vision de jeunes filles en train de se soulager et de tentacules soudain munis de bouches (le reste du temps, ils ont plutôt comme plein de petits doigts!) se précipitant sur leurs excréments pour les engloutir. Je trouve ça dégoûtant et je m’en serais fort bien passée! L’autre reproche que je ferais au dessin animé, par goût personnel, c’est qu’il y a beaucoup trop de filles dans cette histoire et qu’un seul homme qui, en plus, fait tout le temps la tronche, ça fait bien peu! Autre point ennuyeux : l’animation est un peu inégale. Par exemple, dans les scènes où des élèves prodiguent des caresses intimes à une de leurs condisciples, la position et le mouvement des doigts m’ont paru ratés et pas naturels. Les fellations ne sont pas non plus des plus réussies.

En dépit de tous ces défauts, l’anime s’est néanmoins révélé d’une certaine efficacité, comme quoi il faut croire que, même si je ronchonne, je suis malgré tout bon public! Les quelques euros que le DVD (qui, vous l’aurez compris, n’est pas impérissable) m’a coûtés n’ont donc pas été totalement gaspillés!

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Voilà déjà un bon moment que j’avais repéré ce magazine en kiosque. Je ne m’étais pas risquée jusque-là à aller y voir de plus près car, paradoxalement, les magazines littéraires m’ennuient profondément en règle générale. J’étais néanmoins intriguée par la petite formule qui figure sous le titre « L’actualité par les livres du monde ». Le thème du dernier numéro m’a poussée à franchir le pas et je ne le regrette pas du tout, car j’en ai trouvé la lecture passionnante et très instructive, et je compte désormais suivre la revue si elle aborde des thèmes qui m’intéressent.

Bien plus qu’à un magazine littéraire, Books m’a fait penser à Courrier International. La façon de procéder est, en effet, identique : ce numéro spécial est une compilation d’articles de différents pays. La différence, c’est que les articles ici traduits et reproduits sont exclusivement des critiques de livres. Ces articles étant très longs (3 à 6 pages), ils font largement plus que donner un avis sur un livre. Soit ils en constituent une synthèse ou une critique, soit ils débordent largement sur le sujet. Ils sont donc très riches d’un point de vue informatif.

Les sujets traités sont très variés, la sexualité étant abordée sous de nombreux aspects, mais j’ai ressenti néanmoins une certaine cohérence dans l’ordre de présentation des articles. La variété des thèmes touche aussi bien à l’aspect géographique (cela va des concubines en Chine au proxénétisme au Canada en passant par un historique de l’homosexualité et de sa perception en Iran), qu’à l’aspect temporel (on voyage de la Grèce antique et la place qu’y occupait l’homosexualité aux réflexions contemporaines sur le polyamour en passant par les méthodes de travail de Masters et Johnson dans  les années cinquante) ou qu’aux différentes pratiques – ou absences de pratique (la revue traite de l’asexualité au Japon, du rejet du coït par une féministe américaine dans les années 70s, de la masturbation, de l’érotisme dans la littérature arabe féminine contemporaine). Pour vous faire une meilleure idée du contenu du magazine, vous pouvez en consulter le sommaire et lire le début des articles sur son site, ici. Je précise que, bien que les sujets abordés soient quelquefois un peu « techniques », les articles sont d’un accès aisé et ne sont pas ennuyeux, loin de là!

 Ceux qui me lisent régulièrement se souviendront peut-être que, dans mon billet posté il y a quelques jours sur L’éloge de la masturbation de Philippe Brénot, j’avais été, une fois de plus, assez casse-pieds, lui reprochant d’être trop véhément à l’égard des détracteurs de la masturbation et pensant qu’il était possible que ça ait pu nuire à la rigueur et à l’objectivité de ses recherches. Comme je ne maîtrise pas du tout le sujet, il ne s’agissait là que d’une impression dont j’ignorais si elle était fondée ou non, si bien que, après coup, j’avais eu des remords et m’étais reprochée d’avoir été trop sévère pour son ouvrage. J’ai donc été agréablement surprise de lire dans Books les deux articles relatifs à la masturbation. L’un est une critique assez rude par un historien d’un ouvrage d’un non-historien, qui avance la même théorie que Philippe Brénot, à savoir que la condamnation de la masturbation au 19e siècle trouve ses origines dans la découverte des spermatozoïdes un siècle plus tôt. L’autre est une critique élogieuse d’un ouvrage d’un historien spécialiste du sujet. Il en ressort que la découverte des spermatozoïdes n’aurait rien à voir avec l’affaire et qu’on ne sait pas ce qui a provoqué ce phénomène. Du coup, ça m’a donné envie de creuser le sujet!

Ce n’est d’ailleurs pas le seul sujet que le magazine m’a donné envie de creuser : je retiens de sa lecture pas mal d’ouvrages qui ont l’air intéressants, tant parmi ceux qui faisaient l’objet des articles, que parmi ceux qui figuraient dans de petits cadres « pour en savoir plus » à la fin de certains d’entre eux. J’ai fait un petit diaporama de quelques-uns des livres qui me tentent. Reste plus qu’à trouver le temps de lire, ce qui n’est pas le plus aisé!

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Bible Black était à l’origine un jeu vidéo eroge sur PC sorti en 2000. Le jeu a ensuite été adaptée, de 2001 à 2005, en une série animée hentai devenue très célèbre, qui se décompose de la façon suivante :

– Bible Black : La noche de Walpurgis (en français Bible Black) : 6 épisodes de 30 minutes
– Bible Black : Origins (en français Bible Black – Les origines) : 2 épisodes qui expliquent ce qui s’est passé 12 ans avant les événements racontés dans Bible Black
– Bible Black : New testament (en français Shin Bible Black) : 6 épisodes dont l’histoire se déroule quelques années après celle de Bible Black
– Bible Black only : qui consiste en 7 scènes de sexe autour de quelques-uns des principaux personnages de Bible Black

Le jeu n’est pas disponible en France, mais on peut le trouver sur la version américaine d’Amazon… et il n’est pas impossible que je me laisse tenter un jour ou l’autre. L’anime est distribué en France par EVA, en 6 DVDs. On peut trouver l’ensemble regroupé en un seul coffret. EVA propose également une version « édulcorée » en 2 DVDs (qui est celle qu’on trouve le plus couramment à la Fnac, par exemple), qui n’est interdite « que » aux moins de 16 ans, alors que la version originale est interdite aux moins de 18 ans.

J’en viens enfin à l’histoire et au contenu, après avoir encore précisé que je ne parlerai aujourd’hui que de Bible Black. Il y aura sûrement un autre billet ultérieurement sur Origins et Shin Bible Black.

L’histoire, donc! Le premier épisode s’ouvre sur une messe noire, dite au cours de la nuit de Walpurgis, propice à ces saines activités, par 4 jeunes filles qui veulent en sacrifier une cinquième (oui, c’est un peu sanglant, par moments). Mais les événements ne prennent pas la tournure qu’elles escomptaient. Le spectateur est ensuite projeté 12 ans plus tard, dans le lycée (Oh pardon ! Je voulais dire université !…) où cette messe noire a été dite. L’infirmière hermaphrodite de l’établissement cherche, d’une façon assez particulière, à trouver une vierge, dont elle a besoin pour mener à bien d’obscurs desseins encore inconnus du spectateur. Pendant ce temps, un élève, Minase, découvre un mystérieux livre qui lui confère le pouvoir de déclencher le désir sexuel des personnes de son choix. Il teste ses pouvoirs de façon tellement discrète que Kaori, une élève passionnée d’occultisme, s’en aperçoit et cherche à obtenir qu’il lui révèle son secret. Ces événements rendent inquiète et jalouse Kurumi, une pure jeune fille amoureuse de Minase, à qui l’on sent bien qu’il va arriver quelques bricoles…

Je vais commencer par aborder les défauts de l’anime. Même si je ne peux pas m’empêcher d’être critique et sarcastique, c’est une série que j’aime bien, et à laquelle je dois d’agréables moments, solitaires ou en compagnie, et c’est pourquoi je préfère terminer sur une note positive.

Comme je l’ai laissé entendre, la version française est un peu adaptée, pour tenir compte des différences entre la France et le Japon. Ainsi, ce qui est visiblement un lycée est qualifié avec insistance dans le troisième DVD d’université, et il est bien précisé sur les jaquettes que tous les personnages sont majeurs. Par ailleurs, la jeune fille que je prenais naïvement pour la sœur de Minase serait en fait sa cousine, d’après la version américaine de Wikipedia. Il va sans dire que je suis tout à fait d’accord avec ces adaptations dans le principe, mais je les trouve drôles car elles font artificielles et pas crédibles.

J’ai tiqué à plusieurs endroits parce que certaines choses (représentations des objets, mouvements, attitudes des personnages) ne me paraissaient pas cohérentes. Certaines scènes également m’ont semblé incohérentes… mais comme j’ai tiqué sur une scène du même type, se produisant dans les mêmes circonstances, dans le roman Sans âme de Gail Carriger, j’aurais tendance à être encline à l’indulgence.

Ce qui m’a le plus gênée, c’est le doublage. Déjà parce que celui du troisième DVD est différent des deux premiers : ça fait drôle que la voix de Minase devienne beaucoup plus adulte et plus rauque d’un épisode à l’autre, d’autant plus que cette deuxième voix ne m’a pas paru très bien coller au personnage. Il me faisait l’effet d’un bûcheron en train d’agoniser. Et surtout parce que le doublage m’a souvent paru sonner faux dans les scènes de sexe, ce qui est d’autant plus gênant que les personnages n’arrêtent pas de parler, commentant les moindres de leurs gestes, ce qui donne des dialogues d’une niaiserie désespérante. J’aurais préféré qu’ils soient moins bavards.

Néanmoins, il y a tout de même plein de choses qui m’ont plu. J’ai beaucoup aimé les dessins, que j’ai trouvés fins et très jolis. J’aurais juste préféré que les personnages féminins aient des seins d’une taille normale, mais je crois que je demande l’impossible, là ! Point de détail, mais qui a son importance : j’ai aussi aimé la musique, qui colle bien à l’atmosphère de l’anime.

Le point essentiel à mes yeux est qu’il y a une histoire et qu’elle tient la route. Si certains détails m’ont paru incohérents comme je l’ai dit plus tôt, la trame d’ensemble est consistante. Elle ne sert pas seulement de décor aux scènes de sexes, ce sont elles qui, dans leur grande majorité, s’insèrent au contraire naturellement dans l’intrigue. Et la fin, qui est plus amusante et moins convenue que le dénouement que j’escomptais, me plaît bien et m’a heureusement surprise la première fois que j’ai regardé le dernier épisode.

Enfin, j’aime beaucoup cette atmosphère glauque et cette alliance entre sexe et magie noire. La série mélange le démoniaque et le sacré, le sexe et la mort, avec une touche de surnaturel et de romantisme, et cette recette est au final une belle réussite.

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Contes pervers est le premier ouvrage érotique de Régine Deforges. Publié en 1980, soit un an avant la sortie du premier tome de La bicyclette bleue, il a été adapté en film la même année par son auteur. Quatre des neuf histoires qui le composent ont également été adaptées en bande dessinée. L’album, illustré par Gérard Leclaire, a été publié en 1985.

 J’ai acheté ce recueil de nouvelles après avoir lu une critique élogieuse à son sujet. J’étais cependant assez sceptique, car la seule expérience de Régine Deforges que j’avais eue jusque-là se limitait au premier tome de La bicyclette bleue, qui m’est tombé des mains et qui est l’un des rares livres que je n’ai pas eu le courage de terminer. Ce livre est donc dans l’ensemble pour moi relativement une bonne surprise.

J’ai été, en effet, favorablement impressionnée par la qualité littéraire du recueil. J’ai apprécié le soin apporté tant à l’écriture, belle et élégante, qu’à la construction de chacune des neuf petites histoires d’une vingtaine de pages qui constituent le recueil. En effet, je m’attendais à ce que des nouvelles aussi courtes soient simplement des esquisses, alors que, dans chacune d’elle, c’est tout un univers que le lecteur découvre, dans un pays et une ambiance chaque fois différents.

Certaines nouvelles sont très nettes et d’une grande précision, d’autres sont beaucoup plus floues. Le lecteur partage alors la confusion vécue par les personnages : parfois, on ne sait pas trop si les événements décrits sont un rêve ou une réalité et, à d’autres moments, on a du mal à suivre ce qui se passe quand le personnage semble brièvement perdre pied avec la réalité. Cependant, dans chacune d’entre elles, les lieux, les circonstances, la personnalité et le vécu des personnages sont minutieusement construits. Si bien que, dans certains contes, l’aspect érotique paraîtrait presque accessoire et n’occupe que peu de place.

De façon générale, les scènes érotiques sont beaucoup plus suggérées que décrites. L’auteur en rapporte brièvement les préliminaires ou brosse la scène à grands traits en peu de mots, quand elle ne reste pas totalement muette. Enfin… ce n’est pas tout à fait exact, car elle se fait plus explicite dans les histoires où je me serais justement volontiers passée des détails, mais j’y reviendrai un peu plus loin. Cette façon de faire m’a un peu fait penser à ces livrets de scenarii de jeux de rôle pour couples, qui plantent le décor, posent les personnages et leur personnalité, donnent la trame dans ses grandes lignes et laissent les lecteurs improviser à partir de ces éléments. Certaines des nouvelles m’ont donné l’impression que Régine Deforges plante le décor du théâtre, raconte certaines scènes de la pièce, et laisse le soin à l’imagination du lecteur de jouer le reste. Ca, c’est quelque chose que j’ai bien aimé.

Pour ce qui est du fond, les fantasmes mis en scène sont classiques mais souvent présentés de façon originale. Ainsi, Le placard aux balais a pour thème un jeu de séduction qui dérape entre un jeune élève (trop jeune!) et son professeur. Mais, plutôt que de raconter ce qui se passe entre l’adolescent et le professeur, ce sont les souvenirs d’enfance que de petits détails font revenir à la mémoire de la jeune femme qu’elle choisit de développer.

En dépit de ces qualités littéraires que je viens d’exposer, je n’ai pas réussi à rentrer dans les histoires. J’ai trouvé que c’était joli, bien fait, mais je ne me suis pas, sauf rares exceptions, sentie concernée ni intéressée. Evidemment, c’est éminemment subjectif et question de sensibilité, et d’autres personnes seront d’un avis totalement différent du mien.

Néanmoins, pour avoir été glaner ça et là sur le net ce que je pouvais trouver comme avis à propos de ce livre, j’ai constaté que la plupart des lecteurs qui l’ont chroniqué partageaient mon sentiment sur un point : si certaines histoires sont mignonnes et amusantes, et d’un ton léger, d’autres, plus dures, ont un contenu assez malsain et dérangeant. Je l’ai dit plus haut, les fantasmes qui servent de base aux histoires sont dans l’ensemble très classiques : viol, prostitution, personnages au sexe ambigu… Cependant, la façon dont elle les met en scène tend, je trouve, à les vider de leur contenu fantasmatique, si bien que j’ai éprouvé une sensation de malaise à la lecture de certains passages. L’histoire la plus dure est incontestablement Les amants de la Forêt Noire, très violente et vraiment horrible. Elle détonne par rapport au reste du recueil car, si elle est perverse, je n’y ai pas vu trace d’érotisme. J’aurais bien aimé savoir ce qui avait motivé l’écriture et les choix de nouvelles de l’auteur, car je reste assez perplexe.

L’un des commentaires que j’ai pu lire sur Amazon émanait d’une personne qui disait avoir lu tous les ouvrages de Régine Deforges et n’avoir éprouvé de sentiment de malaise qu’avec celui-ci. Peut-être devrais-je en essayer un autre pour pouvoir me faire une meilleure idée de son oeuvre érotique? Ou peut-être Alias aura-t-elle envie de tenter l’expérience, afin d’apporter un deuxième point de vue? :-P

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Histoire du viol

Georges Vigarello, ancien professeur d’éducation physique, agrégé de philosophie, directeur d’études à l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales, est un spécialiste du corps qu’il a étudié sous différents aspects : hygiène (Le propre et le sale), santé (Le pur et l’impur, Histoire des pratiques de santé), apparence (Histoire de la beauté), pratiques sportives (Du jeu ancien au show sportif : la naissance d’un mythe) mais aussi violences faites au corps, avec cette histoire du viol du 16e siècle à nos jours.

Les agressions sexuelles ont connu une croissance très forte au cours des dernières décennies. Le point de départ de l’ouvrage de Georges Vigarello est l’interrogation qui découle de ce constat : faut-il y voir un accroissement réel du nombre de crimes et délits commis ou bien une évolution de la vision que notre société a des violences sexuelles ? La réponse à cette question nous est donnée dès les premières pages de l’introduction : c’est la seconde hypothèse qui est la bonne. Cette évolution des mentalités résulte de plusieurs facteurs développés dans le corps de son ouvrage, selon une approche chronologique :

– perception de la violence : La société d’ancien régime était une société violente. Si les châtiments prévus par la législation pour punir le viol ont toujours été sévères, ils ont bien longtemps été très peu appliqués. D’une part, les châtiments cruels et spectaculaires avaient valeur d’exemple et visaient à dissuader, la justice ne pouvant suffire à réprimer tous les crimes commis. Le crime le plus redouté et le plus puni était le vol. L’intérêt accordé au viol était faible. Il n’était pas rare qu’un arrangement à l’amiable soit trouvé, impliquant une compensation financière, et même signé devant notaire ! D’autre part, si un viol était accompagné de blessures ou de meurtres, que ce soit sur la victime ou d’éventuels défenseurs ou intervenants, le viol était souvent tenu pour quantité négligeable lors de l’instruction de l’affaire et à peine mentionné. Au fur et à mesure que la société est devenue plus sûre, le seuil de tolérance de la violence s’est progressivement abaissé.

– perception de la victime : Avant la révolution, un nombre important de viols étaient jugés en tant que rapts ou même en temps qu’adultères. L’offense n’était pas tant faite à la femme qui avait subi le viol qu’à l’homme en puissance de qui elle était, père ou mari. Bien évidemment, c’est de l’évolution de la condition féminine qu’il est ici question, mais pas seulement. Ce qui intéressait les juges, c’était de déterminer s’il y avait eu pénétration vaginale (honneur perdu si déchirement de l’hymen, possibilité de conception d’enfants illégitimes). De ce fait, les viols commis sur des victimes de sexe masculin ont longtemps joui d’une quasi-impunité. C’est seulement depuis la réforme de 1992 que le code pénal traite de façon égale les violences sexuelles contre les deux sexes. Tout au long de la période étudiée, les viols perpétrés sur les enfants ont été plus souvent jugés que les viols sur les adultes. Sous l’ancien régime, cela s’expliquait essentiellement par l’importance de la virginité, mais aussi par le fait que les agresseurs s’attaquaient de préférence, par facilité, aux plus faibles : victimes jeunes et/ou de basse condition sociale. Au 19e siècle, la vision de l’enfant a évolué, le public est devenu progressivement beaucoup plus sensible aux violences commises contre les plus jeunes. Mais les violences ainsi stigmatisées étaient les violences physiques et mauvais traitements. Les violences sexuelles étaient relativement occultées. C’est seulement au 20e siècle que leur dénonciation a pris l’ampleur que l’on connait.

– lent glissement progressif de la perception de l’acte, d’une atteinte à la moralité vers une atteinte à l’intégrité de l’individu : sous l’ancien régime, on voyait dans le viol aussi bien le péché que l’agression. S’il y avait peu de plaintes, c’est parce que la honte de l’acte rejaillissait tout autant sur la victime que sur l’agresseur. Il suffit de rappeler l’exemple bien connu de la sodomie (au sens actuel du terme) qui était autrefois punie de mort par le feu pour les deux protagonistes, même si elle n’était pas consentie. Encore au 19e siècle, on s’inquiétait des conséquences que le viol d’un enfant pouvait avoir sur ses mœurs, pas de ses souffrances morales, qui étaient ignorées. Un premier jalon a été posé à la révolution par la déclaration des droits de l’homme qui stipule que « Tout homme est propriétaire de sa personne et cette propriété est inaliénable » mais l’évolution des mœurs n’a suivi que très lentement.

– notion de non-consentement : Pendant longtemps, le non-consentement devait être tangible et la victime devait en apporter la preuve : il fallait des cris, des traces de lutte. Paradoxalement, la médecine légale se contentait d’examiner les lésions faites aux organes sexuels et négligeait complètement les blessures périphériques. Grosso modo, pour pouvoir être puni, un viol devait avoir lieu en public, avec des témoins. Une présomption incitait à supposer des manœuvres de séduction de la part de la victime, même si celle-ci était un jeune enfant. Lors des procès, la vie de la victime était passée au crible. Si sa moralité n’était pas jugée irréprochable, l’agresseur avait toutes les chances d’être acquitté. Une croyance largement répandue a longtemps assuré l’impunité d’un grand nombre de viols : une femme qui sait ce qu’est l’acte sexuel a suffisamment de force pour se défendre contre un homme seul. Si l’homme était parvenu à ses fins, c’était forcément parce que la femme avait cédé. La notion de violence morale (contrainte, menace, position sociale dominante de l’agresseur) n’a été pressentie qu’assez tardivement. Le premier pas en ce sens a été effectué lors de la réforme du code de 1832 qui prévoyait de punir de réclusion les attentats à la pudeur commis contre les enfants avec ou sans violence. Ce n’est que plus tard que des mots ont pu être mis sur ce que recouvre ce « sans violence » et que la hiérarchie des formes d’agression a progressivement été revue.

– prise en compte des souffrances psychiques de la victime : C’est seulement à partir de 1850 que certains médecins commencent à en faire mention, sans être capables de mettre des mots dessus. Le concept de traumatisme n’apparaît qu’à la fin du 19e siècle, et n’est d’abord associé qu’aux victimes des accidents ferroviaires. Il fallut attendre le 20e siècle et l’essor de la psychiatrie pour voir un réel progrès.

Georges Vigarello appuie constamment ses propos sur des extraits de lois, des exemples tirés de procès, des articles de gazettes juridiques. Cela rend son livre très vivant et concret, et d’un abord facile pour ceux qui n’ont pas le goût ou l’habitude des essais historiques. Il touche par ailleurs à de nombreux sujets connexes : évolution des mœurs avec la naissance de la société industrielle, progrès de la médecine, naissance de la psychiatrie, émancipation de la femme, prise en compte progressive de la violence morale (harcèlement sexuel) et nous invite plus largement à une réflexion sur notre société actuelle.

Histoire du viol
Georges Vigarello
Seuil
Collection L’univers historique
ou en poche
Collection Points histoire

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