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Contes pervers est le premier ouvrage érotique de Régine Deforges. Publié en 1980, soit un an avant la sortie du premier tome de La bicyclette bleue, il a été adapté en film la même année par son auteur. Quatre des neuf histoires qui le composent ont également été adaptées en bande dessinée. L’album, illustré par Gérard Leclaire, a été publié en 1985.

 J’ai acheté ce recueil de nouvelles après avoir lu une critique élogieuse à son sujet. J’étais cependant assez sceptique, car la seule expérience de Régine Deforges que j’avais eue jusque-là se limitait au premier tome de La bicyclette bleue, qui m’est tombé des mains et qui est l’un des rares livres que je n’ai pas eu le courage de terminer. Ce livre est donc dans l’ensemble pour moi relativement une bonne surprise.

J’ai été, en effet, favorablement impressionnée par la qualité littéraire du recueil. J’ai apprécié le soin apporté tant à l’écriture, belle et élégante, qu’à la construction de chacune des neuf petites histoires d’une vingtaine de pages qui constituent le recueil. En effet, je m’attendais à ce que des nouvelles aussi courtes soient simplement des esquisses, alors que, dans chacune d’elle, c’est tout un univers que le lecteur découvre, dans un pays et une ambiance chaque fois différents.

Certaines nouvelles sont très nettes et d’une grande précision, d’autres sont beaucoup plus floues. Le lecteur partage alors la confusion vécue par les personnages : parfois, on ne sait pas trop si les événements décrits sont un rêve ou une réalité et, à d’autres moments, on a du mal à suivre ce qui se passe quand le personnage semble brièvement perdre pied avec la réalité. Cependant, dans chacune d’entre elles, les lieux, les circonstances, la personnalité et le vécu des personnages sont minutieusement construits. Si bien que, dans certains contes, l’aspect érotique paraîtrait presque accessoire et n’occupe que peu de place.

De façon générale, les scènes érotiques sont beaucoup plus suggérées que décrites. L’auteur en rapporte brièvement les préliminaires ou brosse la scène à grands traits en peu de mots, quand elle ne reste pas totalement muette. Enfin… ce n’est pas tout à fait exact, car elle se fait plus explicite dans les histoires où je me serais justement volontiers passée des détails, mais j’y reviendrai un peu plus loin. Cette façon de faire m’a un peu fait penser à ces livrets de scenarii de jeux de rôle pour couples, qui plantent le décor, posent les personnages et leur personnalité, donnent la trame dans ses grandes lignes et laissent les lecteurs improviser à partir de ces éléments. Certaines des nouvelles m’ont donné l’impression que Régine Deforges plante le décor du théâtre, raconte certaines scènes de la pièce, et laisse le soin à l’imagination du lecteur de jouer le reste. Ca, c’est quelque chose que j’ai bien aimé.

Pour ce qui est du fond, les fantasmes mis en scène sont classiques mais souvent présentés de façon originale. Ainsi, Le placard aux balais a pour thème un jeu de séduction qui dérape entre un jeune élève (trop jeune!) et son professeur. Mais, plutôt que de raconter ce qui se passe entre l’adolescent et le professeur, ce sont les souvenirs d’enfance que de petits détails font revenir à la mémoire de la jeune femme qu’elle choisit de développer.

En dépit de ces qualités littéraires que je viens d’exposer, je n’ai pas réussi à rentrer dans les histoires. J’ai trouvé que c’était joli, bien fait, mais je ne me suis pas, sauf rares exceptions, sentie concernée ni intéressée. Evidemment, c’est éminemment subjectif et question de sensibilité, et d’autres personnes seront d’un avis totalement différent du mien.

Néanmoins, pour avoir été glaner ça et là sur le net ce que je pouvais trouver comme avis à propos de ce livre, j’ai constaté que la plupart des lecteurs qui l’ont chroniqué partageaient mon sentiment sur un point : si certaines histoires sont mignonnes et amusantes, et d’un ton léger, d’autres, plus dures, ont un contenu assez malsain et dérangeant. Je l’ai dit plus haut, les fantasmes qui servent de base aux histoires sont dans l’ensemble très classiques : viol, prostitution, personnages au sexe ambigu… Cependant, la façon dont elle les met en scène tend, je trouve, à les vider de leur contenu fantasmatique, si bien que j’ai éprouvé une sensation de malaise à la lecture de certains passages. L’histoire la plus dure est incontestablement Les amants de la Forêt Noire, très violente et vraiment horrible. Elle détonne par rapport au reste du recueil car, si elle est perverse, je n’y ai pas vu trace d’érotisme. J’aurais bien aimé savoir ce qui avait motivé l’écriture et les choix de nouvelles de l’auteur, car je reste assez perplexe.

L’un des commentaires que j’ai pu lire sur Amazon émanait d’une personne qui disait avoir lu tous les ouvrages de Régine Deforges et n’avoir éprouvé de sentiment de malaise qu’avec celui-ci. Peut-être devrais-je en essayer un autre pour pouvoir me faire une meilleure idée de son oeuvre érotique? Ou peut-être Alias aura-t-elle envie de tenter l’expérience, afin d’apporter un deuxième point de vue? :-P

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