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Posts Tagged ‘strip-tease’

Erich von Götha, de son vrai nom Robin Ray, est né à Londres en 1924. Après avoir étudié la peinture dans une école d’art, il s’est orienté vers le design et l’illustration. Il a commencé à faire des BDs érotiques dans les années 70s, pour le magazine Torrid. Parmi les dessinateurs qui ont participé à Torrid, on peut citer Paula Meadows, qui est l’épouse d’Erich von Götha et avec qui il a occasionnellement collaboré. Travaillant sous divers pseudonymes, il a commencé à être publié en albums dans les années 80s. En parallèle à son oeuvre en tant qu’illustrateur de bandes dessinées, il continue à peindre et à dessiner.

Twenty, qui se divise en 3 volumes, a été commencée en 1997. L’édition qu’on peut trouver le plus couramment (et que j’ai) est celle des Editions Dynamite, en 2 albums, l’un qui regroupe Twenty 1 et Twenty 2, et l’autre pour Twenty 3.

La BD a pour origine un scénario qu’on avait proposé à Erich von Götha, qui ne lui avait que moyennement plu et qui ne s’est jamais concrétisé. Il en a gardé l’idée d’une BD qui aurait pour cadre une école de filles. Dans l’interview qui conclut le volume de Twenty 1 & 2, il déclare également s’être inspiré d’un couple d’amis.

Twenty est une utopie : l’histoire démarre en 2018, après la « révolution sexuelle de l’ère post-SIDA ». L’auteur a imaginé un monde dans lequel la libération sexuelle des années 70s aurait pu complètement s’accomplir, le spectre des maladies sexuellement transmissibles ayant disparu. En effet, dans le monde de Twenty, se faire implanter une « micro-spirale » protège à la fois des MST et des grossesses non désirées. L’idéal? Sans doute… mais d’un point de vue masculin. La révolution imaginée par Erich von Götha me semble en effet bien sexiste. Les femmes, bien souvent plus qu’à demi-nues au milieu d’hommes généralement habillés (c’est bien connu, les hommes sont frileux…) sont invitées, selon la bonne parole de sainte Emmanuelle Arsan (si si!), à se tenir à la disposition des hommes (il y en a rarement un seul à la fois) qui manifestent leur désir pour elles et à se plier à leurs fantaisies. Je suis un peu méchante, car l’amour, le couple et la notion de plaisir partagé occupent une place essentielle dans la BD, mais c’est tout de même à peu près ça, et je n’ai pas réussi à être suffisamment captivée par l’histoire pour ne pas être hérissée par cette vision très masculine. A ce stade, il est peut-être utile de préciser que j’avais déjà lu cette BD il y a un petit moment, et que j’aurais sans doute été plus indulgente si j’avais rédigé ce billet après ma première lecture. 

Venons-en à l’histoire… Dans le premier volume, Twenty, qui doit son prénom au fait qu’elle est née le dernier jour du 20e siècle, entre dans une école d’éducation sexuelle d’un genre assez particulier puisqu’elle est très orientée sur les exercices pratiques. Twenty, qui sort d’une école de religieuses et est complètement novice en la matière, va rapidement se révéler très douée. Très vite, elle rencontre un homme dont elle tombe amoureuse et qu’elle épouse. Ce mari, Gilbert, l’entraîne dans toutes sortes de turpitudes, mais ses intentions ne semblent pas des plus honnêtes.
Twenty 2 est centré sur Sally, la cousine de Twenty. Cette jeune femme pudique a une approche très traditionnelle de la sexualité. Son mari, qui souhaiterait que leur couple soit beaucoup plus libre, se fait aider de leur nouveau voisin et de Twenty pour décontracter Sally. C’est évidemment un doux euphémisme…
Dans Twenty 3, enfin, on retrouve Twenty et Sally et… je n’en dirai pas plus de crainte de révéler trop de choses, le scénario de la série tenant allègrement sur une feuille de papier à cigarette… Oui, je vais encore être méchante…
Il y a tout de même un certain nombre de points positifs dans cette BD. Erich von Götha est réputé pour la qualité et le soin de ses dessins, et sa façon de les colorer, inspirée des maîtres du 18e siècle. J’ai beaucoup aimé la façon, superbe, dont il dessine les femmes. Beaucoup sont coiffées de chignons qui m’évoquent les années 50s, ce qui leur fait un port très gracieux et leur confère une certaine allure. C’est d’ailleurs étonnant que, dans cette BD qui est tout de même franchement pornographique, ce qui caractérise le plus les femmes est la grâce des courbes, des mouvements, des traits du visage. Pour ce qui est des personnages masculins… dans l’ensemble, de corps, ils ne sont pas mal foutus… Deux ou trois ont une tête potable… mais, à mon grand désespoir, j’ai eu l’impression que l’auteur s’en fichait un peu. J’ai même noté que, dans un certain nombre de dessins, si les visages féminins étaient dessinés avec soin, certains visages masculins semblaient simplement esquissés, comme bâclés. J’ai par ailleurs été très surprise, moi qui m’y connaît très peu en dessin, de tiquer par moments parce que l’une des héroïnes avait un visage différent sur certaines images, ou parce que des bouts de jambes ou autres membres semblaient bizarrement faits.
Par ailleurs, il y a dans l’histoire de bonnes idées. J’ai bien aimé les clins d’oeil que l’auteur se fait à lui-même et l’intervention dans Twenty d’une autre de ses BDs, Les malheurs de Janice, dont je vous parlerai dans les prochains jours. Si la psychologie de Twenty n’est pas crédible une seconde (dans Twenty 1, j’ai vraiment eu l’impression que l’héroïne était une évaporée avec un pois chiche en guise de cerveau), celle de Sally, en revanche, est plus travaillée et plus crédible. Ce qui fait que Twenty 1 est le moins intéressant des trois.
Au niveau des scènes de sexe, il y a aussi quelques idées intéressantes. Le problème, c’est qu’il n’en fait rien. Les scènes de sexe s’enchaînent, beaucoup trop rapidement à mon goût. Il ne prend le temps de rien développer. On assiste donc la plupart du temps à des scènes d’orgies assez banales qui se succèdent. Malheureusement, voir des gens copuler ne me passionne pas franchement, s’il n’y a rien de plus que ça. Avec un scénario aussi peu crédible, pas de dimension psychologique et assez peu de tension sexuelle, j’ai du mal à rentrer dans l’histoire. Je n’arrive pas, parce qu’il est question d’érotisme, à mettre mes neurones en roue libre… et je ne vois d’ailleurs pas pourquoi je devrais le faire et me montrer moins exigeante sur la qualité que pour des livres ou des BDs classiques. Par ailleurs, comme je l’ai dit, l’utopie mise en scène dans Twenty me semble correspondre à un idéal très masculin et j’ai l’impression que la BD met en scène des fantasmes tout aussi masculins, qui ne me parlent pas forcément. Si bien que, s’il y a des passages qui m’ont bien plu, j’avoue qu’il y en a d’autres sur lesquels je suis passée assez rapidement et que, par moments, je me suis un peu ennuyée.
  

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