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Posts Tagged ‘prostitution’

51VVFmu6Y5L__SL500_AA300_Curieusement, plusieurs mangas portent, dans leur traduction française, le titre de Blue. C’est le cas, notamment, du très bon one-shot de Kiriko Nananan. Celui dont je vais vous parler aujourd’hui est un recueil de nouvelles de Naoki Yamamoto, l’auteur de Asatte dance, une série que je suis en train de lire et qui, pour le moment, m’emballe moyennement.

Blue comporte 7 nouvelles, de 20 à 40 pages, qui comptent quelques points communs. Les héros de toutes les histoires sont jeunes : lycéens, étudiants, parfois même collégiens. La plupart d’entre elles ont pour thème principal une histoire de sexe qui vire à l’amour pour l’un des protagonistes. Bien souvent, l’un des personnages semble être manipulé, voire apparaît comme une victime. Mais les faux-semblants sont nombreux et celui qui est manipulé n’est pas forcément le personnage que l’on pensait au départ.

Enfin, le principal point commun de toutes ces nouvelles est qu’elles sont glauques : parmi les thèmes abordés, on trouve la drogue, le chantage, la prostitution, la violence, les sectes, les dictatures, le fantastique. Quasiment toutes m’ont laissé un sentiment de malaise. Et pourtant, je les ai trouvées bien fichues d’un point de vue scénaristique, bien rythmées et conclues de façon percutante. Je reste donc sur des sentiments mêlés, et en cela ce manga m’a fait penser aux romans de Ryû Murakami. Au final, même avec plusieurs jours de recul, je ne saurais dire si j’ai aimé ou pas.

Le dessin fait un peu daté, et pour cause : le manga, quasiment contemporain d’Asatte dance, a déjà plus de 20 ans. Ce qui fait que, comme ce sont apparemment les deux seules oeuvres de Naoki Yamamoto qui ont été traduites en français à ce jour, je me demande comment son style a évolué depuis. Les scènes érotiques m’ont semblé très réussies. Les corps féminins sont particulièrement joliment dessinés. J’y ai trouvé beaucoup de sensualité, même quand les scènes virent à la pornographie.

Blue
Naoki Yamamoto
Editions imho
Pour 16 ans et plus

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Elevée à la campagne dans une famille pauvre, Fanny Hill se retrouve orpheline alors qu’elle n’a pas encore 15 ans. Sur les conseils d’une femme du village, elle se rend à Londres pour tenter d’y trouver la fortune. Aussitôt arrivée, elle se rend dans un bureau de placement afin de trouver du travail et s’y laisse prendre aux beaux discours d’une maquerelle, qui s’est présentée comme une femme honorable cherchant de la compagnie. Ce sera le début d’une suite d’aventures que, s’étant rangée, Fanny raconte dans une longue lettre à une amie qui nous est inconnue.

 J’étais à la fois curieuse depuis longtemps de lire ce classique qui est sans doute l’oeuvre érotique anglaise la plus connue, et un peu réticente, m’attendant à y trouver, une fois de plus, les fantasmes masculins d’idéalisation de la prostitution. Lorsque Jérôme m’a annoncé qu’il avait trouvé le livre dans une brocante, j’ai pensé que c’était une bonne occasion et lui ai proposé une lecture commune. J’y suis néanmoins allée sur la pointe des pieds, en choisissant cette version écourtée, me réservant la possibilité d’en lire l’intégralité en VO si jamais ça me plaisait. Le fait que la traduction soit de Fougeret de Montbron m’intriguait également, puisque l’un de ses romans, Margot la ravaudeuse, figure dans mon recueil de récits libertins du 18ème siècle (je pense d’ailleurs que je vais déroger à l’ordre du livre et que ce sera ma prochaine relecture).

Cette traduction de Fougeret de Montbron, paru en 1751, est la première traduction française de Fanny Hill. Il fallut attendre 1887 pour pouvoir lire en français la traduction intégrale du roman de John Cleland. Fougeret de Montbron a effectué cette traduction alors qu’il séjournait à Londres, très peu de temps après la première publication de Fanny Hill, que John Cleland a rédigé en 1748, alors qu’il était en prison pour dettes. Fougeret de Montbron ne s’est pas contenté de traduire, il a également adapté : le texte que j’ai eu entre les mains compte à peu près 80 pages, soit environ un tiers de la longueur originale du roman, d’après ce que j’ai pu comprendre. Je ne peux donc pas juger du texte de John Cleland, bien que « l’introduction » (qui est très intelligemment située à la fin du livre, plutôt qu’au début, et ne gâche donc pas la lecture en dévoilant toute l’histoire avant qu’on ait commencé à lire) affirme que Fougeret de Montbron a été fidèle à l’esprit original, mais j’ai, du moins, bien envie de le découvrir.

J’ai, en effet, bien plus apprécié ma lecture que ce que à quoi je m’attendais. Je crois que cela tient au personnage de Fanny et à sa personnalité. Celle-ci est pleine de fraîcheur, naturelle, et garde toujours une part d’ingénuité jusque dans la débauche. Echappant aux stéréotypes des prostituées dans les romans libertins, elle n’est ni vénale, ni nymphomane. Lorsqu’elle se donne, c’est par amour, reconnaissance, estime, désir. Elle agit de façon spontanée, saisissant les occasions qui passent. J’ai perçu une certaine candeur dans sa façon de se laisser aller à ses envies. De ce fait, j’ai trouvé son personnage attachant.

De plus, elle est entière. Contrairement aux narrateurs des romans libertins que j’ai pu lire dernièrement qui se laissent entraîner ou se jettent dans la débauche jusqu’à en être écoeurés et finir par se repentir, Fanny trace sa route et reste fidèle à elle-même. Excepté dans les moments où elle est victime de méchants (telle que l’odieuse maquerelle rencontrée à son arrivée à Londres), elle prend son destin en main et choisit sa vie. De ce fait, Cleland et Fougeret de Montbron ont dressé un beau portrait de femme, avec une écriture qui est, de surcroît, fort agréable.

Le roman n’est pour autant pas exempt de clichés, tant dans les personnages que dans la description des scènes érotiques : douleur des dépucelages exagérément outrée, suivie aussitôt de plaisirs d’une intensité assez peu crédible. On retrouve d’ailleurs à plusieurs reprises d’abjects adeptes des dépucelages violents. Bien qu’on soit loin du réalisme montré dans la BD Chimère (s) 1887, par exemple, j’ai un peu de mal à lire ce genre de passages avec sérénité.

Hormis ce petit bémol, j’ai beaucoup apprécié la lecture de ce « résumé » de Fanny Hill et je me suis empressée d’ajouter la version intégrale à ma LAL. Il sera intéressant de comparer les deux versions.

J’ai donc fait cette lecture en compagnie de Jérôme, qui a lu la v ersion intégrale et a, lui aussi, bien aimé, et apporte d’autres précisions sur les traductions françaises du roman.

Je vous renvoie également à l’intéressant billet de Monsieur de C.

Et c’est une deuxième participation au challenge Badinage et libertinage.

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Jusqu’à présent, je ne connaissais Agnès Giard qu’à travers son blog, que je suis régulièrement. J’admire son érudition et j’apprécie de trouver à puiser chez elle des idées de lecture, mais, bien souvent, je ne la suis ni dans ses raisonnements, ni dans ses opinions, ce qui fait que ce que j’y lis m’intéresse et m’agace, voire parfois m’indigne, à la fois. C’est donc non sans une certaine appréhension que je me suis lancée dans ce livre.

J’ai bien retrouvé la blogueuse dans l’écrivain et ai, une fois de plus, été admirative devant l’étendue de ses connaissances mais, si j’ai ronchonné intérieurement au début parce que je craignais qu’elle n’aborde pas certains aspects, mes récriminations se sont faites de plus en plus rares au fur et à mesure que j’avançais, parce qu’elle dresse un panorama très complet et aborde son sujet dans son ensemble. De même, à plusieurs reprises, au début du livre, j’ai fulminé intérieurement parce que je la trouvais trop complaisante vis à vis de comportements que je trouvais choquant. Ce fut le cas par exemple lors d’un passage où elle évoque un réalisateur de films porno qui cherche à montrer la honte chez ses actrices et qui a poussé le perfectionnisme au point qu’une de ses actrices a fini dans un hôpital psychiatrique après un tournage. En avançant dans le livre et en réfléchissant, j’en suis arrivée à me dire que c’était ma propre indignation qui me faisait trouver son ton approbateur, et qu’elle a en fait adopté une attitude plutôt neutre qui est, au final, celle qui me semble la plus appropriée pour ce type d’ouvrage.

Toujours est-il qu’il m’a été impossible de rester indifférente à la lecture de ce livre. Grosse lectrice de mangas, je suis de plus en plus fascinée par la culture japonaise à mesure que j’apprends à la connaître et j’ai ressenti à la lecture de ce livre les sentiments que m’inspirent le Japon de façon générale : un mélange d’attirance et d’incompréhension, voire de répulsion.

Il faut dire que, si l’on synthétise ce qu’elle expose dans le livre, le résultat est assez glauque. En tentant de résumer ses propos en quelques lignes, je vais forcément caricaturer un peu mais, ce qu’il en ressort de façon générale, c’est que est considéré comme beau et attirant ce qui est éphémère (la floraison des arbres comme la fraîcheur des jeunes filles) et que, au Japon, on détruit ce qui est beau (fantasmes de viols, d’humiliation). Passant des fantasmes à la société japonaise, elle fait la description d’un peuple que j’ai ressenti comme étant en train de s’autodétruire : elle affirme que, selon une étude de 2005, 1/3 des couples mariés n’avait pas fait l’amour depuis plus d’un mois. Une étude de 2010 semblerait montrer que ce chiffre a encore augmenté, pour dépasser 40%. En parallèle le nombre d’hommes célibataires s’accroît de façon inquiétante, à tel point que le ministère de l’Education a débloqué des fonds en 2001 pour les éduquer.

Agnès Giard nous dresse le portrait d’une génération d’hommes qui ont grandi entre un père absent et une mère qui les chouchoutait et leur mettait la pression pour les études, qui ont tout consacré à leur vie professionnelle, qui attendent seulement d’une épouse qu’elle leur serve de boniche, qui ne savent pas que dire aux femmes ni comment les séduire, et qui n’ont pas envie de s’y atteler. Ces hommes, qui terminent leurs journées de travail avec leurs collègues dans les bars à hôtesses, préfèrent collectionner les petites culottes souillées ou les poupées sexuelles plutôt que de nouer des relations avec des femmes.

Face à eux, les jeunes femmes, qui n’ont pas connu la même pression, seraient des écervelées uniquement préoccupées de leur apparence et de posséder tous les produits à la mode. Parmi ces femmes harcelées dans les transports ou au travail, certaines n’hésitent pas à exploiter les désirs masculins pour augmenter leur pouvoir d’achat… tout en continuant à rêver au grand amour.

Personnellement je trouve ça flippant!

 Evidemment, la question que je me suis posée est : dans quelle mesure ce qu’elle décrit est-il digne de foi… et je suis bien incapable d’y répondre, puisqu’elle en sait infiniment plus que moi sur le sujet! Le seul point sur lequel je me permettrais d’émettre une opinion est le sujet des yaoi (comme j’en lis beaucoup et que j’ai lu quelques livres à leur sujet) qu’elle évoque en quelques lignes. J’ai trouvé ce qu’elle en disait caricatural et réducteur. C’était très bien écrit et ça sonnait très joliment, mais il m’a semblé que l’objectivité y perdait. Les légendes et anecdotiques historiques qu’elle évoque pour expliquer l’origine des yaoi m’ont intéressée et m’ont semblé bien éclairer certaines choses qu’on retrouve dedans, mais j’ai eu néanmoins le sentiment qu’elle passait à côté de quelque chose. Ce qui fait que je n’ai pas pu m’empêcher de considérer l’ensemble de l’ouvrage avec un peu de suspicion.

Cependant, j’ai retrouvé dans ce qu’elle décrit beaucoup de traits que j’avais pu croiser à maintes reprises dans des mangas, animes, romans ou articles, et qui semblent des éléments constitutifs importants de la culture érotique ou de la société japonaise. Ce que j’ai toutefois regretté, c’est qu’elle les place sur le même plan que des pratiques qui semble beaucoup plus marginales. Ainsi elle consacre tout un chapitre aux poupées qui, loin d’être simplement des jouets sexuels, sont des oeuvres d’art et quasiment des compagnes pour leurs propriétaires. A en croire Agnès Giard, les japonais préféreraient maintenant aux vraies femmes ces copies inanimées. Néanmoins, pour évoquer un magazine à gros succès traitant exclusivement de ces poupées, elle indique qu’il compte 8 000 lecteurs réguliers!

Je trouve donc difficile, à la lecture de cet ouvrage, de se faire une idée réelle de la culture érotique japonaise.

Néanmoins, il y a énormément de choses à en retirer et sa lecture vaut largement le coup, car elle est tout de même très instructive. Déjà, c’est un livre superbe, abondamment et très joliment illustré. D’autre part, ce gros livre de plus de 300 pages est une véritable mine pour qui s’intéresse à la culture japonaise et veut la découvrir. Comme je l’ai dit plus haut, l’érudition d’Agnès Giard est très vaste et éclectique. On découvre donc dans le livre nombre de légendes, récits historiques, artistes officiant dans le domaine de l’érotisme. J’y ai relevé beaucoup de références d’écrits littéraires et d’essais sur le Japon. Et c’est un livre que je garderai près de moi, car il me faudra énormément de temps pour approfondir et digérer les photographes, dessinateurs, peintres représentés dans le livre et dont les images m’ont plu ou m’ont interpellée. Je vous ferai sans doute part de ces approfondissements dans le futur, au fil des mois.

En refermant ce livre, la réflexion qui m’est venu à l’esprit est que le titre en est un peu mensonger. Ce que j’ai trouvé dedans de plus frappant, c’est qu’il y est seulement question de l’imaginaire érotique de la moitié de la population japonaise : les hommes. Ils ont des critères de beauté, des fantasmes, des envies. Dans tout cela, qu’elles soient vénérées ou maltraitées, les femmes ne sont que des objets de plaisir, pas des partenaires. Bien sûr, Agnès Giard évoque les femmes, mais uniquement par rapport à l’imaginaire érotique masculin. Elles semblent avoir le choix entre trois options : se soumettre aux désirs masculins, les utiliser pour tirer profit des hommes et prendre une revanche sur eux, ou s’en tenir à l’écart. Mais ces femmes ont-elles des désirs, des fantasmes? Quelqu’un s’y intéresse-t-il? Le livre ne nous l’apprend pas!

Cette lecture constitue ma quatrième participation au défi Images du Japon de Kaeru.

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Sous ce titre assez raccoleur se cache un essai très sérieux de Virginia Burrus, une historienne américaine spécialiste du christianisme ancien. Il porte sur un champ d’investigation limité : les hagiographies (Vies de saints), genre littéraire apparu dans l’antiquité tardive. Virginia Burrus traite, dans cet ouvrage, d’une dizaine d’entre elles, qui comptent parmi les premières et les plus célèbres, et qui, pour la plupart, ont été écrites et publiées à la fin du 4e siècle.

Une bonne partie de l’ouvrage consiste en une présentation des auteurs de ces Vies, dont certains sont célèbres (saint Jérôme, Sulpice Sévère ou saint Augustin) et un résumé desdites Vies. Ces parties étaient assez plaisantes car certaines Vies sont de vrais romans d’aventure et leurs auteurs, empressés de clamer les louanges des saints dont ils font la biographie, n’hésitent pas à verser dans le fantastique en rapportant leurs hauts faits et les miracles que ceux-ci ont accomplis. Par ailleurs, j’ai été très contente de connaître enfin les détails de la vie de gens que j’ai si souvent croisés soit dans des livres, soit en peinture dans les églises ou les musées : saint Jérôme, que j’ai déjà cité, saint Martin, l’évêque de Tours, ou sainte Marie l’Egyptienne, et d’être maintenant mieux à même de comprendre la façon dont ils sont représentés dans les oeuvres picturales.

Bien évidemment, la réalité est bien moins sulfureuse que le titre de l’ouvrage ne le laisserait supposer et ces moines et ces saintes femmes n’avaient pas de vie sexuelle ou y renonçaient. Pourtant, ces Vies ne sont pas totalement dépourvues d’érotisme, qu’il soit apparent (comme le récit que fait saint Jérôme de la tentation à laquelle est exposé un martyr, qu’une prostituée vient aguicher alors qu’il est attaché), symbolique ou l’expression inconsciente de l’univers fantasmatique de l’auteur de la Vie.

Et c’est là que je suis restée sur ma faim. Si le symbolisme et les sous-entendus sont, dans certains cas, évidents, ils le sont nettement moins dans d’autres, et j’aurais aimé que Virginia Burrus les analyse plus et de façon plus claire. Grosso modo, elle donne une longue lecture au premier degré de ces textes, n’explique que peu le second degré, mais part souvent au trentième degré, dans des interprétations philosophico-poétiques que j’ai eu beaucoup de mal à suivre et qui m’ont parfois fait m’interroger sur leur pertinence. Si, comme je le disais plus haut, le résumé des Vies est plaisant à lire, le reste est assez aride et d’un accès qui n’est pas aisé. J’ai regretté de ne pas avoir le livre en anglais, car je me suis demandé si cette aridité venait de l’auteur elle-même ou de la traduction française, la version originale étant, pour certains ouvrages, plus aisément compréhensible que sa traduction. Toujours est-il que j’ai lu le livre doucement et que j’ai dû pas mal m’accrocher.

Ce que j’ai néanmoins retenu, c’est qu’il y a une opposition entre les Vies de saints et les Vies de saintes. Ce qui compte dans la vie d’un saint, c’est sa vie, tandis que ce qui compte dans celle d’une sainte, c’est sa mort. Les femmes qui sont évoquées dans le livre ne sont pas pour autant des martyres. Souvent aisées, elles peuvent être mères de famille, comme Paula, la mère de saint Augustin, et décident de vivre en fonction de Dieu. Leur mort, tranquille, est érotisée. Le cadavre paraît beau et comme transfiguré, comme si la mort représentait un mariage avec Jésus.

Si l’on retrouve dans les Vies des saints cette aspiration à une union avec Dieu qui renvoie d’eux une image un peu féminisée, ce qui frappe essentiellement ce sont les « couples » entre le saint et l’un de ses disciples, qui évoquent une attirance homosexuelle. Dans le cas de la Vie de saint Martin par Sulpice Sévère, s’y ajoute tout un jeu sur les échanges de conditions sociales et de pouvoir, non seulement à l’intérieur du récit, mais dans la relation entre le saint et son biographe, celui-ci étant un gallo-romain lettré alors que Martin est d’origine barbare. Si bien que, dans ses commentaires sur ce récit, Virginia Burrus vient non seulement s’appuyer sur un ouvrage de Linda Hart, La performance sadomasochiste, qu’elle cite régulièrement tout au long du livre, mais aussi sur celui de Anne McClintock, Imperial leather : race, gender and sexuality in the colonial contest, parce que celle-ci y évoque le fétichisme né des relations sexuelles entre personnes de classes sociales différentes dans l’Angleterre victorienne.

Les Vies de celles que Virginia Burrus nomment les saintes catins forment une catégorie à part dans les hagiographies féminines. Contrairement aux autres saintes, leur mort n’est pas l’essentiel : leurs Vies, qui ont connu un grand succès d’édition à l’époque de leur publication, relèvent de la littérature de conversion. L’auteur refuse de voir une opposition binaire entre le péché et la sainteté. Elle y voit au contraire un prolongement :  la conversion est une forme de séduction, une conquête à laquelle on consent. De ce fait, elle voit une continuité et non une rupture dans la vie de ces femmes. Elle affirme ainsi que « la « sainte catin » de l’hagiographie antique est seulement cela : une « catin » déjà sainte et qui pourtant ne se repent pas. » La sainte catin ne cesse pas de séduire et de se rendre désirable mais change simplement d’objet. Cette vision me semble illustrée par la Vie de Pélagie. Celle-ci, à l’origine une actrice, passe un jour près d’une assemblée d’évêques qui détournent les yeux pour ne pas être tentés. Seul l’évêque Nonnos proclame qu’ils devraient se faire ses élèves, et parer leur âme pour plaire à Dieu comme elle pare son corps pour plaire aux hommes.

Je suis contente de cette lecture, même si j’ai peiné dessus. Beaucoup de passages étaient tout de même amusants et je me suis énormément instruite en lisant cet essai, mais je reste sur ma faim car j’aurais voulu comprendre mieux et apprendre plus. De ce fait, je ne le recommanderais pas à quelqu’un qui n’est pas particulièrement passionné par le sujet ou qui le découvre complètement.

La vie sexuelle des saints
Virginia Burrus
Bayard

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Jung Kyung-a est diplômée d’histoire. Elle a néanmoins fait carrière en tant que scénariste de dessins animés et auteur de bandes dessinées. C’est l’intervention américaine en Irak, en 2003, qui l’amène à s’interroger sur le rapport entre la guerre et les femmes. C’est ainsi qu’elle en est venue à travailler sur celles qu’on a appelées les « femmes de réconfort », ces femmes, parmi lesquelles beaucoup de coréennes, prostituées de force dans des bordels à l’usage des militaires japonais.

Le résultat de ses recherches est ce manhwa (bande dessinée coréenne) de plus de 250 pages, qui est apparemment suivi d’un deuxième tome qui n’a pas l’air d’avoir été publié en France ni de devoir être publié dans un futur proche. Ce premier volume m’a semblé un OVNI car je n’avais jamais eu une telle bande dessinée entre les mains.

Le manhwa est divisé en 3 parties, de longueurs inégales. La première, sorte de chapitre introductif, est centré sur une hollandaise. Elle permet d’aborder différents thèmes :
– comment les rescapées ont commencé à se faire entendre dans les années 90s et à réclamer que l’Etat japonais reconnaisse leur existence et sa responsabilité,
– la difficulté pour ces femmes de révéler le secret honteux qu’elles ont porté en elles pendant 50 ans, n’osant pas même en parler aux membres de leur famille,
– le fait que, non seulement des asiatiques ont été concernées, mais que des occidentales qui vivaient dans les colonies hollandaises conquises par les japonais, ont été déplacées des camps de prisonniers où elles étaient détenues pour être enfermées dans ces bordels à l’usage exclusif des militaires japonais.

La seconde partie, qui constitue l’essentiel de l’album, s’appuie sur l’ouvrage de Aso Tetsuo, un médecin militaire chargé d’examiner les jeunes filles et jeunes femmes qu’on envoyait dans ces bordels, Méthode de prévention active des maladies vénériennes. En utilisant ce médecin comme fil conducteur, l’auteur dresse une chronologie, montrant que la pratique ne date pas de la seconde guerre mondiale mais remonte aux débuts de l’expansionisme japonais. Elle montre comment l’organisation des « maisons de réconfort » a évolué et s’est structurée, et décrit les conditions inhumaines dans lesquelles ces jeunes filles étaient détenues et violées à longueur de journée. Elle développe également les différentes techniques de recrutement de l’armée : promesse fallacieuse d’un travail, menaces et enlèvements.

La troisième partie, aussi courte que la première, dresse le portrait d’une de ces femmes à travers un séjour qu’elle a effectué dans sa famille, au cours duquel l’auteur l’a accompagnée.

La transition entre les parties est constituée d’intermèdes assez étranges, dans lesquels des amies de l’auteur font des commentaires sur son manhwa et qui sont ponctués d’interventions d’un personnage représentant Yun Mi-Hyang, secrétaire générale du Conseil coréen pour les femmes enrôlées de force comme esclaves sexuelles au service de l’armée japonaise, qui précise des définitions et des faits historiques.

Dans chacune des trois parties, une couleur vient s’ajouter au noir et blanc dans les dessins. J’ai lu le manhwa tard le soir, à la lumière artificielle, et j’avais cru qu’il était en noir et blanc. Ca m’a fait tout drôle de découvrir, le lendemain, les couleurs à la lumière du jour. Du coup, je l’ai reparcouru complètement. La première partie est agrémentée de tons de vert/kaki qui m’ont évoqué les uniformes militaires. La seconde est dominée par des tons de rouge et de rose, dans lesquels je vois à la fois la couleur du sexe et de l’érotisme, et celle du feu et de la mort. Dans la dernière enfin, on trouve du jaune et de l’ocre. Je ne sais comment l’interpréter mais j’ai vu dans ces couleurs lumineuses de l’espoir.

Dans l’ensemble, la forme du manhwa m’a complètement déroutée. Les dessins sont très simples, très naïfs, peu de décors. Parfois des photos, reproduites telles quelles ou redessinées par l’auteur. Tout est très factuel : des cartes, des plans, des citations. Ca m’a fait penser à un cours d’histoire qui aurait été retranscrit sous forme de fiches pour que l’essentiel soit facilement assimilable et mémorisable. Ce qui ne veut pas dire que l’album soit indigeste, bien au contraire! Déjà, il est très aéré, et le ton, toujours très pudique, est souvent naïf, presque enfantin, et rempli de traits d’humour. Au début j’ai trouvé étonnant ce contraste entre le sujet et la façon dont il est abordé. Avec le recul, ça me semble une très bonne idée. D’une part, ça permet à l’auteur de garder une certaine distance, d’être factuelle et non accusatrice. D’autre part, je pense que la lecture m’aurait sans ça paru insoutenable.

Si elle s’intéresse bien évidemment à la condition des femmes, à travers le destin tragique de ces « femmes de réconfort », ce sont les guerres que Jung Kyung-a entend dénoncer, d’où l’apparition dans une case de G.W. Bush. Ainsi, elle condamne également les pressions qui étaient exercées sur les soldats pour qu’ils fréquentent les « maisons de réconfort ». Les officiers vérifiaient parfois que les soldats passaient bien à l’acte. Cela faisait partie de leur apprentissage et des valeurs qu’on voulait leur inculquer pour faire d’eux des guerriers. Elle évoque également le fait que à la fin de la guerre, des « maisons de réconfort » ont été créées à l’intention des soldats alliés, dans le but de préserver les japonaises.

J’ai appris énormément de choses en lisant ce bel album. S’il m’a déroutée au départ, je le trouve, avec le recul, très bien fait et je ne saurais trop vous le conseiller si le sujet vous intéresse et que vous en voulez une première approche.

Cette lecture constitue ma deuxième participation au défi Images du Japon de Kaeru.

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Voilà déjà un bon moment que j’avais repéré ce magazine en kiosque. Je ne m’étais pas risquée jusque-là à aller y voir de plus près car, paradoxalement, les magazines littéraires m’ennuient profondément en règle générale. J’étais néanmoins intriguée par la petite formule qui figure sous le titre « L’actualité par les livres du monde ». Le thème du dernier numéro m’a poussée à franchir le pas et je ne le regrette pas du tout, car j’en ai trouvé la lecture passionnante et très instructive, et je compte désormais suivre la revue si elle aborde des thèmes qui m’intéressent.

Bien plus qu’à un magazine littéraire, Books m’a fait penser à Courrier International. La façon de procéder est, en effet, identique : ce numéro spécial est une compilation d’articles de différents pays. La différence, c’est que les articles ici traduits et reproduits sont exclusivement des critiques de livres. Ces articles étant très longs (3 à 6 pages), ils font largement plus que donner un avis sur un livre. Soit ils en constituent une synthèse ou une critique, soit ils débordent largement sur le sujet. Ils sont donc très riches d’un point de vue informatif.

Les sujets traités sont très variés, la sexualité étant abordée sous de nombreux aspects, mais j’ai ressenti néanmoins une certaine cohérence dans l’ordre de présentation des articles. La variété des thèmes touche aussi bien à l’aspect géographique (cela va des concubines en Chine au proxénétisme au Canada en passant par un historique de l’homosexualité et de sa perception en Iran), qu’à l’aspect temporel (on voyage de la Grèce antique et la place qu’y occupait l’homosexualité aux réflexions contemporaines sur le polyamour en passant par les méthodes de travail de Masters et Johnson dans  les années cinquante) ou qu’aux différentes pratiques – ou absences de pratique (la revue traite de l’asexualité au Japon, du rejet du coït par une féministe américaine dans les années 70s, de la masturbation, de l’érotisme dans la littérature arabe féminine contemporaine). Pour vous faire une meilleure idée du contenu du magazine, vous pouvez en consulter le sommaire et lire le début des articles sur son site, ici. Je précise que, bien que les sujets abordés soient quelquefois un peu « techniques », les articles sont d’un accès aisé et ne sont pas ennuyeux, loin de là!

 Ceux qui me lisent régulièrement se souviendront peut-être que, dans mon billet posté il y a quelques jours sur L’éloge de la masturbation de Philippe Brénot, j’avais été, une fois de plus, assez casse-pieds, lui reprochant d’être trop véhément à l’égard des détracteurs de la masturbation et pensant qu’il était possible que ça ait pu nuire à la rigueur et à l’objectivité de ses recherches. Comme je ne maîtrise pas du tout le sujet, il ne s’agissait là que d’une impression dont j’ignorais si elle était fondée ou non, si bien que, après coup, j’avais eu des remords et m’étais reprochée d’avoir été trop sévère pour son ouvrage. J’ai donc été agréablement surprise de lire dans Books les deux articles relatifs à la masturbation. L’un est une critique assez rude par un historien d’un ouvrage d’un non-historien, qui avance la même théorie que Philippe Brénot, à savoir que la condamnation de la masturbation au 19e siècle trouve ses origines dans la découverte des spermatozoïdes un siècle plus tôt. L’autre est une critique élogieuse d’un ouvrage d’un historien spécialiste du sujet. Il en ressort que la découverte des spermatozoïdes n’aurait rien à voir avec l’affaire et qu’on ne sait pas ce qui a provoqué ce phénomène. Du coup, ça m’a donné envie de creuser le sujet!

Ce n’est d’ailleurs pas le seul sujet que le magazine m’a donné envie de creuser : je retiens de sa lecture pas mal d’ouvrages qui ont l’air intéressants, tant parmi ceux qui faisaient l’objet des articles, que parmi ceux qui figuraient dans de petits cadres « pour en savoir plus » à la fin de certains d’entre eux. J’ai fait un petit diaporama de quelques-uns des livres qui me tentent. Reste plus qu’à trouver le temps de lire, ce qui n’est pas le plus aisé!

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Quand Cupidon s’emmêle est le dernier d’une série de trois volumes, intitulée Les cinq sens d’Eros, regroupant l’oeuvre érotique de Giuseppe Manunta. Cette série publiée récemment aux éditions Tabou regroupe des histoires qui avaient initialement paru à la fin des années 90s.

Le volume qui m’occupe aujourd’hui regroupe 7 histoires courtes :

 – Cinéma maison : Une femme rentre chez elle en retard et se fait rabrouer par son mari, affalé devant la télé à attendre son dîner. Enervé par la tenue trop suggestive qu’elle porte, il la violente  jusqu’à ce que la scène soit interrompue par un « Coupez! »

La dernière séance : Une femme retrouve tous les mercredis son amant au cinéma. Celui-ci la pousse à se livrer dans la salle à des actes de plus en plus poussés avec d’autres spectateurs.

La journée extraordinaire : Une jeune femme sur le point de se marier veut vivre une journée extraordinaire, « de celles qui changent une vie » et satisfait toutes ses envies.

La loi de Murphy : Deux femmes s’aiment. Chacune décide de l’annoncer à son copain.

Génération avenir : Cette histoire futuriste se passe dans un monde dominé par les femmes, où les hommes ne sont laissés en vie que pour servir de reproducteurs.

Par le petit bout de la lorgnette : Pour sa nuit de noce, un jeune marié veut sodomiser sa femme, qui s’y refuse. Furieux, il part chercher ailleurs de quoi satisfaire ses envies, pendant que la jeune femme réfléchit et remet ses préjugés en question. Mais ce n’est pas un bon jour pour le mari…

Un verre de trop : A une fête, l’organisateur tente de faire une déclaration à une amie mais celle-ci ne l’écoute pas et choisit un autre homme. L’amoureux éconduit fait boire son rival pour le neutraliser.

Les dessins de Giuseppe Manunta sont très doux, tant dans le trait que dans les couleurs, ce qui leur donne un côté naïf. De ce fait… euh… j’aurais envie de dire que ça dédramatise le propos, mais l’expression n’est pas très appropriée. Disons simplement que c’est un mélange très réussi d’un fond plutôt pimenté et d’une forme soft, qui fait que le fond me semble plus accessible qu’il pourrait l’être avec un style de dessin différent.

Pour rester sur le fond, les thèmes des histoires ne sont pas d’une originalité renversante et les intrigues ne sont pas très fouillées. Il faut reconnaître néanmoins qu’il n’est pas facile de faire quelque chose de fouillé en 7 pages (la durée de chacune des histoires). De plus, il y a très clairement une volonté de l’auteur de raconter quelque chose qui se tienne, ce qui est louable. Giuseppe Manunta semble notamment avoir attaché de l’attention à ses chutes, y ménageant des rebondissements souvent humoristiques. Du fait de cette bonne volonté évidente, je suis d’autant plus incline à l’indulgence que certaines histoires m’ont amusée, en particulier Cinéma maison et Par le petit bout de la lorgnette.

L’album ne repose pas uniquement sur le sexe et sur l’humour. Il y est aussi beaucoup question de sentiments. L’auteur parle d’amour et de tendresse, à travers la mise en scène de différentes configurations de rapports homme-femme, de fantasmes et d’envies.

C’est pour moi une découverte sympathique et je compte bien poursuivre ma lecture de cette trilogie.

Giuseppe Manunta
Quand Cupidon s’emmêle
Editions Tabou

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Etant affreusement en retard dans mes lectures, je vais me contenter pour une fois de faire un copier-coller de l’autre blog, du compte-rendu d’une conférence à laquelle j’ai assisté, lors des Rendez-vous de l’histoire. Je sais, ce n’est pas beau!… Mais j’ai très envie de faire connaître ces livres qui me tentent terriblement!

La virilité, une question d’époque?

C’est la conférence que j’attendais avec le plus d’impatience! Elle avait pour but de présenter un monument de 1 600 pages en 3 tomes qui vient de sortir : une Histoire de la virilité. Cet ouvrage, auquel ont collaboré une quarantaine d’auteurs renommés, a été dirigée par Georges Vigarello pour le premier tome (de l’Antiquité au 18e siècle), Alain Corbin pour le deuxième tome (19e siècle) et enfin Jean-Jacques Courtine pour le troisième et dernier tome (20e et 21e siècle). Si je ne connaissais pas ce dernier, qui est un spécialiste du corps, les deux autres noms m’étaient en revanche familiers.

Georges Vigarello, qui a également travaillé sur le corps, mais aussi sur l’apparence et l’hygiène, est notamment l’auteur de Le propre et le sale, d’une Histoire des pratiques de santé, d’une Histoire de la beauté et d’une passionnante Histoire du viol, que j’ai chroniquée ici. Alain Corbin a publié de nombreux ouvrages centrés sur la société du 19e siècle : Le miasme et la jonquille, L’avènement de la société des loisirs : 1850-1960, Les filles de noce : misère sexuelle et prostitution au 19e siècle, ou encore L’harmonie des plaisirs : les manières de jouir du siècle des Lumières à l’avènement de la sexologie, que je suis en train de lire. Je l’ai découvert avec Le destin retrouvé de Louis-François Pinagot, pour lequel il a choisi au hasard une personne dans des archives départementales et a essayé de faire sa biographie. Bien que l’histoire contemporaine ne soit pas trop ma tasse de thé, j’avais beaucoup aimé ce livre et espérais voir son auteur. Il n’a malheureusement pas pu être présent, mais Jean-Jacques Courtine et Georges Vigarello étaient bien là, et ils se sont révélés captivants.

 La virilité est apparue chez les grecs. Si elle se manifeste de différentes façons selon les lieux et les époques (par exemple, dans l’Antiquité on tolérait que la puissance sexuelle masculine s’exerce sur des adolescents ou des « non-citoyens », le christianisme a mis fin à ces pratiques), elle peut se définir en trois points :
– elle se caractérise par un comportement qui est celui de la domination et de la puissance, y compris physique
– cette puissance se manifeste vis à vis de la femme
– elle ne caractérise que les individus formés

Ce modèle s’est transmis avec tellement d’efficacité que nous n’en sommes jamais sortis. Pour expliquer cette domination du féminin sur le masculin, les deux auteurs ont renvoyé à Françoise Héritier qui explique qu’elle s’appuie sur :
– la force physique,
– des qualités morales dont l’homme fait la preuve dans l’affrontement (maîtrise de soi, courage),
– l’exercice de la puissance sexuelle.
Ces principes régissent non seulement la domination des hommes sur les femmes, mais également la hiérarchie des hommes entre eux. Ce qui fait l’efficacité de ce modèle c’est qu’est ancrée la conviction qu’il s’appuie sur une nature éternelle. Françoise Héritier voit dans la domination masculine une compensation au fait que les femmes peuvent enfanter et que ce sont elles qui mettent au monde les enfants mâles. De là vient l’importance de la transmission de la virilité aux garçons par les enfants, qui permet de perpétuer la virilité entre mâles.

La virilité s’est longtemps exprimée dans l’affrontement. Puis, à partir de la Renaissance, puis avec le développement de la vie de Cour, la notion de maîtrise de soi a pris de plus en plus d’importance. Les Lumières et la Révolution française auraient pu être le moyen d’en finir avec la virilité. Mais, au contraire, les représentations des hommes et des femmes se sont mises à changer : la physiologie de la femme la prédispose à enfanter, ce qui laisse la sphère sociale à l’homme. L’asymétrie homme-femme s’installe de façon définitive. Le 19e siècle, qui repose dessus, est celui de la virilité triomphante.

La première guerre mondiale a représenté un tournant: elle a marqué le triomphe de l’acier sur la chair, portant un rude coup à la virilité guerrière : la fragilité du corps masculin ne pouvait plus être niée. Un peu plus tard, le symbole de virilité qu’était l’ouvrier (avec comme modèle absolu Stakhanov) a été défait par la mécanisation.

On peut voir dans l’apparition des super-héros dans les années 30s et 40s et dans leur succès qui ne s’est jamais démenti depuis, le reflet des inquiétudes masculines et de la contradiction entre le désir de puissance de l’homme et son impuissance dans la vie réelle.

La deuxième moitié du 20e siècle a été marquée par l’obtention de droits pour les femmes. Les femmes ont complètement occupé l’espace public, ce qui fait que la position de l’homme est d’emblée vécue comme menacée, et ça c’est nouveau. Cependant, la virilité qu’on considère aujourd’hui comme en crise, l’a en fait toujours été au fil des siècles. En effet, cette nécessité de puissance et de perfection implique qu’il puisse y avoir fragilité, ce qui a toujours généré des inquiétudes et des angoisses. Les deux intervenants l’ont qualifiée d’idéologie d’homme âgé et de l’inéluctable (car relevant du type : « c’était mieux avant »).

La conférence s’est achevée sur une question à propos de l’affaire DSK. Sans se prononcer aucunement sur le fond, mais en se référant uniquement à la couverture médiatique de l’affaire, l’auteur de l’Histoire du viol a indiqué que l’importance accrue que notre société attache à l’individu fait que les gestes non voulus qui attentent à la pudeur ne sont plus acceptés, et il a conclu en disant qu’il était temps!

La conclusion que je ferais moi de cette passionnante conférence, c’est que je sais ce que je vais demander au Père Noël cette année!

 

Les Rendez-vous de l’histoire ne consistent pas uniquement en des conférences mais aussi en des expositions, projections de films et en un salon du livre riche en tentations! J’y ai fait une razzia et j’ai notamment acheté ceci :

Cette BD raconte l’histoire d’une jeune prostituée de la fin du 19ème siècle, officiant dans une maison close. Elle m’intéresse car le récit semble offrir une vision plus réaliste qu’idéalisée ou fantasmée. A voir!

 

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Pierre Fournier vient d’être quitté par sa femme, qui l’avait abondamment trompé avec tous ses amis, dont Hugo, le patron de l’écurie du roman La jument. Le mari délaissé se console donc avec sa bonne, une jeune femme qui se prête de plus ou moins bonne grâce à ses exigences les plus diverses, moyennant une généreuse rétribution.

Après avoir, des années durant, croisé le nom d’Esparbec sur les étalages de mon libraire préféré, c’est avec ce roman que je me suis enfin décidée à assouvir ma curiosité.

Avant de vous dire ce que j’en ai pensé, je vais me permettre une de ces digressions dont j’ai parfois la fâcheuse habitude. A peu près la moitié des billets que j’ai postés ici jusqu’à présent ont été écrits à l’origine pour un forum que j’ai fréquenté assidûment durant une longue période de temps (il m’en reste encore 5 ou 6 à poster, après quoi mon rythme de publication devrait se trouver quelque peu ralenti). Pour quelques-uns d’entre eux, je me suis contentée d’un simple copier-coller, en ne changeant quasiment aucun mot. Mais la majeure partie a subi des modifications, s’échelonnant du simple toilettage au remaniement en profondeur. Je constate en effet que les lectures que j’ai pu faire depuis modifient rétrospectivement mon opinion à propos de ce que j’ai lu avant. Par ailleurs, certains ouvrages gagnent à être relus et d’autres y perdent. J’ai donc été, pour certains ouvrages, moins tendre que je n’avais eu envie de l’être au moment de leur première lecture, et plus indulgente pour d’autres.

Si je vous raconte tout ça aujourd’hui, c’est bien évidemment parce que Monsieur est servi est concerné. La chronique que j’avais rédigée, il y a maintenant 1 an 1/2, sans être franchement négative, était tout de même assez tiède. Si je maintiens toutes les réserves que j’avais pu émettre à l’époque à son sujet, le fait que je n’ai pas lu depuis de romans ou de nouvelles qui soient réellement parvenus à m’enthousiasmer ou à m’inspirer m’incite à nuancer mes propos. Voici donc ce que j’ai envie de dire à propos de ce roman aujourd’hui.

Au risque d’enfoncer des portes ouvertes, je commencerai par rappeler qu’Esparbec revendique l’étiquette de pornographe. Et le fait est que c’est cru, pornographique, assez hard par moments, et que ça ne s’adresse pas à tout le monde. Ceci étant posé, même si ses romans ont visiblement pour principale destination d’être propices à la lecture d’une seule main, Esparbec écrit bien et manie la plume avec une aisance indéniable. Ce que je lui reprocherais, c’est que l’intrigue est maigre et l’ensemble sans grande originalité. Mais j’ai été agréablement surprise du soin qu’il met à créer une dimension psychologique à ses personnages, ce qui l’amène parfois à narrer des épisodes presque romantiques.

En revanche, j’ai été un peu déçue par les scènes de sexe, bien décrites mais, je me répète, pas excessivement originales et, somme toute, assez répétitives. Je me suis d’ailleurs demandé si l’auteur ne s’en était pas rendu compte lui-même, et n’avait pas essayé d’y remédier, car il propose parfois des changements de perspective, soit en introduisant un intermède pour raconter des épisodes de l’initiation à la débauche de l’ex-femme, soit en changeant de narrateur le temps d’un chapitre. A mon humble avis, le roman aurait gagné en efficacité à être plus court.

De ce fait, j’avais bien accroché avec le début qui me plaisait bien mais, au fur et à mesure que j’ai progressé dans le livre, je me suis mis à avoir la sensation de tourner en rond, et mon intérêt a diminué. J’ai fini par avaler la dernière centaine de pages d’un coup, plus ou moins  pour en être débarrassée.

Néanmoins, en dépit de ces réserves relatives aux longueurs, non seulement ce roman remplit globalement bien son office, mais ça a été une bonne surprise pour moi d’un point de vue littéraire, car je m’attendais à ce que la forme soit négligée au profit du fond. Je le recommanderais donc pour une bonne lecture de détente. Pour ma part, j’ai lu depuis un autre de ses romans et je n’exclus pas d’en lire d’autres dans le futur.

Monsieur est servi
Esparbec
La Musardine

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Contes pervers est le premier ouvrage érotique de Régine Deforges. Publié en 1980, soit un an avant la sortie du premier tome de La bicyclette bleue, il a été adapté en film la même année par son auteur. Quatre des neuf histoires qui le composent ont également été adaptées en bande dessinée. L’album, illustré par Gérard Leclaire, a été publié en 1985.

 J’ai acheté ce recueil de nouvelles après avoir lu une critique élogieuse à son sujet. J’étais cependant assez sceptique, car la seule expérience de Régine Deforges que j’avais eue jusque-là se limitait au premier tome de La bicyclette bleue, qui m’est tombé des mains et qui est l’un des rares livres que je n’ai pas eu le courage de terminer. Ce livre est donc dans l’ensemble pour moi relativement une bonne surprise.

J’ai été, en effet, favorablement impressionnée par la qualité littéraire du recueil. J’ai apprécié le soin apporté tant à l’écriture, belle et élégante, qu’à la construction de chacune des neuf petites histoires d’une vingtaine de pages qui constituent le recueil. En effet, je m’attendais à ce que des nouvelles aussi courtes soient simplement des esquisses, alors que, dans chacune d’elle, c’est tout un univers que le lecteur découvre, dans un pays et une ambiance chaque fois différents.

Certaines nouvelles sont très nettes et d’une grande précision, d’autres sont beaucoup plus floues. Le lecteur partage alors la confusion vécue par les personnages : parfois, on ne sait pas trop si les événements décrits sont un rêve ou une réalité et, à d’autres moments, on a du mal à suivre ce qui se passe quand le personnage semble brièvement perdre pied avec la réalité. Cependant, dans chacune d’entre elles, les lieux, les circonstances, la personnalité et le vécu des personnages sont minutieusement construits. Si bien que, dans certains contes, l’aspect érotique paraîtrait presque accessoire et n’occupe que peu de place.

De façon générale, les scènes érotiques sont beaucoup plus suggérées que décrites. L’auteur en rapporte brièvement les préliminaires ou brosse la scène à grands traits en peu de mots, quand elle ne reste pas totalement muette. Enfin… ce n’est pas tout à fait exact, car elle se fait plus explicite dans les histoires où je me serais justement volontiers passée des détails, mais j’y reviendrai un peu plus loin. Cette façon de faire m’a un peu fait penser à ces livrets de scenarii de jeux de rôle pour couples, qui plantent le décor, posent les personnages et leur personnalité, donnent la trame dans ses grandes lignes et laissent les lecteurs improviser à partir de ces éléments. Certaines des nouvelles m’ont donné l’impression que Régine Deforges plante le décor du théâtre, raconte certaines scènes de la pièce, et laisse le soin à l’imagination du lecteur de jouer le reste. Ca, c’est quelque chose que j’ai bien aimé.

Pour ce qui est du fond, les fantasmes mis en scène sont classiques mais souvent présentés de façon originale. Ainsi, Le placard aux balais a pour thème un jeu de séduction qui dérape entre un jeune élève (trop jeune!) et son professeur. Mais, plutôt que de raconter ce qui se passe entre l’adolescent et le professeur, ce sont les souvenirs d’enfance que de petits détails font revenir à la mémoire de la jeune femme qu’elle choisit de développer.

En dépit de ces qualités littéraires que je viens d’exposer, je n’ai pas réussi à rentrer dans les histoires. J’ai trouvé que c’était joli, bien fait, mais je ne me suis pas, sauf rares exceptions, sentie concernée ni intéressée. Evidemment, c’est éminemment subjectif et question de sensibilité, et d’autres personnes seront d’un avis totalement différent du mien.

Néanmoins, pour avoir été glaner ça et là sur le net ce que je pouvais trouver comme avis à propos de ce livre, j’ai constaté que la plupart des lecteurs qui l’ont chroniqué partageaient mon sentiment sur un point : si certaines histoires sont mignonnes et amusantes, et d’un ton léger, d’autres, plus dures, ont un contenu assez malsain et dérangeant. Je l’ai dit plus haut, les fantasmes qui servent de base aux histoires sont dans l’ensemble très classiques : viol, prostitution, personnages au sexe ambigu… Cependant, la façon dont elle les met en scène tend, je trouve, à les vider de leur contenu fantasmatique, si bien que j’ai éprouvé une sensation de malaise à la lecture de certains passages. L’histoire la plus dure est incontestablement Les amants de la Forêt Noire, très violente et vraiment horrible. Elle détonne par rapport au reste du recueil car, si elle est perverse, je n’y ai pas vu trace d’érotisme. J’aurais bien aimé savoir ce qui avait motivé l’écriture et les choix de nouvelles de l’auteur, car je reste assez perplexe.

L’un des commentaires que j’ai pu lire sur Amazon émanait d’une personne qui disait avoir lu tous les ouvrages de Régine Deforges et n’avoir éprouvé de sentiment de malaise qu’avec celui-ci. Peut-être devrais-je en essayer un autre pour pouvoir me faire une meilleure idée de son oeuvre érotique? Ou peut-être Alias aura-t-elle envie de tenter l’expérience, afin d’apporter un deuxième point de vue? :-P

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