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Posts Tagged ‘pornographie’

Jusqu’à présent, je ne connaissais Agnès Giard qu’à travers son blog, que je suis régulièrement. J’admire son érudition et j’apprécie de trouver à puiser chez elle des idées de lecture, mais, bien souvent, je ne la suis ni dans ses raisonnements, ni dans ses opinions, ce qui fait que ce que j’y lis m’intéresse et m’agace, voire parfois m’indigne, à la fois. C’est donc non sans une certaine appréhension que je me suis lancée dans ce livre.

J’ai bien retrouvé la blogueuse dans l’écrivain et ai, une fois de plus, été admirative devant l’étendue de ses connaissances mais, si j’ai ronchonné intérieurement au début parce que je craignais qu’elle n’aborde pas certains aspects, mes récriminations se sont faites de plus en plus rares au fur et à mesure que j’avançais, parce qu’elle dresse un panorama très complet et aborde son sujet dans son ensemble. De même, à plusieurs reprises, au début du livre, j’ai fulminé intérieurement parce que je la trouvais trop complaisante vis à vis de comportements que je trouvais choquant. Ce fut le cas par exemple lors d’un passage où elle évoque un réalisateur de films porno qui cherche à montrer la honte chez ses actrices et qui a poussé le perfectionnisme au point qu’une de ses actrices a fini dans un hôpital psychiatrique après un tournage. En avançant dans le livre et en réfléchissant, j’en suis arrivée à me dire que c’était ma propre indignation qui me faisait trouver son ton approbateur, et qu’elle a en fait adopté une attitude plutôt neutre qui est, au final, celle qui me semble la plus appropriée pour ce type d’ouvrage.

Toujours est-il qu’il m’a été impossible de rester indifférente à la lecture de ce livre. Grosse lectrice de mangas, je suis de plus en plus fascinée par la culture japonaise à mesure que j’apprends à la connaître et j’ai ressenti à la lecture de ce livre les sentiments que m’inspirent le Japon de façon générale : un mélange d’attirance et d’incompréhension, voire de répulsion.

Il faut dire que, si l’on synthétise ce qu’elle expose dans le livre, le résultat est assez glauque. En tentant de résumer ses propos en quelques lignes, je vais forcément caricaturer un peu mais, ce qu’il en ressort de façon générale, c’est que est considéré comme beau et attirant ce qui est éphémère (la floraison des arbres comme la fraîcheur des jeunes filles) et que, au Japon, on détruit ce qui est beau (fantasmes de viols, d’humiliation). Passant des fantasmes à la société japonaise, elle fait la description d’un peuple que j’ai ressenti comme étant en train de s’autodétruire : elle affirme que, selon une étude de 2005, 1/3 des couples mariés n’avait pas fait l’amour depuis plus d’un mois. Une étude de 2010 semblerait montrer que ce chiffre a encore augmenté, pour dépasser 40%. En parallèle le nombre d’hommes célibataires s’accroît de façon inquiétante, à tel point que le ministère de l’Education a débloqué des fonds en 2001 pour les éduquer.

Agnès Giard nous dresse le portrait d’une génération d’hommes qui ont grandi entre un père absent et une mère qui les chouchoutait et leur mettait la pression pour les études, qui ont tout consacré à leur vie professionnelle, qui attendent seulement d’une épouse qu’elle leur serve de boniche, qui ne savent pas que dire aux femmes ni comment les séduire, et qui n’ont pas envie de s’y atteler. Ces hommes, qui terminent leurs journées de travail avec leurs collègues dans les bars à hôtesses, préfèrent collectionner les petites culottes souillées ou les poupées sexuelles plutôt que de nouer des relations avec des femmes.

Face à eux, les jeunes femmes, qui n’ont pas connu la même pression, seraient des écervelées uniquement préoccupées de leur apparence et de posséder tous les produits à la mode. Parmi ces femmes harcelées dans les transports ou au travail, certaines n’hésitent pas à exploiter les désirs masculins pour augmenter leur pouvoir d’achat… tout en continuant à rêver au grand amour.

Personnellement je trouve ça flippant!

 Evidemment, la question que je me suis posée est : dans quelle mesure ce qu’elle décrit est-il digne de foi… et je suis bien incapable d’y répondre, puisqu’elle en sait infiniment plus que moi sur le sujet! Le seul point sur lequel je me permettrais d’émettre une opinion est le sujet des yaoi (comme j’en lis beaucoup et que j’ai lu quelques livres à leur sujet) qu’elle évoque en quelques lignes. J’ai trouvé ce qu’elle en disait caricatural et réducteur. C’était très bien écrit et ça sonnait très joliment, mais il m’a semblé que l’objectivité y perdait. Les légendes et anecdotiques historiques qu’elle évoque pour expliquer l’origine des yaoi m’ont intéressée et m’ont semblé bien éclairer certaines choses qu’on retrouve dedans, mais j’ai eu néanmoins le sentiment qu’elle passait à côté de quelque chose. Ce qui fait que je n’ai pas pu m’empêcher de considérer l’ensemble de l’ouvrage avec un peu de suspicion.

Cependant, j’ai retrouvé dans ce qu’elle décrit beaucoup de traits que j’avais pu croiser à maintes reprises dans des mangas, animes, romans ou articles, et qui semblent des éléments constitutifs importants de la culture érotique ou de la société japonaise. Ce que j’ai toutefois regretté, c’est qu’elle les place sur le même plan que des pratiques qui semble beaucoup plus marginales. Ainsi elle consacre tout un chapitre aux poupées qui, loin d’être simplement des jouets sexuels, sont des oeuvres d’art et quasiment des compagnes pour leurs propriétaires. A en croire Agnès Giard, les japonais préféreraient maintenant aux vraies femmes ces copies inanimées. Néanmoins, pour évoquer un magazine à gros succès traitant exclusivement de ces poupées, elle indique qu’il compte 8 000 lecteurs réguliers!

Je trouve donc difficile, à la lecture de cet ouvrage, de se faire une idée réelle de la culture érotique japonaise.

Néanmoins, il y a énormément de choses à en retirer et sa lecture vaut largement le coup, car elle est tout de même très instructive. Déjà, c’est un livre superbe, abondamment et très joliment illustré. D’autre part, ce gros livre de plus de 300 pages est une véritable mine pour qui s’intéresse à la culture japonaise et veut la découvrir. Comme je l’ai dit plus haut, l’érudition d’Agnès Giard est très vaste et éclectique. On découvre donc dans le livre nombre de légendes, récits historiques, artistes officiant dans le domaine de l’érotisme. J’y ai relevé beaucoup de références d’écrits littéraires et d’essais sur le Japon. Et c’est un livre que je garderai près de moi, car il me faudra énormément de temps pour approfondir et digérer les photographes, dessinateurs, peintres représentés dans le livre et dont les images m’ont plu ou m’ont interpellée. Je vous ferai sans doute part de ces approfondissements dans le futur, au fil des mois.

En refermant ce livre, la réflexion qui m’est venu à l’esprit est que le titre en est un peu mensonger. Ce que j’ai trouvé dedans de plus frappant, c’est qu’il y est seulement question de l’imaginaire érotique de la moitié de la population japonaise : les hommes. Ils ont des critères de beauté, des fantasmes, des envies. Dans tout cela, qu’elles soient vénérées ou maltraitées, les femmes ne sont que des objets de plaisir, pas des partenaires. Bien sûr, Agnès Giard évoque les femmes, mais uniquement par rapport à l’imaginaire érotique masculin. Elles semblent avoir le choix entre trois options : se soumettre aux désirs masculins, les utiliser pour tirer profit des hommes et prendre une revanche sur eux, ou s’en tenir à l’écart. Mais ces femmes ont-elles des désirs, des fantasmes? Quelqu’un s’y intéresse-t-il? Le livre ne nous l’apprend pas!

Cette lecture constitue ma quatrième participation au défi Images du Japon de Kaeru.

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Cet anime m’a tentée dès que je suis tombée par hasard sur l’image qui orne la jaquette du DVD (je ne sais plus si j’ai déjà eu l’occasion de vous dire que j’ai un gros faible pour les histoires de tentacules!). Je ne l’aurais pas acheté à son prix normal (prohibitif!), car je ne m’attendais pas à quelque chose d’extraordinaire mais, quand je l’ai trouvé à moins de 5€ en farfouillant sur un site, je n’ai pas pu résister!

Le DVD comporte deux épisodes d’un peu moins de 30 minutes chacun et offre le choix entre une version française et une version originale sous titrée en français. Craignant un peu le doublage français, j’ai lâchement opté pour la VO. De toute façon, étant donné que l’anime comporte peu de dialogues constructifs, le choix de la langue n’est pas bien gênant!

Les auteurs ne se sont, en effet, pas beaucoup foulés pour l’intrigue, qui n’est pas originale et qui n’est qu’esquissée! L’histoire se passe dans un genre de lycée pour filles dédié à la musique, dans lequel sont gardés plusieurs instruments de musique maléfiques. Un professeur s’est emparé d’un violon qui, lorsqu’on en joue, fait apparaître un démon, sous forme de tentacules donc, et qui suscite l’excitation sexuelle chez ceux qui l’entendent. Evidemment, le professeur utilise son violon pour faire subir toutes sortes de sévices à ses élèves, de jolies jeunes filles aux seins complètement disproportionnés (forcément). Au début du second épisode, on apprend l’existence d’un violon angélique. Mais les gentilles n’ont pas le temps d’en faire usage. Il faut comprendre : c’est bien plus intéressant qu’elles tombent au pouvoir du professeur plutôt qu’elles essaient de l’empêcher de nuire. Le scénario m’a donc paru fort maigre! Là, je me dis que je dois être vraiment casse-pieds : j’avais, au contraire, trouvé en regardant Le retour de la blue girl qu’il y avait trop de scénario et pas assez de tentacules. Mais, tout de même, un minimum de scénario qui tienne deux secondes la route n’aurait pas nui à l’affaire!

Sur le fond, on voit essentiellement des jeunes filles se faire violer par tous les orifices, par des tentacules ainsi que par certaines de leurs camarades munies de divers instruments. Il faut donc aimer le genre! L’ensemble est agrémenté par diverses pratiques, du style lavements, flagellations, bondage, promenades en laisse, mais ça reste assez classique et plutôt répétitif.

La particularité, si je puis dire, de l’anime, qui m’a beaucoup gênée, c’est qu’il est très orienté scatophilie et que pratiquement toutes les scènes de sexe se terminent sur la vision de jeunes filles en train de se soulager et de tentacules soudain munis de bouches (le reste du temps, ils ont plutôt comme plein de petits doigts!) se précipitant sur leurs excréments pour les engloutir. Je trouve ça dégoûtant et je m’en serais fort bien passée! L’autre reproche que je ferais au dessin animé, par goût personnel, c’est qu’il y a beaucoup trop de filles dans cette histoire et qu’un seul homme qui, en plus, fait tout le temps la tronche, ça fait bien peu! Autre point ennuyeux : l’animation est un peu inégale. Par exemple, dans les scènes où des élèves prodiguent des caresses intimes à une de leurs condisciples, la position et le mouvement des doigts m’ont paru ratés et pas naturels. Les fellations ne sont pas non plus des plus réussies.

En dépit de tous ces défauts, l’anime s’est néanmoins révélé d’une certaine efficacité, comme quoi il faut croire que, même si je ronchonne, je suis malgré tout bon public! Les quelques euros que le DVD (qui, vous l’aurez compris, n’est pas impérissable) m’a coûtés n’ont donc pas été totalement gaspillés!

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Quand Cupidon s’emmêle est le dernier d’une série de trois volumes, intitulée Les cinq sens d’Eros, regroupant l’oeuvre érotique de Giuseppe Manunta. Cette série publiée récemment aux éditions Tabou regroupe des histoires qui avaient initialement paru à la fin des années 90s.

Le volume qui m’occupe aujourd’hui regroupe 7 histoires courtes :

 – Cinéma maison : Une femme rentre chez elle en retard et se fait rabrouer par son mari, affalé devant la télé à attendre son dîner. Enervé par la tenue trop suggestive qu’elle porte, il la violente  jusqu’à ce que la scène soit interrompue par un « Coupez! »

La dernière séance : Une femme retrouve tous les mercredis son amant au cinéma. Celui-ci la pousse à se livrer dans la salle à des actes de plus en plus poussés avec d’autres spectateurs.

La journée extraordinaire : Une jeune femme sur le point de se marier veut vivre une journée extraordinaire, « de celles qui changent une vie » et satisfait toutes ses envies.

La loi de Murphy : Deux femmes s’aiment. Chacune décide de l’annoncer à son copain.

Génération avenir : Cette histoire futuriste se passe dans un monde dominé par les femmes, où les hommes ne sont laissés en vie que pour servir de reproducteurs.

Par le petit bout de la lorgnette : Pour sa nuit de noce, un jeune marié veut sodomiser sa femme, qui s’y refuse. Furieux, il part chercher ailleurs de quoi satisfaire ses envies, pendant que la jeune femme réfléchit et remet ses préjugés en question. Mais ce n’est pas un bon jour pour le mari…

Un verre de trop : A une fête, l’organisateur tente de faire une déclaration à une amie mais celle-ci ne l’écoute pas et choisit un autre homme. L’amoureux éconduit fait boire son rival pour le neutraliser.

Les dessins de Giuseppe Manunta sont très doux, tant dans le trait que dans les couleurs, ce qui leur donne un côté naïf. De ce fait… euh… j’aurais envie de dire que ça dédramatise le propos, mais l’expression n’est pas très appropriée. Disons simplement que c’est un mélange très réussi d’un fond plutôt pimenté et d’une forme soft, qui fait que le fond me semble plus accessible qu’il pourrait l’être avec un style de dessin différent.

Pour rester sur le fond, les thèmes des histoires ne sont pas d’une originalité renversante et les intrigues ne sont pas très fouillées. Il faut reconnaître néanmoins qu’il n’est pas facile de faire quelque chose de fouillé en 7 pages (la durée de chacune des histoires). De plus, il y a très clairement une volonté de l’auteur de raconter quelque chose qui se tienne, ce qui est louable. Giuseppe Manunta semble notamment avoir attaché de l’attention à ses chutes, y ménageant des rebondissements souvent humoristiques. Du fait de cette bonne volonté évidente, je suis d’autant plus incline à l’indulgence que certaines histoires m’ont amusée, en particulier Cinéma maison et Par le petit bout de la lorgnette.

L’album ne repose pas uniquement sur le sexe et sur l’humour. Il y est aussi beaucoup question de sentiments. L’auteur parle d’amour et de tendresse, à travers la mise en scène de différentes configurations de rapports homme-femme, de fantasmes et d’envies.

C’est pour moi une découverte sympathique et je compte bien poursuivre ma lecture de cette trilogie.

Giuseppe Manunta
Quand Cupidon s’emmêle
Editions Tabou

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Bible Black était à l’origine un jeu vidéo eroge sur PC sorti en 2000. Le jeu a ensuite été adaptée, de 2001 à 2005, en une série animée hentai devenue très célèbre, qui se décompose de la façon suivante :

– Bible Black : La noche de Walpurgis (en français Bible Black) : 6 épisodes de 30 minutes
– Bible Black : Origins (en français Bible Black – Les origines) : 2 épisodes qui expliquent ce qui s’est passé 12 ans avant les événements racontés dans Bible Black
– Bible Black : New testament (en français Shin Bible Black) : 6 épisodes dont l’histoire se déroule quelques années après celle de Bible Black
– Bible Black only : qui consiste en 7 scènes de sexe autour de quelques-uns des principaux personnages de Bible Black

Le jeu n’est pas disponible en France, mais on peut le trouver sur la version américaine d’Amazon… et il n’est pas impossible que je me laisse tenter un jour ou l’autre. L’anime est distribué en France par EVA, en 6 DVDs. On peut trouver l’ensemble regroupé en un seul coffret. EVA propose également une version « édulcorée » en 2 DVDs (qui est celle qu’on trouve le plus couramment à la Fnac, par exemple), qui n’est interdite « que » aux moins de 16 ans, alors que la version originale est interdite aux moins de 18 ans.

J’en viens enfin à l’histoire et au contenu, après avoir encore précisé que je ne parlerai aujourd’hui que de Bible Black. Il y aura sûrement un autre billet ultérieurement sur Origins et Shin Bible Black.

L’histoire, donc! Le premier épisode s’ouvre sur une messe noire, dite au cours de la nuit de Walpurgis, propice à ces saines activités, par 4 jeunes filles qui veulent en sacrifier une cinquième (oui, c’est un peu sanglant, par moments). Mais les événements ne prennent pas la tournure qu’elles escomptaient. Le spectateur est ensuite projeté 12 ans plus tard, dans le lycée (Oh pardon ! Je voulais dire université !…) où cette messe noire a été dite. L’infirmière hermaphrodite de l’établissement cherche, d’une façon assez particulière, à trouver une vierge, dont elle a besoin pour mener à bien d’obscurs desseins encore inconnus du spectateur. Pendant ce temps, un élève, Minase, découvre un mystérieux livre qui lui confère le pouvoir de déclencher le désir sexuel des personnes de son choix. Il teste ses pouvoirs de façon tellement discrète que Kaori, une élève passionnée d’occultisme, s’en aperçoit et cherche à obtenir qu’il lui révèle son secret. Ces événements rendent inquiète et jalouse Kurumi, une pure jeune fille amoureuse de Minase, à qui l’on sent bien qu’il va arriver quelques bricoles…

Je vais commencer par aborder les défauts de l’anime. Même si je ne peux pas m’empêcher d’être critique et sarcastique, c’est une série que j’aime bien, et à laquelle je dois d’agréables moments, solitaires ou en compagnie, et c’est pourquoi je préfère terminer sur une note positive.

Comme je l’ai laissé entendre, la version française est un peu adaptée, pour tenir compte des différences entre la France et le Japon. Ainsi, ce qui est visiblement un lycée est qualifié avec insistance dans le troisième DVD d’université, et il est bien précisé sur les jaquettes que tous les personnages sont majeurs. Par ailleurs, la jeune fille que je prenais naïvement pour la sœur de Minase serait en fait sa cousine, d’après la version américaine de Wikipedia. Il va sans dire que je suis tout à fait d’accord avec ces adaptations dans le principe, mais je les trouve drôles car elles font artificielles et pas crédibles.

J’ai tiqué à plusieurs endroits parce que certaines choses (représentations des objets, mouvements, attitudes des personnages) ne me paraissaient pas cohérentes. Certaines scènes également m’ont semblé incohérentes… mais comme j’ai tiqué sur une scène du même type, se produisant dans les mêmes circonstances, dans le roman Sans âme de Gail Carriger, j’aurais tendance à être encline à l’indulgence.

Ce qui m’a le plus gênée, c’est le doublage. Déjà parce que celui du troisième DVD est différent des deux premiers : ça fait drôle que la voix de Minase devienne beaucoup plus adulte et plus rauque d’un épisode à l’autre, d’autant plus que cette deuxième voix ne m’a pas paru très bien coller au personnage. Il me faisait l’effet d’un bûcheron en train d’agoniser. Et surtout parce que le doublage m’a souvent paru sonner faux dans les scènes de sexe, ce qui est d’autant plus gênant que les personnages n’arrêtent pas de parler, commentant les moindres de leurs gestes, ce qui donne des dialogues d’une niaiserie désespérante. J’aurais préféré qu’ils soient moins bavards.

Néanmoins, il y a tout de même plein de choses qui m’ont plu. J’ai beaucoup aimé les dessins, que j’ai trouvés fins et très jolis. J’aurais juste préféré que les personnages féminins aient des seins d’une taille normale, mais je crois que je demande l’impossible, là ! Point de détail, mais qui a son importance : j’ai aussi aimé la musique, qui colle bien à l’atmosphère de l’anime.

Le point essentiel à mes yeux est qu’il y a une histoire et qu’elle tient la route. Si certains détails m’ont paru incohérents comme je l’ai dit plus tôt, la trame d’ensemble est consistante. Elle ne sert pas seulement de décor aux scènes de sexes, ce sont elles qui, dans leur grande majorité, s’insèrent au contraire naturellement dans l’intrigue. Et la fin, qui est plus amusante et moins convenue que le dénouement que j’escomptais, me plaît bien et m’a heureusement surprise la première fois que j’ai regardé le dernier épisode.

Enfin, j’aime beaucoup cette atmosphère glauque et cette alliance entre sexe et magie noire. La série mélange le démoniaque et le sacré, le sexe et la mort, avec une touche de surnaturel et de romantisme, et cette recette est au final une belle réussite.

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J’ai été un peu surprise en découvrant cet album, car il ne raconte pas vraiment d’histoire. Il me fait plutôt penser à une sorte de artbook. Chaque double-page met en scène une héroïne différente. Le plus souvent, il y a une petite histoire, mais il arrive qu’il n’y ait qu’une seule image qui occupe toute la double page.

Alessandro Mazzetti nous entraîne dans un monde de fantasy peuplé de jolies elfes (d’où le titre!), d’orques et autres créatures avenantes, mais aussi de pirates, rois, sorcières… L’auteur dessine aussi du hentai, et ça se ressent dans cet album.

Il ne fait pas dans la dentelle : c’est basique et sans fioritures. Très peu de paroles, des scénarios minimalistes… mais des chutes parfois amusantes. On change d’univers et de palette de couleurs chaque fois qu’on tourne la page, et le résultat est plus ou moins réussi. Néanmoins il y a une certaine douceur dans les couleurs et le dessin que j’ai bien aimée. Je trouve que c’est assez mignon, même si le terme paraît peu approprié compte tenu du contenu.

En effet, le but de la BD semble être de montrer de jolies demoiselles elfes aux seins surdimensionnés soit en train de se masturber, soit, le plus souvent, en fâcheuse posture. Ces jeunes femmes sont en effet assaillies par une horde de créatures mâles, ou, éventuellement, de tentacules phalliques, et finissent immanquablement couvertes de sperme.

Ca n’a rien d’intellectuel, ce n’est pas un album indispensable, mais c’est assez rigolo. Je pensais que cette BD, encore une fois très masculine, ne me plairait pas, mais finalement j’ai plutôt bien aimé.

L’auteur a lancé une souscription pour financer la publication d’un deuxième tome. Vous pourrez trouver les détails et voir quelques planches sur son blog.

Elves dreams
Alessandro Mazzetti
Editions Blanche

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Premières fois est un recueil de dix courtes histoires d’une dizaine de pages chacune, dix récits de premières fois. Tous écrits par Sybilline, ils sont illustrés par dix dessinateurs, aux styles très variés. En voici la liste :

Première fois – Alfred
Sex shop – Capucine
Fantasme – Jérôme d’Aviau
1 + 1 – Virginie Augustin
2 + 1 – Vince
Nulle – Rica
Club – Olivier Vatine
Soumission – Cyril Pedrosa
Sodomie – Dominique Bertail
X-rated – Dave McKean

Ces artistes, qui s’illustrent dans des domaines variés (tranches de vie, science fiction…), n’avaient pas encore eu l’occasion de s’aventurer dans le domaine de l’érotisme. C’est donc une première fois pour eux aussi, de même que pour la scénariste. J’ai envie de dire que ça se sent à la lecture de la BD, mais peut-être ai-je eu cette impression parce que je le savais.

Curieusement, aucun des différents styles de dessin ne me me plaît vraiment, chacun a quelque chose qui me dérange, qui m’empêche d’accrocher, mais malgré tout, j’ai bien aimé l’ensemble. A mes yeux, c’est une BD qui se prête plus à une lecture attentive qu’à une lecture à une main. En effet, j’ai pris plaisir à la relire plusieurs fois et à examiner les techniques de chaque auteur, comment ils rendaient les mouvements, comment le style pouvait changer radicalement en fonction des situations et de ce qu’ils voulaient exprimer. L’histoire la plus caractéristique à ce point de vue est pour moi la dernière, X Rated, dont le style est à la fois celui qui m’a le moins plu et le plus intéressée, de par son originalité et sa puissance. Son auteur, Dave Mc Kean (que je ne connaissais absolument pas), aime en effet mélanger dans ses oeuvres peinture, collages, infographie… et le résultat est assez détonnant.

Les scénarii sont simples, sans grande originalité, mais sont malgré tout frais et, pour certains, émouvants. J’étais restée un peu sur ma faim lors de ma première lecture, mais je les ai mieux appréciés en me replongeant dans la BD récemment. Leur banalité m’a justement poussée à me sentir plus impliquée.

Ce que j’ai le plus apprécié dans cette BD, c’est le message que j’en ai retiré, que je trouve très positif. On peut voir le sexe comme quelque chose de très répétitif, qui se résume à 2-3 préliminaires et 2-3 positions dont on a vite fait le tour. On peut aussi en avoir une vision radicalement différente.

Au-delà de la vraie première fois, il reste encore un tas d’autres premières fois, plein de découvertes possibles et toute une palette de pratiques très variées à expérimenter. Ce que je retiens de Premières fois, c’est l’épanouissement des personnages, dans Fantasme ou Soumission par exemple, et l’importance du partage et la satisfaction retirée du plaisir donné à autrui. Je pense notamment à Sodomie, que j’ai trouvé très romantique, ou à 2 + 1, dont la fin est très belle. Il n’y a pas une unique sexualité stéréotypée mais une multitude de sexualités possibles. A chacun d’essayer afin de trouver la ou les formules qui lui conviennent le mieux.

Pour conclure, je voudrais citer une phrase extraite de la postface rédigée par Sybilline et qui, je trouve, résume bien l’esprit du recueil :

« J’avais envie de raconter des histoires qui rappellent que le cul c’est beau, et de dire que les excès de certains sont pour d’autres une normalité tendre. »

Premières fois
Sybilline
Editions Delcourt
Collection Mirages

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Francis, le narrateur, écrivain dont le succès est déjà derrière lui a perdu sa femme et ses enfants dans un accident d’avion. Il essaye tant bien que mal à vivre de ses différents petits trafics, à rendre service à sa maison d’édition en servant de « chaperon » à leur dernier auteur à succès Patrick qui excelle notamment dans l’écriture des scènes érotiques. Le deuil est difficile à surmonter, il parle en pensée à sa femme. Après une longue période d’abstinence, il va s’autoriser à avoir une vie sexuelle « sans amour » avec la femme de Patrick. Ce sera du sexe pur et dur sans tendresse qui lui pourrait lui servir d’inspiration.

Les thèmes abordés par ce roman de Philippe Djian me paraissaient intéressants : la difficulté de survivre à l’être aimé, l’interdiction d’aimer à nouveau, le tarissement de la source de la créativité, les rapports entre écrivains et éditeurs….

La multiplicité des thèmes abordés et le tout en quelques centaines de pages rend finalement leur traitement assez superficiel et je le regrette vraiment car au final la lecture de ce livre ne m’a pas embarquée. Le jeu de miroir entre Djian et l’écrivain narrateur donne une certaine dimension à ce roman.

L’écriture de Djian est simple, brute sans détours. Elle se lit très facilement mais je n’y suis pas particulièrement sensible. La galerie des portraits des personnages est sans concession mais remplie de tendresse. De nombreux passages frôlent le loufoque mais ne m’ont que trop rarement arraché un sourire car ils manquent de finesse.

Ce livre est l’occasion pour Djian de rendre hommage aux écrivains américains qu’il admire et mentionne explicitement.

Les scènes très pornographiques sont présentes sporadiquement mais pour moi pas forcément efficaces. Elles ne sont pas là pour ça d’ailleurs. Elles sont souvent décousues et parfois très incohérentes. Mais là encore, Philippe Djian reste en surface et m’a laissé sur ma faim. Il évoque dans une scène notamment que Francis est adepte le shibari sans aller beaucoup plus loin.
Francis baise comme il boit un verre d’alcool ou fume une cigarette. Le sexe est un exutoire, il devient une addiction. Le sexe semble presque sans désir, juste une habitude dans laquelle il s’abîme et va plus loin… Le seul véritable amour est réservé à celle qui n’est plus, les autres ont tout juste le droit à une petite portion de tendresse et encore.

J’ai tendance à noircir le tableau mais ce livre avait beaucoup d’ingrédients pour me plaire mais au final leur mise en œuvre m’a insuffisamment touchée. J’ai une fâcheuse tendance à être très amère et intransigeante dans la déception. Vers chez les blancs reste pour moi un roman de bonne facture que j’aurai aimé voir encore plus abouti.

Vers chez les blancs
Philippe Djian
Folio

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L’histoire des Malheurs de Janice est assez étonnante. Selon le récit fait par son auteur, le projet aurait pour origine une commande passée par un italien. Celui-ci, qui appréciait les publications d’Erich von Götha dans la revue érotique anglaise Torrid, lui écrivit afin de demander à l’artiste d’illustrer un scénario qu’il comptait écrire et publier. L’entreprise s’étendit sur un certain laps de temps, les pages de scénario et le règlement correspondant arrivant au gré des possibilités du commanditaire. Ce dernier, ayant connu de sérieux problèmes financiers au début des années 80s, abandonna l’idée de publier la bande dessinée issue de cette collaboration, et laissa Erich von Götha libre de trouver un éditeur, et de garder pour lui les droits d’auteur. Erich von Götha n’entendit plus jamais parler de lui, et ne parvint pas à le retrouver, en dépit de ses recherches.

L’histoire aurait pu s’arrêter là. Mais l’intervention d’un éditeur français qui s’intéressait au travail du britannique permit à Janice de sortir des cartons. C’est ainsi que la première partie des Malheurs de Janice fut publiée en 1987. Erich von Götha écrivit la seconde partie seul. Comme il traînait un peu pour s’atteler à l’écriture de la troisième partie, s’étant lancé entre temps dans l’écriture de Prison très spéciale, son éditeur lui adjoignit Bernard Joubert comme scénariste. Les troisième et quatrième parties sont donc le fruit de la collaboration des deux hommes.

L’ensemble des quatre parties a fait l’objet d’une nouvelle édition, avec une nouvelle traduction, l’année dernière. Cette intégrale est divisée en deux albums, regroupant l’un les deux premières parties, et l’autre les deux dernières. C’est donc le premier de ces deux albums que j’ai.

Janice est une jeune femme anglaise vivant au 18ème siècle, qui a été condamnée à la prison à perpétuité pour avoir avorté. Elle est choisie pour être confiée au vicomte Vauxhall qui a obtenu du ministère de la Justice l’autorisation d’ « expérimenter la réhabilitation de criminelles ». Sous couvert de réhabilitation, Vauxhall se procure en fait des esclaves sexuelles qu’il soumet à ses désirs et ceux de ses ami(e)s. Voilà grosso modo le résumé de la première partie. Je me bornerai à dire que la deuxième (et apparemment les deux suivantes) sont remplies de péripéties abracadabrantes et que la pauvre Janice est loin d’être au bout de ses peines! Se rendant à Venise, elle rencontrera même Sade, dont les romans semblent avoir inspiré les mésaventures de Janice.

 Si Janice ressemble à s’y méprendre à Twenty, le style de dessin m’a néanmoins paru assez différent entre les deux BDs, à l’avantage des Malheurs de Janice. Cela tient d’une part au fait qu’il y a très peu de couleurs, ce qu’Erich von Götha explique ainsi :

« J’ai dessiné ce Janice pour le noir et blanc, mais en utilisant des gris qui n’avaient pas le noir pour base. Quand M. Roc qui présenta l’histoire aux éditions CAP a vu mes planches, il a immédiatement décidé qu’elles devaient être réimprimées en couleurs. Pour l’album suivant [donc Janice 2], j’ai ajouté une teinte supplémentaire afin que les peaux soient plus sensuelles et mettent en évidence la brillance de la sueur et des sécrétions sexuelles… et cela, je le sais, m’a gagné des lectrices. »

Les deux premières parties sont à dominante sépia. Les quelques autres couleurs sont assez neutres et discrètes, mis à part un rouge éclatant utilisé en certaines occasions. Ce choix de couleurs, très joli, m’évoque les dessins du 18e siècle et s’harmonise, je trouve, plutôt bien avec l’histoire. Par ailleurs les dessins m’ont semblé plus soignés que ceux de Twenty. Les décors sont souvent riches et travaillés et je n’ai pas eu ce sentiment de bâclage que j’avais ressenti à certaines pages de Twenty. Toutefois, mon oeil a encore été attiré par quelques jambes à la morphologie étrange et certains costumes m’ont paru assez délirants, tout comme les dimensions des attributs de beaucoup de personnages masculins…

Là où je coince, comme pour Twenty, c’est sur le fond. Erich von Götha, dans une interview figurant dans l’album Twenty 1+2, s’exprime ainsi à propos du scénario de la première partie .

« Mon rôle s’est borné à l’illustrer et j’ai moi aussi été surpris, la première fois que j’ai lu l’histoire, par la soudaineté de sa conclusion. »

Et, un peu plus loin :

« Pendant la réalisation du tome 1, j’avais discuté par courrier avec mon commanditaire et lui avais fait part de mes doutes concernant l’histoire. Mais, finalement, cet album a été un grand succès public et je reconnais que j’avais tort. Cependant, pour le tome 2, j’ai voulu élaborer une histoire plus complexe. J’aime à penser que j’ai réussi… »

Certes, la fin de la première partie est plutôt abrupte (peut-être est-ce dû aux circonstances de la rédaction du scénario). Cependant, dans son ensemble, ce tome 1 se tient à peu près… alors que le suivant est une suite de rebondissements qui ne tiennent pas debout. La psychologie des personnages est inexistante. On n’y croit pas une seconde. Bon… c’est vrai qu’on n’y croit pas trop dans le premier tome non plus. Les compagnes de Janice chez Vauxhall me donnent l’impression d’une bande de pensionnaires en vacances. De temps en temps, l’auteur semble se rappeler que son héroïne n’a pas tout à fait choisi son sort et qu’elle aurait peut-être pu en espérer un plus enviable. Il lui prête alors un visage ou des propos horrifiés, que son corps dément dans le même temps. Personnellement, ça me donne plus envie de rire que quoi que ce soit d’autre.

Il y a des pages intéressantes, c’est indéniable, mais je déplore encore qu’une bonne partie de l’album se résume à des scènes d’orgies et des enchaînements de positions sans grande originalité. Pire, l’histoire semble souvent n’être qu’un prétexte et certaines pages pourraient quasiment être interchangeables avec des pages de Twenty. J’ai préféré de loin la première partie, plus cohérente, et dans laquelle le scénario prend le temps de laisser les scènes se développer (même si je me serais très volontiers passée de celle avec le chien…). Je qualifierais la seconde de plus fouillis plutôt que plus complexe : les événements et scènes de sexe s’y enchaînent à un rythme échevelé. C’est beaucoup trop rapide pour moi. Et puis, comme je l’ai dit dans mon billet sur Twenty, si je ne crois pas à l’histoire, je n’arrive pas à rentrer dedans. Ce qui fait que, en dépit des sujets plutôt inspirants et de la beauté des dessins, je reste mitigée à propos d’Erich von Götha, du fait de la faiblesse du scénario et de l’absence de dimension psychologique. Même s’il n’a fait qu’illustrer les troisième et quatrième parties de Janice, je ne me sens pas motivée pour lire la suite. Je pense plutôt que je vais en rester là avec cet auteur.

Les malheurs de Janice 1+2
Erich von Götha
Dynamite
Réservé aux adultes

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Erich von Götha, de son vrai nom Robin Ray, est né à Londres en 1924. Après avoir étudié la peinture dans une école d’art, il s’est orienté vers le design et l’illustration. Il a commencé à faire des BDs érotiques dans les années 70s, pour le magazine Torrid. Parmi les dessinateurs qui ont participé à Torrid, on peut citer Paula Meadows, qui est l’épouse d’Erich von Götha et avec qui il a occasionnellement collaboré. Travaillant sous divers pseudonymes, il a commencé à être publié en albums dans les années 80s. En parallèle à son oeuvre en tant qu’illustrateur de bandes dessinées, il continue à peindre et à dessiner.

Twenty, qui se divise en 3 volumes, a été commencée en 1997. L’édition qu’on peut trouver le plus couramment (et que j’ai) est celle des Editions Dynamite, en 2 albums, l’un qui regroupe Twenty 1 et Twenty 2, et l’autre pour Twenty 3.

La BD a pour origine un scénario qu’on avait proposé à Erich von Götha, qui ne lui avait que moyennement plu et qui ne s’est jamais concrétisé. Il en a gardé l’idée d’une BD qui aurait pour cadre une école de filles. Dans l’interview qui conclut le volume de Twenty 1 & 2, il déclare également s’être inspiré d’un couple d’amis.

Twenty est une utopie : l’histoire démarre en 2018, après la « révolution sexuelle de l’ère post-SIDA ». L’auteur a imaginé un monde dans lequel la libération sexuelle des années 70s aurait pu complètement s’accomplir, le spectre des maladies sexuellement transmissibles ayant disparu. En effet, dans le monde de Twenty, se faire implanter une « micro-spirale » protège à la fois des MST et des grossesses non désirées. L’idéal? Sans doute… mais d’un point de vue masculin. La révolution imaginée par Erich von Götha me semble en effet bien sexiste. Les femmes, bien souvent plus qu’à demi-nues au milieu d’hommes généralement habillés (c’est bien connu, les hommes sont frileux…) sont invitées, selon la bonne parole de sainte Emmanuelle Arsan (si si!), à se tenir à la disposition des hommes (il y en a rarement un seul à la fois) qui manifestent leur désir pour elles et à se plier à leurs fantaisies. Je suis un peu méchante, car l’amour, le couple et la notion de plaisir partagé occupent une place essentielle dans la BD, mais c’est tout de même à peu près ça, et je n’ai pas réussi à être suffisamment captivée par l’histoire pour ne pas être hérissée par cette vision très masculine. A ce stade, il est peut-être utile de préciser que j’avais déjà lu cette BD il y a un petit moment, et que j’aurais sans doute été plus indulgente si j’avais rédigé ce billet après ma première lecture. 

Venons-en à l’histoire… Dans le premier volume, Twenty, qui doit son prénom au fait qu’elle est née le dernier jour du 20e siècle, entre dans une école d’éducation sexuelle d’un genre assez particulier puisqu’elle est très orientée sur les exercices pratiques. Twenty, qui sort d’une école de religieuses et est complètement novice en la matière, va rapidement se révéler très douée. Très vite, elle rencontre un homme dont elle tombe amoureuse et qu’elle épouse. Ce mari, Gilbert, l’entraîne dans toutes sortes de turpitudes, mais ses intentions ne semblent pas des plus honnêtes.
Twenty 2 est centré sur Sally, la cousine de Twenty. Cette jeune femme pudique a une approche très traditionnelle de la sexualité. Son mari, qui souhaiterait que leur couple soit beaucoup plus libre, se fait aider de leur nouveau voisin et de Twenty pour décontracter Sally. C’est évidemment un doux euphémisme…
Dans Twenty 3, enfin, on retrouve Twenty et Sally et… je n’en dirai pas plus de crainte de révéler trop de choses, le scénario de la série tenant allègrement sur une feuille de papier à cigarette… Oui, je vais encore être méchante…
Il y a tout de même un certain nombre de points positifs dans cette BD. Erich von Götha est réputé pour la qualité et le soin de ses dessins, et sa façon de les colorer, inspirée des maîtres du 18e siècle. J’ai beaucoup aimé la façon, superbe, dont il dessine les femmes. Beaucoup sont coiffées de chignons qui m’évoquent les années 50s, ce qui leur fait un port très gracieux et leur confère une certaine allure. C’est d’ailleurs étonnant que, dans cette BD qui est tout de même franchement pornographique, ce qui caractérise le plus les femmes est la grâce des courbes, des mouvements, des traits du visage. Pour ce qui est des personnages masculins… dans l’ensemble, de corps, ils ne sont pas mal foutus… Deux ou trois ont une tête potable… mais, à mon grand désespoir, j’ai eu l’impression que l’auteur s’en fichait un peu. J’ai même noté que, dans un certain nombre de dessins, si les visages féminins étaient dessinés avec soin, certains visages masculins semblaient simplement esquissés, comme bâclés. J’ai par ailleurs été très surprise, moi qui m’y connaît très peu en dessin, de tiquer par moments parce que l’une des héroïnes avait un visage différent sur certaines images, ou parce que des bouts de jambes ou autres membres semblaient bizarrement faits.
Par ailleurs, il y a dans l’histoire de bonnes idées. J’ai bien aimé les clins d’oeil que l’auteur se fait à lui-même et l’intervention dans Twenty d’une autre de ses BDs, Les malheurs de Janice, dont je vous parlerai dans les prochains jours. Si la psychologie de Twenty n’est pas crédible une seconde (dans Twenty 1, j’ai vraiment eu l’impression que l’héroïne était une évaporée avec un pois chiche en guise de cerveau), celle de Sally, en revanche, est plus travaillée et plus crédible. Ce qui fait que Twenty 1 est le moins intéressant des trois.
Au niveau des scènes de sexe, il y a aussi quelques idées intéressantes. Le problème, c’est qu’il n’en fait rien. Les scènes de sexe s’enchaînent, beaucoup trop rapidement à mon goût. Il ne prend le temps de rien développer. On assiste donc la plupart du temps à des scènes d’orgies assez banales qui se succèdent. Malheureusement, voir des gens copuler ne me passionne pas franchement, s’il n’y a rien de plus que ça. Avec un scénario aussi peu crédible, pas de dimension psychologique et assez peu de tension sexuelle, j’ai du mal à rentrer dans l’histoire. Je n’arrive pas, parce qu’il est question d’érotisme, à mettre mes neurones en roue libre… et je ne vois d’ailleurs pas pourquoi je devrais le faire et me montrer moins exigeante sur la qualité que pour des livres ou des BDs classiques. Par ailleurs, comme je l’ai dit, l’utopie mise en scène dans Twenty me semble correspondre à un idéal très masculin et j’ai l’impression que la BD met en scène des fantasmes tout aussi masculins, qui ne me parlent pas forcément. Si bien que, s’il y a des passages qui m’ont bien plu, j’avoue qu’il y en a d’autres sur lesquels je suis passée assez rapidement et que, par moments, je me suis un peu ennuyée.
  

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Boris Vian est un de mes premiers amours littéraires de jeunesse. A cette époque quand je m’entichais d’un auteur, j’avais la manie de lire la quasi-totalité de leur œuvre. Quand je suis tombée sur ce petit opuscule, je n’ai pu résister à l’envie de rappeler à mon souvenir un de mes premiers flirts littéraires. Grand mal m’en pris, car j’ai été plutôt déçue.

Ce livre s’ouvre sur le discours de l’utilité d’une littérature érotique que Boris Vian a prononcé en 1948. J’ai trouvé ce discours  plutôt intéressant,  teinté de l’humour tout particulier de l’auteur même si  plutôt bavard. Boris Vian essaye dans un premier temps de définir ce qu’est et ne devrait pas  être une littérature érotique. « On mesurera la qualité de cette littérature à l’action qu’elle aura sur notre imagination et sur nos sens ».  « Devrait être considérée comme littérature érotique toute œuvre d’art donnant au lecteur le désir d’aimer physiquement ». Boris Vian définit la littérature érotique par opposition aux ouvrages «  pseudo-érotiques »  surabondants de « détails peu ragoutants » ou trop médicaux ou qui détaillent « des actes érotiques  proprement dits s’accompagnent de gestes de haine ».  La littérature érotique « exige une obscénité légèrement sublimée (…) une obscénité poétique ». 

Par contre sur l’utilité d’une telle littérature, Boris Vian se montre impitoyable « Quant à prétendre qu’un livre peut nous donner le désir de faire des choses au lit, c’est aller contre la vérité ; car si l’on veut bien se porter au temps de l’invention de toutes ces coutumes plaisantes de l’érotologie, on doit reconnaître qu’il y a bien eu quelqu’un qui en a eu l’idée le premier, et sans manuel (… ) La vérité est là …il n’y a de littérature érotique que dans l’esprit de l’érotomane ».

A noter Boris Vian cite souvent Jean Paulhan (le destinataire des « Histoires d’O » que Dominique Aubry écrira et qui sera publié ben 1954).

Le livre se poursuit ensuite par quelques écrits variés, manquant de délicatesse que l’éditeur a justement qualifié de « pornographiques »  et non d’érotiques en regard au discours dans ce recueil :

  • « Liberté » court poème, parodie de celui d’Eluard.
  • « La marche du concombre », véritable chanson gauloise.
  • « Les gousses » et « Pendant le congrès »,  poèmes qui offrent ma vision d’un sexe féminin mutilant celui de l’homme.
  • « La messe en Jean Mineur », chanson très provocatrice,
  • « Drencula », très courte nouvelle parodiant le roman de Bram Stocker, texte qui est pur moi le plus réussi (hormis le discours) de ce recueil.

Je suis, au final, assez mitigée sur ce recueil. Je n’aurai peut-être pas dû essayer de réanimer la flamme de cet amour littéraire de jeunesse. Les textes restent agréables à lire même si au final leur intérêt est limité.

Ecrits pornographiques

Boris Vian

le Livre de Poche

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