Feeds:
Articles
Commentaires

Posts Tagged ‘manga’

Ce petit livre est le premier numéro d’une collection proposant des ouvrages de fond sur le manga. Deux autres ont paru depuis : Osamu Tesuka : dissection d’un mythe et Le manga au féminin. Ce petit ouvrage collectif est très complet et aborde le thème du yaoi selon des angles divers.

J’ai déjà chroniqué ici plusieurs yaoi mais il n’est peut-être pas superflu de commencer par rappeler de quoi il s’agit. Ce livre, dans ses premières pages, le résume en quelques lignes :

« Né dans le monde des dôjinshi, c’est à dire celui du fanzinat et de l’autopublication, le yaoi propose des histoires qui, pour la plupart, parodient les mangas à succès du moment en imaginant des relations homosexuelles plus ou moins explicites entre personnages de sexe masculin. Cela peut aller de la romance fleur bleue à la pornographie en passant par tous les stades de l’érotisme.

Le yaoi est réalisé par des femmes, souvent jeunes, et il s’adresse principalement à un lectorat féminin hétérosexuel. On devrait écarter de la définition les mangas gays, c’est à dire réalisés par des hommes à destination d’un lectorat masculin homosexuel. Cependant, les barrières entre le yaoi et le manga gay ne sont pas étanches au Japon. De nombreuses filles lisent des mangas gays, même pornographiques, et de plus en plus de garçons homosexuels lisent du yaoi. »

Les auteurs rappellent également que le terme yaoi est principalement employé en occident. Au Japon, on parle plutôt de boys love.

L’ouvrage est découpé en chapitres, chacun écrit par un auteur différent, qui abordent le yaoi sous différents aspects. On peut cependant dégager quelques thèmes principaux.

Plusieurs chapitres sont consacrés au marché du yaoi au Japon. Le premier dresse un historique du genre, de sa naissance dans les années 70s jusqu’à aujourd’hui, en retraçant les différentes phases de son évolution. Sont ensuite présentés les éditeurs majeurs et la façon dont ils se positionnent sur le marché, ainsi que les différents produits dérivés qui existent.

 Un chapitre est consacré au yaoi en France. Lorsque l’ouvrage a été publié, en 2008, l’offre en matière de yaoi était alors encore assez limitée. Seuls 3 éditeurs (Taifu Comics, Asuka et Tonkam) étaient présents sur le terrain et leur positionnement était encore parfois hésitant. Ce sont toujours ces trois mêmes éditeurs qui dominent le marché, mais ils ont désormais chacun une collection dédiée au yaoi, et proposent un catalogue de plus en plus étoffé. De plus, Asuka édite une revue bimestrielle, Be x Boy, qui propose des chapitres de plusieurs titres en prépublication. Et d’autres éditeurs tentent de s’introduire sur le marché.

Deux autres chapitres sont consacrés à la présentation de mangakas dont les oeuvres ont marqué le genre et à des chroniques de mangas. Le problème, c’est que ces chroniques ont été réalisées à partir du peu qui était disponible en France il y a 3 ans, et que ce peu n’était pas forcément enthousiasmant. Les yaoi ne brillant pas toujours par leur originalité et la qualité de leur scénario (loin de là), ces chroniques qui se veulent objectives ne donnent pas forcément envie de tenter l’aventure.

Enfin l’ouvrage propose des chapitres d’analyse que j’ai trouvé intéressants. Il y est question des interactions entre le shônen (mangas pour garçon) et le yaoi : comment le shônen inspire les amatrices et dessinatrices de yaoi, et, inversement, comment certains auteurs de shônen introduisent des touches ambiguës dans leurs mangas afin d’attirer les fans de yaoi. Il est dressé un rapide historique de l’homosexualité masculine et de l’évolution de sa perception au Japon, qui se termine par une description des relations parfois houleuses entre homosexuels et yaoi. En effet, comme le livre l’explique clairement, la vision de l’homosexualité qui est montrée dans le yaoi ne correspond pas à la réalité. C’est une représentation idéalisée, fantasmée qui offre aux lectrices ce qu’elles attendent : des beaux garçons et des sentiments.

L’interrogation quant à ce que les lectrices peuvent bien trouver dans le yaoi semblant récurrente, cette problématique est décortiquée dans l’ouvrage. Les shôjo (mangas pour filles) suivent souvent des codes rigides. Dans ces histoires, les lectrices sont naturellement amenées à s’identifier aux personnages féminins, qui ne sont pas forcément très satisfaisants : trop souvent, l’héroïne est une cruche qui aspire à trouver le grand amour, celui pour qui elle abandonnera sa carrière pour devenir femme au foyer. Le yaoi est certes très codifié : les couples sont toujours constitués d’un seme (l’actif), généralement dominant, protecteur et plus viril, et d’un uke (le passif), plus efféminé, souvent timide, naïf et, lui aussi, assez cruche. Toutefois, il ne présente pas les mêmes contraintes : les protagonistes étant des hommes, la lectrice ne se sent pas tenue de s’identifier à l’un d’entre eux. Elle peut être amusée ou attendrie par le uke sans se comparer à lui, ou se sentir plus proche du seme.

L’ouvrage s’achève sur une courte nouvelle et une interview de son auteur.

Ce petit livre sérieux et complet est une façon idéale de découvrir ou mieux comprendre ce genre si souvent décrié qu’est le yaoi.

Homosexualité et manga : le yaoi
Editions H
Collection 10 000 images

Read Full Post »

Ce numéro hors série du magazine Beaux Arts, paru en janvier et actuellement toujours disponible en kiosque, a un contenu très riche puisqu’il a pour ambition, en 150 pages, de dresser un panorama de la bande dessinée érotique.

Après un bref chapitre sur la place de l’érotisme dans l’art au fil des siècles et dans les différentes civilisations, le magazine se découpe en trois parties :

– « Les maîtres de l’érotisme », principalement consacrée aux dessinateurs italiens (Manara, Crepax, Magnus…) et aux pockets porno,

– « Le sexe pour rire », dans laquelle les auteurs s’interrogent sur la raison des liens fréquents entre humour et érotisme, s’intéressent à Reiser et évoquent les parodies porno de BDs célèbres,

– « Le tabou dans la BD », qui comporte notamment un intéressant article abondamment illustré sur la censure. Y sont aussi abordés des sujets comme l’homosexualité et les transexuels, mais aussi les femmes auteurs de BD et la censure dans les mangas.

Le magazine s’attarde longuement sur les auteurs et la production des années 70 qui semble, du fait de la libéralisation des moeurs, avoir été l’âge d’or de la BD érotique, avant le retour à un relatif puritanisme. Quelques oeuvres récentes sont cependant évoquées, telles que Happy Sex de Zep ou Comtesse d’Aude Picault.

En guise de conclusion, il est suggéré au lecteur une « bédéthèque sexy idéale », mais l’ensemble du numéro suscite des envies de lecture, et permet de cibler des pistes de découvertes tentantes, en fonction des informations glanées au fil des chapitres.

Très instructif, le magazine est également abondamment illustré, et comporte même une dizaine de courtes histoires complètes. Parmi celles-ci, j’ai retenu Liz et Beth de Georges Lévis, l’illustrateur de la série du Club des Cinq, dont j’ai été étonnée de reconnaître le style appliqué à un tout autre contexte. J’ai eu l’impression de suivre les aventures d’une Annie devenue femme. Ca m’a amusée et je trouve ses dessins très jolis. L’histoire que j’ai trouvée la plus drôle est une courte parodie de Flash Gordon par Wallace Wood, Flasher Gordon rencontre le MLF. Et puis j’ai été agréablement surprise d’y trouver un extrait du manga Ogenki Clinic, d’Haruka Inui. J’avais hésité à me lancer dans la série, à la sortie du premier tome, et je suis finalement contente d’y avoir renoncé, car je pense que l’humour me lasserait très vite.

Idéal pour une première approche du sujet, et pour se constituer une culture générale de base, ce magazine est également pour moi une référence que je compte garder soigneusement dans ma bibliothèque, afin de me guider dans mes futurs achats de BD.

Il est également possible de se le procurer en ligne ici.

Read Full Post »