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51VVFmu6Y5L__SL500_AA300_Curieusement, plusieurs mangas portent, dans leur traduction française, le titre de Blue. C’est le cas, notamment, du très bon one-shot de Kiriko Nananan. Celui dont je vais vous parler aujourd’hui est un recueil de nouvelles de Naoki Yamamoto, l’auteur de Asatte dance, une série que je suis en train de lire et qui, pour le moment, m’emballe moyennement.

Blue comporte 7 nouvelles, de 20 à 40 pages, qui comptent quelques points communs. Les héros de toutes les histoires sont jeunes : lycéens, étudiants, parfois même collégiens. La plupart d’entre elles ont pour thème principal une histoire de sexe qui vire à l’amour pour l’un des protagonistes. Bien souvent, l’un des personnages semble être manipulé, voire apparaît comme une victime. Mais les faux-semblants sont nombreux et celui qui est manipulé n’est pas forcément le personnage que l’on pensait au départ.

Enfin, le principal point commun de toutes ces nouvelles est qu’elles sont glauques : parmi les thèmes abordés, on trouve la drogue, le chantage, la prostitution, la violence, les sectes, les dictatures, le fantastique. Quasiment toutes m’ont laissé un sentiment de malaise. Et pourtant, je les ai trouvées bien fichues d’un point de vue scénaristique, bien rythmées et conclues de façon percutante. Je reste donc sur des sentiments mêlés, et en cela ce manga m’a fait penser aux romans de Ryû Murakami. Au final, même avec plusieurs jours de recul, je ne saurais dire si j’ai aimé ou pas.

Le dessin fait un peu daté, et pour cause : le manga, quasiment contemporain d’Asatte dance, a déjà plus de 20 ans. Ce qui fait que, comme ce sont apparemment les deux seules oeuvres de Naoki Yamamoto qui ont été traduites en français à ce jour, je me demande comment son style a évolué depuis. Les scènes érotiques m’ont semblé très réussies. Les corps féminins sont particulièrement joliment dessinés. J’y ai trouvé beaucoup de sensualité, même quand les scènes virent à la pornographie.

Blue
Naoki Yamamoto
Editions imho
Pour 16 ans et plus

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Nous nous sommes lancées avec Aaliz dans un projet de longue haleine : relire La recherche du temps perdu. Nous avons commencé au printemps dernier avec Du côté de chez Swann et poursuivons actuellement avec A l’ombre des jeunes filles en fleur.

Proust est un auteur qui fait peur et que, de ce fait, les gens appréhendent trop souvent d’aborder. Pourtant, si l’on fait abstraction de la beauté de son style, c’est un auteur qui peut séduire de par la finesse de ses analyses psychologiques et son humour. Comme je l’aime beaucoup, j’ai envie de faire un peu de propagande et de l’évoquer sur ce blog aussi, pour essayer de montrer qu’il est loin d’être aussi soporifique qu’il en a la réputation.

Voici donc un petit passage que j’ai relu cette semaine. Le narrateur est alors adolescent et décrit ses premiers émois :

[…] m’approchant de Gilberte qui, renversée sur sa chaise, me disait de prendre la lettre et ne me la tendait pas, je me sentis si attiré par son corps que je lui dis :

– Voyons, empêchez-moi de l’attraper, nous allons voir qui sera le plus fort.

Elle la mit dans son dos, je passai mes mains derrière son cou, en soulevant les nattes de cheveux qu’elle portait sur les épaules, soit que ce fût encore de son âge, soit que sa mère voulût la faire paraître plus longtemps enfant, afin de se rajeunir elle-même ; nous luttions, arc-boutés. Je tâchais de l’attirer, elle résistait ; ses pommettes enflammées par l’effort étaient rouges et rondes comme des cerises ; elle riait comme si je l’eusse chatouillée ; je la tenais serrée entre mes jambes comme un arbuste après lequel j’aurais voulu grimper ; et, au milieu de la gymnastique que je faisais, sans qu’en fût à peine augmenté l’essoufflement que me donnaient l’exercice musculaire et l’ardeur du jeu, je répandis, comme quelques gouttes de sueur arrachées par l’effort, mon plaisir auquel je ne pus pas même m’attarder le temps d’en connaître le goût ; aussitôt je pris la lettre. Alors Gilberte me dit avec bonté :

– Vous savez, si vous voulez, nous pouvons lutter encore un peu.

J’ai bien aimé ce passage qui est à l’image du narrateur à ce stade de l’oeuvre : à mi-chemin entre l’enfance et l’âge adulte. On trouve néanmoins bien plus scabreux dans les tomes suivants de La recherche. Je m’y arrêterai peut-être lorsque je tomberai dessus.

En parallèle, je suis dans un ouvrage d’Olivier Bessard-Banquy intitulé Sexe et littérature aujourd’hui que je trouve, pour le moment, très intéressant. Dans le premier chapitre, il déplore que, la littérature érotique ayant perdu beaucoup de son côté transgressif avec la libération sexuelle, les auteurs se livrent à une surenchère dans l’extrême, qui n’est pas synonyme de qualité littéraire. Bien au contraire, il se plaint de la grande médiocrité de la production érotique actuelle, de ce que les petits éditeurs, qui proposent parfois des titres intéressants, souffrent toujours du caractère honteux associé à ce style littéraire et sont peu visibles, tandis que les grands éditeurs généralistes n’hésitent plus à proposer des romans comportant une part plus ou moins importante de sexe – parce que le sexe, ça fait vendre – sans que leurs auteurs soient forcément doués pour ce genre. Il illustre ses propos en évoquant quelques auteurs, et notamment Philippe Djian, à travers son roman Vers chez les blancs. L’avis assez tiède d’alias ne m’avait pas particulièrement donné de le lire et ce qu’en dit Olivier Bessard-Banquy m’en ôte toute velléité. Je ne résiste pas au plaisir de partager avec vous ce passage, qui m’a beaucoup amusée :

Sans surprise on retrouve chez Djian tous les lieux communs de l’écriture gaillarde très grand public – la description risible du suréchauffement des sens (« elle feignit de tourner de l’oeil et manqua de s’étrangler »), la sacro-sainte gradation du récit qui impose de commencer par de tendre baisers avant de passer aux choses sérieuses, le recours au comique (« avec force bruits de bottes s’enfonçant dans la boue ») pour donner une touche sympa et décontractée à ce qui n’est au fond que le tableau d’un banal coït, la description d’une gestuelle agitée (« elle lacéra le dossier du canapé ») pour suggérer la puissance du plaisir. Même le jeu sur l’hypertrophie des corps pour suggérer l’ampleur du désir qui semble une bonne idée susceptible de donner un peu de caractère au récit ne mène à rien ici. A cela s’ajoutent les célèbres fautes de style de Philippe Djian, les lourdeurs d’expression (« Mais vous l’allez voir, ces distorsions morphologiques qui nous frappaient soudain »), les pléonasmes classiques (« un gros pamplemousse »), les remarques inutiles (à quoi bon préciser que le canapé est en peau de buffle? qui se soucie de décoration intérieure en pleine étreinte?) les phrases téméraires (comment une « giclée d’huile » peut-elle filer tout en sifflant?), les interjections improbables (de quelle langue inconnue relève ce « Huurboukkk » avec trois u et deux points d’exclamation?). Burlesque et nigaud, le récit de l’étreinte chez Djian évoque le mélange incongru de deux imaginaires bas de gamme, celui du X petit budget et celui du sitcom pour adolescents boutonneux.

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Si le nom de Georges Lévis ne vous est pas familier, ses dessins vous rappelleront cependant forcément des souvenirs, pour peu que vous ayez grandi dans les années 70s. En effet, ce monsieur, de son vrai nom Jean Sidobre, fut l’illustrateur de la célèbre série le Club des cinq.

Cette édition regroupe l’intégralité des aventures de Liz et Beth, qui commencèrent à paraître dans la revue Multi en 1975 et dont la publication se poursuivit sur divers supports jusqu’en 1993. L’histoire peut se résumer en deux mots : Annie et Claude ont grandi, sont devenues nymphomanes et évoluent dans un monde où les gens qu’elles rencontrent ne pensent qu’au sexe! Du fait que leurs aventures étaient publiées en feuilletons, les différents épisodes sont très courts, et donc assez abracadabrants.

Néanmoins, alors que si Liz & Beth avait eu un autre auteur, j’aurais sans doute encore ronchonné contre la faiblesse du scénario… et accessoirement contre les tendres sentiments qui unissent Liz, la blonde, une douce divorcée, et Beth, la brune, dotée d’une forte personnalité et d’un mari ouvert d’esprit, j’ai, pour une fois, apprécié ma lecture de cette BD, pour plusieurs raisons.

Déjà, je suis fan de ses dessins depuis que je suis petite, et donc, son style pour ces aventures érotiques étant identique à celui des illustrations du Club des cinq, pas très objective. Et j’apprécie qu’il soigne autant ses dessins d’hommes que de femmes, chose trop rare à mon goût! D’autre part, si les intrigues sont peu crédibles, elles sont néanmoins construites et cohérentes. Par ailleurs, j’ai aisément pardonné leur rôle de prétexte à toutes sortes de situations sexuelles exotiques, parce que Georges Lévis y a instillé de l’humour, de l’esprit et des allusions amusantes. Ainsi, par exemple, Beth prête à Liz le journal intime de son aïeule Sophie, enfant souvent punie pour ses bêtises, dans lequel elle raconte son initiation sexuelle avec son cousin Paul.

Dans les différentes aventures que vivent Liz et Beth en ville, à la campagne ou dans des pays exotiques, il y a des éléments qui reviennent souvent, comme des marottes de l’auteur :

– le saphisme… et accessoirement le recours à des godes-ceintures

– les matrones à l’air sévère qui initient des adolescents aux choses du sexe, au besoin en recourant au chantage ou à la contrainte. Ce n’est pas l’aspect que j’ai préféré, même si l’auteur le traite d’une façon qui ne fait malsaine mais est, au contraire, plutôt attrayante.

– les héroïnes portent toujours de la lingerie sophistiquée. Elles me font, dans l’ensemble, penser à des élégantes des années 50s bien plutôt qu’à des femmes des années 80s, même s’il leur arrive de porter des strings. Porte-jarretelles et bas sont de rigueur. Soutien-gorges, guépières et petites culottes sont magnifiques. J’avais pratiquement envie de foncer dans un magasin de lingerie à chaque page!

– les fessées, nombreuses et variées, données et reçues par des hommes ou des femmes dans des circonstances diverses, mais souvent appétissantes!

Moi qui ai du mal à trouver mon bonheur en matière de BD, j’ai été charmée par ce gros album (plus de 300 pages), léger, plaisant et raffiné. J’ai bien envie de découvrir le reste de sa production et ai déjà rajouté un autre titre de lui à ma LAL.

Liz & Beth
G. Lévis
Editions Delcourt

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Little butterfly

Il faut bien avouer que la production de yaoi, ou tout du moins ce qui est publié en France, brille rarement par son intérêt et son originalité. Parmi ces mangas trop souvent décevants pour la lectrice grincheuse que je suis, ceux de Hinago Takanaga, frais et naïfs sans être niais, sortent, à mon sens, clairement du lot. Si je n’ai pas tellement accroché à Rien n’est impossible, trop mièvre à mon goût, je suis en revanche Silent love et, surtout, The tyrant who fall in love avec plaisir. J’ai également bien aimé Little butterfly, dont le troisième et dernier tome est sorti le mois dernier.

Bien que figure sur chacun des volumes la mention « Pour public averti », c’est un manga très soft. Cela correspond à une volonté de l’auteur, du fait du jeune âge des deux héros : ce sont deux adolescents en dernière année de collège. Ce qui m’a paru original dans le manga et que j’ai trouvé intéressant, c’est sa tonalité sombre. En effet, si le blondinet des couvertures, Kojima, est un garçon extraverti, bien dans ses baskets, bien intégré dans sa classe et choyé par ses parents, l’autre, Nakahara, mène une existence beaucoup plus difficile. De son père, qui a fait un mariage d’argent et qui voit sa femme et son fils comme des fardeaux, comme de sa mère, déçue dans les grandes ambitions qu’elle avait pour son fils, adepte d’une secte et qui a des troubles mentaux, il ne reçoit que de l’indifférence et des reproches, voire même des coups.

Kojima, intrigué par ce garçon silencieux qui ne se lie avec personne, profite d’un voyage scolaire pour entrer en contact avec Nakahara. Au début, il est pour lui une source de problèmes, puisqu’il fiche en l’air le plan soigneusement élaboré par Nakahara pour fuguer et laisser derrière lui le Japon et sa famille. Mais, très vite, les deux garçons deviennent amis, avant de découvrir qu’ils éprouvent l’un pour l’autre de tendres sentiments. La série couvre leur dernière année de collège. Tandis que Nakahara va pousser Kojima à se dépasser sur le plan scolaire, le soutien de ce dernier va encourager son ami à s’affranchir de ses parents et de l’étau de culpabilité dans lequel il étouffe, et à s’autoriser à faire des projets d’avenir. Bref, tous deux vont apprendre et grandir.

En parallèle à cette maturation intellectuelle se produit en eux un éveil des sens et une prise de conscience de leurs désirs. Le manga est néanmoins beaucoup plus tendre qu’érotique et seul le dernier volume contient des scènes un peu chaudes. Par ailleurs, l’un des points forts d’Hinako Takanaga est qu’elle arrive, du moins à mon goût, à être plus sensuelle que d’autres mangakas qui montrent beaucoup plus de choses, en jouant sur la suggestion et sur la tension érotique entre les partenaires et non sur des pratiques spectaculaires. Pour ces raisons, je ne me suis sentie à aucun moment mal à l’aise du fait du jeune âge des personnages, chose sur laquelle j’aurais pourtant pu buter. La sexualité s’introduit dans leur relation de façon naturelle et avec beaucoup de délicatesse. C’est mignon, pas malsain.

Même si ça reste un yaoi qui obéit bien aux canons du genre, l’aspect sensuel n’est malgré tout que relativement secondaire dans cette série qui, si elle n’est pas impérissable, offre suffisamment d’intérêt, du fait de l’histoire de Nakahara, pour occasionner une lecture de détente agréable.

Little butterfly
Hinako Takanaga
Taifu Comics
3 volumes (série finie)

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Une femme met fin à une relation parce qu’elle est allée au bout de ce qu’elle pouvait vivre avec cet amant et qu’elle s’apprête à emprunter une nouvelle route. Ne sachant comment le lui expliquer, elle lui envoie le cahier dans lequel elle a relaté ce qu’elle a vécu avec lui. Il lui répond en ajoutant ses propres commentaires dans la marge, si bien que c’est un récit à deux voix qui est offert au lecteur, dans lequel les deux points de vue se succèdent et se donnent la réplique. Tout démarre lorsque la femme, sentant que c’est possible avec cet homme, organise une mise en scène pour réaliser enfin son fantasme de trio. En réaction, il lui prépare à son tour une surprise, qui pousse le jeu un peu plus loin. De rencontre en rencontre, la femme va s’initier au SM et avoir la révélation de ses penchants.

Cet ouvrage est apparemment vendu comme une BD, sans doute parce qu’il a été illustré par Alex Varenne, connu pour avoir dessiné pour L’Echo des savanes et d’autres revues et publié plusieurs albums, tels que la série Erma Jaguar (je n’ai, en revanche, pas pu trouver si Philippe de Saxe – ce doit être un pseudo – a écrit autre chose). Mais il s’agit, en fait, d’un roman, accompagné de grandes illustrations qui occupent la majeure partie de certaines pages de droite.

Je n’ai pas été très intéressée par les dessins, que je trouve pourtant beaux. De façon générale, pour moi qui suis beaucoup plus sensible aux mots qu’aux images et qui préfère me construire mes propres représentations mentales, les illustrations ne m’ont pas apporté grand chose. Si elles avaient été plus nombreuses et qu’il se soit agi d’un roman graphique, j’aurais sans doute fait la démarche intellectuelle d’essayer de rentrer dedans. Mais là, je me suis d’instinct fabriqué mon propre film, avec lequel, forcément, elles ne collaient pas, si bien que j’ai eu tendance à les ignorer au cours de ma lecture. Je pense que le fait que la représentation de la narratrice ne me plaisait pas y a contribué.

Pour ce qui concerne le texte, ce n’est pas de la haute littérature et j’y ai relevé des fautes de français et répétitions qui m’ont fait bondir (un exemple : « Son compagnon nous suivait et la guidait, la guidant de sa voix chaleureuse. »). J’ai beaucoup aimé l’idée des deux narrateurs qui se répondent et se complètent mutuellement. De ce fait, j’ai regretté que ce ne soit pas mieux exploité et que ce soit parfois assez maladroit. J’aurais aimé que l’homme commente plus et apporte plus son point de vue. Trop souvent, le narrateur ne fait que combler les trous du récit de la narratrice et il me semble que l’histoire serait un peu difficile à suivre si on ne lisait qu’une seule des voix au lieu des deux, comme le quatrième de couverture y invite le lecteur.

De la même façon, l’auteur a beaucoup insisté sur l’aspect psychologique de cette initiation dont la femme fait l’expérience et sur les bouleversements qu’elle induit dans la vie de celle-ci. Mais, là encore, ça aurait mérité d’être fait de façon plus adroite. Ce roman repose tout de même beaucoup sur des clichés et les personnages secondaires sont simplement esquissés et sont assez stéréotypés. De plus, ça va très vite et ce n’est pas franchement crédible. Ce qui m’a d’ailleurs fait sourire, c’est que les deux narrateurs s’étonnent parfois eux-mêmes de cette fuite en avant et de sa rapidité, comme si l’auteur essayait de se raccrocher aux branches. Visiblement il a plus cherché à faire pornographique que crédible. Je ne pense pourtant pas que le récit aurait perdu en potentiel érotique à être plus subtil. Plutôt que de se limiter à un court roman d’un peu plus d’une centaine de pages, il me semble que l’auteur aurait gagné à développer davantage et à faire un récit plus travaillé et plus progressif.

En dépit de mes nombreuses réserves, et même si je n’ai pas tout aimé (c’est un peu trop SM et il y a un peu trop de femmes à mon goût), j’ai néanmoins trouvé que l’histoire remplit l’office pour lequel elle a été écrite de façon plutôt efficace. Pour cette raison, et du fait que j’ai bien aimé le mode de narration, je serais malgré tout plutôt encline à recommander le roman.

La correction ou la confusion des sens
Philippe de Saxe et Alex Varenne
Editions Glénat
Collection Drugstore
Pour public averti

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Lorsque j’ai effectué quelques recherches sur la biographie d’Hervé-René Martin, que je ne connaissais pas du tout, j’ai été surprise d’apprendre qu’il est plus connu en tant qu’essayiste. Il est, en effet, l’auteur de La mondialisation racontée à ceux qui la subissent, en deux volets, ainsi que d’un Eloge de la simplicité, dans lequel il raconte comment il s’est  installé dans une maison en terre et en paille qu’il a construite, pour vivre en conformité avec ses idées. Il est cependant également romancier, et s’est donc essayé à la littérature érotique, à travers une tétralogie, publiée de 1997 à 2004, dont L’éveil de Clémence est le premier volume. Cette série a pour objet les débuts de la vie sexuelle d’une jeune fille. Le premier tome rapporte ses premiers émois érotiques.

On peut lire en quatrième de couverture cette petite phrase : « Découvrez le meilleur de la littérature contemporaine », et le fait est que c’est un roman qui a des ambitions. L’écriture se veut raffinée, mais m’a paru parfois un peu pompeuse et j’ai été étonnée d’y trouver des formules comme « j’ai mal à mon pied » ou « Clémence elle fait… ». Il y a de l’humour mais j’ai parfois eu l’impression que le roman virait au vaudeville. Il y a une histoire, qui est une accumulation de clichés et dans laquelle la psychologie des personnages est totalement improbable. Malheureusement, j’ai trouvé que c’est dans les parties qui ne sont pas érotiques qu’il s’en sort le moins mal.

Pour vous donner un aperçu de ce que ça peut donner, voici un bref résumé des premiers chapitres. Au début du roman, la bourgeoise famille de l’héroïne effectue sa sortie bisannuelle au Louvre et, pour s’y rendre, s’encanaille en prenant le métro, en deuxième classe. Clémence, qui a dû laisser sa place assise, sent soudain une main se poser sur ses fesses. Elle ne verra jamais l’inconnu, qui a de gros doigts rugueux et empeste, mais c’est forcément un prolétaire gros, vieux et moche. Le métro est plus bondé le week-end que les jours de grève, c’est bien connu, ce qui fait que personne ne se rend compte que Clémence a les fesses à l’air, hormis sa soeur qui ne la quitte pas du regard, ce qui est d’autant plus fort que Clémence peut lui attraper la nuque en se penchant un peu, ce qui facilite encore l’accès à ses fesses. Car Clémence, en dépit des exhortations qu’elle s’adresse mentalement, ne proteste pas et, au contraire, prend plaisir à l’intrusion de ces doigts inconnus.

Cet épisode donne à Clémence, qui n’a fait jusque-là que flirter avec des garçons qu’elle allumait, l’envie de se déniaiser. Elle choisit pour cela un camarade de sa classe de terminale, bon élève et très fort en philosophie, et donc, fatalement, coincé et totalement inexpérimenté en matière de filles. Clémence l’attire chez elle en prétextant avoir besoin de son aide pour réviser la philo, l’aguiche en se promenant à moitié nue devant lui, avant de finir complètement nue et de se comporter en nymphomane, se rappelant parfois qu’elle risque d’effrayer ce pauvre garçon si romantique en allant trop loin. A la fin d’une longue (à lire, en tout cas!) séance de pelotage, durant laquelle le comportement et les sautes d’humeur de l’héroïne m’ont parus totalement abracadabrants, les parents de Clémence rentrent chez eux au moment où le garçon éjacule. La surprise fait que le jet atterrit sur le visage de Clémence, qui s’en tartine la figure pour faire croire à sa mère qu’elle est en train de se faire un masque, chose tout à fait naturelle pendant qu’on révise avec un camarade. Ca, ça fait quand même partie des quelques passages qui m’ont fait sourire.

Là où j’ai plus de mal, c’est que le garçon est fils d’une mère célibataire avec qui il vit dans une grande promiscuité et à l’égard de laquelle il nourrit des sentiments très forts et assez ambigus (je devrais peut-être me méfier quand mon fils me reproche de me mettre trop rarement en jupe!). Ce garçon a donc des réactions assez étonnantes quand il est avec Clémence et est très attiré par la mère de sa dulcinée, qui est dotée d’une somptueuse toison pubienne soigneusement entretenue par son masseur préféré (ce chapitre là était terrible!).

Après avoir joué à la maîtresse et à la chienne avec sa soeur, qui est fascinée par son aînée (oui, le roman donne un peu dans l’inceste aussi), Clémence est invitée par un ami de ses parents à l’accompagner en croisière. L’ami en question part en croisière nuptiale avec sa cinquième épouse, qui a à peu près l’âge de Clémence, mais la mère de cette dernière trouve ça tout à fait normal et laisse partir sa fille en toute confiance…

Bon, je m’arrête là pour ne pas spoiler plus. Je pense que vous aurez une bonne idée du contenu du roman si j’ajoute que ça se veut beaucoup plus pervers que ça ne l’est en fait et que, alors que je m’attendais à lire des scènes de débauche, je me faisais la réflexion à la fin des chapitres, un peu dépitée, que c’était beaucoup de bruit pour pas grand chose. Ce qu’il y a de plus intéressant, en fait, ce sont les rêves des personnages. c’est une idée que j’ai trouvée pas mal, mais j’aurais bien aimé qu’il développe un peu plus dans la même veine. Je précise enfin que Clémence est toujours vierge à la fin du roman et, au vu des titres des autres volumes, je me demande si elle ne perd pas sa virginité dans le quatrième tome seulement… mais je n’irai pas m’en rendre compte par moi-même, ayant déjà dû me motiver pour venir à bout de celui-ci!

L’éveil de Clémence
Hervé-René Martin
Editions Climats
Collection Le Cercle Poche

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Une lycéenne reçoit une lettre d’un mystérieux soupirant. Elle décide de rentrer dans le jeu et une correspondance s’engage entre eux, qui enflamme ses sens. Bientôt, les échanges épistolaires ne suffisent plus à la jeune fille, qui souhaite rencontrer son amant toujours inconnu. Celui-ci accepte, mais à la condition que la jeune fille portera un bandeau à chacune de leurs rencontres.

 Jean-François Mopin est professeur d’anglais. S’il s’est essayé avec Le bandeau à la littérature érotique, il est également l’auteur de romans de science-fiction.

Le bandeau est paru en 2005, et je le regrette, car c’est un roman que j’aurais aimé lire quand j’avais l’âge de l’héroïne. Non pas que j’aurais aimé suivre le même parcours initiatique qu’elle, mais je pense que, à l’époque, j’aurais adoré ce roman et j’aurais beaucoup appris en le lisant. L’éventail des pratiques évoquées y est, en effet, très large, mais surtout j’aime beaucoup le message que l’auteur y fait passer : il est important d’ouvrir ses horizons et d’élever son esprit dans tous les domaines. Une sexualité variée et riche doit aller de pair avec une vie culturelle et intellectuelle tout aussi riche. Il accorde dans le roman une place importante à la littérature, la musique, l’art, la gastronomie, tous domaines susceptibles à mes yeux de générer des émotions sensuelles tout aussi bien que le sexe. Par ailleurs, je pense que j’aurais plus apprécié le roman il y a 20 ans qu’aujourd’hui, car je lui vois maintenant des défauts qui m’auraient sans doute échappé alors.

L’histoire, sorte de conte de fées à la sauce BDSM, le mystérieux amant étant l’incarnation du prince charmant dont rêvent les jeunes filles, en plus pervers, est en effet assez naïve et peu crédible. Je regrette que la jeune fille (aucun personnage n’a de nom dans ce roman) ne fasse pas plus d’efforts pour chercher à découvrir l’identité de son amant, qu’elle ne se pose pas plus de questions, et qu’elle se prête trop facilement à toutes les aventures dans lesquelles elle est entraînée. Je regrette que les parents ne s’interrogent pas plus que leur fille  et qu’ils soient d’un aveuglement assez étonnant à propos de ses activités. Et surtout l’héroïne est trop jeune et son apprentissage va beaucoup trop loin beaucoup trop vite. Puisque l’un des personnages est désigné comme « le Terminale », on peut supposer qu’elle est en seconde ou en première et n’a pas plus de 16-17 ans. Compte tenu de tout ce qu’on la voit explorer dans le roman, que lui restera-t-il à découvrir? De ce fait, la fin, que je trouve tout de même assez habile, ne m’a pas plu car je la trouve très négative. J’avais lu, il y a déjà 2-3 ans, que Jean-François Mopin envisageait d’écrire la suite du Bandeau et j’aurais été assez curieuse de voir comment il aurait fait évoluer son héroïne. 

En dépit de ces faiblesses, j’ai tout de même beaucoup aimé ce roman (que j’ai même relu) et je le classerais parmi mes préférés. L’écriture est fluide et très agréable. L’histoire, même si je la trouve naïve, est bien construite et a une certaine profondeur. Même si l’idée de base du mystérieux amant parfait est difficile à avaler, le scénario est fouillé et très cohérent. La dimension psychologique, à laquelle j’attache tant d’importance et dont je déplore régulièrement la légèreté ou l’absence, est tout aussi fouillée et cohérente. Le portrait de la jeune fille me semble très réussi. Tellement réussi que je la trouve à la fois agaçante et attendrissante : écervelée, trop malléable, elle me paraît aussi bourrée de certitudes que je pouvais l’être à son âge, et trop sûre d’elle. D’un point de vue littéraire, c’est un roman de qualité.

D’un point de vue érotique, j’ai pu éprouver une baisse d’intérêt par moments, du fait qu’il y a tout de même une certaine répétitivité dans les rencontres. Toutes les pratiques décrites ne m’ont pas plu et la dernière centaine de pages est trop orientée SM hard à mon goût. Néanmoins, j’ai apprécié la progressivité de l’apprentissage, qui est, là encore, logique et cohérente et j’ai apprécié la variété et la recherche de l’originalité des scènes de sexe. J’ai également aimé que l’atmosphère qui se dégage du roman soit à la fois torride et pleine de tendresse.

En bref, c’est un roman qui n’est pas dépourvu de faiblesses mais qui compense par de belles qualités et qui est agréable à lire, plutôt par petites touches que d’une seule traite, à mon avis, et que j’ai envie de recommander chaleureusement!

Cette relecture s’est fait dans le cadre d’une lecture commune avec Martial, qui est nettement moins enthousiaste!

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Contes pervers est le premier ouvrage érotique de Régine Deforges. Publié en 1980, soit un an avant la sortie du premier tome de La bicyclette bleue, il a été adapté en film la même année par son auteur. Quatre des neuf histoires qui le composent ont également été adaptées en bande dessinée. L’album, illustré par Gérard Leclaire, a été publié en 1985.

 J’ai acheté ce recueil de nouvelles après avoir lu une critique élogieuse à son sujet. J’étais cependant assez sceptique, car la seule expérience de Régine Deforges que j’avais eue jusque-là se limitait au premier tome de La bicyclette bleue, qui m’est tombé des mains et qui est l’un des rares livres que je n’ai pas eu le courage de terminer. Ce livre est donc dans l’ensemble pour moi relativement une bonne surprise.

J’ai été, en effet, favorablement impressionnée par la qualité littéraire du recueil. J’ai apprécié le soin apporté tant à l’écriture, belle et élégante, qu’à la construction de chacune des neuf petites histoires d’une vingtaine de pages qui constituent le recueil. En effet, je m’attendais à ce que des nouvelles aussi courtes soient simplement des esquisses, alors que, dans chacune d’elle, c’est tout un univers que le lecteur découvre, dans un pays et une ambiance chaque fois différents.

Certaines nouvelles sont très nettes et d’une grande précision, d’autres sont beaucoup plus floues. Le lecteur partage alors la confusion vécue par les personnages : parfois, on ne sait pas trop si les événements décrits sont un rêve ou une réalité et, à d’autres moments, on a du mal à suivre ce qui se passe quand le personnage semble brièvement perdre pied avec la réalité. Cependant, dans chacune d’entre elles, les lieux, les circonstances, la personnalité et le vécu des personnages sont minutieusement construits. Si bien que, dans certains contes, l’aspect érotique paraîtrait presque accessoire et n’occupe que peu de place.

De façon générale, les scènes érotiques sont beaucoup plus suggérées que décrites. L’auteur en rapporte brièvement les préliminaires ou brosse la scène à grands traits en peu de mots, quand elle ne reste pas totalement muette. Enfin… ce n’est pas tout à fait exact, car elle se fait plus explicite dans les histoires où je me serais justement volontiers passée des détails, mais j’y reviendrai un peu plus loin. Cette façon de faire m’a un peu fait penser à ces livrets de scenarii de jeux de rôle pour couples, qui plantent le décor, posent les personnages et leur personnalité, donnent la trame dans ses grandes lignes et laissent les lecteurs improviser à partir de ces éléments. Certaines des nouvelles m’ont donné l’impression que Régine Deforges plante le décor du théâtre, raconte certaines scènes de la pièce, et laisse le soin à l’imagination du lecteur de jouer le reste. Ca, c’est quelque chose que j’ai bien aimé.

Pour ce qui est du fond, les fantasmes mis en scène sont classiques mais souvent présentés de façon originale. Ainsi, Le placard aux balais a pour thème un jeu de séduction qui dérape entre un jeune élève (trop jeune!) et son professeur. Mais, plutôt que de raconter ce qui se passe entre l’adolescent et le professeur, ce sont les souvenirs d’enfance que de petits détails font revenir à la mémoire de la jeune femme qu’elle choisit de développer.

En dépit de ces qualités littéraires que je viens d’exposer, je n’ai pas réussi à rentrer dans les histoires. J’ai trouvé que c’était joli, bien fait, mais je ne me suis pas, sauf rares exceptions, sentie concernée ni intéressée. Evidemment, c’est éminemment subjectif et question de sensibilité, et d’autres personnes seront d’un avis totalement différent du mien.

Néanmoins, pour avoir été glaner ça et là sur le net ce que je pouvais trouver comme avis à propos de ce livre, j’ai constaté que la plupart des lecteurs qui l’ont chroniqué partageaient mon sentiment sur un point : si certaines histoires sont mignonnes et amusantes, et d’un ton léger, d’autres, plus dures, ont un contenu assez malsain et dérangeant. Je l’ai dit plus haut, les fantasmes qui servent de base aux histoires sont dans l’ensemble très classiques : viol, prostitution, personnages au sexe ambigu… Cependant, la façon dont elle les met en scène tend, je trouve, à les vider de leur contenu fantasmatique, si bien que j’ai éprouvé une sensation de malaise à la lecture de certains passages. L’histoire la plus dure est incontestablement Les amants de la Forêt Noire, très violente et vraiment horrible. Elle détonne par rapport au reste du recueil car, si elle est perverse, je n’y ai pas vu trace d’érotisme. J’aurais bien aimé savoir ce qui avait motivé l’écriture et les choix de nouvelles de l’auteur, car je reste assez perplexe.

L’un des commentaires que j’ai pu lire sur Amazon émanait d’une personne qui disait avoir lu tous les ouvrages de Régine Deforges et n’avoir éprouvé de sentiment de malaise qu’avec celui-ci. Peut-être devrais-je en essayer un autre pour pouvoir me faire une meilleure idée de son oeuvre érotique? Ou peut-être Alias aura-t-elle envie de tenter l’expérience, afin d’apporter un deuxième point de vue? :-P

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Makoto et Yura ont fait connaissance par l’intermédiaire d’une agence de rencontres. Ils se sont plu, sont tombés amoureux, et ont décidé de se marier. Tous deux ont 25 ans et sont encore vierges. Ils vont tout apprendre ensemble.

Considérer Step up love story comme un manuel de sexualité, comme le souhaite l’auteur, me semble hasardeux pour deux raisons. D’une part, les informations reposent essentiellement sur des statistiques, et très peu sur des données réellement fiables. D’autre part, la sexualité y est, forcément, traitée d’un point de vue japonais. Ca peut être instructif d’un point de vue culturel, mais je trouve assez ennuyeux de le présenter comme une référence sérieuse à des adolescents alors que les MST n’y sont quasiment jamais évoquées (sauf dans les intéressants suppléments que le traducteur français a pris la peine d’inclure en fin de volume) et que les méthodes de contraception expliquées se limitent plus ou moins au suivi de la courbe des températures, éventuellement complété de l’usage d’un préservatif lors des périodes critiques. Or, il me semble que le public visé est essentiellement les adolescents, les 2 héros étant tellement ignorants et maladroits au départ que les adultes n’ont pas grand-chose à apprendre du manga. Mais c’est vrai que, pour les pratiques de bases, le manga peut donner des indications pour bien démarrer.

Au-delà de ces questions pratiques, le manga est agréable à lire. C’est frais, sympathique, amusant, les filles sont très mignonnes. Malheureusement, les deux personnages principaux sont très stéréotypés et manquent de personnalité, mais l’auteur a pris soin de nous faire suivre en parallèle les épisodes de la vie amoureuse d’un grand nombre de personnages secondaires : petites soeurs, cousine, voisins, collègues, ce qui permet d’étoffer et de relancer l’histoire. Malgré cela, le manga commence à tourner en rond après 6 ou 7 tomes et n’apporte plus grand-chose. Personnellement, j’ai craqué après une dizaine de volumes.

Lire quelques tomes, seul ou à deux, permet de passer un bon moment, mais lire l’intégralité de la série me paraît bien fastidieux et superflu.

Step up love story
Aki Katsu
Pika Editions
36 volumes parus à ce jour en France
48 volumes parus au Japon
(série toujours en cours)

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