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Après Quand Cupidon s’emmêle, j’ai poursuivi ma découverte de la série en trois volumes Les 5 sens d’Eros par la lecture de l’album du même nom.

Le volume s’ouvre sur cinq courtes nouvelles illustrant chacune un des sens. La couverture de l’album est composée d’éléments de chacune de ces cinq histoires. L’odorat a pour héros un homme qui aime l’odeur des femmes, La vue met en scène un voyeur, Le toucher et Le goût évoquent l’enfance : dans la première, une jeune femme étend le goût qu’elle a pour ses jouets en peluche aux toisons humaines et, dans la seconde, une autre jeune femme ne se sépare jamais de sa tétine. L’ouie, enfin, est centrée sur la musique.

L’album est complété par quatre histoires indépendantes :

Eros, Thanatos et les autres : Eros est mort et Thanatos règne sur le monde, en proie à la violence et au chaos. Gaïa, Aphrodite, Déméter, Athéna, Hébé et Hermaphrodite décident de ressusciter Eros et se mettent en quête des sept éléments indispensables à cette résurrection… avec plus ou moins de bonheur.

La cure de miel : Une femme déprime parce qu’elle se trouve trop grosse. Un ami conseille à son mari de lui faire essayer une cure de miel. La cure s’avère très originale et très efficace, mais pas forcément de la façon attendue.

Le virage : Une jeune femme a décidé de quitter sa ville natale pour démarrer une nouvelle vie ailleurs. Elle monte dans un car et trouve une place libre à côté d’un jeune homme. Alors que tout les passagers dorment, un virage brutal va rapprocher la jeune femme de son voisin de façon inattendue.

Jour de chance : Un homme rêve qu’il est dans un sérail, en possession de sept énormes diamants et de sept superbes femmes aux petits soins pour lui. A son réveil, il est persuadé que c’est son jour de chance et décide de tenter le tout pour le tout.

Neuf histoires en à peine plus de 60 pages, c’est très court et ça ne laisse pas beaucoup le temps de développer. Néanmoins, comme dans Quand Cupidon s’emmêle, j’ai apprécié le soin apporté aux histoires. Si elles ne sont pas hautement intellectuelles, elles sont néanmoins pourvues d’une certaine originalité (j’ai notamment été amusée par Le goût et tous les usages que l’héroine y fait de sa têtine) et la chute est souvent amusante ou surprenante. Le ton est également varié. Si, dans Quand Cupidon s’emmêle, toutes les histoires étaient humoristiques, certaines, ici, sont plus sombres. Eros, Thanatos et les autres a pour cadre un monde violent et La vue et, surtout, L’ouie, ont des fins assez tristes.

Néanmoins, l’impression que je garde de l’ensemble est, cette fois encore, assez souriante. L’humour est malgré tout encore très présent dans cet album et, comme je l’avais dit dans mon précédent billet, les dessins, aux traits et aux couleurs très doux, et qui ont quelque chose d’assez naïf, font passer comme une lettre à la poste les images un peu dures que l’auteur peut glisser ça et là au fil des pages.

Pour moi qui suis trop souvent déçue par les BDs que je lis, Manunta constitue donc décidément une découverte sympathique.

Les cinq sens d’Eros
Giuseppe Manunta
Editions Tabou

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Une lycéenne reçoit une lettre d’un mystérieux soupirant. Elle décide de rentrer dans le jeu et une correspondance s’engage entre eux, qui enflamme ses sens. Bientôt, les échanges épistolaires ne suffisent plus à la jeune fille, qui souhaite rencontrer son amant toujours inconnu. Celui-ci accepte, mais à la condition que la jeune fille portera un bandeau à chacune de leurs rencontres.

 Jean-François Mopin est professeur d’anglais. S’il s’est essayé avec Le bandeau à la littérature érotique, il est également l’auteur de romans de science-fiction.

Le bandeau est paru en 2005, et je le regrette, car c’est un roman que j’aurais aimé lire quand j’avais l’âge de l’héroïne. Non pas que j’aurais aimé suivre le même parcours initiatique qu’elle, mais je pense que, à l’époque, j’aurais adoré ce roman et j’aurais beaucoup appris en le lisant. L’éventail des pratiques évoquées y est, en effet, très large, mais surtout j’aime beaucoup le message que l’auteur y fait passer : il est important d’ouvrir ses horizons et d’élever son esprit dans tous les domaines. Une sexualité variée et riche doit aller de pair avec une vie culturelle et intellectuelle tout aussi riche. Il accorde dans le roman une place importante à la littérature, la musique, l’art, la gastronomie, tous domaines susceptibles à mes yeux de générer des émotions sensuelles tout aussi bien que le sexe. Par ailleurs, je pense que j’aurais plus apprécié le roman il y a 20 ans qu’aujourd’hui, car je lui vois maintenant des défauts qui m’auraient sans doute échappé alors.

L’histoire, sorte de conte de fées à la sauce BDSM, le mystérieux amant étant l’incarnation du prince charmant dont rêvent les jeunes filles, en plus pervers, est en effet assez naïve et peu crédible. Je regrette que la jeune fille (aucun personnage n’a de nom dans ce roman) ne fasse pas plus d’efforts pour chercher à découvrir l’identité de son amant, qu’elle ne se pose pas plus de questions, et qu’elle se prête trop facilement à toutes les aventures dans lesquelles elle est entraînée. Je regrette que les parents ne s’interrogent pas plus que leur fille  et qu’ils soient d’un aveuglement assez étonnant à propos de ses activités. Et surtout l’héroïne est trop jeune et son apprentissage va beaucoup trop loin beaucoup trop vite. Puisque l’un des personnages est désigné comme « le Terminale », on peut supposer qu’elle est en seconde ou en première et n’a pas plus de 16-17 ans. Compte tenu de tout ce qu’on la voit explorer dans le roman, que lui restera-t-il à découvrir? De ce fait, la fin, que je trouve tout de même assez habile, ne m’a pas plu car je la trouve très négative. J’avais lu, il y a déjà 2-3 ans, que Jean-François Mopin envisageait d’écrire la suite du Bandeau et j’aurais été assez curieuse de voir comment il aurait fait évoluer son héroïne. 

En dépit de ces faiblesses, j’ai tout de même beaucoup aimé ce roman (que j’ai même relu) et je le classerais parmi mes préférés. L’écriture est fluide et très agréable. L’histoire, même si je la trouve naïve, est bien construite et a une certaine profondeur. Même si l’idée de base du mystérieux amant parfait est difficile à avaler, le scénario est fouillé et très cohérent. La dimension psychologique, à laquelle j’attache tant d’importance et dont je déplore régulièrement la légèreté ou l’absence, est tout aussi fouillée et cohérente. Le portrait de la jeune fille me semble très réussi. Tellement réussi que je la trouve à la fois agaçante et attendrissante : écervelée, trop malléable, elle me paraît aussi bourrée de certitudes que je pouvais l’être à son âge, et trop sûre d’elle. D’un point de vue littéraire, c’est un roman de qualité.

D’un point de vue érotique, j’ai pu éprouver une baisse d’intérêt par moments, du fait qu’il y a tout de même une certaine répétitivité dans les rencontres. Toutes les pratiques décrites ne m’ont pas plu et la dernière centaine de pages est trop orientée SM hard à mon goût. Néanmoins, j’ai apprécié la progressivité de l’apprentissage, qui est, là encore, logique et cohérente et j’ai apprécié la variété et la recherche de l’originalité des scènes de sexe. J’ai également aimé que l’atmosphère qui se dégage du roman soit à la fois torride et pleine de tendresse.

En bref, c’est un roman qui n’est pas dépourvu de faiblesses mais qui compense par de belles qualités et qui est agréable à lire, plutôt par petites touches que d’une seule traite, à mon avis, et que j’ai envie de recommander chaleureusement!

Cette relecture s’est fait dans le cadre d’une lecture commune avec Martial, qui est nettement moins enthousiaste!

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Ce petit récit, que je qualifierais de sensuel plutôt que d’érotique, comporte à peine 70 pages et se lit très vite. L’histoire est simple, presque banale : ça pourrait arriver à chacun d’entre nous, ou, tout du moins, chacun d’entre nous pourrait se prendre à rêver vivre une aventure similaire sans que cela semble irréaliste.

Chaque lundi matin, très tôt, une femme prend le train pour Paris. Un matin d’hiver, elle trouve un homme installé dans le siège en face du sien. Elle l’a déjà croisé, lui aussi est un habitué de ce train matinal, mais, cette fois, elle le regarde différemment parce qu’il semble endormi et que regarder les hommes abandonnés dans le sommeil l’émeut. Mais, bien vite, elle se rend compte que son sommeil n’est que feint, et y voit l’amorce d’un jeu entre eux. Son imaginaire se met en marche. Bientôt leurs regards se croisent, puis le tissu d’un pantalon vient frôler le tissu d’un bas et, très vite, un pied sort d’un escarpin et entreprend l’ascension d’une jambe. C’est ainsi que tout commence entre eux.

Leurs attouchements sont limités par le cadre de leurs rencontres : un wagon qu’ils partagent avec d’autres voyageurs. Les mots qu’ils échangent sont rares et banaux. Ils ignorent tout l’un de l’autre, jusqu’à leur prénom. Néanmoins, l’auteur nous fait partager l’importance croissante que prennent ces rencontres du lundi matin, l’attente tout au long de la semaine et l’inquiétude de savoir si l’inconnu(e) du train sera là la prochaine fois. Par petites touches, Gabrielle Ciam nous les fait connaître, à mesure que tous deux s’interrogent sur ce qu’est leur vie, et sur la possibilité d’y faire une place pour l’autre.

Mais, en parallèle à la naissance des sentiments, ce que Gabrielle Ciam excelle à peindre c’est la montée du désir. Avec, en quelque sorte, peu de moyens, elle insuffle une sensualité extraordinaire dans les petits gestes et détails du quotidien. Son écriture est simple mais juste et assez poétique, elle est à la fois pudique et audacieuse, donne juste ce qu’il faut de détails et laisse notre imagination décider d’une éventuelle suite à donner à l’histoire.

Le train de 5h50
Gabrielle Ciam
Arléa
ou, en poche, chez
Pocket

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