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Posts Tagged ‘homosexualité’

Si le nom de Georges Lévis ne vous est pas familier, ses dessins vous rappelleront cependant forcément des souvenirs, pour peu que vous ayez grandi dans les années 70s. En effet, ce monsieur, de son vrai nom Jean Sidobre, fut l’illustrateur de la célèbre série le Club des cinq.

Cette édition regroupe l’intégralité des aventures de Liz et Beth, qui commencèrent à paraître dans la revue Multi en 1975 et dont la publication se poursuivit sur divers supports jusqu’en 1993. L’histoire peut se résumer en deux mots : Annie et Claude ont grandi, sont devenues nymphomanes et évoluent dans un monde où les gens qu’elles rencontrent ne pensent qu’au sexe! Du fait que leurs aventures étaient publiées en feuilletons, les différents épisodes sont très courts, et donc assez abracadabrants.

Néanmoins, alors que si Liz & Beth avait eu un autre auteur, j’aurais sans doute encore ronchonné contre la faiblesse du scénario… et accessoirement contre les tendres sentiments qui unissent Liz, la blonde, une douce divorcée, et Beth, la brune, dotée d’une forte personnalité et d’un mari ouvert d’esprit, j’ai, pour une fois, apprécié ma lecture de cette BD, pour plusieurs raisons.

Déjà, je suis fan de ses dessins depuis que je suis petite, et donc, son style pour ces aventures érotiques étant identique à celui des illustrations du Club des cinq, pas très objective. Et j’apprécie qu’il soigne autant ses dessins d’hommes que de femmes, chose trop rare à mon goût! D’autre part, si les intrigues sont peu crédibles, elles sont néanmoins construites et cohérentes. Par ailleurs, j’ai aisément pardonné leur rôle de prétexte à toutes sortes de situations sexuelles exotiques, parce que Georges Lévis y a instillé de l’humour, de l’esprit et des allusions amusantes. Ainsi, par exemple, Beth prête à Liz le journal intime de son aïeule Sophie, enfant souvent punie pour ses bêtises, dans lequel elle raconte son initiation sexuelle avec son cousin Paul.

Dans les différentes aventures que vivent Liz et Beth en ville, à la campagne ou dans des pays exotiques, il y a des éléments qui reviennent souvent, comme des marottes de l’auteur :

– le saphisme… et accessoirement le recours à des godes-ceintures

– les matrones à l’air sévère qui initient des adolescents aux choses du sexe, au besoin en recourant au chantage ou à la contrainte. Ce n’est pas l’aspect que j’ai préféré, même si l’auteur le traite d’une façon qui ne fait malsaine mais est, au contraire, plutôt attrayante.

– les héroïnes portent toujours de la lingerie sophistiquée. Elles me font, dans l’ensemble, penser à des élégantes des années 50s bien plutôt qu’à des femmes des années 80s, même s’il leur arrive de porter des strings. Porte-jarretelles et bas sont de rigueur. Soutien-gorges, guépières et petites culottes sont magnifiques. J’avais pratiquement envie de foncer dans un magasin de lingerie à chaque page!

– les fessées, nombreuses et variées, données et reçues par des hommes ou des femmes dans des circonstances diverses, mais souvent appétissantes!

Moi qui ai du mal à trouver mon bonheur en matière de BD, j’ai été charmée par ce gros album (plus de 300 pages), léger, plaisant et raffiné. J’ai bien envie de découvrir le reste de sa production et ai déjà rajouté un autre titre de lui à ma LAL.

Liz & Beth
G. Lévis
Editions Delcourt

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Sous ce titre assez raccoleur se cache un essai très sérieux de Virginia Burrus, une historienne américaine spécialiste du christianisme ancien. Il porte sur un champ d’investigation limité : les hagiographies (Vies de saints), genre littéraire apparu dans l’antiquité tardive. Virginia Burrus traite, dans cet ouvrage, d’une dizaine d’entre elles, qui comptent parmi les premières et les plus célèbres, et qui, pour la plupart, ont été écrites et publiées à la fin du 4e siècle.

Une bonne partie de l’ouvrage consiste en une présentation des auteurs de ces Vies, dont certains sont célèbres (saint Jérôme, Sulpice Sévère ou saint Augustin) et un résumé desdites Vies. Ces parties étaient assez plaisantes car certaines Vies sont de vrais romans d’aventure et leurs auteurs, empressés de clamer les louanges des saints dont ils font la biographie, n’hésitent pas à verser dans le fantastique en rapportant leurs hauts faits et les miracles que ceux-ci ont accomplis. Par ailleurs, j’ai été très contente de connaître enfin les détails de la vie de gens que j’ai si souvent croisés soit dans des livres, soit en peinture dans les églises ou les musées : saint Jérôme, que j’ai déjà cité, saint Martin, l’évêque de Tours, ou sainte Marie l’Egyptienne, et d’être maintenant mieux à même de comprendre la façon dont ils sont représentés dans les oeuvres picturales.

Bien évidemment, la réalité est bien moins sulfureuse que le titre de l’ouvrage ne le laisserait supposer et ces moines et ces saintes femmes n’avaient pas de vie sexuelle ou y renonçaient. Pourtant, ces Vies ne sont pas totalement dépourvues d’érotisme, qu’il soit apparent (comme le récit que fait saint Jérôme de la tentation à laquelle est exposé un martyr, qu’une prostituée vient aguicher alors qu’il est attaché), symbolique ou l’expression inconsciente de l’univers fantasmatique de l’auteur de la Vie.

Et c’est là que je suis restée sur ma faim. Si le symbolisme et les sous-entendus sont, dans certains cas, évidents, ils le sont nettement moins dans d’autres, et j’aurais aimé que Virginia Burrus les analyse plus et de façon plus claire. Grosso modo, elle donne une longue lecture au premier degré de ces textes, n’explique que peu le second degré, mais part souvent au trentième degré, dans des interprétations philosophico-poétiques que j’ai eu beaucoup de mal à suivre et qui m’ont parfois fait m’interroger sur leur pertinence. Si, comme je le disais plus haut, le résumé des Vies est plaisant à lire, le reste est assez aride et d’un accès qui n’est pas aisé. J’ai regretté de ne pas avoir le livre en anglais, car je me suis demandé si cette aridité venait de l’auteur elle-même ou de la traduction française, la version originale étant, pour certains ouvrages, plus aisément compréhensible que sa traduction. Toujours est-il que j’ai lu le livre doucement et que j’ai dû pas mal m’accrocher.

Ce que j’ai néanmoins retenu, c’est qu’il y a une opposition entre les Vies de saints et les Vies de saintes. Ce qui compte dans la vie d’un saint, c’est sa vie, tandis que ce qui compte dans celle d’une sainte, c’est sa mort. Les femmes qui sont évoquées dans le livre ne sont pas pour autant des martyres. Souvent aisées, elles peuvent être mères de famille, comme Paula, la mère de saint Augustin, et décident de vivre en fonction de Dieu. Leur mort, tranquille, est érotisée. Le cadavre paraît beau et comme transfiguré, comme si la mort représentait un mariage avec Jésus.

Si l’on retrouve dans les Vies des saints cette aspiration à une union avec Dieu qui renvoie d’eux une image un peu féminisée, ce qui frappe essentiellement ce sont les « couples » entre le saint et l’un de ses disciples, qui évoquent une attirance homosexuelle. Dans le cas de la Vie de saint Martin par Sulpice Sévère, s’y ajoute tout un jeu sur les échanges de conditions sociales et de pouvoir, non seulement à l’intérieur du récit, mais dans la relation entre le saint et son biographe, celui-ci étant un gallo-romain lettré alors que Martin est d’origine barbare. Si bien que, dans ses commentaires sur ce récit, Virginia Burrus vient non seulement s’appuyer sur un ouvrage de Linda Hart, La performance sadomasochiste, qu’elle cite régulièrement tout au long du livre, mais aussi sur celui de Anne McClintock, Imperial leather : race, gender and sexuality in the colonial contest, parce que celle-ci y évoque le fétichisme né des relations sexuelles entre personnes de classes sociales différentes dans l’Angleterre victorienne.

Les Vies de celles que Virginia Burrus nomment les saintes catins forment une catégorie à part dans les hagiographies féminines. Contrairement aux autres saintes, leur mort n’est pas l’essentiel : leurs Vies, qui ont connu un grand succès d’édition à l’époque de leur publication, relèvent de la littérature de conversion. L’auteur refuse de voir une opposition binaire entre le péché et la sainteté. Elle y voit au contraire un prolongement :  la conversion est une forme de séduction, une conquête à laquelle on consent. De ce fait, elle voit une continuité et non une rupture dans la vie de ces femmes. Elle affirme ainsi que « la « sainte catin » de l’hagiographie antique est seulement cela : une « catin » déjà sainte et qui pourtant ne se repent pas. » La sainte catin ne cesse pas de séduire et de se rendre désirable mais change simplement d’objet. Cette vision me semble illustrée par la Vie de Pélagie. Celle-ci, à l’origine une actrice, passe un jour près d’une assemblée d’évêques qui détournent les yeux pour ne pas être tentés. Seul l’évêque Nonnos proclame qu’ils devraient se faire ses élèves, et parer leur âme pour plaire à Dieu comme elle pare son corps pour plaire aux hommes.

Je suis contente de cette lecture, même si j’ai peiné dessus. Beaucoup de passages étaient tout de même amusants et je me suis énormément instruite en lisant cet essai, mais je reste sur ma faim car j’aurais voulu comprendre mieux et apprendre plus. De ce fait, je ne le recommanderais pas à quelqu’un qui n’est pas particulièrement passionné par le sujet ou qui le découvre complètement.

La vie sexuelle des saints
Virginia Burrus
Bayard

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Voilà déjà un bon moment que j’avais repéré ce magazine en kiosque. Je ne m’étais pas risquée jusque-là à aller y voir de plus près car, paradoxalement, les magazines littéraires m’ennuient profondément en règle générale. J’étais néanmoins intriguée par la petite formule qui figure sous le titre « L’actualité par les livres du monde ». Le thème du dernier numéro m’a poussée à franchir le pas et je ne le regrette pas du tout, car j’en ai trouvé la lecture passionnante et très instructive, et je compte désormais suivre la revue si elle aborde des thèmes qui m’intéressent.

Bien plus qu’à un magazine littéraire, Books m’a fait penser à Courrier International. La façon de procéder est, en effet, identique : ce numéro spécial est une compilation d’articles de différents pays. La différence, c’est que les articles ici traduits et reproduits sont exclusivement des critiques de livres. Ces articles étant très longs (3 à 6 pages), ils font largement plus que donner un avis sur un livre. Soit ils en constituent une synthèse ou une critique, soit ils débordent largement sur le sujet. Ils sont donc très riches d’un point de vue informatif.

Les sujets traités sont très variés, la sexualité étant abordée sous de nombreux aspects, mais j’ai ressenti néanmoins une certaine cohérence dans l’ordre de présentation des articles. La variété des thèmes touche aussi bien à l’aspect géographique (cela va des concubines en Chine au proxénétisme au Canada en passant par un historique de l’homosexualité et de sa perception en Iran), qu’à l’aspect temporel (on voyage de la Grèce antique et la place qu’y occupait l’homosexualité aux réflexions contemporaines sur le polyamour en passant par les méthodes de travail de Masters et Johnson dans  les années cinquante) ou qu’aux différentes pratiques – ou absences de pratique (la revue traite de l’asexualité au Japon, du rejet du coït par une féministe américaine dans les années 70s, de la masturbation, de l’érotisme dans la littérature arabe féminine contemporaine). Pour vous faire une meilleure idée du contenu du magazine, vous pouvez en consulter le sommaire et lire le début des articles sur son site, ici. Je précise que, bien que les sujets abordés soient quelquefois un peu « techniques », les articles sont d’un accès aisé et ne sont pas ennuyeux, loin de là!

 Ceux qui me lisent régulièrement se souviendront peut-être que, dans mon billet posté il y a quelques jours sur L’éloge de la masturbation de Philippe Brénot, j’avais été, une fois de plus, assez casse-pieds, lui reprochant d’être trop véhément à l’égard des détracteurs de la masturbation et pensant qu’il était possible que ça ait pu nuire à la rigueur et à l’objectivité de ses recherches. Comme je ne maîtrise pas du tout le sujet, il ne s’agissait là que d’une impression dont j’ignorais si elle était fondée ou non, si bien que, après coup, j’avais eu des remords et m’étais reprochée d’avoir été trop sévère pour son ouvrage. J’ai donc été agréablement surprise de lire dans Books les deux articles relatifs à la masturbation. L’un est une critique assez rude par un historien d’un ouvrage d’un non-historien, qui avance la même théorie que Philippe Brénot, à savoir que la condamnation de la masturbation au 19e siècle trouve ses origines dans la découverte des spermatozoïdes un siècle plus tôt. L’autre est une critique élogieuse d’un ouvrage d’un historien spécialiste du sujet. Il en ressort que la découverte des spermatozoïdes n’aurait rien à voir avec l’affaire et qu’on ne sait pas ce qui a provoqué ce phénomène. Du coup, ça m’a donné envie de creuser le sujet!

Ce n’est d’ailleurs pas le seul sujet que le magazine m’a donné envie de creuser : je retiens de sa lecture pas mal d’ouvrages qui ont l’air intéressants, tant parmi ceux qui faisaient l’objet des articles, que parmi ceux qui figuraient dans de petits cadres « pour en savoir plus » à la fin de certains d’entre eux. J’ai fait un petit diaporama de quelques-uns des livres qui me tentent. Reste plus qu’à trouver le temps de lire, ce qui n’est pas le plus aisé!

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Quand Cupidon s’emmêle est le dernier d’une série de trois volumes, intitulée Les cinq sens d’Eros, regroupant l’oeuvre érotique de Giuseppe Manunta. Cette série publiée récemment aux éditions Tabou regroupe des histoires qui avaient initialement paru à la fin des années 90s.

Le volume qui m’occupe aujourd’hui regroupe 7 histoires courtes :

 – Cinéma maison : Une femme rentre chez elle en retard et se fait rabrouer par son mari, affalé devant la télé à attendre son dîner. Enervé par la tenue trop suggestive qu’elle porte, il la violente  jusqu’à ce que la scène soit interrompue par un « Coupez! »

La dernière séance : Une femme retrouve tous les mercredis son amant au cinéma. Celui-ci la pousse à se livrer dans la salle à des actes de plus en plus poussés avec d’autres spectateurs.

La journée extraordinaire : Une jeune femme sur le point de se marier veut vivre une journée extraordinaire, « de celles qui changent une vie » et satisfait toutes ses envies.

La loi de Murphy : Deux femmes s’aiment. Chacune décide de l’annoncer à son copain.

Génération avenir : Cette histoire futuriste se passe dans un monde dominé par les femmes, où les hommes ne sont laissés en vie que pour servir de reproducteurs.

Par le petit bout de la lorgnette : Pour sa nuit de noce, un jeune marié veut sodomiser sa femme, qui s’y refuse. Furieux, il part chercher ailleurs de quoi satisfaire ses envies, pendant que la jeune femme réfléchit et remet ses préjugés en question. Mais ce n’est pas un bon jour pour le mari…

Un verre de trop : A une fête, l’organisateur tente de faire une déclaration à une amie mais celle-ci ne l’écoute pas et choisit un autre homme. L’amoureux éconduit fait boire son rival pour le neutraliser.

Les dessins de Giuseppe Manunta sont très doux, tant dans le trait que dans les couleurs, ce qui leur donne un côté naïf. De ce fait… euh… j’aurais envie de dire que ça dédramatise le propos, mais l’expression n’est pas très appropriée. Disons simplement que c’est un mélange très réussi d’un fond plutôt pimenté et d’une forme soft, qui fait que le fond me semble plus accessible qu’il pourrait l’être avec un style de dessin différent.

Pour rester sur le fond, les thèmes des histoires ne sont pas d’une originalité renversante et les intrigues ne sont pas très fouillées. Il faut reconnaître néanmoins qu’il n’est pas facile de faire quelque chose de fouillé en 7 pages (la durée de chacune des histoires). De plus, il y a très clairement une volonté de l’auteur de raconter quelque chose qui se tienne, ce qui est louable. Giuseppe Manunta semble notamment avoir attaché de l’attention à ses chutes, y ménageant des rebondissements souvent humoristiques. Du fait de cette bonne volonté évidente, je suis d’autant plus incline à l’indulgence que certaines histoires m’ont amusée, en particulier Cinéma maison et Par le petit bout de la lorgnette.

L’album ne repose pas uniquement sur le sexe et sur l’humour. Il y est aussi beaucoup question de sentiments. L’auteur parle d’amour et de tendresse, à travers la mise en scène de différentes configurations de rapports homme-femme, de fantasmes et d’envies.

C’est pour moi une découverte sympathique et je compte bien poursuivre ma lecture de cette trilogie.

Giuseppe Manunta
Quand Cupidon s’emmêle
Editions Tabou

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Teleny est un ouvrage qui a été publié clandestinement en 1893 en raison de son fort caractère pornographique et homosexuel. L’écriture de ce roman n’a été attribuée que tardivement à Oscar
Wilde qui l’aurait coécrit avec des amis.

Camille des Grieux atteint de tuberculose se confie au narrateur. Il lui conte son histoire d’amour avec René Teleny, un jeune pianiste hongrois. Tout est confié sans censure aucune. Tout d’abord la rencontre lors d’un concert qui revêt une dimension presque fantastique puisque Teleny et des Grieux y communiquent de manière télépathique, puis le refus des sentiments homosexuels condamnés par l’Angleterre victorienne, ensuite l’obsession jalouse qui conduit Camille à suivre Teleny et le désespoir de ne pouvoir vivre pleinement son amour et , enfin l’épanouissement de l’amour et l’assouvissement des désirs sensuels.

Les expériences passées féminines de des Grieux sont soit tournées en ridicules soit virent au sordide  soit se finissent dans la violence. Elles sont en totale opposition  avec ce que Camille vit avec Teleny. Je trouve que cela nuit presque au propos de ce roman qui présente l’homosexualité comme
un penchant naturel étant ancré dans la nature des protagonistes et non comme étant le résultat d’expériences hétérosexuelles malheureuses. Il y a comme une contradiction. De plus ces expériences n’apportent rien d’important.

L’échelle des valeurs semble comme faussée par les interdits de la société, Camille des Grieux culpabilise de sentiments et désirs charnels qu’il nourrit pour René Teleny alors qu’il ne présente que
peu de sentiments de remords pour avoir essayé de posséder physiquement une jeune servante vierge contre son gré. L’hypocrisie de la société de l’époque apparait ici dans toute sa splendeur.

L’auteur ne nous épargne pas de légères provocations du type « la quintessence du plaisir ne peut être donné que par une personne du même sexe » qui font sourire. Le roman est très équilibré les moments purement érotiques alternent avec description des doutes et des sentiments. L’impériosité des désirs et des sentiments sont parfaitement décrits et les scènes érotiques sont très explicites même si de qualité variable car souvent alourdies par des comparaisons ou des périphrases. Oscar Wilde décrit même une partie fine homosexuelle.

Le style est parfois pompeux et les  descriptions souvent laborieuses, elles paraissent encore plus artificielles par le style de narration choisi. Je trouve que cela sied peu à la confession orale même fin XIXe. Cela donne un aspect trop précieux. Il est souvent fait référence à la mythologie et à l’antiquité, mais les références choisies sont toujours les mêmes et paraissent donc  au bout d’un moment prévisibles et ennuyeuses.  Ce roman se lit tout de même très bien. La narration est extrèmement fluide et je l’ai lu très rapidement.

L’ouvrage est intéressant à plusieurs titres  et notamment grâce à sa retranscription de ce que vivaient les homosexuels à la fin du XIXe en Angleterre et l’évocation des sentiments. J’avais déjà lu auparavant, il y a très longtemps,  le Portrait de Dorian Gray du même auteur, où l’homosexualité est latente sans jamais être clairement exprimée et De profundis, où Oscar Wilde écrit à son jeune amant depuis la prison où l’a conduit leur relation. Teleny complète assez bien les deux autres ouvrages en dévoilant encore un autre aspect du sujet. J’ai aimé lire ce livre que j’ai trouvé intéressant mais sans arriver à être totalement enthousiasmée.

Teleny
Oscar Wilde
Ed Cercle de Poche

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La version initiale de mon billet sur Osez… les conseils d’un gay a déclenché, lors de sa publication, une discussion assez animée sur le forum sur lequel je l’avais postée . La cause en était l’auteur du guide, Erik Rémès, dont l’un des romans avait fait l’objet d’une polémique vigoureuse quelques années plus tôt. Bien que ce qu’Erik Rémès avait pu écrire par ailleurs n’avait pas d’incidence sur la pertinence des conseils qu’il donne dans le guide, j’ai eu envie de lire l’ouvrage à l’origine de cette polémique, Serial fucker – journal d’un barebacker, pour me faire ma propre opinion, et j’en ai donc fait l’acquisition. Je l’ai enfin sorti de ma PAL il y a deux semaines.

Ce roman, plus ou moins présenté sous forme de journal, est une autobiographie romancée. Si quelques passages m’ont semblé relever du roman, et si certains extraits de colloques ou d’échanges sur des forums, dont il donne les références, sont visiblement des témoignages authentiques, il est assez difficile de faire le tri entre autobiographie et fiction pour tout le reste. Le narrateur, BerlinTintin, y raconte essentiellement sa vie sexuelle, dont une bonne partie se déroule dans les backrooms, lieux de rencontres éphémères entre gays. Beaucoup y pratiquent le bareback (qu’on pourrait traduire par chevauchée à cru), terme qui désigne les rapports sans préservatifs.  Si les protagonistes sont, pour beaucoup, séropositifs, il arrive que des séronégatifs soient contaminés, volontairement ou à leur insu. De façon plus générale, Erik Rémès exprime dans ce livre un certain ras-le-bol des préservatifs.

 Le roman a été violemment attaqué par l’association Act Up, ce qui peut se comprendre dans la mesure où Erik Rémès est loin d’être tendre avec eux. Néanmoins, si l’on passe pudiquement sur le fait que les drogues sont d’usage courant dans Serial fucker, ce qui a choqué un certain nombre de lecteurs, c’est qu’ils y ont vu une incitation à la contamination volontaire. Les interviews que l’auteur a pu donner à la télévision suite à la parution du livre n’ont pas contribué à apaiser la polémique, du fait de leur ambiguïté. Il me semble cependant qu’il explique clairement dans le roman dans quelle optique il l’a conçu :

« Je ne fais aucun prosélytisme du Bareback. Je pense plutôt faire de la prévention à ma manière. Mais si vous voulez du trash, je suis spécialiste. Je suis un garçon violent, provocateur et scandaleux. Toute cette hypocrisie ambiante me conforte dans l’idée de briser les tabous et d’être encore plus radical. »

« Même si c’est ma vie, ces textes demeurent des oeuvres de fiction. Inspirés de la réalité certes, mais de la fiction tout de même. Ils n’incitent pas à baiser sans capote. Ils te questionnent plutôt sur tes propres certitudes. Il ne faut pas prendre les lecteurs pour des débiles. »

Et, à propos de son premier roman, Je bande donc je suis : « Mon bouquin fait peur, dérange, choque. C’est exactement ce que je voulais. Provoquer des réactions parfois violentes. De l’amour comme du rejet, stupéfier. Des sensations physiques, fortes, qui retournent le ventre. »

Je pourrais encore citer d’autres passages. Ce qu’il en ressort, c’est qu’Erik Rémès est clairement dans la provocation (il dit également dans le roman que, en gros, le Osez et d’autres guides correspondent à son côté lumineux et ses romans à son côté obscur). Mais, en parallèle, il veut informer. Libre à chacun ensuite de prendre ou non ses responsabilités. Et là je ne le suis pas complètement.

Ce roman me paraît utile et légitime dans la mesure où il informe. Par exemple, Erik Rémès y explique comment on peut volontairement contaminer quelqu’un tout en faisant semblant de faire usage d’un préservatif, et ce très facilement. Ca me paraît intéressant de savoir ce genre de choses. En revanche, ce qui m’a gênée, c’est que, pour les partenaires éphémères séronégatifs du narrateur, se protéger ne se résume pas seulement à prendre ses responsabilités mais demande une bonne dose de volonté, le narrateur n’étant ni très enclin à utiliser des préservatifs ni toujours très honnête.

Au-delà de la polémique, qu’en est-il d’un point de vue littéraire? Sur la forme, j’ai été dérangée par les nombreuses coquilles. J’ai même relevé une grosse faute de grammaire. Ayant lu plusieurs livres d’affilée qui comportaient des fautes, je devais être encore plus sensible au problème que d’habitude, aussi ça m’a un peu hérissée. On ne peut pas franchement dire que le roman soit bien écrit, néanmoins le style est percutant et efficace.

 Sur le fond, j’avais peur en démarrant le livre que celui-ci ne soit que l’énumération d’une longue liste de rencontres et d’orgies, ce qui me semblait fade et plutôt creux.

« On fait la tournée des bars et bordels, à la recherche de nouveaux partenaires. Combien de mecs au tableau de chasse? Un, deux, trois, quatre, dix ou plus encore? Ca ne s’arrête pas, ne s’arrête jamais, car le désir une fois comblé renaît et bande. un cockring pour bander. Certains prennent du Viagra car les serial fuckers ont aussi leurs dopants libidinaux. L’alcool, drogue en vente libre, machine à sous-sous du Sneg, ça désinhibe. Et le reste, la coke, les ecstas et patata que, malgré les propositions répressives policières et Snegeuses, on trouve toujours aussi facilement. Alors forcément, les sex runners sont plus performants. Il faut bander pour être, jouir pour exister. Chaque mec, chaque coup, comme un point à notre palmarès, la preuve formelle de notre existence. Existence purement sexuelle. Et, comme dit la chanson, au petit matin, on se retrouve, à nouveau, tout seul comme un con. »

Heureusement, d’une part il y a quelques personnages dont on suit le destin, rarement heureux, et le narrateur lui-même finit par prendre ses distances avec cette vie, à mesure qu’il se reprend en main. Ce qui fait que le roman ne tourne pas en rond mais avance. Je l’ai donc lu beaucoup plus facilement que je ne le craignais au départ.

En revanche, ce qui m’a gênée, c’est, d’une part, la façon dont il réagit aux critiques : il les cite mais, au lieu de réfuter les arguments qu’on lui oppose, il se contente d’attaques personnelles contre ses détracteurs, et, d’autre part, le côté très égocentrique du roman. Je suis assez d’accord avec des propos qu’il rapporte qui lui ont été tenus par une journaliste :

« Toi tes bouquins, c’est Moi et mon Sida, Moi et ma sexualité, Moi et la prostitution. Le prochain, c’est quoi? Moi et ma psychanalyse? »

En conclusion, je ne suis pas particulièrement désireuse de me lancer dans la bibliographie complète d’Erik Rémès, néanmoins le roman m’a beaucoup plus intéressée que ce à quoi je m’attendais au départ. D’une part je l’ai pris comme un documentaire sur un milieu qui m’est inconnu. Et, d’autre part, au-delà de l’aspect provocateur, Erik Rémès explique beaucoup de choses et donne des informations qui sont loin d’être inintéressantes. Je serais donc plutôt tentée d’en recommander la lecture.

Je terminerai par deux dernières citations :

« Aujourd’hui, ça ne représente plus grand-chose d’être séropo. Ca ne fait plus trop peur. Les mecs ne réalisent pas. Le gros pathos du Sida, les morts et tout le tralala, ça fait longtemps que ça n’existe plus. Les gens ne perçoivent pas qu’on peut encore mourir de ça. Qu’on crève encore comme des chiennes et qu’on peut partir en dix jours. Ils ne réalisent plus du tout! Il n’y a plus cette litanie des morts, ce drame permanent. Les gens s’en foutent. »

« – Tu sais BerlinTintin, les hétéros n’ont plus peur du Sida. C’est terrible. Ca me fait hurler de rire. C’est tellement facile de les contaminer. Il suffit d’être belle, de séduire et hop, l’affaire est dans le sac. Pour les hétéros, le Sida est ailleurs, forcément ailleurs. Pour eux, ça n’existe pas. Le Sida, c’est pour les pédés et les toxicos, l’autre, loin de soi, très loin. »

Serial fucker – Journal d’un barebacker
Erik Rémès
Editions Blanche

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Ce petit livre est le premier numéro d’une collection proposant des ouvrages de fond sur le manga. Deux autres ont paru depuis : Osamu Tesuka : dissection d’un mythe et Le manga au féminin. Ce petit ouvrage collectif est très complet et aborde le thème du yaoi selon des angles divers.

J’ai déjà chroniqué ici plusieurs yaoi mais il n’est peut-être pas superflu de commencer par rappeler de quoi il s’agit. Ce livre, dans ses premières pages, le résume en quelques lignes :

« Né dans le monde des dôjinshi, c’est à dire celui du fanzinat et de l’autopublication, le yaoi propose des histoires qui, pour la plupart, parodient les mangas à succès du moment en imaginant des relations homosexuelles plus ou moins explicites entre personnages de sexe masculin. Cela peut aller de la romance fleur bleue à la pornographie en passant par tous les stades de l’érotisme.

Le yaoi est réalisé par des femmes, souvent jeunes, et il s’adresse principalement à un lectorat féminin hétérosexuel. On devrait écarter de la définition les mangas gays, c’est à dire réalisés par des hommes à destination d’un lectorat masculin homosexuel. Cependant, les barrières entre le yaoi et le manga gay ne sont pas étanches au Japon. De nombreuses filles lisent des mangas gays, même pornographiques, et de plus en plus de garçons homosexuels lisent du yaoi. »

Les auteurs rappellent également que le terme yaoi est principalement employé en occident. Au Japon, on parle plutôt de boys love.

L’ouvrage est découpé en chapitres, chacun écrit par un auteur différent, qui abordent le yaoi sous différents aspects. On peut cependant dégager quelques thèmes principaux.

Plusieurs chapitres sont consacrés au marché du yaoi au Japon. Le premier dresse un historique du genre, de sa naissance dans les années 70s jusqu’à aujourd’hui, en retraçant les différentes phases de son évolution. Sont ensuite présentés les éditeurs majeurs et la façon dont ils se positionnent sur le marché, ainsi que les différents produits dérivés qui existent.

 Un chapitre est consacré au yaoi en France. Lorsque l’ouvrage a été publié, en 2008, l’offre en matière de yaoi était alors encore assez limitée. Seuls 3 éditeurs (Taifu Comics, Asuka et Tonkam) étaient présents sur le terrain et leur positionnement était encore parfois hésitant. Ce sont toujours ces trois mêmes éditeurs qui dominent le marché, mais ils ont désormais chacun une collection dédiée au yaoi, et proposent un catalogue de plus en plus étoffé. De plus, Asuka édite une revue bimestrielle, Be x Boy, qui propose des chapitres de plusieurs titres en prépublication. Et d’autres éditeurs tentent de s’introduire sur le marché.

Deux autres chapitres sont consacrés à la présentation de mangakas dont les oeuvres ont marqué le genre et à des chroniques de mangas. Le problème, c’est que ces chroniques ont été réalisées à partir du peu qui était disponible en France il y a 3 ans, et que ce peu n’était pas forcément enthousiasmant. Les yaoi ne brillant pas toujours par leur originalité et la qualité de leur scénario (loin de là), ces chroniques qui se veulent objectives ne donnent pas forcément envie de tenter l’aventure.

Enfin l’ouvrage propose des chapitres d’analyse que j’ai trouvé intéressants. Il y est question des interactions entre le shônen (mangas pour garçon) et le yaoi : comment le shônen inspire les amatrices et dessinatrices de yaoi, et, inversement, comment certains auteurs de shônen introduisent des touches ambiguës dans leurs mangas afin d’attirer les fans de yaoi. Il est dressé un rapide historique de l’homosexualité masculine et de l’évolution de sa perception au Japon, qui se termine par une description des relations parfois houleuses entre homosexuels et yaoi. En effet, comme le livre l’explique clairement, la vision de l’homosexualité qui est montrée dans le yaoi ne correspond pas à la réalité. C’est une représentation idéalisée, fantasmée qui offre aux lectrices ce qu’elles attendent : des beaux garçons et des sentiments.

L’interrogation quant à ce que les lectrices peuvent bien trouver dans le yaoi semblant récurrente, cette problématique est décortiquée dans l’ouvrage. Les shôjo (mangas pour filles) suivent souvent des codes rigides. Dans ces histoires, les lectrices sont naturellement amenées à s’identifier aux personnages féminins, qui ne sont pas forcément très satisfaisants : trop souvent, l’héroïne est une cruche qui aspire à trouver le grand amour, celui pour qui elle abandonnera sa carrière pour devenir femme au foyer. Le yaoi est certes très codifié : les couples sont toujours constitués d’un seme (l’actif), généralement dominant, protecteur et plus viril, et d’un uke (le passif), plus efféminé, souvent timide, naïf et, lui aussi, assez cruche. Toutefois, il ne présente pas les mêmes contraintes : les protagonistes étant des hommes, la lectrice ne se sent pas tenue de s’identifier à l’un d’entre eux. Elle peut être amusée ou attendrie par le uke sans se comparer à lui, ou se sentir plus proche du seme.

L’ouvrage s’achève sur une courte nouvelle et une interview de son auteur.

Ce petit livre sérieux et complet est une façon idéale de découvrir ou mieux comprendre ce genre si souvent décrié qu’est le yaoi.

Homosexualité et manga : le yaoi
Editions H
Collection 10 000 images

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