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Posts Tagged ‘histoire’

313WZ8C2F9L__SY445_Patrick Wald Lasowski est un spécialiste de la littérature libertine du XVIIIe siècle ainsi que de la littérature du XIXe siècle. Il enseigne à Paris VIII. Lorsque j’ai entendu parler pour la première fois de lui et de son style si particulier, et que j’ai vu la liste de ses ouvrages, je me suis dit : « Il me les faut tous! ».

J’ai commencé il y a 2 ans avec Le traité des mouches secrètes, et je poursuis donc avec celui-ci. Je pense que je continuerai ma découverte de sa bibliographie tout doucement, pour que, pendant longtemps, je puisse me dire qu’il m’en reste encore à lire.

Au temps des libertins, lorsqu’un homme cherchait à séduire une femme et que celle-ci considérait sa démarche d’un oeil favorable, elle ne cédait pas d’un coup mais lui accordait, plus ou moins lentement ou rapidement, ce qu’on appelait des faveurs, c’est à dire essentiellement la permission de se livrer sur sa personne à des baîsers ou des caresses, de plus en plus intimes. Le jeu de la séduction se couplait ainsi à des sortes de préliminaires. Très logiquement, l’ultime faveur est l’acte sexuel. C’est une expression que j’ai toujours trouvé très jolie (comme beaucoup de circonlocutions de cette époque) et c’est ce qui a motivé mon choix de ce livre, dans cette bibliographie où tout me fait envie.

Comme Le traité des mouches secrètes, c’est un petit essai totalement atypique. D’ailleurs, en relisant ce que j’ai écrit sur celui-là, je me rends compte que, sur beaucoup de points, je pourrais dire la même chose à propos de celui-ci. Il se lit très vite, d’une part parce qu’il compte à peine une centaine de pages, et d’autre part parce qu’il est d’un accès très facile.

L’auteur y disserte tour à tour des pratiques amoureuses, souvent à travers l’évocation de romans, et des différentes acceptions du mot faveur : celle évoquée plus haut, évidemment, mais aussi les rubans, les nombreux écrits du temps « en faveur de » quelqu’un ou quelque chose, le fait d’être en faveur ou en défaveur. Il soulève des interrogations telles que quel est le délai pour obtenir l’ultime faveur ou celle-ci est-elle un gage d’amour? Il va même au-delà de l’ultime faveur, s’intéressant aux pratiques en vogue parmi les libertins du XVIIIe siècle : le fouet et la sodomie, qu’il qualifie joliment d’extrême faveur.

Du fait de cette multitude d’aspects abordés et de la façon dont il passe de l’un à l’autre, l’ouvrage est assez étourdissant. Je n’ai pas eu le sentiment d’y apprendre grand-chose, mais je suis bien contente de l’avoir abordé avec justement suffisamment de connaissances de base pour ne pas avoir eu à attendre d’y apprendre quelque chose, car je crois qu’alors je me serais sentie complètement perdue.

Au début, mon esprit cartésien a souffert de peiner à trouver une ligne directrice et de cette sensation d’étourdissement. Puis, peu à peu, j’ai eu le sentiment d’être transportée dans un salon de l’Ancien Régime, où les propos, même sérieux, se devaient d’être légers, où les traits d’esprits et le sens de la répartie étaient hautement prisés et où la conversation était un art. A partir de ce moment, j’ai progressivement réussi à lâcher priser et à cesser de chercher une progression logique, j’ai admiré le talent de l’auteur de parvenir à faire revivre ainsi un temps révolu, et j’ai savouré cette langue et cette atmosphère dont j’aime tant à percevoir un petit quelque chose dans mes lectures… et j’ai regretté que le livre soit si court!

Il me permet d’enregistrer in extremis une participation dans la catégorie « Les instituteurs immoraux » du challenge Badinage et libertinage de Mina… que j’espère vivement qu’elle va prolonger parce que je suis loin d’avoir épuisé tout ce que j’ai envie de lire sur le sujet!

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Après s’être livrée elle-même à cet exercice, Ombres et caresses a souhaité savoir quels sont les dix livres qui ont le plus marqué certains de ses lecteurs. Le choix m’a d’abord semblé très difficile, mais certains titres se sont néanmoins imposés rapidement. En effet, si j’ai, depuis quelques années, de plus en plus l’envie de relire, essentiellement des classiques, je ne relisais auparavant quasiment jamais (trop de livres à découvrir et trop peu de temps!), mis à part quelques rares exceptions, des livres fétiches que je garde toujours auprès de moi et que je relis régulièrement. Ce qui fait que j’ai ainsi réussi à chroniquer pas mal d’entre eux. J’indiquerai donc le lien sur le titre quand ce sera le cas.

Comme Ombres et caresses a dépassé les 10, je me permets de tricher un peu moi aussi. Et, comme je suis naturellement bavarde, je vais l’être encore cette fois, donc accrochez-vous!… Ce billet m’aura d’ailleurs tenu occupée plusieurs jours!

J’ai beaucoup de souvenirs de lecture de l’école primaire, des Clubs des Cinq et des Alice surtout, des oeuvres de la comtesse de Ségur aussi, et de plusieurs albums et romans dont j’ai oublié les titres mais dont j’ai encore les histoires bien en tête, mais les premiers livres qui ont vraiment compté pour moi sont des découvertes de l’époque du collège.

Les trois mousquetaires – Alexandre Dumas

couv57191880Je suis restée une grande enfant qui aime qu’on lui raconte de belles histoires et qu’on la fasse rêver. Peu d’histoires m’ont fait autant rêver que Les trois mousquetaires et Vingt ans après (je n’aime pas Le vicomte de Bragelonne, trop triste à mon goût). C’est un régal d’action et d’humour dont je ne me lasse pas, un merveilleux voyage dans le temps dont j’ai gardé une fascination pour les épées… et pour Richelieu.

 

 

 

 

 

 

Catherine de Médicis – Jean Orieux

51J51FPFTHL__SL500_AA300_Quelques livres ont une histoire, et c’est le cas de celui-ci. C’était l’été de mes 14 ans. J’avais épuisé plus vite que prévu le stock de livres que j’avais emporté en vacances. J’ai donc eu l’autorisation d’aller acheter un livre à la « librairie » du village où nous résidions. C’est ainsi que, en farfouillant, je suis tombée sur cet énorme pavé, qui venait de paraître. Depuis l’école primaire, il m’était régulièrement arrivé de passer des après-midis à parcourir la partie Noms propres du dictionnaire, m’arrêter sur les noms des rois et des reines, essayer de reconstituer leur généalogie et m’interroger sur ce qu’ils avaient fait. Le nom de Catherine de Médicis faisait évidemment partie de ceux que j’avais croisés, mais j’ignorais tout d’elle, comme de la plupart de ces personnages historiques. En voyant cette biographie, je me suis dit qu’avec au moins je saurais qui elle était.

J’ai ramé pour venir à bout des huit cent et quelques pages du livre! Il m’a tenu occupée jusqu’aux vacances de la Toussaint, pendant lesquelles je l’ai terminé assise par terre dans ma chambre, le dos au radiateur (l’un de mes endroits favoris pour lire pendant ma jeunesse!). J’en suis sortie fascinée par cette femme d’une grande intelligence et d’un optimisme à toute épreuve, partisane de la paix et négociatrice infatigable, qui s’est dévouée à ses fils et à la France. Ce fut mon premier essai historique mais pas le dernier, bien loin de là! Si je n’ai malheureusement presque plus le temps d’en lire aujourd’hui, j’ai, pendant des années, lu tout ce que je pouvais trouver de sérieux sur elle et sur son temps. Et c’est également elle qui m’a donné envie de commencer des études d’histoire, parce que la légende noire qu’on lui a faite, et dont elle n’est malheureusement toujours pas débarrassée, m’horripile et que j’espérais, très naïvement, pouvoir un jour apporter ma petite pierre à l’édifice de sa réhabilitation.

 

 E = mc², mon amour – Patrick Cauvin

e4f1012912a035420d15f110_l__sx120_La première histoire d’amour qui m’ait émue. Je suis tombée sous le charme de ces deux gamins que je trouvais touchants et drôles et j’étais admirative devant leur imagination et leur détermination. Aujourd’hui je vois ce que ces personnages ont de caricatural, mais j’ai toujours le sourire aux lèvres en relisant leur histoire.

 

 

 

 

Lettres à Mme Hanska – Honoré de Balzac

51lhcesdxl__sl160_aa115_1Le lycée a été le temps de ma rencontre avec Balzac. A cette époque, France Loisirs a sorti une édition en 28 tomes de la Comédie humaine, que mes parents m’ont achetée, au fur et à mesure de la parution des volumes. Je me suis lancée dans cette entreprise parce que je gardais un bon souvenir de mon premier contact avec lui, l’étude d’Eugénie Grandet en classe de quatrième, et que je voulais me constituer une culture de classiques. Cette fois encore, ce fut le coup de foudre. Comme j’ai une mémoire de poisson rouge et que j’oublie aussitôt ce que je lis, je relis de temps à autre l’un ou l’autre de ses romans et je me suis, au fil des années, efforcée d’acquérir ce qu’il avait écrit d’autre : oeuvres de jeunesse, Contes drôlatiques, pièces de théâtre, articles pour la presse…

Il m’est difficile d’en dégager une oeuvre que j’ai préférée, mais les écrits qui m’ont le plus marquée sont sans doutes ceux-ci, avec lesquels j’ai découvert l’homme derrière l’écrivain, son génie, son énergie et sa puissance de travail formidables, mais aussi des côtés assez enfantins qui le rendent attachant ou qui m’amusent. J’ai d’ailleurs récemment assez bien retrouvé mes impressions dans la BD Vivre avec Balzac de Joris Clerté.

 

A la recherche du temps perdu – Marcel Proust

img296Proust a été l’une des découvertes de mes années fac… Je me revois encore, au fond d’un amphi, lors d’un cours ennuyeux, essayer tant bien que mal d’avancer dans mon livre. Ce qui m’a séduite chez lui, c’est l’écriture, qui rebute malheureusement trop souvent, et que j’ai trouvé merveilleusement belle. J’ai récemment entrepris de relire A la recherche du temps perdu et j’apprécie cette fois plus encore ma lecture, car, si j’apprécie toujours autant son style, je suis maintenant plus sensible à l’humour et à la finesse de l’analyse des choses et de la psychologie des gens. Il est d’ailleurs possible que j’en poste des extraits ici dans le futur, certains personnages s’adonnant à des pratiques sexuelles peu conventionnelles!

 

 

 

 – Le pendule de Foucault – Umberto Eco

41xM2cYESzL__SL500_AA300_C’est, de loin, le roman que j’ai préféré chez cet auteur que j’aime beaucoup et dont l’érudition me fascine. Depuis mon adolescence, je dévore régulièrement avec délectation romans et « essais » autour des Templiers et autres mystères historiques du même genre. C’est un de mes péchés mignons, même si je ne crois pas un mot de ce que je lis. Umberto Eco a réussi avec ce roman à ficeler une intrigue jubilatoire et passionnante, utilisant ces thèmes et une multitude d’autres. Alors, évidemment, ma culture est bien insuffisante pour tout comprendre, mais qu’importe? Je n’en ai pas moins dévoré l’histoire. Ma deuxième lecture du roman (oui, pour celui-là aussi, il y en a eu plusieurs) a été suivie d’une visite de Provins. On a eu la chance ce jour-là d’être les seuls à visiter les souterrains et d’être accompagnés d’une guide qui avait, peu de temps auparavant, fait le même parcours avec Umberto Eco, profitant de l’occasion pour lui montrer où il s’était trompé dans son roman! J’en garde un souvenir formidable. Je me suis promis d’attendre pour le relire, afin d’avoir plus d’éléments de compréhension, d’avoir fini de lire la Bible et lu le Coran et la Kabbale. Autant dire que ce n’est pas gagné! Peut-être quand je serai à la retraite?

 

– Louis XI – Paul Murray Kendall

41jWwkHumUL__SL500_AA300_Encore un personnage historique qui a été pas mal malmené, injustement là encore, par la postérité et que j’aime beaucoup. Il n’était pas très glamour, car peu dépensier pour lui-même et peu fastueux, mais j’apprécie son intelligence et le fait qu’il ait cherché, quand c’était possible, à aggrandir la France par des achats de domaines et par des mariages plutôt que par les guerres.

J’apprécie cette biographie parce qu’elle est accessible. Trop souvent les essais historiques d’auteurs français sont bien arides. Ceux d’auteurs anglo-saxons que j’ai pu lire sont d’un accès beaucoup plus simple et beaucoup plus plaisant, et ils n’en sont pas moins sérieux. J’aimerais que les historiens français prennent modèle sur eux!

 

 – Harry Potter – J.K. Rowling

51fk8ndqvzl__sl500_aa300_Parce que je n’avais pas été autant captivée par un livre depuis Les trois mousquetaires ou Le pendule de Foucault! A la base, j’avais acheté le premier tome pour faire un cadeau, et, avant de le donner, j’ai voulu le lire un peu pour voir ce qui causait un tel engouement autour de la série. Un peu dubitative au début, j’ai vite été captivée… au point d’enchaîner les 4 premiers tomes qui étaient déjà sortis… puis de précommander des mois à l’avance les 3 suivants… en anglais, évidemment, pour ne pas perdre un jour!… et de les dévorer dans les heures suivant leur réception, ne faisant quasiment rien d’autre que lire jusqu’à arriver à la dernière page.

La série m’a également incitée à porter un regard différent sur la littérature jeunesse et à m’y intéresser. Même si je suis maintenant à fond dedans grâce à mon fils, il m’arrive de temps à autre de me lancer seule dans des séries pour ados juste pour le plaisir.

Et ça a été, ces derniers mois, un grand plaisir de partager la relecture des premiers tomes de Harry Potter avec mon fils.

 

Mémoires – Henri II, duc de Guise

img_1793-e1350428454667Si je me suis bien calmée depuis une dizaine d’années (mais j’ai découvert récemment des blogs de bibliophiles qui pourraient bien me faire replonger), j’ai, pendant quelques années, écumé les brocantes, salons et, parfois, libraires spécialisés, à la recherche de vieux livres. Ne connaissant rien aux questions de reliure et d’édition, c’est à cause du contenu des livres que je me laissais tenter. Celui-ci s’est imposé de lui-même : je connais bien les Guise qui dirigeaient le parti catholique lors des Guerres de religion, puisque ma chère Catherine de Médicis a eu énormément de fil à retordre avec eux (il semble même probable qu’ils soient responsables d’une bonne partie des crimes qui lui ont été imputés pendant des siècles), mais je ne connaissais pas la génération de leurs petits-enfants, dont fait partie Henri II. Evidemment, j’avais envie de comber cette lacune, et ce livre m’a semblé idéal pour cela. Il s’est avéré qu’il ne racontait en fait que quelques mois de la vie de son auteur, les 5 mois durant lesquels il a pris la tête de l’insurrection napolitaine contre l’occupant espagnol, mais j’ai découvert en lui un personnage digne des héros de romans de cape et d’épée. C’est à cause de ce livre que j’ai choisi, parmi les sujets qui m’ont été proposés lors de mes études d’histoire avortées, de travailler sur la fortune de sa soeur. Et, ce faisant, j’ai encore appris à mieux le connaître, notamment grâce au livre qui contenait la liste de ses créanciers!

Mais, au-delà du contenu, ce livre est aussi important pour moi en tant qu’objet : c’est le premier livre que j’ai acquis qui était antérieur à la révolution française, et si j’en ai par la suite acheté d’autres des XVIIe et XVIIIe siècles, le plus souvent pour une bouchée de pain, je ne peux jamais l’ouvrir et voir sa date de publication sans émotion.

De façon générale, je suis très attachée aux livres en tant qu’objets. Je trouve un plaisir sensuel à les regarder, les sentir, les toucher. Ce qui fait que les liseuses ne m’intéressent pas du tout.

 

– GTO – Tôru Fujisawa

517TXD4WEML__SL500_AA300_Ce n’est certainement pas le meilleur manga que j’ai lu… et d’ailleurs, vu le mal que j’ai à venir à bout des autres séries de l’auteur, je me demande quelles seraient mes impressions si je le relisais aujourd’hui. Ce n’est pas le meilleur manga que j’ai lu, disais-je donc, mais c’est le premier, ce qui fait qu’il occupe pour moi une place à part.

Enfant, mes dessins animés préférés étaient japonais (La bataille des planètes, Albator, Goldorak…). Plus tard, je me précipitais au cinéma chaque fois que sortait un film d’animation japonais. Mais je n’avais pas l’idée d’aller creuser plus loin et je n’aurais jamais imaginé, par exemple, qu’Akira puisse être quelque chose de plus qu’un film. Ce n’est qu’avec GTO, le manga et l’anime, il y a seulement une dizaine d’années, que j’ai réalisé qu’il existait tout un univers, qui n’était pas réservé qu’aux enfants et aux adulescents nostalgiques, qui recelait plein de choses intéressantes et qui risquait de beaucoup me plaire. Je dois à GTO d’avoir découvert un monde que, depuis, je ne me lasse pas d’explorer.

 

Et, pour en revenir, enfin, au thème de ce blog, il faudrait citer aussi :

– Le rapport Hite – Shere Hite

41W5EHSVMJL__SL500_AA300_Je l’ai lu à la fin du lycée, dans une période où j’avais à coeur de découvrir les grands classiques du féminisme. J’y ai appris beaucoup sur cet aspect-là, mais je ne m’attendais pas à y trouver beaucoup plus encore, grâce à son côté très pratique. C’est, en effet, grâce à lui que j’ai fait mon éducation sexuelle et que j’ai appris à aller au delà des tâtonnements intuitifs, en matière de masturbation notamment. J’y ai acquis des connaissances théoriques, y ai trouvé des techniques à expérimenter et ai, au final, beaucoup progressé grâcé à ces expérimentations. Voilà bien longtemps que j’ai envie de le relire, mais je n’ai pas encore pris le temps de le refaire.

 

 

Derrière la porte – Alina Reyes

41WPbkMr-RL__SL500_AA300_J’ai lu celui-ci un peu plus tard, attirée par le côté « histoire dont vous êtes le héros », qui me rappelait les volumes de fantasy que j’avais dévorés adolescente. Ce « catalogue de fantasmes » m’a appris à mieux connaître ce qui m’attire et ce qui ne m’attire pas. Et j’ai beaucoup aimé l’écriture d’Alina Reyes. Je n’ai lu depuis qu’une autre de ses oeuvres, il faudrait que j’y remédie.

 

 

 

 

 

Ombres et lumière – Parris Quinn

9782915101652_cgCes dernières années, mes lectures érotiques ont malheureusement bien plus souvent été des déceptions que des coups de foudre, surtout en matière de BDs. Parmi les quelques lectures que j’ai néanmoins appréciées, il en est une qui se détache incontestablement du lot. Il s’agit du premier tome de cette intégrale, le second (qui comprend les volumes 3 et 4)  étant malheureusement moins bon. Je pense que si cette lecture m’a autant parlé et m’a autant inspirée, cela touche en partie à des raisons personnelles, ce qui fait qu’il m’est difficile d’écrire dessus. Néanmoins, alors que dans tant de BDs, le scénario, inexistant ou complètement tiré par les cheveux, me désole, j’ai aimé la simplicité et le réalisme des histoires de D/s racontées dans ce roman graphique, le réalisme et la beauté du dessin, et la lenteur du rythme qui me convient parfaitement. Je l’ai déjà dit et je le redis : ne manquez pas de la découvrir, si ce n’est pas déjà fait!

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Jusqu’à présent, je ne connaissais Agnès Giard qu’à travers son blog, que je suis régulièrement. J’admire son érudition et j’apprécie de trouver à puiser chez elle des idées de lecture, mais, bien souvent, je ne la suis ni dans ses raisonnements, ni dans ses opinions, ce qui fait que ce que j’y lis m’intéresse et m’agace, voire parfois m’indigne, à la fois. C’est donc non sans une certaine appréhension que je me suis lancée dans ce livre.

J’ai bien retrouvé la blogueuse dans l’écrivain et ai, une fois de plus, été admirative devant l’étendue de ses connaissances mais, si j’ai ronchonné intérieurement au début parce que je craignais qu’elle n’aborde pas certains aspects, mes récriminations se sont faites de plus en plus rares au fur et à mesure que j’avançais, parce qu’elle dresse un panorama très complet et aborde son sujet dans son ensemble. De même, à plusieurs reprises, au début du livre, j’ai fulminé intérieurement parce que je la trouvais trop complaisante vis à vis de comportements que je trouvais choquant. Ce fut le cas par exemple lors d’un passage où elle évoque un réalisateur de films porno qui cherche à montrer la honte chez ses actrices et qui a poussé le perfectionnisme au point qu’une de ses actrices a fini dans un hôpital psychiatrique après un tournage. En avançant dans le livre et en réfléchissant, j’en suis arrivée à me dire que c’était ma propre indignation qui me faisait trouver son ton approbateur, et qu’elle a en fait adopté une attitude plutôt neutre qui est, au final, celle qui me semble la plus appropriée pour ce type d’ouvrage.

Toujours est-il qu’il m’a été impossible de rester indifférente à la lecture de ce livre. Grosse lectrice de mangas, je suis de plus en plus fascinée par la culture japonaise à mesure que j’apprends à la connaître et j’ai ressenti à la lecture de ce livre les sentiments que m’inspirent le Japon de façon générale : un mélange d’attirance et d’incompréhension, voire de répulsion.

Il faut dire que, si l’on synthétise ce qu’elle expose dans le livre, le résultat est assez glauque. En tentant de résumer ses propos en quelques lignes, je vais forcément caricaturer un peu mais, ce qu’il en ressort de façon générale, c’est que est considéré comme beau et attirant ce qui est éphémère (la floraison des arbres comme la fraîcheur des jeunes filles) et que, au Japon, on détruit ce qui est beau (fantasmes de viols, d’humiliation). Passant des fantasmes à la société japonaise, elle fait la description d’un peuple que j’ai ressenti comme étant en train de s’autodétruire : elle affirme que, selon une étude de 2005, 1/3 des couples mariés n’avait pas fait l’amour depuis plus d’un mois. Une étude de 2010 semblerait montrer que ce chiffre a encore augmenté, pour dépasser 40%. En parallèle le nombre d’hommes célibataires s’accroît de façon inquiétante, à tel point que le ministère de l’Education a débloqué des fonds en 2001 pour les éduquer.

Agnès Giard nous dresse le portrait d’une génération d’hommes qui ont grandi entre un père absent et une mère qui les chouchoutait et leur mettait la pression pour les études, qui ont tout consacré à leur vie professionnelle, qui attendent seulement d’une épouse qu’elle leur serve de boniche, qui ne savent pas que dire aux femmes ni comment les séduire, et qui n’ont pas envie de s’y atteler. Ces hommes, qui terminent leurs journées de travail avec leurs collègues dans les bars à hôtesses, préfèrent collectionner les petites culottes souillées ou les poupées sexuelles plutôt que de nouer des relations avec des femmes.

Face à eux, les jeunes femmes, qui n’ont pas connu la même pression, seraient des écervelées uniquement préoccupées de leur apparence et de posséder tous les produits à la mode. Parmi ces femmes harcelées dans les transports ou au travail, certaines n’hésitent pas à exploiter les désirs masculins pour augmenter leur pouvoir d’achat… tout en continuant à rêver au grand amour.

Personnellement je trouve ça flippant!

 Evidemment, la question que je me suis posée est : dans quelle mesure ce qu’elle décrit est-il digne de foi… et je suis bien incapable d’y répondre, puisqu’elle en sait infiniment plus que moi sur le sujet! Le seul point sur lequel je me permettrais d’émettre une opinion est le sujet des yaoi (comme j’en lis beaucoup et que j’ai lu quelques livres à leur sujet) qu’elle évoque en quelques lignes. J’ai trouvé ce qu’elle en disait caricatural et réducteur. C’était très bien écrit et ça sonnait très joliment, mais il m’a semblé que l’objectivité y perdait. Les légendes et anecdotiques historiques qu’elle évoque pour expliquer l’origine des yaoi m’ont intéressée et m’ont semblé bien éclairer certaines choses qu’on retrouve dedans, mais j’ai eu néanmoins le sentiment qu’elle passait à côté de quelque chose. Ce qui fait que je n’ai pas pu m’empêcher de considérer l’ensemble de l’ouvrage avec un peu de suspicion.

Cependant, j’ai retrouvé dans ce qu’elle décrit beaucoup de traits que j’avais pu croiser à maintes reprises dans des mangas, animes, romans ou articles, et qui semblent des éléments constitutifs importants de la culture érotique ou de la société japonaise. Ce que j’ai toutefois regretté, c’est qu’elle les place sur le même plan que des pratiques qui semble beaucoup plus marginales. Ainsi elle consacre tout un chapitre aux poupées qui, loin d’être simplement des jouets sexuels, sont des oeuvres d’art et quasiment des compagnes pour leurs propriétaires. A en croire Agnès Giard, les japonais préféreraient maintenant aux vraies femmes ces copies inanimées. Néanmoins, pour évoquer un magazine à gros succès traitant exclusivement de ces poupées, elle indique qu’il compte 8 000 lecteurs réguliers!

Je trouve donc difficile, à la lecture de cet ouvrage, de se faire une idée réelle de la culture érotique japonaise.

Néanmoins, il y a énormément de choses à en retirer et sa lecture vaut largement le coup, car elle est tout de même très instructive. Déjà, c’est un livre superbe, abondamment et très joliment illustré. D’autre part, ce gros livre de plus de 300 pages est une véritable mine pour qui s’intéresse à la culture japonaise et veut la découvrir. Comme je l’ai dit plus haut, l’érudition d’Agnès Giard est très vaste et éclectique. On découvre donc dans le livre nombre de légendes, récits historiques, artistes officiant dans le domaine de l’érotisme. J’y ai relevé beaucoup de références d’écrits littéraires et d’essais sur le Japon. Et c’est un livre que je garderai près de moi, car il me faudra énormément de temps pour approfondir et digérer les photographes, dessinateurs, peintres représentés dans le livre et dont les images m’ont plu ou m’ont interpellée. Je vous ferai sans doute part de ces approfondissements dans le futur, au fil des mois.

En refermant ce livre, la réflexion qui m’est venu à l’esprit est que le titre en est un peu mensonger. Ce que j’ai trouvé dedans de plus frappant, c’est qu’il y est seulement question de l’imaginaire érotique de la moitié de la population japonaise : les hommes. Ils ont des critères de beauté, des fantasmes, des envies. Dans tout cela, qu’elles soient vénérées ou maltraitées, les femmes ne sont que des objets de plaisir, pas des partenaires. Bien sûr, Agnès Giard évoque les femmes, mais uniquement par rapport à l’imaginaire érotique masculin. Elles semblent avoir le choix entre trois options : se soumettre aux désirs masculins, les utiliser pour tirer profit des hommes et prendre une revanche sur eux, ou s’en tenir à l’écart. Mais ces femmes ont-elles des désirs, des fantasmes? Quelqu’un s’y intéresse-t-il? Le livre ne nous l’apprend pas!

Cette lecture constitue ma quatrième participation au défi Images du Japon de Kaeru.

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Sous ce titre assez raccoleur se cache un essai très sérieux de Virginia Burrus, une historienne américaine spécialiste du christianisme ancien. Il porte sur un champ d’investigation limité : les hagiographies (Vies de saints), genre littéraire apparu dans l’antiquité tardive. Virginia Burrus traite, dans cet ouvrage, d’une dizaine d’entre elles, qui comptent parmi les premières et les plus célèbres, et qui, pour la plupart, ont été écrites et publiées à la fin du 4e siècle.

Une bonne partie de l’ouvrage consiste en une présentation des auteurs de ces Vies, dont certains sont célèbres (saint Jérôme, Sulpice Sévère ou saint Augustin) et un résumé desdites Vies. Ces parties étaient assez plaisantes car certaines Vies sont de vrais romans d’aventure et leurs auteurs, empressés de clamer les louanges des saints dont ils font la biographie, n’hésitent pas à verser dans le fantastique en rapportant leurs hauts faits et les miracles que ceux-ci ont accomplis. Par ailleurs, j’ai été très contente de connaître enfin les détails de la vie de gens que j’ai si souvent croisés soit dans des livres, soit en peinture dans les églises ou les musées : saint Jérôme, que j’ai déjà cité, saint Martin, l’évêque de Tours, ou sainte Marie l’Egyptienne, et d’être maintenant mieux à même de comprendre la façon dont ils sont représentés dans les oeuvres picturales.

Bien évidemment, la réalité est bien moins sulfureuse que le titre de l’ouvrage ne le laisserait supposer et ces moines et ces saintes femmes n’avaient pas de vie sexuelle ou y renonçaient. Pourtant, ces Vies ne sont pas totalement dépourvues d’érotisme, qu’il soit apparent (comme le récit que fait saint Jérôme de la tentation à laquelle est exposé un martyr, qu’une prostituée vient aguicher alors qu’il est attaché), symbolique ou l’expression inconsciente de l’univers fantasmatique de l’auteur de la Vie.

Et c’est là que je suis restée sur ma faim. Si le symbolisme et les sous-entendus sont, dans certains cas, évidents, ils le sont nettement moins dans d’autres, et j’aurais aimé que Virginia Burrus les analyse plus et de façon plus claire. Grosso modo, elle donne une longue lecture au premier degré de ces textes, n’explique que peu le second degré, mais part souvent au trentième degré, dans des interprétations philosophico-poétiques que j’ai eu beaucoup de mal à suivre et qui m’ont parfois fait m’interroger sur leur pertinence. Si, comme je le disais plus haut, le résumé des Vies est plaisant à lire, le reste est assez aride et d’un accès qui n’est pas aisé. J’ai regretté de ne pas avoir le livre en anglais, car je me suis demandé si cette aridité venait de l’auteur elle-même ou de la traduction française, la version originale étant, pour certains ouvrages, plus aisément compréhensible que sa traduction. Toujours est-il que j’ai lu le livre doucement et que j’ai dû pas mal m’accrocher.

Ce que j’ai néanmoins retenu, c’est qu’il y a une opposition entre les Vies de saints et les Vies de saintes. Ce qui compte dans la vie d’un saint, c’est sa vie, tandis que ce qui compte dans celle d’une sainte, c’est sa mort. Les femmes qui sont évoquées dans le livre ne sont pas pour autant des martyres. Souvent aisées, elles peuvent être mères de famille, comme Paula, la mère de saint Augustin, et décident de vivre en fonction de Dieu. Leur mort, tranquille, est érotisée. Le cadavre paraît beau et comme transfiguré, comme si la mort représentait un mariage avec Jésus.

Si l’on retrouve dans les Vies des saints cette aspiration à une union avec Dieu qui renvoie d’eux une image un peu féminisée, ce qui frappe essentiellement ce sont les « couples » entre le saint et l’un de ses disciples, qui évoquent une attirance homosexuelle. Dans le cas de la Vie de saint Martin par Sulpice Sévère, s’y ajoute tout un jeu sur les échanges de conditions sociales et de pouvoir, non seulement à l’intérieur du récit, mais dans la relation entre le saint et son biographe, celui-ci étant un gallo-romain lettré alors que Martin est d’origine barbare. Si bien que, dans ses commentaires sur ce récit, Virginia Burrus vient non seulement s’appuyer sur un ouvrage de Linda Hart, La performance sadomasochiste, qu’elle cite régulièrement tout au long du livre, mais aussi sur celui de Anne McClintock, Imperial leather : race, gender and sexuality in the colonial contest, parce que celle-ci y évoque le fétichisme né des relations sexuelles entre personnes de classes sociales différentes dans l’Angleterre victorienne.

Les Vies de celles que Virginia Burrus nomment les saintes catins forment une catégorie à part dans les hagiographies féminines. Contrairement aux autres saintes, leur mort n’est pas l’essentiel : leurs Vies, qui ont connu un grand succès d’édition à l’époque de leur publication, relèvent de la littérature de conversion. L’auteur refuse de voir une opposition binaire entre le péché et la sainteté. Elle y voit au contraire un prolongement :  la conversion est une forme de séduction, une conquête à laquelle on consent. De ce fait, elle voit une continuité et non une rupture dans la vie de ces femmes. Elle affirme ainsi que « la « sainte catin » de l’hagiographie antique est seulement cela : une « catin » déjà sainte et qui pourtant ne se repent pas. » La sainte catin ne cesse pas de séduire et de se rendre désirable mais change simplement d’objet. Cette vision me semble illustrée par la Vie de Pélagie. Celle-ci, à l’origine une actrice, passe un jour près d’une assemblée d’évêques qui détournent les yeux pour ne pas être tentés. Seul l’évêque Nonnos proclame qu’ils devraient se faire ses élèves, et parer leur âme pour plaire à Dieu comme elle pare son corps pour plaire aux hommes.

Je suis contente de cette lecture, même si j’ai peiné dessus. Beaucoup de passages étaient tout de même amusants et je me suis énormément instruite en lisant cet essai, mais je reste sur ma faim car j’aurais voulu comprendre mieux et apprendre plus. De ce fait, je ne le recommanderais pas à quelqu’un qui n’est pas particulièrement passionné par le sujet ou qui le découvre complètement.

La vie sexuelle des saints
Virginia Burrus
Bayard

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Jung Kyung-a est diplômée d’histoire. Elle a néanmoins fait carrière en tant que scénariste de dessins animés et auteur de bandes dessinées. C’est l’intervention américaine en Irak, en 2003, qui l’amène à s’interroger sur le rapport entre la guerre et les femmes. C’est ainsi qu’elle en est venue à travailler sur celles qu’on a appelées les « femmes de réconfort », ces femmes, parmi lesquelles beaucoup de coréennes, prostituées de force dans des bordels à l’usage des militaires japonais.

Le résultat de ses recherches est ce manhwa (bande dessinée coréenne) de plus de 250 pages, qui est apparemment suivi d’un deuxième tome qui n’a pas l’air d’avoir été publié en France ni de devoir être publié dans un futur proche. Ce premier volume m’a semblé un OVNI car je n’avais jamais eu une telle bande dessinée entre les mains.

Le manhwa est divisé en 3 parties, de longueurs inégales. La première, sorte de chapitre introductif, est centré sur une hollandaise. Elle permet d’aborder différents thèmes :
– comment les rescapées ont commencé à se faire entendre dans les années 90s et à réclamer que l’Etat japonais reconnaisse leur existence et sa responsabilité,
– la difficulté pour ces femmes de révéler le secret honteux qu’elles ont porté en elles pendant 50 ans, n’osant pas même en parler aux membres de leur famille,
– le fait que, non seulement des asiatiques ont été concernées, mais que des occidentales qui vivaient dans les colonies hollandaises conquises par les japonais, ont été déplacées des camps de prisonniers où elles étaient détenues pour être enfermées dans ces bordels à l’usage exclusif des militaires japonais.

La seconde partie, qui constitue l’essentiel de l’album, s’appuie sur l’ouvrage de Aso Tetsuo, un médecin militaire chargé d’examiner les jeunes filles et jeunes femmes qu’on envoyait dans ces bordels, Méthode de prévention active des maladies vénériennes. En utilisant ce médecin comme fil conducteur, l’auteur dresse une chronologie, montrant que la pratique ne date pas de la seconde guerre mondiale mais remonte aux débuts de l’expansionisme japonais. Elle montre comment l’organisation des « maisons de réconfort » a évolué et s’est structurée, et décrit les conditions inhumaines dans lesquelles ces jeunes filles étaient détenues et violées à longueur de journée. Elle développe également les différentes techniques de recrutement de l’armée : promesse fallacieuse d’un travail, menaces et enlèvements.

La troisième partie, aussi courte que la première, dresse le portrait d’une de ces femmes à travers un séjour qu’elle a effectué dans sa famille, au cours duquel l’auteur l’a accompagnée.

La transition entre les parties est constituée d’intermèdes assez étranges, dans lesquels des amies de l’auteur font des commentaires sur son manhwa et qui sont ponctués d’interventions d’un personnage représentant Yun Mi-Hyang, secrétaire générale du Conseil coréen pour les femmes enrôlées de force comme esclaves sexuelles au service de l’armée japonaise, qui précise des définitions et des faits historiques.

Dans chacune des trois parties, une couleur vient s’ajouter au noir et blanc dans les dessins. J’ai lu le manhwa tard le soir, à la lumière artificielle, et j’avais cru qu’il était en noir et blanc. Ca m’a fait tout drôle de découvrir, le lendemain, les couleurs à la lumière du jour. Du coup, je l’ai reparcouru complètement. La première partie est agrémentée de tons de vert/kaki qui m’ont évoqué les uniformes militaires. La seconde est dominée par des tons de rouge et de rose, dans lesquels je vois à la fois la couleur du sexe et de l’érotisme, et celle du feu et de la mort. Dans la dernière enfin, on trouve du jaune et de l’ocre. Je ne sais comment l’interpréter mais j’ai vu dans ces couleurs lumineuses de l’espoir.

Dans l’ensemble, la forme du manhwa m’a complètement déroutée. Les dessins sont très simples, très naïfs, peu de décors. Parfois des photos, reproduites telles quelles ou redessinées par l’auteur. Tout est très factuel : des cartes, des plans, des citations. Ca m’a fait penser à un cours d’histoire qui aurait été retranscrit sous forme de fiches pour que l’essentiel soit facilement assimilable et mémorisable. Ce qui ne veut pas dire que l’album soit indigeste, bien au contraire! Déjà, il est très aéré, et le ton, toujours très pudique, est souvent naïf, presque enfantin, et rempli de traits d’humour. Au début j’ai trouvé étonnant ce contraste entre le sujet et la façon dont il est abordé. Avec le recul, ça me semble une très bonne idée. D’une part, ça permet à l’auteur de garder une certaine distance, d’être factuelle et non accusatrice. D’autre part, je pense que la lecture m’aurait sans ça paru insoutenable.

Si elle s’intéresse bien évidemment à la condition des femmes, à travers le destin tragique de ces « femmes de réconfort », ce sont les guerres que Jung Kyung-a entend dénoncer, d’où l’apparition dans une case de G.W. Bush. Ainsi, elle condamne également les pressions qui étaient exercées sur les soldats pour qu’ils fréquentent les « maisons de réconfort ». Les officiers vérifiaient parfois que les soldats passaient bien à l’acte. Cela faisait partie de leur apprentissage et des valeurs qu’on voulait leur inculquer pour faire d’eux des guerriers. Elle évoque également le fait que à la fin de la guerre, des « maisons de réconfort » ont été créées à l’intention des soldats alliés, dans le but de préserver les japonaises.

J’ai appris énormément de choses en lisant ce bel album. S’il m’a déroutée au départ, je le trouve, avec le recul, très bien fait et je ne saurais trop vous le conseiller si le sujet vous intéresse et que vous en voulez une première approche.

Cette lecture constitue ma deuxième participation au défi Images du Japon de Kaeru.

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Ceux qui me suivent sur l’autre blog ont dû remarquer que j’ai la fâcheuse manie de me précipiter en urgence pour voir les expositions juste avant qu’elles ne se terminent. Je n’ai malheureusement pas fait exception avec celle-ci. Donc, dans la série « ce que vous avez peut-être pu voir si vous avez été plus rapides que moi », je vais vous parler de l’exposition sur Casanova qui se tenait à la BNF, sur le site François Mitterrand, et qui s’est terminée… aujourd’hui!

Cette exposition tire son origine de l’acquisition qui a été faite en 2010 par la BNF des 3 700 pages du manuscrit de l’Histoire de ma vie de Casanova. Dans chacune des salles étaient présentés des extraits de ce manuscrit. L’exposition retraçait la vie de Casanova, selon un parcours tant chronologique que thématique. Elle était riche et intéressante car de nombreux objets et documents venaient illustrer les pages écrites par le célèbre aventurier. J’ai pu ainsi voir des documents écrits (lettres de personnes ayant cotoyé Casanova mais aussi manuscrit de Goldoni ou partition de Mozart), de nombreux tableaux, notamment de Nattier ou de Canaletto, montrant les lieux et personnes qu’il a connus ou des moments de la vie quotidienne au 18ème siècle. Mais il y avait également des extraits de films, de la musique d’un compositeur que Casanova appréciait et de nombreux objets : vêtements, cartes à jouer, armes, nécessaire de voyage, instruments de médecin… L’exposition était, de ce fait, très vivante.

 Le plus intéressant et le plus émouvant à mes yeux était cependant ces pages écrites de la main de Casanova. Autant que la lecture, j’aime les livres en tant qu’objets. Il y a quelque chose de sensuel dans un livre. Et j’éprouve une fascination particulière pour les vieux papiers. Bien évidemment, le plaisir de voir un manuscrit sous une vitrine n’est en rien comparable à celui de pouvoir le toucher et en tourner les pages, mais j’y trouve malgré tout quelque chose d’émouvant.

L’Histoire de ma vie, chose que je ne savais pas ou que j’avais oubliée, a été écrite en français, langue que Casanova a apprise dans les années 1750 avec Crébillon (le père, cette fois, pas l’auteur des Egarements du coeur et de l’esprit). J’ai été étonnée de la facilité avec laquelle le manuscrit se lit : l’écriture est belle, nette. Certains passages sont soulignés mais il y a relativement peu de ratures. L’une des premières salles montre des brouillons qu’il utilisait : listes ou anecdotes jetées sur des bouts de papier, des factures. Le manuscrit doit donc correspondre au jet final. J’ai néanmoins été étonnée de sa propreté.

S’il n’y a pas (plus?) de page consacrée à l’exposition sur le site de la BNF, une vidéo disponible sur le site donne néanmoins un bon aperçu du contenu de l’exposition. Ce qui m’étonne, c’est que cette vidéo insiste sur le seul trait caractéristique de Casanova que le grand public retient : sa réputation de séducteur. Evidemment, c’est plus vendeur, mais ce n’est pourtant pas ce que j’ai retenu de la lecture de l’Histoire de ma vie que j’ai faite il y a une quinzaine d’années, sans doute parce que ce n’est pas ce qui m’a le plus intéressée, et j’ai trouvé, au contraire, que cet aspect était relativement peu développé dans l’exposition, qui laisse la part belle à toute la richesse de la personnalité et de la vie du célèbre vénitien.

 Je perçois Casanova bien moins comme un don Juan que comme un perpétuel amoureux. S’il a accumulé, et même parfois cumulé, les aventures éphémères, il se décrit dans ses mémoires comme soucieux des femmes qu’il fréquentait, soucieux de leur venir en aide quand il le pouvait et de savoir ce qu’elles devenaient au fil des ans. Par ailleurs, il n’a pas toujours été gagnant aux jeux de l’amour et a connu des déconvenues et des chagrins amoureux, même dans sa jeunesse.

S’il n’a pas connu le destin brillant auquel son ambition aspirait, et si son existence a connu plus de bas que de hauts, il a néanmoins mené une vie extraordinaire, qui suffirait largement à remplir plusieurs existences. Il a voyagé partout en Europe, de Londres à Saint-Pétersbourg et de Madrid à Constantinople. Il a exercé toutes sortes de métiers : tenté par la médecine, il faillit devenir ecclésiastique, fut brièvement musicien et se fit au cours de ses voyages homme d’affaires, espion, diplomate… Il a rencontré nombre de célébrités de son temps, souverains, penseurs et artistes, alchimistes, aventuriers. Et, surtout, il s’est intéressé à tout et a écrit sur beaucoup de sujets : agriculture, économie, mathématiques, sciences humaines…

Casanova est, à mes yeux, ce qu’on appelait au temps de la Renaissance un honnête homme : quelqu’un qui a une vaste culture sur tous les sujets. Le moteur de sa vie semble être cet appétit insatiable, cette curiosité dévorante qui le caractérisent. Autant que le goût des plaisirs, Casanova a le goût et la soif du savoir, il est en apprentissage permanent. S’il semble que cette curiosité se soit naturellement étendue au sexe féminin, c’est cette qualité que je trouve la plus fascinante chez Casanova et qui est, à mes yeux ce qui est le plus intéressant chez lui et ce qui le caractérise le mieux, bien plus que ses conquêtes.

 L’acquisition de ce manuscrit par la BNF rend possible la réalisation d’une nouvelle édition de l’oeuvre de Casanova dans la Pléiade, dont le premier tome paraîtra dès cette année. Je crois bien que je vais me laisser tenter. Je ruminais une possible relecture de cette autobiographie monumentale et l’édition de la Pléiade sera sans doute en tous points supérieure à la mienne, tant du fait de la beauté du livre que de la richesse de son contenu et, surtout, de son appareil de notes.

D’ici là, je compte me lancer dans une oeuvre plus courte et dont j’espère venir à bout plus rapidement. J’ai, en effet,  appris sur le blog de La muse galante qu’était publiée la correspondance du prince de Ligne, ami de Casanova et l’un de ses premiers lecteurs, avec le mémorialiste, et je me suis empressée d’ajouter ledit livre à ma LAL!

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Voilà déjà un bon moment que j’avais repéré ce magazine en kiosque. Je ne m’étais pas risquée jusque-là à aller y voir de plus près car, paradoxalement, les magazines littéraires m’ennuient profondément en règle générale. J’étais néanmoins intriguée par la petite formule qui figure sous le titre « L’actualité par les livres du monde ». Le thème du dernier numéro m’a poussée à franchir le pas et je ne le regrette pas du tout, car j’en ai trouvé la lecture passionnante et très instructive, et je compte désormais suivre la revue si elle aborde des thèmes qui m’intéressent.

Bien plus qu’à un magazine littéraire, Books m’a fait penser à Courrier International. La façon de procéder est, en effet, identique : ce numéro spécial est une compilation d’articles de différents pays. La différence, c’est que les articles ici traduits et reproduits sont exclusivement des critiques de livres. Ces articles étant très longs (3 à 6 pages), ils font largement plus que donner un avis sur un livre. Soit ils en constituent une synthèse ou une critique, soit ils débordent largement sur le sujet. Ils sont donc très riches d’un point de vue informatif.

Les sujets traités sont très variés, la sexualité étant abordée sous de nombreux aspects, mais j’ai ressenti néanmoins une certaine cohérence dans l’ordre de présentation des articles. La variété des thèmes touche aussi bien à l’aspect géographique (cela va des concubines en Chine au proxénétisme au Canada en passant par un historique de l’homosexualité et de sa perception en Iran), qu’à l’aspect temporel (on voyage de la Grèce antique et la place qu’y occupait l’homosexualité aux réflexions contemporaines sur le polyamour en passant par les méthodes de travail de Masters et Johnson dans  les années cinquante) ou qu’aux différentes pratiques – ou absences de pratique (la revue traite de l’asexualité au Japon, du rejet du coït par une féministe américaine dans les années 70s, de la masturbation, de l’érotisme dans la littérature arabe féminine contemporaine). Pour vous faire une meilleure idée du contenu du magazine, vous pouvez en consulter le sommaire et lire le début des articles sur son site, ici. Je précise que, bien que les sujets abordés soient quelquefois un peu « techniques », les articles sont d’un accès aisé et ne sont pas ennuyeux, loin de là!

 Ceux qui me lisent régulièrement se souviendront peut-être que, dans mon billet posté il y a quelques jours sur L’éloge de la masturbation de Philippe Brénot, j’avais été, une fois de plus, assez casse-pieds, lui reprochant d’être trop véhément à l’égard des détracteurs de la masturbation et pensant qu’il était possible que ça ait pu nuire à la rigueur et à l’objectivité de ses recherches. Comme je ne maîtrise pas du tout le sujet, il ne s’agissait là que d’une impression dont j’ignorais si elle était fondée ou non, si bien que, après coup, j’avais eu des remords et m’étais reprochée d’avoir été trop sévère pour son ouvrage. J’ai donc été agréablement surprise de lire dans Books les deux articles relatifs à la masturbation. L’un est une critique assez rude par un historien d’un ouvrage d’un non-historien, qui avance la même théorie que Philippe Brénot, à savoir que la condamnation de la masturbation au 19e siècle trouve ses origines dans la découverte des spermatozoïdes un siècle plus tôt. L’autre est une critique élogieuse d’un ouvrage d’un historien spécialiste du sujet. Il en ressort que la découverte des spermatozoïdes n’aurait rien à voir avec l’affaire et qu’on ne sait pas ce qui a provoqué ce phénomène. Du coup, ça m’a donné envie de creuser le sujet!

Ce n’est d’ailleurs pas le seul sujet que le magazine m’a donné envie de creuser : je retiens de sa lecture pas mal d’ouvrages qui ont l’air intéressants, tant parmi ceux qui faisaient l’objet des articles, que parmi ceux qui figuraient dans de petits cadres « pour en savoir plus » à la fin de certains d’entre eux. J’ai fait un petit diaporama de quelques-uns des livres qui me tentent. Reste plus qu’à trouver le temps de lire, ce qui n’est pas le plus aisé!

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