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Posts Tagged ‘fellation’

Depuis quelques temps, la collection Osez propose des recueils regroupant 20 histoires érotiques autour d’un thème. On peut ainsi trouver des « Osez… 20 histoires » autour de l’amour au bureau, du quick sex, des premières fois ou de l’infidélité… et donc de la fellation.  Je dois dire que j’ai pris celui-ci plus pour voir comment c’était que par réel enthousiasme, l’inégalité des guides Osez, qui peuvent s’avérer aussi bien excellents que franchement  mauvais, m’ayant rendue méfiante. Je m’attendais donc à ce que ce que ces recueils présentent la même hétérogénéité au niveau de la qualité des récits, et j’ai été surprise que ce ne soit pas le cas. Mis à part 2 ou 3 histoires pour lesquelles l’écriture est franchement pénible, tant la forme que le fond sont assez soignés et tout à fait corrects.

Parmi les 20 auteurs, principalement des femmes (ce qui m’a amusée, c’est que, dans pas mal de cas, j’ai trouvé que le sexe de l’auteur était assez aisé à deviner en lisant son histoire), le seul dont je connaissais le nom était Eric Mouzat. Je me disais depuis déjà un bon moment qu’il faudrait que je lise quelque chose de lui, mais je n’étais pas très pressée… et je ne le suis pas plus après avoir lu son récit!

Le sujet est traité de façons très diverses et sous des angles très différents. Le ton peut être romantique, humoristique ou même amer, l’ambiance tendre, torride, ou orientée SM (pas de quoi fouetter un chat, tout de même!). Les hommes passent parfois de sucés à suceurs. Malgré tout, il s’agit toujours du même thème, aussi le livre se prête plutôt à être lu tout doucement, une histoire à la fois, afin d’éviter la lassitude. C’est en tout cas la tactique que j’ai adoptée. Malgré cela, je n’ai pas pu totalement éviter par moments un certain sentiment d’ennui, et j’avoue qu’il y a des pages que j’ai lues en diagonale. Histoire d’aggraver mon cas, je précise que ce ne sont pas des pages de « mise en situation » que j’ai survolées, mais uniquement des scènes érotiques, qui avaient un air de déjà vu et rien qui soit susceptible de m’accrocher. Comme je l’ai dit, les différentes histoires sont d’un niveau assez homogène et dans l’ensemble elles ne sont pas mauvaises. Mais, s’il n’y a pas grand chose qui se détache du lot vers le bas, il n’y a pas grand chose qui s’en détache vers le haut non plus, et je n’ai malheureusement pas trouvé tellement matière à être captivée ou emballée dans cet ensemble qui m’a paru assez conventionnel et terne.

S’il fallait en retenir quelques-unes, je citerais Le petit havre de paix de Tobin Williams et Bukkake de Laura Garibal. Dans la première, une jeune femme qui pensait s’être installée dans un coin tranquille de la plage pour bronzer en paix est dérangée par un étudiant agaçant. Dans la seconde, une femme découvre son attirance pour le bukkake en regardant les DVDs porno de son compagnon. Les deux histoires ne sont ni très crédibles ni renversantes d’originalité, mais elles arrivent à allier humour et érotisme de façon assez réussie. J’ai également bien aimé Août sur le lac, de Marilyn Jaye Lewis. Cette nouvelle douce-amère a pour héroïne une femme qui n’arrive pas à tourner la page après son divorce et qui, dans sa maison sur le lac, se remémore les bons souvenirs qu’elle y a vécus. Quelques recherches m’ont appris que cette américaine est un auteur et éditeur de roman érotiques et ça me donne envie d’y jeter un oeil.

Mais l’histoire qui a ma préférence est Tu dors? d’Alexandra Otero. Le sujet de celle-ci est très simple : un couple a sombré dans la routine, le sexe est devenu rare et la femme en souffre. Une nuit, alors que l’homme dort, elle n’arrive pas à trouver le sommeil et tourne en rond dans l’appartement. Avec une histoire banale et dans laquelle il ne se passe presque rien, l’auteur a bâti un récit accrocheur, finement analysé et avec une pointe d’humour. Je ne sais malheureusement pas si elle a écrit autre chose.

En conclusion… si vous avez envie de lire des histoires érotiques, je serais bien tentée de vous conseiller d’aller découvrir, si ce n’est pas déjà fait, le site Revebebe, qui a le gros avantage d’être gratuit et sur lequel, pour peu qu’on cherche un peu, on peut trouver de petits bijoux.

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Osez… faire l’amour à un homme – match retour !

Après avoir lu – et détesté – le Osez les conseils d’une experte…, il m’a semblé judicieux de lire son pendant à titre de comparaison.  Je me suis donc fait couler un bon bain chaud, j’ai pris mon courage et le livre à deux mains, et j’ai bravement attaqué la lecture dudit bouquin.

Sur la première page, je vois le titre « Les gays, maîtres ès sexualités ». Je me dis : « Voilà un gars qui a de l’humour. » Je lis la première page… Eh bah non, apparemment il y croit. Là j’ai senti l’affaire mal engagée et commencé à regretter. Malgré tout, j’ai consciencieusement attaqué l’introduction. L’auteur y déclare son livre féministe et souligne plus loin ce que les féministes ont apporté aux femmes et aux gays. Ouf ! Un tel homme ne peut pas être foncièrement mauvais ! J’ai donc poursuivi courageusement ma lecture et m’en suis bien trouvée. En effet, rien à voir avec le guide de Servane Vergy!

Déjà, sa bibliographie et son parcours sont beaucoup plus limpides. Diplômé en philosophie et en psychologie, journaliste, il a suivi une formation en sexologie et est l’auteur de plusieurs guides et romans… qui ont fait pas mal de bruit. Ainsi, son roman Serial fucker, journal d’un barebacker, paru en 2003, a créé une polémique et suscité l’indignation de l’association Act up qui l’a accusé de prôner la contamination volontaire.

Le ton est également radicalement différent. Là où Servane Vergy reste très terre à terre et propose une sorte de « Comment devenir une bombe en 10 leçons », Erik Rémès a une approche beaucoup plus théorique et idéologique. Par moments, j’aimais bien son discours, à d’autres il m’est arrivé de me demander s’il n’avait pas fumé la moquette. L’idée générale, c’est que la libération sexuelle a été un leurre, que les couples hétérosexuels, qui sont la norme, sont englués dans une sexualité monotone, traditionnelle et dépourvue d’imagination, et que tous devraient se libérer pour parvenir à l’épanouissement sexuel, le tout devant se faire dans une atmosphère de respect, de communication et d’amour entre les différents partenaires, même de passage. Un petit extrait vous donnera une idée de l’esprit du livre :

« L’acte sexuel ne se réduit pas, comme voudrait nous le faire croire la propagande nataliste, au simple coït vaginal et reproducteur. Libérés de l’injonction reproductive, nous pouvons mettre en place un grand nombre d’approches préliminaires et autres activités érotiques des plus originales : les caresses génitales, les excitations orogénitales, les relations anales, et patati et patata, mais aussi le fist-fucking, les jeux uros, sadomaso, etc. »

Le livre se lit facilement. La lecture en est plaisante et drôle mais, là encore, d’une façon totalement différente des Conseils d’une experte. Là où Servane Vergy utilisait des clichés pour faire rire, Erik Rémès joue sur les mots, joue avec les registres de langage. Et je préfère ça de très très loin !

Pour ce qui est du contenu, il couvre un peu tous les aspects de la sexualité. L’ouvrage est divisé en 5 chapitres :
– L’homme, cet inconnu
– Comment lui faire l’amour
– Anus dei
– Les jeux de l’amour (dans lequel il évoque des pratiques aussi diverses que le bondage, l’échangisme, le SM…)
– Safe sex

Plusieurs choses m’ont étonnée. Par exemple, le premier chapitre démarre par un sous-chapitre « Comment lui parler » dans lequel il évoque l’utilisation qui peut être faite des mots crus pendant l’amour. Je ne me serais pas du tout attendue à ce qu’un guide commence par ça ! Et puis, bien que le guide soit ouvertement à destination des femmes, il y a  à plusieurs endroits quelques pages de conseils « à glisser dans l’oreille » de son partenaire sur la façon de faire l’amour à une femme.

C’est un guide Osez, donc il s’adresse aux débutants (il y a même quelques pages consacrées à la première fois !). Quelqu’un d’un tant soit peu expérimenté n’y apprendra pas grand-chose. Toutefois, par la richesse de son contenu et la variété des thèmes abordés, il m’a rappelé l’excellent Osez la sodomie. Erik Rémès ne prétend pas tout expliquer mais invite à la découverte et propose des pistes à explorer : il invite par exemple ses lectrices à se documenter sur la pratique du massage, les exercices de Kegel… Là où Servane Vergy imposait, lui propose et suggère à chaque fois tout un éventail dans lequel chacun peut piocher ce qui lui convient (il passe sans arrêt d’une page à l’autre de pratiques très soft à d’autres plus hard et inversement). Pour lui, l’essentiel est de se faire plaisir, s’amuser, explorer. J’en ai retenu beaucoup plus d’idées de petits trucs à essayer que dans le Servane Vergy.

En résumé, si vous hésitez entre le Osez les conseils d’une experte… et le Osez les conseils d’un gay, précipitez-vous sur celui qui est infiniment meilleur à tous égards!

(Pour vous les filles) osez… les conseils d’un gay pour faire l’amour à un homme
Erik Rémès
Editions La Musardine
Collection Osez

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Thierry Leguay est professeur de lettres et auteur de plusieurs ouvrages sur les mots et la langue, la littérature et les écrivains, tels que La petite brocante des mots, Dégustations littéraires ou Petite fabrique de littérature. Il est également l’auteur de Casse-toi, pauv’ con!, vrai-faux journal de… je vous laisse deviner qui! En outre, après cet essai publié pour la première fois en 1999, il s’est à nouveau aventuré sur le terrain de l’érotisme à travers une Petite anthologie de la poésie érotique.

L’idée de cet ouvrage est née du fait que le sujet avait été étonnamment peu abordé jusque-là, bien que la pratique soit tout à fait courante de nos jours. Non seulement il y a peu de références bibliographiques concernant la fellation, mais, bien que les verbes latins indiquant l’action de pratiquer la fellation figuraient déjà dans le célèbre Gaffiot latin-français dès les années 30s, le mot est apparu très tardivement dans les dictionnaires, dans les années 80s seulement, et le lexique associé (synonymes et expressions imagées) est assez pauvre.

L’auteur nous propose donc une sorte d’encyclopédie de la fellation qu’il envisage sous tous ses aspects. Les différents thèmes sont abordés de façon méthodique, l’ouvrage est sérieux, étayé par une solide bibliographie et le contenu est intéressant.

L’essai retrace un historique de la pratique dans les civilisations qui ont jalonné l’histoire des différents continents. Il rappelle également l’évolution de la façon dont elle a été considérée par l’Eglise (il cite notamment quelques extraits d’un manuel rédigé au 19e siècle à l’usage des confesseurs qui semble assez croustillant), évoque la vision négative qu’en ont eu médecins et psychanalystes, pour en arriver à notre époque qui exige de nous d’être performants sexuellement. Un chapitre est également consacré à recenser les différentes enquêtes abordant le sujet menées au cours des cinquante dernières années. Il y évoque aussi bien des études fondamentales comme les Rapports Kinsey ou Le Rapport Hite (mon gros projet pour ces vacances estivales est de relire Le Rapport Hite pour vous en parler) que des enquêtes de magazines. Il semble ressortir de ces études et sondages que si la pratique est largement plébiscitée par les hommes et si, de nos jours, les femmes la pratiquent de plus en plus couramment, celles-ci ne débordent néanmoins pas forcément d’enthousiasme et beaucoup sont réticentes à aller jusqu’au bout.

Cependant, contrairement à ce que le titre pourrait laisser penser, ces chapitres historiques et sociologiques n’occupent qu’une partie du livre. En effet, Thierry Leguay reste fidèle à ses sujets de prédilection et développe un certain nombre de thèmes sous l’angle de la sémantique, en s’appuyant sur de nombreuses références littéraires. Par exemple, il s’intéresse au vocabulaire employé pour parler de la fellation et d’autres pratiques sexuelles qui relève du champ sémantique de la nourriture. Ailleurs il s’interroge sur l’ambiguïté de la fellation : est-ce la personne qui la prodigue qui est soumise ou celle qui la reçoit qui s’abandonne? Il tire ensuite de ces constatations linguistiques des analyses, auxquelles on peut adhérer ou pas mais qui peuvent inciter le lecteur à une réflexion intéressante sur la fellation en particulier et les pratiques sexuelles en général.

Il n’y a qu’une page sur laquelle j’ai tiqué. Le chapitre sur la façon dont a été considérée la fellation au point de vue de la morale au fil de l’histoire s’achève sur quelques paragraphes condamnant la toute récente (l’essai date de 1999) pénalisation des clients des prostituées en Suède. L’auteur, inquiet, y voit un signe de puritanisme. Je ne vois pas trop quel est le rapport avec la fellation et je ne comprends pas comment cette pénalisation pourrait faire reculer l’acceptation de la fellation dans les moeurs occidentales ni en quoi cette mesure est puritaine. J’ai été un peu choquée de ce jugement soutenu par une argumentation branlante.

Mis à part ce passage, j’ai trouvé l’ouvrage à la fois intéressant et très complet, de part la multitude des aspects envisagés, et je suis contente d’y avoir appris des choses et d’y avoir pioché quelques idées de lectures. Le livre a notamment renforcé mon envie d’en apprendre plus sur l’érotisme dans l’antiquité, certains parallèles faits par Thierry Leguay entre l’homosexualité chez les grecs et les romains et l’homosexualité contemporaine m’ayant étonnée. Le livre est, par ailleurs, plaisant à lire. Il est émaillé d’anecdotes et de passages amusants et j’ai eu le sentiment que l’auteur s’était plu à traiter le sujet qu’il a abordé avec un esprit ouvert et curieux, et que ça se ressentait agréablement à la lecture.

Histoire raisonnée de la fellation
Thierry Leguay
Le cercle ou Le cercle poche

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Une fois n’est pas coutume, je vais étaler mon compte-rendu de lecture de cet essai en deux billets. J’ai, en effet, envie de m’attarder un peu sur son avant-propos avant de rentrer dans le vif du sujet.

Cet avant-propos a été rédigé par Françoise Rey, à la demande de son éditeur. Elle y expose sa perception de la fellation. Ce texte a suscité chez moi beaucoup d’étonnement et pas mal d’interrogations, la principale étant que je me demande s’il s’agit simplement d’un exercice littéraire qui se prétend autobiographique sans l’être ou si elle relate réellement son rapport à la fellation.

J’ai été surprise par le discours qu’elle tient, dont l’extrait suivant permet d’avoir une bonne idée :

« Je n’aime pas partager mes fantasmes, y inviter autrui, je n’aime pas découvrir ce qu’il y a sous les vêtements des hommes qui pourtant me séduisent, je n’aime pas baiser, pas tout de suite, pas longtemps, pas fort, pas souvent, et surtout, dommage pour mon commanditaire, je n’aime pas prendre dans ma bouche le corps de mes amants. A de rares exceptions près. »

Et, plus loin, elle semble illustrer parfaitement ce que Gérard Lenne dans De la fellation : comme idéal du rapport amoureux appelait la « fellation stratagème » :

« Transformer la menace en proie consentante et charmée m’emplissait d’un bonheur pervers, je ne risquais plus rien, je déjouais les pièges de la conquête masculine en allant vite, plus vite que mon partenaire, en devançant son désir, en le comblant, en le castrant. Auprès d’un homme qui avait joui, j’étais en sécurité. Il ne me prendrait pas, pas tout de suite, peut-être pas du tout… Il n’entrerait pas dans ma chair, il ne serait pas mon occupant.
Il m’a fallu des années pour réaliser que le sucer, c’était lui permettre une autre sorte d’invasion, peut-être plus intime encore. Le jour où je l’ai compris, j’ai cessé de pratiquer la chose. »

Jusqu’à présent je n’ai lu de Françoise Rey que La femme de papier, que je n’ai pas aimé, pour de nombreuses raisons, l’une des principales étant que je l’ai trouvé très froid et que les ébats sexuels des deux personnages principaux, totalement dépourvus de tendresse et de communion, m’ont semblé n’être que les manifestations d’une compétition entre les deux amants.

En lisant cet avant-propos, je me suis demandé si je ne tiendrais pas là une explication partielle de ce qui m’a dérangé dans La femme de papier.

Dans ce roman, j’avais également eu du mal avec l’écriture. Il me semblait évident à le lire que Françoise Rey avait une très belle plume, qu’elle était capable de manier avec raffinement et virtuosité, et j’étais très agacée car il y avait au moins un passage dans chacun des chapitres dans lequel je trouvais qu’elle gâchait tout. Si j’ai regretté, dans cet avant-propos, que ses quelques jeux avec les champs sémantiques me semblent encore plus ostentatoires que naturels, je me suis néanmoins surprise à être conquise par sa plume, au point de me dire que je devrais peut-être essayer une de ses autres oeuvres pour confirmer ou infirmer ma première impression. Par ailleurs, j’ai aussi beaucoup aimé ses propos, qui m’ont paru intéressants et propices à susciter la réflexion.

Je ne résiste pas à l’envie de citer encore un passage :

« Je voulais être une femme libre, une sorte de courtisane aguerrie, avisée, très à l’aise dans le monde des caresses et du sexe, je voulais qu’on s’époustoufle de mes témérités, qu’on me reconnaisse d’artistiques dispositions, des talents sensuels, une hardiesse tranquille de putain, une lascivité efficace de geisha.
[…]
« Une femme libre » : imbécile! Peut-on parler de la liberté de l’hétaïre qui, pour régner sur le plaisir de l’homme, et ainsi croire l’asservir, et ainsi croire à sa propre importance, à sa propre séduction, se rend esclave de rites qui la rebutent?
Mon affranchissement était un leurre pitoyable, un miroir où je me voyais belle d’assurance, délivrée des tabous, formidable d’initiatives voluptueuses, admirable de compétence. Je mettais tout mon coeur, mon coeur soulevé s’il se fût écouté, à des prestations talentueuses et compliquées.
[…]
J’ai retrouvé plus tard, chez des hommes, des hommes faits, mûrs déjà, imbus de leur rôle de dispensateur de plaisir, la même joie passionnée du don, le même orgueil narcissique, la même fausse générosité. Régner sur le plaisir de l’autre, c’est se voir magnifique dans son regard chaviré, magnifique et redoutable, car c’est aussi, quelque part, le dominer et le réduire. Il y a sans doute la même ivresse à prodiguer la volupté que la douleur, et il n’est pas hasardeux que parfois les deux se rejoignent sous le fouet d’un bourreau raffiné. »

 Dans mon prochain billet, je vous parlerai de l’essai proprement dit et il y aura encore beaucoup à dire!

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Il n’est pas évident de trouver des informations biographiques à propos de Servane Vergy. Les quelques bribes que j’ai pu glaner proviennent de son blog, qu’elle a créé à peu près au moment de la sortie de ce petit livre. Elle s’y décrit comme « auteur de guides pratiques et d’essais sexy ».

Elle dit avoir écrit pour la collection Marabout, est donc l’auteur de ce petit livre paru chez La Musardine, et a depuis publié aux Editions Blanche Le petit livre rose de la serial loveuse qui, si j’en crois la présentation de l’éditeur, doit ressembler pas mal à celui-ci, si ce n’est qu’il s’adresse à un public différent : les femmes qui veulent séduire un homme (ou plusieurs) et non pas celles qui veulent garder le leur. Elle se définit également comme « une féministe qui s’épile » ce qui, au vu du choix de la formule, m’inciterait à penser qu’elle n’est justement pas féministe pour un sou.

Ce petit fascicule Osez a beaucoup en commun avec les magazines féminins : rapide et plaisant à lire, plein d’humour, il a le même ton péremptoire et la même vacuité. Voilà résumé en quelques mots tout le bien que j’en pense…  Je vais essayer d’expliquer un peu pourquoi je suis aussi négative.

Je n’ai pas aimé le ton familier qu’elle emploie pour s’adresser aux lectrices. Je n’ai pas aimé les stéréotypes dont son ouvrage est bourré. Pour reprendre les propos d’Alias, qui pense à peu près autant de bien que moi de ce guide, ces stéréotypes ne sont  flatteurs ni pour les femmes ni pour les hommes.

D’ailleurs, l’auteur reconnait elle-même ne pas avoir fait dans la dentelle, puisqu’elle décrit son guide sur son blog comme

« à mi-chemin entre le manifeste antiféministe et le guide de la femme soumise par choix devant son mâle dominant (au lit seulement, hein, faut pas exagérer) »

Si son but était de faire de l’humour, je pense qu’un petit peu plus de subtilité n’aurait pas fait de mal.

En ce qui concerne le contenu, il y a quelques astuces intéressantes, notamment au niveau des techniques de masturbation, mais je n’y ai globalement pas appris grand-chose, et je suis loin de me considérer comme une experte. Les conseils un peu techniques me paraissent assez légers et manquent cruellement de figures explicatives. L’idée de base, à laquelle je souscris tout à fait, est que ça ne sert à rien de se forcer si on n’est pas tentée par une pratique et qu’on ne fera vraiment bien que ce qu’on a plaisir à faire. Elle incite donc les femmes à prendre du plaisir au sexe et, pour cela, à explorer leur propre corps pour apprendre à se donner elles-mêmes du plaisir. Jusque-là, tout va bien. Sauf que très vite elle passe à un discours du type « de toute façon, si vous ne faites pas ça, votre homme ira voir ailleurs », et là je ne la suis plus du tout.

Elle me paraît à des années lumières de l’excellent Osez la sodomie. Alors que Coralie Trinh Thi fait preuve de beaucoup de respect vis-à-vis de ses lecteurs, n’imposant rien, respectant les idées possibles de chacun, proposant toujours plusieurs voies alternatives, Servane Vergy impose sa vision de l’amante idéale, de la façon dont elle doit s’habiller, se comporter, des pratiques qu’elle se doit de maîtriser, et va jusqu’à exposer sa propre conception de la façon de réagir à une infidélité, ce que je trouve assez cavalier. Là où Coralie Trinh Thi accomplit le tour de force d’aborder une multitude de sujets très variés et, malgré le petit format du livre, de proposer pourtant des idées intéressantes parmi lesquelles même ceux qui ne souhaitent pas pratiquer la sodomie peuvent trouver des choses à glaner, celui de Servane Vergy me paraît creux et frivole : il effleure tout, n’approfondit rien, et, au final, n’apporte pas grand-chose.

A moins que vous ne cherchiez une lecture humoristique pour vous détendre une heure, je vous conseille de passer votre chemin et de choisir un autre guide, tel que le Hot sex de Tracey Cox qui, dans le même genre, se lit tout aussi facilement et a un contenu beaucoup plus riche ou Le petit guide de la sexualité épanouie  qu’Alias a beaucoup apprécié.

Osez… les secrets d’une experte du sexe pour rendre un homme fou de plaisir
Servane Vergy
Editions La Musardine
Collection Osez

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J’ai acheté ce livre sans rien connaître de son contenu, juste parce que son titre m’amusait et m’intriguait.

J’ai eu une heureuse surprise en le recevant. En effet, l’auteur est critique de cinéma et s’est proposé de traiter de la fellation de nos jours, à travers la littérature et le cinéma. Cette perspective originale me semblait très prometteuse. Et, en effet, la lecture du premier chapitre a été pour moi assez jubilatoire, car elle m’a remis en mémoire certaines de mes lectures et m’a donné envie de voir ou de revoir pas mal de films. Puis, malheureusement, mon enthousiasme est retombé.

Dès la première page, il règle en quelques lignes son affaire au rapport Kinsey et à son retentissement, arguant que les sondages ne sont ni pertinents ni fiables en matière de sexualité. Lui, donc, s’intéresse au cinéma, à la littérature, à la presse, qui sont des miroirs de notre époque et, inversement, influencent la société. Que tire-t-il de ses sources ? La problématique suivante :

« Or, ce que tout un chacun peut constater, ici, maintenant, c’est la contradiction entre une sorte de démocratisation (ou de banalisation) de la fellation et les réticences qu’elle continue de soulever, voire la courante médiocrité de son exécution. »

Il va donc s’intéresser au pourquoi de ces réticences et de cette médiocrité en s’appuyant sur un sondage (tiens donc !) qu’il a trouvé dans l’Histoire raisonnée de la fellation de Thierry Leguay (qui figure dans ma PAL, mais c’est un hasard). Ce sondage réalisé aux Etats-Unis portait sur les 10 pratiques préférées des hommes et des femmes. La fellation arrivait en tête pour les hommes, en dernier pour les femmes. Notre auteur théorise donc sur le pourquoi de cette popularité auprès des uns et de cette impopularité auprès des autres et, pour améliorer la qualité des prestations féminines, propose quelques règles de bonne pratique.

Le problème, c’est que ses références littéraires et cinématographiques sont plus des illustrations de ses propos parsemées ça et là qu’un appui, une source réels. J’ai le sentiment désagréable que tout ce qu’il énonce n’est que sa vision des choses et le fruit de son expérience. Ce qui n’est pas problématique en soi. Mais là, ça fait vraiment discussion du Café du Commerce. Et je lui trouve une vision de la sexualité assez étriquée.

Déjà, la fellation n’est envisagée que d’une femme à un homme. La fellation pratiquée entre hommes n’est que rapidement évoquée, comme un possible fantasme d’homme hétérosexuel. Il y a un chapitre sur la circoncision qui ne se fait que l’écho de préjugés dénués de fondement. Plus gênant, il rappelle les recommandations concernant l’utilisation du préservatif pour éviter certaines maladies désagréables, mais les traite avec ironie et déclare qu’une fellation perd tout intérêt à ses yeux si elle est faite avec un préservatif. Je suis loin d’être une amatrice de plastique mais je trouve ce genre de discours assez dangereux.

Je ne résiste pas au plaisir de dire deux mots des motivations supposées des femmes pour faire une fellation. Il décompose les fellations en deux types : la fellation stratagème, visant à éviter la pénétration vaginale, et la fellation utilitaire, visant au contraire à provoquer celle-ci. Un troisième type : la fellation plaisir n’est évoqué que beaucoup plus loin et juste en passant, à croire que cela relève de l’exception !

Pour avoir des conseils techniques, mieux vaut, à mon avis, opter pour un manuel du type Osez la fellation. Gérard Lenne ne s’intéresse qu’aux « faut-il ? » et « doit-on ?». J’avais l’impression de lire un manuel de savoir-vivre. A le lire, on dirait que la fellation est régie par des règles immuables et que tous les hommes ont les mêmes goûts en la matière. Ca ne m’étonne pas qu’il se plaigne de la médiocrité des prestations avec de tels principes… 

Malgré des passages intéressants et quelques agréables moments de lecture, je suis donc globalement déçue de ce livre dont j’attendais beaucoup mieux.

De la fellation : comme idéal dans le rapport amoureux
Gérard Lenne
Editions La Musardine
Collection L’attrape-corps

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