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Posts Tagged ‘érotisme’

Jusqu’à présent, je ne connaissais Agnès Giard qu’à travers son blog, que je suis régulièrement. J’admire son érudition et j’apprécie de trouver à puiser chez elle des idées de lecture, mais, bien souvent, je ne la suis ni dans ses raisonnements, ni dans ses opinions, ce qui fait que ce que j’y lis m’intéresse et m’agace, voire parfois m’indigne, à la fois. C’est donc non sans une certaine appréhension que je me suis lancée dans ce livre.

J’ai bien retrouvé la blogueuse dans l’écrivain et ai, une fois de plus, été admirative devant l’étendue de ses connaissances mais, si j’ai ronchonné intérieurement au début parce que je craignais qu’elle n’aborde pas certains aspects, mes récriminations se sont faites de plus en plus rares au fur et à mesure que j’avançais, parce qu’elle dresse un panorama très complet et aborde son sujet dans son ensemble. De même, à plusieurs reprises, au début du livre, j’ai fulminé intérieurement parce que je la trouvais trop complaisante vis à vis de comportements que je trouvais choquant. Ce fut le cas par exemple lors d’un passage où elle évoque un réalisateur de films porno qui cherche à montrer la honte chez ses actrices et qui a poussé le perfectionnisme au point qu’une de ses actrices a fini dans un hôpital psychiatrique après un tournage. En avançant dans le livre et en réfléchissant, j’en suis arrivée à me dire que c’était ma propre indignation qui me faisait trouver son ton approbateur, et qu’elle a en fait adopté une attitude plutôt neutre qui est, au final, celle qui me semble la plus appropriée pour ce type d’ouvrage.

Toujours est-il qu’il m’a été impossible de rester indifférente à la lecture de ce livre. Grosse lectrice de mangas, je suis de plus en plus fascinée par la culture japonaise à mesure que j’apprends à la connaître et j’ai ressenti à la lecture de ce livre les sentiments que m’inspirent le Japon de façon générale : un mélange d’attirance et d’incompréhension, voire de répulsion.

Il faut dire que, si l’on synthétise ce qu’elle expose dans le livre, le résultat est assez glauque. En tentant de résumer ses propos en quelques lignes, je vais forcément caricaturer un peu mais, ce qu’il en ressort de façon générale, c’est que est considéré comme beau et attirant ce qui est éphémère (la floraison des arbres comme la fraîcheur des jeunes filles) et que, au Japon, on détruit ce qui est beau (fantasmes de viols, d’humiliation). Passant des fantasmes à la société japonaise, elle fait la description d’un peuple que j’ai ressenti comme étant en train de s’autodétruire : elle affirme que, selon une étude de 2005, 1/3 des couples mariés n’avait pas fait l’amour depuis plus d’un mois. Une étude de 2010 semblerait montrer que ce chiffre a encore augmenté, pour dépasser 40%. En parallèle le nombre d’hommes célibataires s’accroît de façon inquiétante, à tel point que le ministère de l’Education a débloqué des fonds en 2001 pour les éduquer.

Agnès Giard nous dresse le portrait d’une génération d’hommes qui ont grandi entre un père absent et une mère qui les chouchoutait et leur mettait la pression pour les études, qui ont tout consacré à leur vie professionnelle, qui attendent seulement d’une épouse qu’elle leur serve de boniche, qui ne savent pas que dire aux femmes ni comment les séduire, et qui n’ont pas envie de s’y atteler. Ces hommes, qui terminent leurs journées de travail avec leurs collègues dans les bars à hôtesses, préfèrent collectionner les petites culottes souillées ou les poupées sexuelles plutôt que de nouer des relations avec des femmes.

Face à eux, les jeunes femmes, qui n’ont pas connu la même pression, seraient des écervelées uniquement préoccupées de leur apparence et de posséder tous les produits à la mode. Parmi ces femmes harcelées dans les transports ou au travail, certaines n’hésitent pas à exploiter les désirs masculins pour augmenter leur pouvoir d’achat… tout en continuant à rêver au grand amour.

Personnellement je trouve ça flippant!

 Evidemment, la question que je me suis posée est : dans quelle mesure ce qu’elle décrit est-il digne de foi… et je suis bien incapable d’y répondre, puisqu’elle en sait infiniment plus que moi sur le sujet! Le seul point sur lequel je me permettrais d’émettre une opinion est le sujet des yaoi (comme j’en lis beaucoup et que j’ai lu quelques livres à leur sujet) qu’elle évoque en quelques lignes. J’ai trouvé ce qu’elle en disait caricatural et réducteur. C’était très bien écrit et ça sonnait très joliment, mais il m’a semblé que l’objectivité y perdait. Les légendes et anecdotiques historiques qu’elle évoque pour expliquer l’origine des yaoi m’ont intéressée et m’ont semblé bien éclairer certaines choses qu’on retrouve dedans, mais j’ai eu néanmoins le sentiment qu’elle passait à côté de quelque chose. Ce qui fait que je n’ai pas pu m’empêcher de considérer l’ensemble de l’ouvrage avec un peu de suspicion.

Cependant, j’ai retrouvé dans ce qu’elle décrit beaucoup de traits que j’avais pu croiser à maintes reprises dans des mangas, animes, romans ou articles, et qui semblent des éléments constitutifs importants de la culture érotique ou de la société japonaise. Ce que j’ai toutefois regretté, c’est qu’elle les place sur le même plan que des pratiques qui semble beaucoup plus marginales. Ainsi elle consacre tout un chapitre aux poupées qui, loin d’être simplement des jouets sexuels, sont des oeuvres d’art et quasiment des compagnes pour leurs propriétaires. A en croire Agnès Giard, les japonais préféreraient maintenant aux vraies femmes ces copies inanimées. Néanmoins, pour évoquer un magazine à gros succès traitant exclusivement de ces poupées, elle indique qu’il compte 8 000 lecteurs réguliers!

Je trouve donc difficile, à la lecture de cet ouvrage, de se faire une idée réelle de la culture érotique japonaise.

Néanmoins, il y a énormément de choses à en retirer et sa lecture vaut largement le coup, car elle est tout de même très instructive. Déjà, c’est un livre superbe, abondamment et très joliment illustré. D’autre part, ce gros livre de plus de 300 pages est une véritable mine pour qui s’intéresse à la culture japonaise et veut la découvrir. Comme je l’ai dit plus haut, l’érudition d’Agnès Giard est très vaste et éclectique. On découvre donc dans le livre nombre de légendes, récits historiques, artistes officiant dans le domaine de l’érotisme. J’y ai relevé beaucoup de références d’écrits littéraires et d’essais sur le Japon. Et c’est un livre que je garderai près de moi, car il me faudra énormément de temps pour approfondir et digérer les photographes, dessinateurs, peintres représentés dans le livre et dont les images m’ont plu ou m’ont interpellée. Je vous ferai sans doute part de ces approfondissements dans le futur, au fil des mois.

En refermant ce livre, la réflexion qui m’est venu à l’esprit est que le titre en est un peu mensonger. Ce que j’ai trouvé dedans de plus frappant, c’est qu’il y est seulement question de l’imaginaire érotique de la moitié de la population japonaise : les hommes. Ils ont des critères de beauté, des fantasmes, des envies. Dans tout cela, qu’elles soient vénérées ou maltraitées, les femmes ne sont que des objets de plaisir, pas des partenaires. Bien sûr, Agnès Giard évoque les femmes, mais uniquement par rapport à l’imaginaire érotique masculin. Elles semblent avoir le choix entre trois options : se soumettre aux désirs masculins, les utiliser pour tirer profit des hommes et prendre une revanche sur eux, ou s’en tenir à l’écart. Mais ces femmes ont-elles des désirs, des fantasmes? Quelqu’un s’y intéresse-t-il? Le livre ne nous l’apprend pas!

Cette lecture constitue ma quatrième participation au défi Images du Japon de Kaeru.

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Mon adolescence a été marquée par la lecture (et la relecture régulière de certains passages) des Trois mousquetaires et de Vingt ans après. C’est donc tout naturellement que je me suis inscrite, il y a un an et demi, au challenge Alexandre Dumas, sur l’autre blog. J’en ai profité pour relire mon roman fétiche, et c’est là que j’ai eu envie de voir un peu comme il a été adapté en bande dessinée. J’ai donc lu des adaptations plus ou moins réussies, françaises ou japonaise, pour enfants, adolescents ou adultes et, quand je suis tombée par hasard sur cette version érotique, j’ai eu envie de l’inclure dans mon tour d’horizon.

J’avoue que je m’attendais au pire, d’autant plus que, connaissant Les trois mousquetaires sur le bout des doigts et ayant un fort rapport affectif avec l’oeuvre, je suis assez chatouilleuse sur la façon dont elle peut être (mal)traitée par les auteurs qui s’en inspirent. Aussi je dois dire que j’ai été agréablement surprise.

En effet, la trame du roman est rigoureusement suivie et les personnages sont interprétés de façon classique. Les seuls changements qui ont été apportés par rapport au roman, et qui sont non négligeables mais nécessaires au projet des auteurs, c’est que l’intrigue est essentiellement résumée, seuls quelques événements sont un peu développés. En revanche, les auteurs ont soit largement développé ce que Dumas nous a laissé soupçonné de la vie sexuelle de ses personnages, soit – le plus souvent – ils leur en ont inventé une, qui est parfois étonnante!

Néanmoins, à aucun moment, l’histoire n’est charcutée ni ne bascule dans le grotesque, comme je le craignais. Tout en laissant largement cours à leur fantaisie, les auteurs ont visiblement essayé de coller à l’atmosphère du 17e siècle de Dumas, et ils y ont relativement bien réussi. Le seul reproche que je ferais quant au fond est que les dialogues, durant les scènes de sexe, sont assez pathétiques. J’imagine qu’il est difficile de faire original en la matière, et j’aurais simplement préféré que les personnages soient moins bavards dans ces moments-là. Il est peut-être utile de préciser qu’on est ici dans l’érotisme et non dans la pornographie. L’ensemble est gentiment paillard et, à mon sens, essentiellement divertissant.

Pour ce qui est de la forme, j’ai été séduite par la finesse et la beauté du dessin de Mancini. Derrière ce pseudonyme se cache Robert Hugues, dessinateur prolifique de bandes dessinées érotiques, qui a également publié sous les pseudonymes de W.G. Colber ou de Trébor. Henri Filippini et lui ont déjà collaboré à maintes reprises, et se sont, entre autres, également attaqués à un autre roman de Dumas, La reine Margot. Je n’ai pas trop envie de lire celui-ci, car il touche à une période et des personnages qui me sont encore plus familiers que ceux des Trois mousquetaires, mais j’aimerais refaire un essai, avec une oeuvre issue de leur imagination, afin de voir les dessins de Mancini dans un autre contexte. Il y a plusieurs titres qui me tentent mais je n’ai pas encore arrêté mon choix. Si vous en avez un en particulier à me conseiller, je suis preneuse!

Les trois mousquetaires
Edition intégrale
Henri Filippini – Mancini
Editions Ange
Collection Sexy bulles

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Michel Dorais est un chercheur, spécialisé en sociologie de la sexualité. Aussi je m’attendais à ce que ce petit essai soit plus scientifique, qu’il s’appuie sur des études, indique les références de ses sources, creuse les thèmes abordés. L’ouvrage est, au contraire, dépourvu de tout cela. Il s’adresse à un large public et est aisément accessible au commun des mortels. C’est une qualité, et en même temps un défaut, car ses propos, dans leur simplicité, ont un faux air de discussion de café du Commerce. Je suis peut-être un peu sévère en écrivant cela, car les idées qu’il développe sont intéressantes et offrent matière à s’interroger sur soi-même. Mais je reste néanmoins sur ma faim, parce que le fait qu’il affirme sans justifier ce sur quoi il s’appuie, mis à part le bon sens, enlève de la force à son propos et parce que, en refermant le livre, je n’ai pas l’impression d’avoir appris grand chose.

Ce petit essai s’intéresse à la façon dont fonctionne l’attraction sexuelle, et donc à l’érotisation. Celle-ci est un processus actif. Elle consiste en effet à construire une mise en scène faisant appel aux cinq sens. L’érotisme est ainsi une forme d’art, puisqu’il repose sur l’imagination et la créativité de chacun. L’érotisation est un processus complexe qui met en jeu des mécanismes et sentiments contradictoires.

Ainsi, la détermination de ce que nous percevons comme érotique nous échappe dans une certaine mesure. Nous sommes influencés, de façon plus ou moins importante, mais au moins un minimum, par certains éléments des cultures et sous-cultures dans lesquelles nous vivons, que cette influence se traduise par une adhésion ou un rejet desdits éléments. Nous sommes également influencés par nos premiers émois sexuels, qui surviennent par hasard, et, de façon plus large, par notre vécu :

« Les frustrations émotives et les traumatismes affectifs de l’enfance, de l’adolescence puis de l’âge adulte conditionnent grandement les élans amoureux ou sexuels de chaque individu. En recherchant des situations ou des personnes susceptibles de calmer ou de compenser ses désarrois antérieurs, il essaie de réécrire le passé ou, mieux encore, de l’exorciser. »

Nous conservons cependant dans le même temps une bonne part de libre-arbitre. Si notre environnement et notre vécu nous poussent à être plutôt attirés par un certain type de personne, le choix des partenaires et des activités pratiquées avec ceux-ci nous appartient totalement. Par ailleurs, le processus d’érotisation est propre à la sensibilité de chaque personne : presque tout peut être perçu comme érotique mais chacun a sa propre conception de ce qui est érotique ou pas.

L’érotisme est attisé par le mystère. Il repose sur la suggestion, le désir. C’est une promesse. Nous sommes donc à la fois attirés par les personnes qui nous semblent les plus opposées à nous-mêmes, que ce soit par leur race, leur sexe, leur personnalité…, cette opposition les rendant mystérieuses et, en conséquence, attractives,  et par ce qui nous semble interdit. L’objet du désir doit être suffisamment hors de portée, car le désir s’éteint s’il est satisfait, mais pas inatteignable car un excès de frustration est tout aussi fatal au désir : il est bon qu’il y ait des obstacles à surmonter mais ceux-ci ne doivent pas être insurmontables.

L’amour, qui implique la sécurité et le partage au quotidien avec l’être aimé, est assez difficilement compatible avec la préservation d’une certaine part de mystère. De ce fait, la cohabitation entre le désir et l’amour s’avère délicate. Les aventures extra-conjugales ont le goût de l’interdit et

« L’infidélité ou plus précisément la non-exclusivité s’expliquent souvent du fait que la relation avec l’Autre est devenue sans surprise, sans défi, sans faculté d’étonnement. »

Pourtant, en même temps que nous recherchons ce qui nous est étranger, nous sommes également en quête de ce qui nous est complémentaire. Le terme complémentaire est ici entendu dans le sens de ce qui nous permettrait d’être complets. C’est donc ce dont nous estimons manquer, avoir en quantité insuffisante. Ce n’est pas nécessairement ce que nous n’avons pas. Une personne peut par conséquent devenir objet de désir si nous croyons qu’elle a ce qui nous manque. L’apparence, le rôle joué sont donc des éléments importants, d’où la place occupée par les jeux de rôles dans l’imaginaire érotique. Le revers de la médaille est qu’on s’expose à de possibles déconvenues si le partenaire n’a pas les qualités qu’on lui a prêtées ou si notre perception de ce qui nous manque évolue avec le temps, l’autre perdant de son intérêt avec la disparition de notre sensation de manque.

Dans une certaine mesure, nous avons tendance à déshumaniser les personnes désirées, dans la mesure où leur corps devient un objet dans notre imaginaire (attraction pour une certaine partie de l’anatomie d’une personne, par exemple). Cet aspect permet à l’auteur de faire remarquer l’opposition qui existe entre l’érotisme qui, est comme dit plus haut, tout en suggestion, et la pornographie, qui chosifie les personnes en les réduisant à leur génitalité, qui vise à exhiber le plus possible et ne laisse rien à l’imagination.

Mais, en parallèle à cette déshumanisation, nous éprouvons souvent de l’empathie à l’égard des personnes que nous érotisons, en raison de plusieurs facteurs, tels que l’importance d’une communion psychique venant s’ajouter à la communion des corps, le fait que notre plaisir s’accroît de celui de l’autre, ou celui que notre sexualité s’enrichit de ce que nous apprenons des pratiques des autres.

De ce fait, l’émoi érotique est perçu comme une révélation : révélation de soi, un individu ayant tendance à se croire défini par ses désirs, révélation de l’autre et révélation du plaisir.

Je me suis bornée à vous livrer une synthèse de ce que j’ai retenu de l’essai sans porter de jugement sur le fond. Il se trouve que j’ai été très souvent d’accord avec lui. Cependant je ne l’ai pas forcément trouvé très convaincant dans ses affirmations. Par exemple, au tout début du livre il écrit :

« Si les humains étaient, tels des zombies, téléguidés ou leurs gènes, on serait attiré par toutes les personnes d’un sexe ou de l’autre. »

Pour lui, le fait que nous soyons attirés par certaines personnes et pas d’autres, et que nos attirances soient différentes de celles du voisin est la preuve de notre libre arbitre et du caractère réfléchi de notre démarche. Mais quelqu’un qui soutient la thèse que nous sommes soumis à nos gênes / hormones / …  ne pourrait-il pas lui répondre que notre instinct de mammifères nous pousse à sélectionner les partenaires qui nous semblent les plus propices à la perpétuation de l’espèce et que donc ça ne prouve rien?

J’en reviens là à ce que je regrettais plus haut à propos du manque de justification et d’argumentation. Il y aurait largement eu matière à faire quelque chose de plus solide et approfondi.

De ce fait, sa lecture ne me paraît pas indispensable, c’est pourquoi je vous ai livré une longue synthèse afin de vous donner un aperçu du contenu. Les thèmes abordés sont cependant plus nombreux que ça et, pour ne pas tout dévoiler quand même, si certains se sentent inspirés par ce petit livre, je n’ai pas fait mention de certains développements et réflexions qui m’ont paru intéressants.

Si je reste sur une impression mitigée, j’ai cependant envie d’essayer un autre de ses livres, pour me faire une meilleure idée. Il  a notamment beaucoup travaillé sur la prostitution, qui est un sujet que j’aimerais aborder ici… un jour… quand je trouverai le temps!

Petit traité de l’érotisme
Michel Dorais
VLB Editeur

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Voici un très beau livre qui nous invite à une promenade dans « un musée érotique imaginaire » à travers 69 œuvres. L’auteur et son éditrice ont souvent fait un choix d’œuvres qui manquent très souvent singulièrement d’originalité. Jugez plutôt : représentation d’Aphrodite, déesse de l’amour,  de Priape, la divinité au membre démesuré à jouissant d’une éternelle vigueur, de Pan, le jardin des Délices de Jérôme Boch, le déjeuner dur l’herbe d’Edouard Manet, l’Origine du Monde de Gustave de Courbet, le bain Turc d’le bain Turc d’Ingres, le baiser de Rodin, mais aussi des œuvres de Klimt, de Rembrandt, de Modigliani, de Leonor Fini, de David Hamilton, de Manara… J’ai quand même fait quelques jolies découvertes mais bien trop peu nombreuses à mon goût.  Soixante-neuf œuvres, même si le nombre est emblématique, je trouve vela un peu court pour traiter du sujet de l’érotisme dans l’art.

Les œuvres sont en écrasante majorité picturale. Une très faible place est laissée à la sculpture et à la photographie et je le regrette vraiment car je suis persuadée qu’il y avait matière à trouver dans ses disciplines de très belles oeuvres. Les sujets choisis sont très souvent puisés dans la mythologie, l’Antiquité, la Bible.

Il n’y a pas vraiment de fil conducteur puisque les œuvres sont classées presque par ordre chronologique ce qui aurait présenté un intérêt si l’auteur nous avait présenté les œuvres sous l’angle de l’évolution dans le temps de la représentation des corps, des désirs ce qui n’est pas du tout le cas. Il n’y a pas de classement thématique non plus. Je juge cette démarche un peu paresseuse.

J’ai trouvé souvent les textes accompagnant les œuvres de qualité très variables, certains sont vraiment intéressants et d’autres beaucoup trop superficiels. Certains replacent le tableau dans le contexte de la société de l’époque ou de la vie de l’artiste, d’autres évoquent les références de l’œuvre mais beaucoup se contentent d’une brève description en quelques mots ou encore de citations.

Malheureusement, je n’ai pas grand-chose à dire de plus sur cet ouvrage hormis que son très grand format et la qualité d’impression permet de jouir pleinement de la qualité des œuvres. J’ai apprécié ce livre mais sans être convaincue de son grand intérêt.

69 histoires de désir- Un musée érotique imaginaire
De Jean-Manuel Traimond
Ed Aubanel

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La preuve par le miel est un récit présenté comme un audacieux roman érotique arabe, qui a subi la censure dans de nombreux pays.

Ce livre de Salwa Al Neimi est le récit d’une intellectuelle syrienne passionnée de littérature érotique arabe ancienne. Femme libre qui assume ses aventures, elle est conviée à une conférence sur la littérature érotique arabe, l’occasion pour elle de se pencher sur ses souvenirs et sur sa passion des écrits érotiques arabes.

Difficile de classer cette œuvre. Ce n’est ni un roman, ni un essai, mais plus un mélange des genres. Le livre est divisé en 11 parties nommées « portes ». Dans chacune de ses parties Salwa Al Neimi aborde un sujet différent.
Elle revendique la richesse de sa vie sexuelle même si un des hommes qu’elle a croisé semble avoir marqué plus profondément son corps et son esprit. Elle mélange souvenirs sensuels et anecdotes avec des citations d’auteurs arabes. Les références artistiques sont nombreuses. Elle souligne les contradictions de sa culture.

La prose de l’auteure est souvent d’excellente qualité même si parfois inégale, mais cela est peut-être dû à la traduction. Le livre se lit très rapidement, le style très fluide est souvent poétique et l’érotisme parfois très puissant sans vulgarité et sans fausse pudeur offre de jolis moments de lecture.

Mais au final, à l’issue de cette lecture j’ai ressenti comme un vide. D’une part, j’aurai aimé en savoir beaucoup plus sur la littérature érotique arabe et d’autre part, j’ai trouvé ce livre au final assez décousu et certains passages m’ont paru sans intérêt. Dommage, car ces quelques défauts ont gommé pour moi les qualités de ce livre pourtant très grandes.

La preuve par le miel
de Salwa Al Neimi
Ed Pocket

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Voici un livre très pudique mais qui n’en n’est pas moins intéressant et qui m’a enthousiasmée.

Un professeur d’université vieillissant à la virilité défaillante n’arrive plus à satisfaire l’insatiabilité sexuelle de son épouse fragile plus jeune que lui. Très différents l’un de l’autre, ils n’ont pas en apparence la même vision de l’amour charnel. Elle, pétrie d’une éducation confucéenne, ne désire faire l’amour qu’habillée et dans la seule position préconisée; tandis que lui, rêve de pouvoir contempler à l’envi le corps de son épouse. Amoureux et fou de désir pour sa femme, il va essayer de trouver des subterfuges pour stimulant érotique : la jalousie semble particulièrement efficace pour raviver sa vigueur et pour accomplir son dessein, il va permettre au fiancé de sa propre fille de s’immiscer dans son couple.

Ce roman rend la forme d’un dialogue impossible entre les deux journaux intimes des principaux protagonistes incapables de communiquer entre eux. Chacun écrit à destination de l’autre mais feint de ne pas vouloir et savoir être lu, de ne pas lire celui de l’autre. Dans un jeu de faux-semblants, mesquinerie, désir et dégoût sont mis en scène subtilement.

Ce sujet délicat est traité avec beaucoup de pudeur et d’ingéniosité. J’ai vraiment jubilé dès les premières pages au point d’avoir du mal à en abandonner la lecture, j’ai tout de même trouvé que le récit s’essoufflait légèrement sur la fin. Chef d’œuvre de cynisme et de perversité, ce livre demeure très sombre et amer dans son constat sur les relations humaines. Pour les amateurs de Tanizaki, nous retrouvons quelques ingrédients communs à d’autre de ses écrits que je ne dévoilerai pas pour en réserver la fraîcheur aux nouveaux venus dans son univers.

Contrairement à certaines librairies en ligne, malgré son sujet, je n’aurai pas spontanément classé ce roman parmi les livres érotiques. Cela faisait très longtemps que je n’avais pas éprouvé un tel plaisir (…de lectrice) et j’avais vraiment très envie de le partager !!!

Tanizaki Junichirô
La clef La confession impudique
Folio

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Voici un livre au très joli titre qui m’a interpellée.

Un homme, une femme brisée se sont donné rendez-vous un dix-huit août. Jusqu’alors, ils n’ont fait que se croiser. En ce jour pluvieux, ils vont aller plus loin…

L’écriture est sèche, presque blanche, très cadencée cependant, en dépit d’une ponctuation hasardeuse. Elle traduit l’état de l’esprit de cette femme qui, à force de douleur, se situe en dehors du monde et se pose en observatrice. C’est une souffrance subie à son coeur par une vie qui ne l’a pas épargnée, une souffrance imposée à son corps qui n’arrive plus à ingérer, absorber la nourriture car elle a trop endurée. Elle s’est désincarnée, asséchée à ne plus pouvoir en pleurer.  La rencontre avec cet homme ? Une dernière tentative de se raccrocher à ce monde. Le désir, le plaisir va peu à peu étreindre cette femme et la faire renaître. L’amour charnel va extirper sa souffrance, exacerber son envie de revivre. Elle n’est plus une victime mais est l’égal de l’homme tendre avec qui elle vit cet après-midi lubrique : elle peut donner et recevoir sans crainte. L’expression de la douleur est progressive, très pudique véritable contrepied à une expression érotique immédiate, explicite, sans vulgarité aucune mais qui ne m’atteint pas.

Sur ce court récit je me suis ennuyée. Il y a un côté nombriliste dans ce livre très agaçant. J’ai eu la fâcheuse impression que l’auteur se regardait écrire comme d’autres s’écouteraient parler et c’est vraiment dommage. J’aime beaucoup l’idée d’une renaissance à la vie par l’amour charnel. Là où certains se perdent et s’oublient dans le sexe, d’autres peuvent y trouver la voie de leur rédemption.

Pour vous faire une idée de l’écriture de l’auteure, vous pouvez lire le premier chapître ici

La pluie ne change rien au désir
Véronique Olmi
Livre de Poche

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Nous avons tous lus au moins une fois dans notre vie ou eu connaissance de l’existence du « Sonnet du trou du Cul » De Paul Verlaine et Arthur Rimbaud mais ce n’est pas le seul poème licencieux que Verlaine a écrit. Le livre dont il est question ici regroupe différents recueils de Verlaine : Les Amies (1867), Femmes(1890), Hombres (1891) et Filles (1885). Les amours saphiques, hétérosexuels et homosexuels  y sont évoqués. Certains de ces recueils osés ont été vendus clandestinement sous le manteau à l’époque de Verlaine.

J’admire la poésie même si je n’en lis plus beaucoup, je trouve l’exercice très périlleux : il suffit d’un mot pour que l’équilibre fragile, la musicalité en bref le charme en soient rompus. La lecture en est toujours très subjective car les mots n’ont pas la même résonance chez chacun d’entre nous.

Ici Le poète nous livre des écrits de qualité variable, j’ai trouvé admirable certains des poèmes et d’autres par contre plus quelconques (enfin tout est relatif….). Ici les corps, l’amour charnel sont évoqués sans équivoque. Certains poèmes sont délicats,  d’autres emplis d’humour et d‘autres encore plus crus ont une obscénité savamment dosée. Nous avons ici un livre qui chante un hymne à la beauté des corps des hommes et des femmes ainsi qu’ à la jouissance.

J’ai réellement apprécié ce recueil même si tous les poèmes ne m’ont pas emballée. Ce livre a été pour moi l’occasion de raviver mon goût pour la poésie que j’avais complètement abandonnée. Les poèmes se prêtent finalement très bien à l’érotisme. Et franchement à 2 euros, le petit recueil ce serait dommage de se priver de ce petit plaisir.

Poème Erotiques

Paul Verlaine

Librio

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José Frèches est un auteur sur lequel j’avais beaucoup de préjugés et pourtant après avoir lu quelque passage de son dernier roman dans une librairie j’ai fait fi de mes a priori. Ce roman ne fait pas partie d’une saga. Il se présente presque sous la forme d’un conte dont l’érotisme serait le coeur. Nous sommes plongés dans la Chine du XVIème siècle : visions taoïste et confucianiste s’opposent. Nous suivons le destin de différents personnages qui sont en quête de plaisir.

Droit Devant entre  dans sa dix-huitième année, il débute tout juste sa vie sexuelle. Il est le fils de  Rocher Impérissable, un « pinceau rouge , fonctionnaire de l’empereur dont la mission consiste à relater des prouesses sexuelles du monarque vieillissant dont la vigueur décline. Lune Rousse est une des prostituées de la « « dont est issue également Yadil, jeune Mauresque qui parvient à gagner les faveurs de l’empereur. Senteur Douce est issue d’une longue lignée de prostituées, elle n’a jamais connu le plaisir suite à une première expérience ratée. Trois Marches est un jeune éphèbe qui vend son corps rêve de triolisme afin d’atteindre le plaisir suprême décrit dans un manuel trouvé chez un ermite taoïste. Fine Fleur sort tout juste d’un monastère bouddhiste, elle est la fille d’Exhaustivité du Savoir écrivain à la double plume (pièces moralisatrices d’une part, textes licencieux d’autre part). Tous ses personnages sont en quête de bonheur à travers le plaisir charnel. Ils vont tous vouloir emprunter des voies différentes pour finalement s’unir dans un destin commun.

Les scènes érotiques sont très belles et font partie intégrantes de l’intrigue. Elles ont été assez inhabituelles pour moi car elles utilisent des métaphores très imagées et poétiques en même temps. Cela confère aux scènes charnelles une dimension très onirique. Dans le livre « Tiges de Jade »,  «  Branche Fleurie » entrent dans des « Ravines enchantées », des  « Vallées des Roses » recouverte de « Rosée Désirable » ou de « Bruine Subtile » afin de réaliser un « Nuage et Pluie » parfait finissant dans un « Divin Tremblement de Terre de la Montagne Sacrée ».  Outre cette dimension poétique donnée aux scènes de sexe qui n’en demeurent pas moins explicites, il est également fait référence à la dimension spirituelle : union du Yin et du Yang au cours de laquelle l’homme peut enrichir son souffle vital : le Qi. Deux philosophies s’opposent : le taoïsme qui cherche le bonheur terrestre et l’austère confucianisme plein de contradictions. J’aurai aimé que cet aspect soit plus approfondi.

Les ressorts de l’intrigue sont assez prévisibles mais peu importe : la lecture de ce livre m’a très souvent fait sourire car l’humour n’y est pas non plus absent, les pages se lisent rapidement et procurent un moment de détente exotique agréable.  En tout cas cela m’a donné envie de regarder du côté des livres chinois érotiques et du taoïsme dont vous aurez certainement des nouvelles dans les mois à venir (et oui, ma PAL grandit à vue d’œil ces derniers temps il va falloir être patient)….

Vous pouvez lire l’introduction de ce roman ici

Les Dix Mille Désirs de l’Empereur

José Frèches

chez Pocket

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Boris Vian est un de mes premiers amours littéraires de jeunesse. A cette époque quand je m’entichais d’un auteur, j’avais la manie de lire la quasi-totalité de leur œuvre. Quand je suis tombée sur ce petit opuscule, je n’ai pu résister à l’envie de rappeler à mon souvenir un de mes premiers flirts littéraires. Grand mal m’en pris, car j’ai été plutôt déçue.

Ce livre s’ouvre sur le discours de l’utilité d’une littérature érotique que Boris Vian a prononcé en 1948. J’ai trouvé ce discours  plutôt intéressant,  teinté de l’humour tout particulier de l’auteur même si  plutôt bavard. Boris Vian essaye dans un premier temps de définir ce qu’est et ne devrait pas  être une littérature érotique. « On mesurera la qualité de cette littérature à l’action qu’elle aura sur notre imagination et sur nos sens ».  « Devrait être considérée comme littérature érotique toute œuvre d’art donnant au lecteur le désir d’aimer physiquement ». Boris Vian définit la littérature érotique par opposition aux ouvrages «  pseudo-érotiques »  surabondants de « détails peu ragoutants » ou trop médicaux ou qui détaillent « des actes érotiques  proprement dits s’accompagnent de gestes de haine ».  La littérature érotique « exige une obscénité légèrement sublimée (…) une obscénité poétique ». 

Par contre sur l’utilité d’une telle littérature, Boris Vian se montre impitoyable « Quant à prétendre qu’un livre peut nous donner le désir de faire des choses au lit, c’est aller contre la vérité ; car si l’on veut bien se porter au temps de l’invention de toutes ces coutumes plaisantes de l’érotologie, on doit reconnaître qu’il y a bien eu quelqu’un qui en a eu l’idée le premier, et sans manuel (… ) La vérité est là …il n’y a de littérature érotique que dans l’esprit de l’érotomane ».

A noter Boris Vian cite souvent Jean Paulhan (le destinataire des « Histoires d’O » que Dominique Aubry écrira et qui sera publié ben 1954).

Le livre se poursuit ensuite par quelques écrits variés, manquant de délicatesse que l’éditeur a justement qualifié de « pornographiques »  et non d’érotiques en regard au discours dans ce recueil :

  • « Liberté » court poème, parodie de celui d’Eluard.
  • « La marche du concombre », véritable chanson gauloise.
  • « Les gousses » et « Pendant le congrès »,  poèmes qui offrent ma vision d’un sexe féminin mutilant celui de l’homme.
  • « La messe en Jean Mineur », chanson très provocatrice,
  • « Drencula », très courte nouvelle parodiant le roman de Bram Stocker, texte qui est pur moi le plus réussi (hormis le discours) de ce recueil.

Je suis, au final, assez mitigée sur ce recueil. Je n’aurai peut-être pas dû essayer de réanimer la flamme de cet amour littéraire de jeunesse. Les textes restent agréables à lire même si au final leur intérêt est limité.

Ecrits pornographiques

Boris Vian

le Livre de Poche

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