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Posts Tagged ‘drogues’

51VVFmu6Y5L__SL500_AA300_Curieusement, plusieurs mangas portent, dans leur traduction française, le titre de Blue. C’est le cas, notamment, du très bon one-shot de Kiriko Nananan. Celui dont je vais vous parler aujourd’hui est un recueil de nouvelles de Naoki Yamamoto, l’auteur de Asatte dance, une série que je suis en train de lire et qui, pour le moment, m’emballe moyennement.

Blue comporte 7 nouvelles, de 20 à 40 pages, qui comptent quelques points communs. Les héros de toutes les histoires sont jeunes : lycéens, étudiants, parfois même collégiens. La plupart d’entre elles ont pour thème principal une histoire de sexe qui vire à l’amour pour l’un des protagonistes. Bien souvent, l’un des personnages semble être manipulé, voire apparaît comme une victime. Mais les faux-semblants sont nombreux et celui qui est manipulé n’est pas forcément le personnage que l’on pensait au départ.

Enfin, le principal point commun de toutes ces nouvelles est qu’elles sont glauques : parmi les thèmes abordés, on trouve la drogue, le chantage, la prostitution, la violence, les sectes, les dictatures, le fantastique. Quasiment toutes m’ont laissé un sentiment de malaise. Et pourtant, je les ai trouvées bien fichues d’un point de vue scénaristique, bien rythmées et conclues de façon percutante. Je reste donc sur des sentiments mêlés, et en cela ce manga m’a fait penser aux romans de Ryû Murakami. Au final, même avec plusieurs jours de recul, je ne saurais dire si j’ai aimé ou pas.

Le dessin fait un peu daté, et pour cause : le manga, quasiment contemporain d’Asatte dance, a déjà plus de 20 ans. Ce qui fait que, comme ce sont apparemment les deux seules oeuvres de Naoki Yamamoto qui ont été traduites en français à ce jour, je me demande comment son style a évolué depuis. Les scènes érotiques m’ont semblé très réussies. Les corps féminins sont particulièrement joliment dessinés. J’y ai trouvé beaucoup de sensualité, même quand les scènes virent à la pornographie.

Blue
Naoki Yamamoto
Editions imho
Pour 16 ans et plus

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Melancholia est le deuxième roman de la trilogie intitulée Monologues sur le plaisir, la lassitude et la mort. La trilogie repose sur trois personnages : Yazaki, un producteur de comédies musicales, et les deux femmes qu’il a aimées, Keiko, qui gagne sa vie comme maîtresse S/M, et Reiko, une jeune actrice très belle. Dans chaque livre, l’un des personnages raconte leur histoire commune à un interlocuteur du sexe opposé. Les trois points de vue se complètent et s’additionnent. Chaque roman peut néanmoins être lu de façon indépendante.

Dans le premier, Ecstasy, que j’ai lu l’année dernière, et dont j’ai parlé ici, la conteuse était Keiko. Le troisième, Thanatos, est centré autour de Reiko. C’est donc Yazaki qui se raconte ici. Il est interviewé par Michiko, une jeune journaliste japonaise vivant aux Etats-Unis, qui aimerait savoir pourquoi Yazaki a vécu un temps comme SDF à New York, alors qu’il n’était pas ruiné. Mais si Yazaki se dévoile, ce n’est pas qu’il est en mal de confidences, c’est une stratégie de séduction. Michiko, en effet, est rapidement déraisonnablement attirée par lui, bien qu’elle tente de se raisonner. Son attirance découle d’une question d’informations :

Le problème résidait plutôt dans la « quantité d’informations » que possédaient tous ces individus. Et ce n’était pas une chose qui s’obtenait en regardant systématiquement CNN tous les soirs, en parcourant exhaustivement le Post ou le Herald Tribune ou en ayant vu tous les nouveaux films sortis en vidéo. De la même manière qu’il était probablement difficile d’affirmer qu’une personne ayant lu tous les ouvrages historiques et tous les guides pratiques consacrés aux vins californiens et une autre ayant réellement goûté un Baron Philippe ou un Roberto Mondavi Opus One possédaient la même quantité d’informations. […] En le comparant à ce garçon de café blond au visage si doux, je comprenais plus clairement à présent la première impression que m’avait faite Yazaki. Il disposait indéniablement d’une quantité fabuleuse d’informations. C’était la première fois que je rencontrais un Japonais, un homme, tel que lui.

Et Yazaki semble très bien l’avoir compris. Lui-même évoque cette notion d’informations :

Tous les actes se produisant en ce bas monde sont déterminés par la somme d’informations dont dispose et est composé un individu ainsi que par la somme des désirs qui poussent cet individu à transmettre à un autre individu les informations dont il est constitué.

Yazaki se livre donc à une sorte de jeu du chat et de la souris avec Michiko. Conscient de la fascination qu’il exerce sur elle, il s’interrompt parfois pour nier essayer de la séduire, ou pour se moquer d’elle. Il semble chercher le fil de ses pensées, faire de l’introspection en même temps qu’il parle, mais il sait très bien où il va. Le lecteur est, dans Melancholia, dans la même situation que dans Ecstasy. Il est dans la même position que Michiko : elle est la narratrice et le lecteur voit les mêmes choses qu’elle. Ainsi, alors que Yazaki s’excuse de tenir des propos décousus, Michiko y voit une logique, et le lecteur aussi. Mais, en même temps, le lecteur a plus de recul que Michiko et, comme dans Melancholia, cela induit une tension. Il n’y a aucune raison de penser que les intentions de Yazaki sont romantiques. Michiko, en dépit des compliments qu’il lui fait, n’a rien qui sorte de l’ordinaire, et en est consciente, et ne peut rivaliser avec Reiko ou Keiko. Elle ne semble pas, selon les critères de Yazaki, être plus intéressante pour lui que les jeunes femmes qu’il a maltraitées et méprisées dans le passé. Quelles sont donc ses intentions? Plus d’une fois, j’aurais eu envie de secouer Michiko et de lui dire de partir en courant!

Je pourrais pratiquement faire pour Melancholia un copier-coller de mon billet sur Ecstasy… ce qui ne veut pas dire que ce roman soit une redite de l’autre. Le schéma est identique, mais Murakami s’est renouvellé et est arrivé à en faire un livre différent, qui m’a autant captivé que le premier. Les deux livres ne relèvent pas de la littérature érotique. Il y est beaucoup question de sexe, c’est pourquoi j’ai décidé d’en parler ici, mais celui-ci n’a pas une vocation érotique, il renforce l’impression de lourdeur et l’atmosphère glauque des romans.

Murakami montre dans ses oeuvres la décadence de la société actuelle, et j’ai toujours autant de mal à souscrire à son discours. La violence, la noirceur de Yazaki et d’autres personnages dont il évoque le souvenir, semblent gratuites et injustifiées. J’ai du mal avec ça. Yazaki qui se pose en juge et s’estime si supérieur me fait juste l’impression d’être un pauvre type, bien que redoutable, et la fascination qu’éprouve pour lui Michiko, qui le perçoit en même temps comme un perdant, me laisse perplexe. Et pourtant il faut croire que ça marche, puisque j’ai été, une fois de plus, fascinée par l’écriture de Ryû Murakami. Je n’arrive pas à m’expliquer pourquoi, alors que ses romans auraient normalement tout pour me faire fuir, cet auteur me plaît autant… C’est sans doute pour ça que j’ai autant de mal à faire des billets cohérents sur ses oeuvres!

J’ai, bien évidemment, déjà ajouté Thanatos à ma LAL.

Melancholia
Ryû Murakami
Editions Picquier – Picquier Poche

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La version initiale de mon billet sur Osez… les conseils d’un gay a déclenché, lors de sa publication, une discussion assez animée sur le forum sur lequel je l’avais postée . La cause en était l’auteur du guide, Erik Rémès, dont l’un des romans avait fait l’objet d’une polémique vigoureuse quelques années plus tôt. Bien que ce qu’Erik Rémès avait pu écrire par ailleurs n’avait pas d’incidence sur la pertinence des conseils qu’il donne dans le guide, j’ai eu envie de lire l’ouvrage à l’origine de cette polémique, Serial fucker – journal d’un barebacker, pour me faire ma propre opinion, et j’en ai donc fait l’acquisition. Je l’ai enfin sorti de ma PAL il y a deux semaines.

Ce roman, plus ou moins présenté sous forme de journal, est une autobiographie romancée. Si quelques passages m’ont semblé relever du roman, et si certains extraits de colloques ou d’échanges sur des forums, dont il donne les références, sont visiblement des témoignages authentiques, il est assez difficile de faire le tri entre autobiographie et fiction pour tout le reste. Le narrateur, BerlinTintin, y raconte essentiellement sa vie sexuelle, dont une bonne partie se déroule dans les backrooms, lieux de rencontres éphémères entre gays. Beaucoup y pratiquent le bareback (qu’on pourrait traduire par chevauchée à cru), terme qui désigne les rapports sans préservatifs.  Si les protagonistes sont, pour beaucoup, séropositifs, il arrive que des séronégatifs soient contaminés, volontairement ou à leur insu. De façon plus générale, Erik Rémès exprime dans ce livre un certain ras-le-bol des préservatifs.

 Le roman a été violemment attaqué par l’association Act Up, ce qui peut se comprendre dans la mesure où Erik Rémès est loin d’être tendre avec eux. Néanmoins, si l’on passe pudiquement sur le fait que les drogues sont d’usage courant dans Serial fucker, ce qui a choqué un certain nombre de lecteurs, c’est qu’ils y ont vu une incitation à la contamination volontaire. Les interviews que l’auteur a pu donner à la télévision suite à la parution du livre n’ont pas contribué à apaiser la polémique, du fait de leur ambiguïté. Il me semble cependant qu’il explique clairement dans le roman dans quelle optique il l’a conçu :

« Je ne fais aucun prosélytisme du Bareback. Je pense plutôt faire de la prévention à ma manière. Mais si vous voulez du trash, je suis spécialiste. Je suis un garçon violent, provocateur et scandaleux. Toute cette hypocrisie ambiante me conforte dans l’idée de briser les tabous et d’être encore plus radical. »

« Même si c’est ma vie, ces textes demeurent des oeuvres de fiction. Inspirés de la réalité certes, mais de la fiction tout de même. Ils n’incitent pas à baiser sans capote. Ils te questionnent plutôt sur tes propres certitudes. Il ne faut pas prendre les lecteurs pour des débiles. »

Et, à propos de son premier roman, Je bande donc je suis : « Mon bouquin fait peur, dérange, choque. C’est exactement ce que je voulais. Provoquer des réactions parfois violentes. De l’amour comme du rejet, stupéfier. Des sensations physiques, fortes, qui retournent le ventre. »

Je pourrais encore citer d’autres passages. Ce qu’il en ressort, c’est qu’Erik Rémès est clairement dans la provocation (il dit également dans le roman que, en gros, le Osez et d’autres guides correspondent à son côté lumineux et ses romans à son côté obscur). Mais, en parallèle, il veut informer. Libre à chacun ensuite de prendre ou non ses responsabilités. Et là je ne le suis pas complètement.

Ce roman me paraît utile et légitime dans la mesure où il informe. Par exemple, Erik Rémès y explique comment on peut volontairement contaminer quelqu’un tout en faisant semblant de faire usage d’un préservatif, et ce très facilement. Ca me paraît intéressant de savoir ce genre de choses. En revanche, ce qui m’a gênée, c’est que, pour les partenaires éphémères séronégatifs du narrateur, se protéger ne se résume pas seulement à prendre ses responsabilités mais demande une bonne dose de volonté, le narrateur n’étant ni très enclin à utiliser des préservatifs ni toujours très honnête.

Au-delà de la polémique, qu’en est-il d’un point de vue littéraire? Sur la forme, j’ai été dérangée par les nombreuses coquilles. J’ai même relevé une grosse faute de grammaire. Ayant lu plusieurs livres d’affilée qui comportaient des fautes, je devais être encore plus sensible au problème que d’habitude, aussi ça m’a un peu hérissée. On ne peut pas franchement dire que le roman soit bien écrit, néanmoins le style est percutant et efficace.

 Sur le fond, j’avais peur en démarrant le livre que celui-ci ne soit que l’énumération d’une longue liste de rencontres et d’orgies, ce qui me semblait fade et plutôt creux.

« On fait la tournée des bars et bordels, à la recherche de nouveaux partenaires. Combien de mecs au tableau de chasse? Un, deux, trois, quatre, dix ou plus encore? Ca ne s’arrête pas, ne s’arrête jamais, car le désir une fois comblé renaît et bande. un cockring pour bander. Certains prennent du Viagra car les serial fuckers ont aussi leurs dopants libidinaux. L’alcool, drogue en vente libre, machine à sous-sous du Sneg, ça désinhibe. Et le reste, la coke, les ecstas et patata que, malgré les propositions répressives policières et Snegeuses, on trouve toujours aussi facilement. Alors forcément, les sex runners sont plus performants. Il faut bander pour être, jouir pour exister. Chaque mec, chaque coup, comme un point à notre palmarès, la preuve formelle de notre existence. Existence purement sexuelle. Et, comme dit la chanson, au petit matin, on se retrouve, à nouveau, tout seul comme un con. »

Heureusement, d’une part il y a quelques personnages dont on suit le destin, rarement heureux, et le narrateur lui-même finit par prendre ses distances avec cette vie, à mesure qu’il se reprend en main. Ce qui fait que le roman ne tourne pas en rond mais avance. Je l’ai donc lu beaucoup plus facilement que je ne le craignais au départ.

En revanche, ce qui m’a gênée, c’est, d’une part, la façon dont il réagit aux critiques : il les cite mais, au lieu de réfuter les arguments qu’on lui oppose, il se contente d’attaques personnelles contre ses détracteurs, et, d’autre part, le côté très égocentrique du roman. Je suis assez d’accord avec des propos qu’il rapporte qui lui ont été tenus par une journaliste :

« Toi tes bouquins, c’est Moi et mon Sida, Moi et ma sexualité, Moi et la prostitution. Le prochain, c’est quoi? Moi et ma psychanalyse? »

En conclusion, je ne suis pas particulièrement désireuse de me lancer dans la bibliographie complète d’Erik Rémès, néanmoins le roman m’a beaucoup plus intéressée que ce à quoi je m’attendais au départ. D’une part je l’ai pris comme un documentaire sur un milieu qui m’est inconnu. Et, d’autre part, au-delà de l’aspect provocateur, Erik Rémès explique beaucoup de choses et donne des informations qui sont loin d’être inintéressantes. Je serais donc plutôt tentée d’en recommander la lecture.

Je terminerai par deux dernières citations :

« Aujourd’hui, ça ne représente plus grand-chose d’être séropo. Ca ne fait plus trop peur. Les mecs ne réalisent pas. Le gros pathos du Sida, les morts et tout le tralala, ça fait longtemps que ça n’existe plus. Les gens ne perçoivent pas qu’on peut encore mourir de ça. Qu’on crève encore comme des chiennes et qu’on peut partir en dix jours. Ils ne réalisent plus du tout! Il n’y a plus cette litanie des morts, ce drame permanent. Les gens s’en foutent. »

« – Tu sais BerlinTintin, les hétéros n’ont plus peur du Sida. C’est terrible. Ca me fait hurler de rire. C’est tellement facile de les contaminer. Il suffit d’être belle, de séduire et hop, l’affaire est dans le sac. Pour les hétéros, le Sida est ailleurs, forcément ailleurs. Pour eux, ça n’existe pas. Le Sida, c’est pour les pédés et les toxicos, l’autre, loin de soi, très loin. »

Serial fucker – Journal d’un barebacker
Erik Rémès
Editions Blanche

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Myashita, trentenaire célibataire ordinaire, rencontre à New York, lors d’un voyage professionnel, un curieux SDF, qui lui demande : « Et toi, tu sais pourquoi Van Gogh s’est taillé une oreille? » Peu avant le retour de Myashita au Japon, le SDF, dont on apprendra plus tard qu’il s’appelle Yazaki, lui confie un numéro de téléphone, lui disant que, s’il appelle, on lui donnera de l’argent. Le numéro s’avère être celui d’une femme, Keiko, qui recherchait Yazaki et qui demande à Myashita de bien vouloir l’écouter lui raconter leur histoire, lui imposant une condition assez particulière. C’est ainsi que Myashita met le doigt dans un engrenage qui va le détruire.

Ecstasy est le premier volume d’une trilogie intitulée Monologues sur le plaisir, la lassitude et la mort. Si l’on retrouve les trois personnages centraux (Keiko, Yazaki et une autre femme nommée Reiko) d’un livre à l’autre, Ecstasy peut se lire de façon indépendante car il propose une vrai fin.

Ectasy n’est pas un livre érotique mais il me semble avoir tout à fait sa place ici du fait que le sexe y occupe un élément central. En effet, la vie de Yazaki et de Keiko tourne autour de la drogue et des pratiques SM, dont Keiko est une professionnelle. Apparemment incapables de s’aimer sans ajouter ce piment à leur relation, tous deux semblent accélérer leur fuite en avant à mesure que leur relation s’essouffle. De nombreuses pratiques, parfois assez extrêmes, sont évoquées dans le courant du récit : sex toys, privation des sens, uro, scato. Toutefois si les séances sont le sujet principal du livre, l’auteur les décrit assez peu et les scènes qui sont détaillées sont plutôt soft, mis à part  de rares passages visant, je pense, à faire impression sur le lecteur. Il préfère s’étendre sur les personnages et leur psychologie.

Et le fait est que la psychologie joue dans le roman un rôle essentiel. Je serais intéressée de savoir comment la trilogie est perçue par des adeptes du BDSM. D’après le petit peu de connaissances que j’ai glané au fil de mes lectures, je serais tentée de considérer que les pratiques auxquelles se livrent Yazaki et Keiko avec diverses femmes ne relèvent pas du BDSM, mais plutôt du sadisme, car leur but est de détruire la personnalité de leurs victimes consentantes.

Ecstasy peut être perçu comme choquant non seulement du fait du rôle central dévolu au sexe dans le roman mais aussi de celui dévolu à la drogue. Les personnages de Murakami font une consommation effrénée de toutes sortes de drogues et ils narrent longuement les meilleures façons et circonstances pour les consommer ainsi que les effets induits.

C’est donc un roman qui est franchement glauque. J’ai le sentiment qu’il l’est d’autant plus du fait du type de narration adopté. En effet, le lecteur est à la fois dans une position similaire à celle de Myashita. Comme lui, il reçoit le récit de Keiko et se trouve convié à jouer le même rôle de voyeur fasciné et dégoûté tout à la fois. Toutefois, à la différence de Myashita, le lecteur peut voir la scène avec plus de recul, et observer celui-ci sombrer peu à peu. Autre motif de tension : le lecteur ignore pourquoi Keiko fait ces confidences à Myashita, un homme tout ce qu’il y a de plus ordinaire. Il est évident que ce n’est ni gratuit ni motivé par un simple besoin d’épanchement, mais la réponse ne nous est révélée qu’à la fin du roman.

Dans ce récit si pesant, je n’ai pas réussi à trouver le réconfort de trouver l’un ou l’autre des personnages sympathiques. Keiko et Yazaki sont aussi odieux que fascinants. Quant à Myashita, j’avais une terrible envie de le secouer pour qu’il se sorte de cette situation.

De cet auteur, j’avais lu récemment Les bébés de la consigne automatique et, si le thème traité est très différent, j’ai retrouvé dans Ecstasy la même atmosphère lourde et glauque. Murakami semble avoir une vision très sombre de la société contemporaine, et ne propose comme seule issue à ses personnages que la violence. Dans Les bébés de la consigne automatique, je l’avais trouvé un peu complaisant. Dans Ecstasy, j’ai eu l’impression que la destruction, d’eux-mêmes et de ceux qui croisent leur route, à laquelle se livrent Yazaki et Keiko, est purement gratuite, et je me suis interrogée sur les motivations de l’auteur, sans trouver de réponse. Peut-être dans les deux volumes suivants? Car j’ai beaucoup aimé Ecstasy, plus encore que Les bébés de la consigne automatique, et compte bien poursuivre ma lecture de la trilogie.

 Ce roman a été lu dans le cadre du challenge Murakami organisé par Martial.

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