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Myashita, trentenaire célibataire ordinaire, rencontre à New York, lors d’un voyage professionnel, un curieux SDF, qui lui demande : « Et toi, tu sais pourquoi Van Gogh s’est taillé une oreille? » Peu avant le retour de Myashita au Japon, le SDF, dont on apprendra plus tard qu’il s’appelle Yazaki, lui confie un numéro de téléphone, lui disant que, s’il appelle, on lui donnera de l’argent. Le numéro s’avère être celui d’une femme, Keiko, qui recherchait Yazaki et qui demande à Myashita de bien vouloir l’écouter lui raconter leur histoire, lui imposant une condition assez particulière. C’est ainsi que Myashita met le doigt dans un engrenage qui va le détruire.

Ecstasy est le premier volume d’une trilogie intitulée Monologues sur le plaisir, la lassitude et la mort. Si l’on retrouve les trois personnages centraux (Keiko, Yazaki et une autre femme nommée Reiko) d’un livre à l’autre, Ecstasy peut se lire de façon indépendante car il propose une vrai fin.

Ectasy n’est pas un livre érotique mais il me semble avoir tout à fait sa place ici du fait que le sexe y occupe un élément central. En effet, la vie de Yazaki et de Keiko tourne autour de la drogue et des pratiques SM, dont Keiko est une professionnelle. Apparemment incapables de s’aimer sans ajouter ce piment à leur relation, tous deux semblent accélérer leur fuite en avant à mesure que leur relation s’essouffle. De nombreuses pratiques, parfois assez extrêmes, sont évoquées dans le courant du récit : sex toys, privation des sens, uro, scato. Toutefois si les séances sont le sujet principal du livre, l’auteur les décrit assez peu et les scènes qui sont détaillées sont plutôt soft, mis à part  de rares passages visant, je pense, à faire impression sur le lecteur. Il préfère s’étendre sur les personnages et leur psychologie.

Et le fait est que la psychologie joue dans le roman un rôle essentiel. Je serais intéressée de savoir comment la trilogie est perçue par des adeptes du BDSM. D’après le petit peu de connaissances que j’ai glané au fil de mes lectures, je serais tentée de considérer que les pratiques auxquelles se livrent Yazaki et Keiko avec diverses femmes ne relèvent pas du BDSM, mais plutôt du sadisme, car leur but est de détruire la personnalité de leurs victimes consentantes.

Ecstasy peut être perçu comme choquant non seulement du fait du rôle central dévolu au sexe dans le roman mais aussi de celui dévolu à la drogue. Les personnages de Murakami font une consommation effrénée de toutes sortes de drogues et ils narrent longuement les meilleures façons et circonstances pour les consommer ainsi que les effets induits.

C’est donc un roman qui est franchement glauque. J’ai le sentiment qu’il l’est d’autant plus du fait du type de narration adopté. En effet, le lecteur est à la fois dans une position similaire à celle de Myashita. Comme lui, il reçoit le récit de Keiko et se trouve convié à jouer le même rôle de voyeur fasciné et dégoûté tout à la fois. Toutefois, à la différence de Myashita, le lecteur peut voir la scène avec plus de recul, et observer celui-ci sombrer peu à peu. Autre motif de tension : le lecteur ignore pourquoi Keiko fait ces confidences à Myashita, un homme tout ce qu’il y a de plus ordinaire. Il est évident que ce n’est ni gratuit ni motivé par un simple besoin d’épanchement, mais la réponse ne nous est révélée qu’à la fin du roman.

Dans ce récit si pesant, je n’ai pas réussi à trouver le réconfort de trouver l’un ou l’autre des personnages sympathiques. Keiko et Yazaki sont aussi odieux que fascinants. Quant à Myashita, j’avais une terrible envie de le secouer pour qu’il se sorte de cette situation.

De cet auteur, j’avais lu récemment Les bébés de la consigne automatique et, si le thème traité est très différent, j’ai retrouvé dans Ecstasy la même atmosphère lourde et glauque. Murakami semble avoir une vision très sombre de la société contemporaine, et ne propose comme seule issue à ses personnages que la violence. Dans Les bébés de la consigne automatique, je l’avais trouvé un peu complaisant. Dans Ecstasy, j’ai eu l’impression que la destruction, d’eux-mêmes et de ceux qui croisent leur route, à laquelle se livrent Yazaki et Keiko, est purement gratuite, et je me suis interrogée sur les motivations de l’auteur, sans trouver de réponse. Peut-être dans les deux volumes suivants? Car j’ai beaucoup aimé Ecstasy, plus encore que Les bébés de la consigne automatique, et compte bien poursuivre ma lecture de la trilogie.

 Ce roman a été lu dans le cadre du challenge Murakami organisé par Martial.

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