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Posts Tagged ‘couple’

Chenda, partie au Japon dans le cadre d’un échange entre dessinateurs, est tombée amoureuse de Frédéric (Boilet –  auteur de Love hotel, Elles, L’épinard de Yukiko…). Fraise et Chocolat est une sorte de journal tenu par Chenda (Aurélia Aurita est un pseudonyme) de leur passion. Le deuxième tome reprend là où le premier – qu’il vaut mieux avoir lu d’abord – s’est arrêté : le premier tome couvrait la période d’octobre 2004 à janvier 2005, le second commence en janvier 2005 et va jusqu’en septembre de la même année. Il démarre en Europe, où Chenda accompagne Frédéric et la mangaka Kan Takahama dans leur tournée de dédicace pour l’album Mariko parade, avant de se poursuivre au Japon.

J’avais bien aimé le premier tome. Si ce n’était pas le chef d’oeuvre du siècle, sa fraîcheur m’avait plu et j’avais trouvé l’histoire jolie et romantique. Néanmoins j’ai traîné plus de 3 ans avant de lire le deuxième tome, les échos que j’avais eus à son propos m’inquiétant un peu. Et je l’ai nettement moins aimé… même si je me suis demandé si ces avis négatifs dont j’avais eu connaissance ne m’avaient pas influencée dans une certaine mesure.

Si, après avoir été quelque peu déroutée, j’avais fini par bien aimer le style de dessin dans le premier tome, je n’ai pas réussi à accrocher cette fois. Est-ce de l’autopersuasion? Est-ce que je deviens un peu plus exigeante à mesure que je lis des BDs? Est-ce parce que l’histoire ne me passionnait pas démesurément?

En effet, le fond est quelque peu différent. Le premier tome était uniquement centré sur le couple et parlait principalement de sexe. Ces nombreux passages érotiques illustraient et engendraient les nombreuses interrogations de Chenda à propos d’elle-même, de Frédéric, de l’amour, de leur relation, du possible avenir de celle-ci… Il est nettement moins question de sexe dans ce deuxième album, du moins dans la première moitié, et le couple s’ouvre sur l’extérieur : on voit Frédéric Boilet en tournée de dédicace pour un album qu’il a réellement écrit. Ainsi, si le premier tome avait une portée relativement universelle du fait des questions que se posait son auteur et des anecdotes qu’elle décrivait dans lesquelles les lecteurs pouvait se reconnaître, le deuxième tome parle d’un couple bien précis qui vit des choses que ne vivent pas forcément ses voisins. Je me suis donc sentie un peu voyeuse, comme si je regardais une émission de téléréalité, et ça m’a mis un peu mal à l’aise.

Par ailleurs, si elle aborde des thèmes qui auraient pu être intéressants, tels que sa position ambigue alors qu’elle accompagne Frédéric en Europe incognito ou le racisme d’un voisin japonais, elle se contente de décrire et de raconter les souvenirs que ça lui évoque, et reste dans un registre qui m’a semblé trop superficiel.

De la même façon, si les scènes érotiques du premier tome accompagnaient l’évolution de la relation et le questionnement intérieur de Chenda, celles du deuxième (qui risquent de laisser sur le carreau les lecteurs qui avaient été un peu effarouchés à la lecture du premier) me semblent relever beaucoup plus de l’anecdotique. Elles semblent plus s’apparenter à un catalogue des pratiques et fantasmes de la jeune femme qu’être le reflet de la façon dont leur relation vit, évolue et s’approfondit. De ce fait, l’intérêt m’a paru moindre. Ainsi, ses expériences pour tailler les légumes de manière à obtenir des plugs du diamètre adéquat ne m’ont pas particulièrement passionnée.

Je dirais que la lecture de ce deuxième tome est sympathique mais pas franchement indispensable, le premier étant plus percutant et plus universel.

Vous trouverez ma chronique du premier tome ici.

Fraise et chocolat
Aurélia Aurita
Les Impressions nouvelles
ou, en poche, chez
Pocket

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Dans son Petit traité de l’érotisme, Michel Dorais faisait le constat que l’amour n’est pas facilement compatible avec le désir, car il repose sur la sécurité et l’intimité alors que le désir est alimenté par l’incertitude et le mystère. Esther Perel part du même constat, tout en faisant remarquer que cette sécurité est trompeuse : même si nous pensons tout connaître de notre conjoint, il peut cependant nous surprendre et rien ne garantit qu’il ne mettra jamais fin à la relation. L’objet de son livre est de donner des pistes pour tenter de remédier à cette création d’un terrain défavorable à la persistance du désir.

« Lorsque nous aimons, nous nous réjouissons à l’idée de tout savoir de l’autre. Or le désir a besoin de mystère. Alors que l’intimité croît avec la répétition et l’habitude, l’érotisme s’engourdit à leur contact. Il s’épanouit dans le mystérieux, le nouveau, l’inattendu. L’amour parle de posséder, le désir de vouloir. Expression d’une envie, le désir a besoin d’insaisissable. Ce qu’il a été nous intéresse moins que la façon dont il va encore pouvoir s’exprimer. Mais les couples, en s’installant dans le confort de l’amour, cessent trop souvent d’attiser la flamme du désir. Ils oublient que le feu a besoin d’air. »

 L’auteur, quoique belge, réside aux Etats-Unis où elle exerce en tant que thérapeute conjugale. Son livre est largement illustré d’exemples inspirés de ses patients et il m’a rappelé, en cela, celui de Catherine Blanc que j’ai lu il y a quelques mois, La vie sexuelle des femmes n’est pas celle des magazines. Si les deux sont intéressants, L’intelligence érotique me correspond néanmoins beaucoup plus. C’est dû à la fois au ton : j’avais trouvé Catherine Blanc un peu trop conservatrice, Esther Perel me semble plus ouverte d’esprit, et à la façon dont les problématiques sont abordées. J’avais déploré que Catherine Blanc ait une approche que j’avais qualifiée, de façon sans doute peu appropriée, de freudienne, car elle se focalisait trop à mon goût sur l’enfance et les rapports familiaux. Ceux-ci jouent nécessairement un rôle déterminant dont la façon dont nous nous construisons mais il me semblait réducteur d’analyser la sexualité d’une personne en se basant autant sur cet éclairage. Esther Perel évoque ce thème et lui consacre un chapitre, mais elle s’intéresse également beaucoup au couple, à son histoire et au jeu des relations entre les personnes qui le composent. C’est une approche qui me satisfait beaucoup plus. Autant je me suis senti étrangère aux propos de Catherine Blanc, autant j’ai retrouvé dans le livre d’Esther Perel des choses que j’avais pu expérimenter au cours de ma vie de couple, des questions que je m’étais posées ou sur lesquelles j’avais réfléchi.

Il ne faut pas s’attendre à trouver dans ce livre des solutions miracles, et c’est, à mes yeux, une qualité. Les solutions miracles, en effet, n’existent pas. Esther Perel nous invite à réfléchir sur nous-mêmes, à prendre du recul et à chercher à mieux nous connaître, afin de trouver en nous les pistes qui nous correspondent. Elle propose pour cela des axes de réflexion, incitant par la même occasion son lecteur à prendre conscience des idées reçues qui nous influencent (si elle s’adresse à un public américain, évoque largement la culture américaine et dresse par endroits un portrait idyllique et fantasmé des moeurs françaises, bien des aspects qu’elle évoque peuvent cependant tout aussi bien s’adresser à nous), à prendre du recul par rapport à elles et à réfléchir de façon objective.

Même si nous vivons une époque libérée sexuellement, où le sexe est étalé à loisir dans les médias, nous conservons cependant une part de malaise face à ce qui touche à la sexualité et le respect que nous pouvons éprouver à l’égard de notre conjoint ou la crainte de lui montrer une image de nous trop débridée peuvent constituer un frein à la sexualité.

 Les enfants représentent également souvent un bouleversement qui peut avoir des conséquences négatives sur la sexualité du couple. Ils renforcent en effet la nécessité de la sécurité et ne laissent pas de place à l’improvisation. Mais pas seulement :

« Au fil des années, j’ai remarqué que la place centrale accordée aux enfants n’était pas une simple question de mode de vie, mais parfois de configuration émotionnelle. Les enfants sont une vraie source d’enrichissement pour les adultes. Leur amour inconditionnel, leur dévouement total, insufflent du sens à nos existences. Le problème surgit lorsque nous faisons appel à eux pour obtenir ce que nous ne trouvons plus chez l’autre : l’impression que nous sommes spéciaux, que nous comptons, que nous ne sommes pas seuls. Transférer ces besoins affectifs d’adulte sur nos enfants représente pour ces derniers un fardeau trop lourd à porter. Pour se sentir en sécurité, ils ont besoin de savoir qu’il existe des limites à leur puissance et à ce qu’on leur demande de façon furtive. Ils ont besoin de nous voir vivre nos propres relations amoureuses, quelles que soient leur formes. Si nous sommes satisfaits sur le plan affectif et sexuel (disons, de façon raisonnable), nous permettons à nos enfants de développer leur propre indépendance, en toute liberté et en toute confiance. »

Par ailleurs, la mère se sent parfois le devoir de se sacrifier pour ses enfants et se consacre à faire des choses utiles, ne s’autorisant plus à penser à elle-même. De plus l’image que la femme a d’elle-même et le regard que son conjoint porte sur elle peuvent évoluer lorsqu’elle devient mère.

« La libération des femmes, qui a permis à leur sexualité de s’affirmer, doit encore franchir le seuil de la maternité, qui n’a rien perdu de son aura de moralité voire de sainteté. La désexualisation de la mère est un point d’appui des sociétés patriarcales traditionnelles, ce qui rend l’invisibilité sexuelle des mères occidentales mordernes particulièrement grave. Est-ce notre héritage puritain qui a privé la maternité de ses aspects sexuels? Sommes-nous convaincus que le désir sexuel est en conflit avec le devoir maternel? »

De nombreux couples sont confrontés à un moment ou à un autre à l’infidélité, les liaisons extra-conjugales étant propices à réveiller le désir émoussé par la vie en couple.

« Avoir une liaison implique un risque, un danger, une perturbation. Ce sont là des éléments qui alimentent l’excitation. dans l’univers retranché de l’amour adultère, on est à l’écart du reste du monde, et le lien se trouve renforcé par le secret qui l’entoure. Puisqu’elle n’est jamais exposée au grand jour, la magie de l’autre est préservée. Savoir si nos amis aiment ou non notre amant ou notre maîtresse ne nous inquiète pas, puisque personne ne les connaît. Les liaisons s’épanouissent aux marges de nos vies, merveilleusement loin des rendez-vous chez le dentiste, des impôts et des factures à payer. »

On peut contrôler les actes du conjoint, mais on n’a pas de prise sur ses sentiments, désirs, attirances. Plutôt que de chercher à priver le conjoint de sa liberté, Esther Perel nous invite à en prendre conscience et à l’accepter : respecter cette liberté, dans les limites qui conviennent à chaque couple de la simple acceptation que le conjoint puisse parfois être attiré par d’autres jusqu’au couple ouvert, la palette des possibles est très vaste), peut contribuer à rendre la relation plus forte.

L’auteur s’attarde également longuement sur les fantasmes. Nous avons souvent du mal à les accepter, parce qu’ils ne collent pas avec l’image que nous avons de nous-mêmes et de notre personnalité :

« Ce qui nous excite est bien souvent contraire à l’image que nous préférons donner de nous-mêmes, ou à nos convictions morales et idéologiques. »

Ils font néanmoins partie de nous-mêmes et consituent une facette de notre personnalité. Il est intéressant de les analyser pour mieux nous comprendre et savoir ce que nous recherchons et attendons de nos partenaires.

Dans le domaine des fantasmes, comme dans tous les autres, si Esther Perel invite beaucoup à l’introspection, elle ne juge cependant pas nécessaire et bénéfique de tout partager avec le conjoint : il est important de garder son jardin secret, et de se préserver un espace de liberté.

Je me suis contentée d’esquisser en quelques (!) lignes les prémices des principaux thèmes développés dans l’ouvrage. Je n’ai pas été d’accord avec tout ce qu’elle dit, forcément, mais j’ai trouvé dans l’ensemble ses propos pertinents et constructifs. Qui se lancerait dans la lecture du livre dans l’espoir d’y trouver des solutions toutes faites serait déçu et aurait l’impression qu’il n’apporte rien. Mais je l’ai trouvé au contraire très intéressant parce qu’il nous invite à considérer des évidences avec un oeil nouveau, à porter sur nous-mêmes un regard plus approfondi et plus objectif. Les solutions à nos problèmes sont propres à nous-mêmes et sont en nous, Esther Perel nous indique des pistes pour les chercher, en nous incitant à réfléchir et à nous questionner. Peut-être est-ce de là que vient le choix du titre?

L’intelligence érotique
Esther Perel
Editions Robert Laffont
Collection Réponses

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« Il ne se passe pas un été sans jeux et tests pour mesurer l’érotisme, sans conseils pour rompre la routine du couple s’appuyant sur les fameux clichés des lieux insolites, des dessous affriolants, des tenues provocatrices, des cours de strip-tease ou des parties fines. Déguisée en fille de joie, caricature d’elle-même, la femme a-t-elle quelque chance de se sentir tranquille et libre dans sa sexualité? Quand certaines, croyant y trouver la réponse à leur question, s’y aventurent, elles se le font payer, souvent très cher, en inhibitions accrues. La violence de l’interdit ne cesse de s’opposer à la violence du désir, et réciproquement. La pornographie ne fait pas seulement du tort aux femmes en les réduisant à des objets. Bien souvent seul outil de « l’éducation sexuelle » masculine, elle impose aux hommes, en gros plans, un rythme et des performances illusoires, un type de relation, une norme corporelle que seule une autre fiction peut égaler. […] Attendu pudique et soumis, le sexe des femmes ne les expose pas à ce genre de dérive. Mais la pression des magazines, truffés de pages de mode, d’images publicitaires totalement virtuelles, de régimes minceur, de conseils de beauté, d’invitations à la libération et l’épanouissement sexuels, ne les épargne pas davantage. On leur vante les attraits de la beauté, de l’élégance pour elles-mêmes (épanouissement personnel oblige) alors que leur objectif n’est, bien entendu, que de séduire (rassurer?) l’Homme. Arrêtons d’être dupes. Avant de correspondre à une image, il faut s’interroger sur le désir d’y correspondre et le supplément de liberté que cette image peut nous apporter ou non. »

J’avais envie de commencer par citer ce long paragraphe un tantinet provocateur parce qu’il résume bien l’esprit dans lequel a été pensé cet essai et parce que, si je ne partage pas totalement ce qu’elle dit car ses propos me semblent manquer un peu de nuances, je trouve qu’elle incite le lecteur à une réflexion sur lui-même à la fois utile et intéressante, un peu comme le fait Stéphane Rose dans Défense du poil.

Catherine Blanc est sexothérapeute et c’est, à travers 8 portraits de femmes, son expérience au quotidien avec ses nombreux patients qu’elle partage dans ce livre. Il y est essentiellement question de l’absence ou de l’insuffisance du désir et de la difficile quête de l’orgasme. Dans chacun de ces portraits, d’autres cas, soit similaires, soit illustrant des réflexions connexes sont évoqués. Comme l’indique l’auteur au début de son ouvrage, il ne s’agit pas pour le lecteur ou la lectrice de se reconnaître dans l’un de ces portraits, mais de piocher des idées qui peuvent ouvrir des pistes de réflexions sur soi-même.

Il ne me paraît effectivement pas évident de se retrouver dans ces portraits car les cas cités sont plus ou moins des cas d’école : les patientes ont toute eu une enfance difficile avec des parents absents, voire morts, ou trop autoritaires, ou des beaux-parents à gérer, et qui pèse sur leur vie sexuelle et leur conception de la sexualité. Ces cas sont abordés d’une façon que je qualifierais, par ignorance, de très freudienne. C’est une approche qui m’a toujours un peu dérangée, peut-être à tort, car elle me semble très réductrice. J’ai du mal à admettre que la psychologie de l’être humain soit purement analysée à travers le prisme de la sexualité et j’ai plusieurs fois tiqué en lisant le chapitre introductif de l’essai dans lequel, afin d’expliquer la conception actuelle de la sexualité dans notre société, elle revisite mai 68 en réduisant les revendications des manifestants à une aspiration à une sexualité plus libre.

Je lui reprocherais également d’être un peu prude, ce qui se ressent par moments dans ses propos. Par exemple, si elle rappelle utilement que l’existence du point G n’est toujours pas scientifiquement prouvée,  je l’ai soupçonnée de manquer quelque peu d’objectivité en ce qui concerne la sodomie et les sensations que celle-ci peut procurer. 

Néanmoins, c’est une lecture qui m’a parue intéressante car j’y ai effectivement trouvé matière à réflexion. Elle fait par exemple un parallèle entre le temps de l’amour courtois, qui affichait le désir mais faisait de la consommation un tabou, et notre époque qui, au contraire, affiche la jouissance à travers une pornographie omniprésente mais fait du désir un tabou. Je ne sais pas trop si je suis d’accord ou pas avec cette théorie, mais j’ai eu tout du moins envie de réfléchir à ce que j’en pensais. J’ai également été intéressée par l’analyse qu’elle fait des conséquences de l’importance accordée à l’organe sexuel masculin, tant sur les femmes que sur les hommes dont on a tendance à complètement oublier qu’ils ont d’autres zones érogènes qui mériteraient d’être mieux exploitées.

Catherine Blanc soulève de nombreuses problématiques mais ne donne pas de solutions. Ne serait-ce que parce qu’il n’existe pas de solutions toutes faites. Elle se contente d’indiquer quelques pistes qu’elle a suivies avec ses patients et patientes.

Nombreux étant les passages sur lesquels j’ai eu envie de m’arrêter, parce qu’ils me parlaient ou me poussaient à la réflexion sur un sujet ou un autre, que je ne résiste pas à l’envie de citer encore quelques passages.

« Il y a quelques dizaines d’années, il fallait embrasser un garçon ou une fille pour ne pas avoir l’air bête devant les copains ou les copines; il y a quelques années, il fallait coucher, peu importait le désir pourvu que ce soit chose faite; aujourd’hui, les jeunes gens se sentent devoir tout faire, tout essayer, tout vivre d’une sexualité guidée par le regard et les discours des autres, et non par leur désir, dans une démarche où finalement se lit la destruction du pulsionnel. »

« Alors que l’on ne cesse d’asséner aux hommes qu’ils se doivent d’offrir à la femme le temps de sa jouissance, nombre d’entre elles, exaspérées de ne rien ressentir, vivent douloureusement ces interminables minutes au terme desquelles elles n’entrevoient que l’échec. Une impatience qui signe déjà en elles l’impossibilité de la jouissance. Pendant que l’homme se répète « il faut que je tienne! », la femme pense en secret « viens! tu vas venir, oui ou non? ». Alors, afin de mettre un terme à cette épreuve de force, à ce malentendu, elles simulent, à grand renfort de respiration haletante, de cris rauques ou haut perchés. »

« Sans juger du bien-fondé de l’exhibition du corps féminin dans les publicités, la violence des réactions contre certaines d’entre elles dit aussi la crainte qu’elles inspirent à ceux qui les condamnent. De même, tous les accoutrements destinés à masquer le corps des femmes traduisent la crainte que leurs formes dévoilées inspirent. Or, la peur ne fait que renvoyer à l’animalité supposée de la sexualité. Refusant de la comprendre ou de l’admettre, nous posons des interdits qui, au lieu de nous civiliser, nous avilissent. Le respect des femmes ne passe bien évidemment pas par l’affichage de leur sexe mais par l’autorisation qu’elles ont d’en jouir selon leur désir. »

 « Voilà peut-être où se situe l’amour dans son expression mature : non plus deux êtres unis dans la douleur de l’insécurité et le besoin de l’autre pour combler le manque, mais deux êtres autonomes, unis dans la reconnaissance de leurs richesses personnelles pour les offrir à l’émerveillement et au partage de l’autre. Aimer, c’est jouir et se réjouir que l’autre soit autre que soi. Mais encore faut-il s’accorder à soi-même quelque crédit… »

J’édite pour signaler deux articles parus, l’un sur Slate, l’autre sur Sexactu que je vous encourage vivement à aller lire!

La sexualité des femmes n’est pas celle des magazines
Catherine Blanc
Pocket

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Swingtown

Swingtown est une série qui a été présentée comme relatant la libération sexuelle dans les années 70 aux Etats-Unis.
Cette époque est pour moi emblématique. Je suis de cette génération à qui le sexe a d’abord été présenté comme pourvoyeur de maladies et de mort plutôt que de source de plaisir et d’épanouissement. Cette série a attisé ma curiosité car je n’ai jamais connu la pleine insouciance de cette époque.

L’action commence le 4 Juillet 1976 (bicentenaire de l’indépendance des Etats-Unis) dans la banlieue de Chicago. Bruce et Susan Miller quittent leur banlieue « middle class » avec leurs deux enfants pour emménager dans la banlieue chic. Ils laissent derrière eux leurs voisins et amis Roger et Janet Thomson. Ils font vite connaissance avec leurs voisins d’en face Tom et Trina Decker qui vont leur faire découvrir le libertinage.

Roger, sûr de lui, trader à la bourse et Susan pâle et douce femme au foyer se sont mariés très jeunes. Leur couple semble tenir par la force de l’habitude et s’être endormi. Susan semble au départ très effacée et aspirer juste à l’équilibre familial. Ils ont deux enfants : Laurie 17 ans, très mature pour son âge, un brin idéaliste et éprise de philosophie ainsi que de son professeur, Bruce un adolescent en phase avec son âge (environ 13 ans) qui connaît ses premiers émois.

Tom pilote de ligne et Trina pétillante ex-hotesse de l’air semblent en phase et avoir une excellente communication. Ils se définissent comme un couple libéré mais fidèle : il faut comprendre là qu’en libertinage, il faut les prendre à deux…. Ils semblent former un couple très solide mais le doute parfois s’immice par manque de confiance…

Roger, employé dans une compagnie d’assurance, insatisfait de sa vie et Janet dynamique et très conservatrice femme au foyer ont un fils du même âge que celui des Miller.

Ces trois couples vont vivre chacun des événements qui vont ébranler leurs petites certitudes. Ils vont devoir se remettre en question et le feront avec plus ou moins de succès.

Le libertinage est évoqué dans cette série sans voyeurisme aucun, ne vous attendez pas à voir des scènes torrides. Si le couple Miller en est à ses balbutiements en matière de libertinage, les Decker en ont fait presque un mode de vie. Janet Thomson ne conçoit pas ce type de relation …

La série m’a essentiellement intéressée par sa retranscription des années 70 aux Etats-Unis avec un trop léger rappel du contexte politique de l’époque, du design, de la musique…. A noter un passage, où le couple Trina et Tom organise une soirée de soutien à l’acteur de Gorge profonde qui est en procès. Les implications et les conséquences du libertinage sont abordées oui, mais de manière légère et superficielle. Les personnages putôt réussis manquent parfois un peu profondeur mais je pense que le format de la série ne permettait pas vraiment de plus les développer. Et, finalement les caractères les plus intéressants ne sont pas forcément ceux à qui nous pouvions nous attendre. Janet, qui semblait  prisonnière des ses certitudes, va finalement évoluer et faire le chemin d’essayer de comprendre les autres. Malheureusement, les scénaristes ont fait le choix de ne pas approfondir le personnage sombre de la série : la mère  héroïnomane d’une jeune adolescente qui vend sont corps pour quelques grammes de drogue. Ce personnage aurait pu servir de contre-poids aux autres qui demeurent assez lisses…

La série est sympathique mais assez ennuyeuse par moment. Elle présente le libertinage comme un mode de vie pouvant convenir à certains couples mais qui ne saurait en aucun cas remplacer un manque de communication : nous nous en serions douté. Elle n’a connu qu’une seule saison faute de succès….

Swingtown
Nb saison : 1
Nb épisodes : 13
Durée : 40 min

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Osez… faire l’amour à un homme – match retour !

Après avoir lu – et détesté – le Osez les conseils d’une experte…, il m’a semblé judicieux de lire son pendant à titre de comparaison.  Je me suis donc fait couler un bon bain chaud, j’ai pris mon courage et le livre à deux mains, et j’ai bravement attaqué la lecture dudit bouquin.

Sur la première page, je vois le titre « Les gays, maîtres ès sexualités ». Je me dis : « Voilà un gars qui a de l’humour. » Je lis la première page… Eh bah non, apparemment il y croit. Là j’ai senti l’affaire mal engagée et commencé à regretter. Malgré tout, j’ai consciencieusement attaqué l’introduction. L’auteur y déclare son livre féministe et souligne plus loin ce que les féministes ont apporté aux femmes et aux gays. Ouf ! Un tel homme ne peut pas être foncièrement mauvais ! J’ai donc poursuivi courageusement ma lecture et m’en suis bien trouvée. En effet, rien à voir avec le guide de Servane Vergy!

Déjà, sa bibliographie et son parcours sont beaucoup plus limpides. Diplômé en philosophie et en psychologie, journaliste, il a suivi une formation en sexologie et est l’auteur de plusieurs guides et romans… qui ont fait pas mal de bruit. Ainsi, son roman Serial fucker, journal d’un barebacker, paru en 2003, a créé une polémique et suscité l’indignation de l’association Act up qui l’a accusé de prôner la contamination volontaire.

Le ton est également radicalement différent. Là où Servane Vergy reste très terre à terre et propose une sorte de « Comment devenir une bombe en 10 leçons », Erik Rémès a une approche beaucoup plus théorique et idéologique. Par moments, j’aimais bien son discours, à d’autres il m’est arrivé de me demander s’il n’avait pas fumé la moquette. L’idée générale, c’est que la libération sexuelle a été un leurre, que les couples hétérosexuels, qui sont la norme, sont englués dans une sexualité monotone, traditionnelle et dépourvue d’imagination, et que tous devraient se libérer pour parvenir à l’épanouissement sexuel, le tout devant se faire dans une atmosphère de respect, de communication et d’amour entre les différents partenaires, même de passage. Un petit extrait vous donnera une idée de l’esprit du livre :

« L’acte sexuel ne se réduit pas, comme voudrait nous le faire croire la propagande nataliste, au simple coït vaginal et reproducteur. Libérés de l’injonction reproductive, nous pouvons mettre en place un grand nombre d’approches préliminaires et autres activités érotiques des plus originales : les caresses génitales, les excitations orogénitales, les relations anales, et patati et patata, mais aussi le fist-fucking, les jeux uros, sadomaso, etc. »

Le livre se lit facilement. La lecture en est plaisante et drôle mais, là encore, d’une façon totalement différente des Conseils d’une experte. Là où Servane Vergy utilisait des clichés pour faire rire, Erik Rémès joue sur les mots, joue avec les registres de langage. Et je préfère ça de très très loin !

Pour ce qui est du contenu, il couvre un peu tous les aspects de la sexualité. L’ouvrage est divisé en 5 chapitres :
– L’homme, cet inconnu
– Comment lui faire l’amour
– Anus dei
– Les jeux de l’amour (dans lequel il évoque des pratiques aussi diverses que le bondage, l’échangisme, le SM…)
– Safe sex

Plusieurs choses m’ont étonnée. Par exemple, le premier chapitre démarre par un sous-chapitre « Comment lui parler » dans lequel il évoque l’utilisation qui peut être faite des mots crus pendant l’amour. Je ne me serais pas du tout attendue à ce qu’un guide commence par ça ! Et puis, bien que le guide soit ouvertement à destination des femmes, il y a  à plusieurs endroits quelques pages de conseils « à glisser dans l’oreille » de son partenaire sur la façon de faire l’amour à une femme.

C’est un guide Osez, donc il s’adresse aux débutants (il y a même quelques pages consacrées à la première fois !). Quelqu’un d’un tant soit peu expérimenté n’y apprendra pas grand-chose. Toutefois, par la richesse de son contenu et la variété des thèmes abordés, il m’a rappelé l’excellent Osez la sodomie. Erik Rémès ne prétend pas tout expliquer mais invite à la découverte et propose des pistes à explorer : il invite par exemple ses lectrices à se documenter sur la pratique du massage, les exercices de Kegel… Là où Servane Vergy imposait, lui propose et suggère à chaque fois tout un éventail dans lequel chacun peut piocher ce qui lui convient (il passe sans arrêt d’une page à l’autre de pratiques très soft à d’autres plus hard et inversement). Pour lui, l’essentiel est de se faire plaisir, s’amuser, explorer. J’en ai retenu beaucoup plus d’idées de petits trucs à essayer que dans le Servane Vergy.

En résumé, si vous hésitez entre le Osez les conseils d’une experte… et le Osez les conseils d’un gay, précipitez-vous sur celui qui est infiniment meilleur à tous égards!

(Pour vous les filles) osez… les conseils d’un gay pour faire l’amour à un homme
Erik Rémès
Editions La Musardine
Collection Osez

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Satisfaction , l’art de l’orgasme féminin est un livre qui a pour projet ambitieux de donner les clés aux couples pour un meilleur épanouissement sexuel de la femme.

Les deux auteurs Mark Levinson et Kim Catrall sont en couple dans la vie. J’ai lu ce livre sans a priori aucun puisque je n’ai jamais vu un seul épisode de la série TV Sex & the City dans laquelle joue Kim Catrall.

Le livre est beau en soi, la couverture est souple et satinée, le papier de grande qualité. L’éditeur a produit un joli travail.

Ce livre s’adresse avant tout à des hétérosexuels en couple stable. Outre la sexualité, il aborde la thématique du couple en général. Des notions triviales telles que l’écoute, la communication et la confiance, le respect qui sont les fondements de la réussite d’un couple sont évoquées. Même si une piqûre de rappel est parfois nécessaire, le côté très convenu et bien pensant de ces considérations m’ a légèrement lassée.

Les conseils techniques sont très précis et plutôt efficaces : caresses, positions favorables à l’orgasme, jeux de doigts et de langue variés sont décrits en détail. De multiples illustrations étayent le propos. Leur mise en pratique en est facilitée.

Les illustrations de Fritz Dury m’ont d’ailleurs paru particulièrement réussies. Sobres mais sans fausse pudeur et sans voyeurisme, elles dégagent pour beaucoup une puissante sensualité. Les corps sont représentés dans toute leur beauté sans céder aux stéréotypes physiques en général délivrés par l’industrie pornographique.

En dépit d’un avertissement qui m’ a surprise « Certains des actes décrits dans ce livre sont illégaux dans certains états américains », le livre n’est pas vraiment révolutionnaire dans son contenu mais beaucoup plus sur la forme qui est vraiment attrayante. Il se dégage beaucoup de douceur, de respect et de plaisir. Il est pour moi un livre à lire à deux qui constitue une excellente base de discussion et d’expression de ses désirs.


Satisfaction, l’art de l’orgasme féminin
De Kim Catrall et Mark Levinson
Illustré par Fritz Drury
Les Presses Libres

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Il n’est pas évident de trouver des informations biographiques à propos de Servane Vergy. Les quelques bribes que j’ai pu glaner proviennent de son blog, qu’elle a créé à peu près au moment de la sortie de ce petit livre. Elle s’y décrit comme « auteur de guides pratiques et d’essais sexy ».

Elle dit avoir écrit pour la collection Marabout, est donc l’auteur de ce petit livre paru chez La Musardine, et a depuis publié aux Editions Blanche Le petit livre rose de la serial loveuse qui, si j’en crois la présentation de l’éditeur, doit ressembler pas mal à celui-ci, si ce n’est qu’il s’adresse à un public différent : les femmes qui veulent séduire un homme (ou plusieurs) et non pas celles qui veulent garder le leur. Elle se définit également comme « une féministe qui s’épile » ce qui, au vu du choix de la formule, m’inciterait à penser qu’elle n’est justement pas féministe pour un sou.

Ce petit fascicule Osez a beaucoup en commun avec les magazines féminins : rapide et plaisant à lire, plein d’humour, il a le même ton péremptoire et la même vacuité. Voilà résumé en quelques mots tout le bien que j’en pense…  Je vais essayer d’expliquer un peu pourquoi je suis aussi négative.

Je n’ai pas aimé le ton familier qu’elle emploie pour s’adresser aux lectrices. Je n’ai pas aimé les stéréotypes dont son ouvrage est bourré. Pour reprendre les propos d’Alias, qui pense à peu près autant de bien que moi de ce guide, ces stéréotypes ne sont  flatteurs ni pour les femmes ni pour les hommes.

D’ailleurs, l’auteur reconnait elle-même ne pas avoir fait dans la dentelle, puisqu’elle décrit son guide sur son blog comme

« à mi-chemin entre le manifeste antiféministe et le guide de la femme soumise par choix devant son mâle dominant (au lit seulement, hein, faut pas exagérer) »

Si son but était de faire de l’humour, je pense qu’un petit peu plus de subtilité n’aurait pas fait de mal.

En ce qui concerne le contenu, il y a quelques astuces intéressantes, notamment au niveau des techniques de masturbation, mais je n’y ai globalement pas appris grand-chose, et je suis loin de me considérer comme une experte. Les conseils un peu techniques me paraissent assez légers et manquent cruellement de figures explicatives. L’idée de base, à laquelle je souscris tout à fait, est que ça ne sert à rien de se forcer si on n’est pas tentée par une pratique et qu’on ne fera vraiment bien que ce qu’on a plaisir à faire. Elle incite donc les femmes à prendre du plaisir au sexe et, pour cela, à explorer leur propre corps pour apprendre à se donner elles-mêmes du plaisir. Jusque-là, tout va bien. Sauf que très vite elle passe à un discours du type « de toute façon, si vous ne faites pas ça, votre homme ira voir ailleurs », et là je ne la suis plus du tout.

Elle me paraît à des années lumières de l’excellent Osez la sodomie. Alors que Coralie Trinh Thi fait preuve de beaucoup de respect vis-à-vis de ses lecteurs, n’imposant rien, respectant les idées possibles de chacun, proposant toujours plusieurs voies alternatives, Servane Vergy impose sa vision de l’amante idéale, de la façon dont elle doit s’habiller, se comporter, des pratiques qu’elle se doit de maîtriser, et va jusqu’à exposer sa propre conception de la façon de réagir à une infidélité, ce que je trouve assez cavalier. Là où Coralie Trinh Thi accomplit le tour de force d’aborder une multitude de sujets très variés et, malgré le petit format du livre, de proposer pourtant des idées intéressantes parmi lesquelles même ceux qui ne souhaitent pas pratiquer la sodomie peuvent trouver des choses à glaner, celui de Servane Vergy me paraît creux et frivole : il effleure tout, n’approfondit rien, et, au final, n’apporte pas grand-chose.

A moins que vous ne cherchiez une lecture humoristique pour vous détendre une heure, je vous conseille de passer votre chemin et de choisir un autre guide, tel que le Hot sex de Tracey Cox qui, dans le même genre, se lit tout aussi facilement et a un contenu beaucoup plus riche ou Le petit guide de la sexualité épanouie  qu’Alias a beaucoup apprécié.

Osez… les secrets d’une experte du sexe pour rendre un homme fou de plaisir
Servane Vergy
Editions La Musardine
Collection Osez

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