Feeds:
Articles
Commentaires

Posts Tagged ‘BDSM’

Jusqu’à présent, je ne connaissais Agnès Giard qu’à travers son blog, que je suis régulièrement. J’admire son érudition et j’apprécie de trouver à puiser chez elle des idées de lecture, mais, bien souvent, je ne la suis ni dans ses raisonnements, ni dans ses opinions, ce qui fait que ce que j’y lis m’intéresse et m’agace, voire parfois m’indigne, à la fois. C’est donc non sans une certaine appréhension que je me suis lancée dans ce livre.

J’ai bien retrouvé la blogueuse dans l’écrivain et ai, une fois de plus, été admirative devant l’étendue de ses connaissances mais, si j’ai ronchonné intérieurement au début parce que je craignais qu’elle n’aborde pas certains aspects, mes récriminations se sont faites de plus en plus rares au fur et à mesure que j’avançais, parce qu’elle dresse un panorama très complet et aborde son sujet dans son ensemble. De même, à plusieurs reprises, au début du livre, j’ai fulminé intérieurement parce que je la trouvais trop complaisante vis à vis de comportements que je trouvais choquant. Ce fut le cas par exemple lors d’un passage où elle évoque un réalisateur de films porno qui cherche à montrer la honte chez ses actrices et qui a poussé le perfectionnisme au point qu’une de ses actrices a fini dans un hôpital psychiatrique après un tournage. En avançant dans le livre et en réfléchissant, j’en suis arrivée à me dire que c’était ma propre indignation qui me faisait trouver son ton approbateur, et qu’elle a en fait adopté une attitude plutôt neutre qui est, au final, celle qui me semble la plus appropriée pour ce type d’ouvrage.

Toujours est-il qu’il m’a été impossible de rester indifférente à la lecture de ce livre. Grosse lectrice de mangas, je suis de plus en plus fascinée par la culture japonaise à mesure que j’apprends à la connaître et j’ai ressenti à la lecture de ce livre les sentiments que m’inspirent le Japon de façon générale : un mélange d’attirance et d’incompréhension, voire de répulsion.

Il faut dire que, si l’on synthétise ce qu’elle expose dans le livre, le résultat est assez glauque. En tentant de résumer ses propos en quelques lignes, je vais forcément caricaturer un peu mais, ce qu’il en ressort de façon générale, c’est que est considéré comme beau et attirant ce qui est éphémère (la floraison des arbres comme la fraîcheur des jeunes filles) et que, au Japon, on détruit ce qui est beau (fantasmes de viols, d’humiliation). Passant des fantasmes à la société japonaise, elle fait la description d’un peuple que j’ai ressenti comme étant en train de s’autodétruire : elle affirme que, selon une étude de 2005, 1/3 des couples mariés n’avait pas fait l’amour depuis plus d’un mois. Une étude de 2010 semblerait montrer que ce chiffre a encore augmenté, pour dépasser 40%. En parallèle le nombre d’hommes célibataires s’accroît de façon inquiétante, à tel point que le ministère de l’Education a débloqué des fonds en 2001 pour les éduquer.

Agnès Giard nous dresse le portrait d’une génération d’hommes qui ont grandi entre un père absent et une mère qui les chouchoutait et leur mettait la pression pour les études, qui ont tout consacré à leur vie professionnelle, qui attendent seulement d’une épouse qu’elle leur serve de boniche, qui ne savent pas que dire aux femmes ni comment les séduire, et qui n’ont pas envie de s’y atteler. Ces hommes, qui terminent leurs journées de travail avec leurs collègues dans les bars à hôtesses, préfèrent collectionner les petites culottes souillées ou les poupées sexuelles plutôt que de nouer des relations avec des femmes.

Face à eux, les jeunes femmes, qui n’ont pas connu la même pression, seraient des écervelées uniquement préoccupées de leur apparence et de posséder tous les produits à la mode. Parmi ces femmes harcelées dans les transports ou au travail, certaines n’hésitent pas à exploiter les désirs masculins pour augmenter leur pouvoir d’achat… tout en continuant à rêver au grand amour.

Personnellement je trouve ça flippant!

 Evidemment, la question que je me suis posée est : dans quelle mesure ce qu’elle décrit est-il digne de foi… et je suis bien incapable d’y répondre, puisqu’elle en sait infiniment plus que moi sur le sujet! Le seul point sur lequel je me permettrais d’émettre une opinion est le sujet des yaoi (comme j’en lis beaucoup et que j’ai lu quelques livres à leur sujet) qu’elle évoque en quelques lignes. J’ai trouvé ce qu’elle en disait caricatural et réducteur. C’était très bien écrit et ça sonnait très joliment, mais il m’a semblé que l’objectivité y perdait. Les légendes et anecdotiques historiques qu’elle évoque pour expliquer l’origine des yaoi m’ont intéressée et m’ont semblé bien éclairer certaines choses qu’on retrouve dedans, mais j’ai eu néanmoins le sentiment qu’elle passait à côté de quelque chose. Ce qui fait que je n’ai pas pu m’empêcher de considérer l’ensemble de l’ouvrage avec un peu de suspicion.

Cependant, j’ai retrouvé dans ce qu’elle décrit beaucoup de traits que j’avais pu croiser à maintes reprises dans des mangas, animes, romans ou articles, et qui semblent des éléments constitutifs importants de la culture érotique ou de la société japonaise. Ce que j’ai toutefois regretté, c’est qu’elle les place sur le même plan que des pratiques qui semble beaucoup plus marginales. Ainsi elle consacre tout un chapitre aux poupées qui, loin d’être simplement des jouets sexuels, sont des oeuvres d’art et quasiment des compagnes pour leurs propriétaires. A en croire Agnès Giard, les japonais préféreraient maintenant aux vraies femmes ces copies inanimées. Néanmoins, pour évoquer un magazine à gros succès traitant exclusivement de ces poupées, elle indique qu’il compte 8 000 lecteurs réguliers!

Je trouve donc difficile, à la lecture de cet ouvrage, de se faire une idée réelle de la culture érotique japonaise.

Néanmoins, il y a énormément de choses à en retirer et sa lecture vaut largement le coup, car elle est tout de même très instructive. Déjà, c’est un livre superbe, abondamment et très joliment illustré. D’autre part, ce gros livre de plus de 300 pages est une véritable mine pour qui s’intéresse à la culture japonaise et veut la découvrir. Comme je l’ai dit plus haut, l’érudition d’Agnès Giard est très vaste et éclectique. On découvre donc dans le livre nombre de légendes, récits historiques, artistes officiant dans le domaine de l’érotisme. J’y ai relevé beaucoup de références d’écrits littéraires et d’essais sur le Japon. Et c’est un livre que je garderai près de moi, car il me faudra énormément de temps pour approfondir et digérer les photographes, dessinateurs, peintres représentés dans le livre et dont les images m’ont plu ou m’ont interpellée. Je vous ferai sans doute part de ces approfondissements dans le futur, au fil des mois.

En refermant ce livre, la réflexion qui m’est venu à l’esprit est que le titre en est un peu mensonger. Ce que j’ai trouvé dedans de plus frappant, c’est qu’il y est seulement question de l’imaginaire érotique de la moitié de la population japonaise : les hommes. Ils ont des critères de beauté, des fantasmes, des envies. Dans tout cela, qu’elles soient vénérées ou maltraitées, les femmes ne sont que des objets de plaisir, pas des partenaires. Bien sûr, Agnès Giard évoque les femmes, mais uniquement par rapport à l’imaginaire érotique masculin. Elles semblent avoir le choix entre trois options : se soumettre aux désirs masculins, les utiliser pour tirer profit des hommes et prendre une revanche sur eux, ou s’en tenir à l’écart. Mais ces femmes ont-elles des désirs, des fantasmes? Quelqu’un s’y intéresse-t-il? Le livre ne nous l’apprend pas!

Cette lecture constitue ma quatrième participation au défi Images du Japon de Kaeru.

Publicités

Read Full Post »

Bon. Il serait temps de ramener un peu de vie sur ce blog que j’ai honteusement délaissé ces dernières semaines. Ayant, à travers le livre de Jean-Jacques Pauvert, rapporté le récit de la publication d’Histoire d’O dans mon dernier billet, il m’a semblé judicieux d’enchaîner avec cette bande dessinée qui croupissait dans ma PAL depuis déjà quelques mois. J’avoue humblement que, d’une part, le livre de Pauline Réage m’est tombé des mains et que, d’autre part, ma seule expérience de Crepax se limitait à une BD en ligne à laquelle je n’avais pas compris grand chose. De ce fait, si je tenais à lire la BD pour ne pas mourir idiote, je ne peux pas dire que la motivation m’étouffait et, si j’avais initialement prévu de la lire juste après la publication de mon dernier billet, j’ai fait passer pas mal de livres et de mangas avant elle.

Une fois n’est pas coutume, je vais commencer par aborder le fond. Bien que l’album se compose d’une multitude de chapitres, on peut dire qu’il se subdivise en deux parties principales. La première, qui correspond au souvenir que j’avais du roman, démarre à l’arrivée de O au château de Roissy où, pour plaire à son amant, René, elle consent à être fouettée et abusée par de nombreux hommes. A sa sortie de Roissy, René la partage avec un parent, sir Stephen. En parallèle, elle éprouve une attirance pour une femme que René et sir Stephen lui demandent de pervertir.

La seconde partie, qui ne correspond à rien dont je me rappelle (il faut dire que mon souvenir du roman est assez flou) semble se dérouler plus tard. O y est cette fois en position dominante et manoeuvre pour semer la zizanie dans une famille. Cette partie m’a semblé très inférieure à la première, notamment parce que la narration y est très confuse.

Pour ce qui est de la première partie, si j’y suis encore restée étrangère, cette adaptation m’a toutefois beaucoup mieux plu que le roman, sans doute parce que j’ai été absorbée dans une admiration pour le dessin. Je l’ai trouvée néanmoins très froide. O est d’une dignité glaciale et René et sir Stephen sont impénétrables, si bien que les quelques paroles de tendresse et les sentiments exposés dans les dialogues me donnent l’impression de n’être que de surface, et que les motivations des personnages me semblent encore plus incompréhensibles.

Les dessins, en revanche, m’ont éblouie. J’ai admiré leur finesse, leur précision et le luxe de détails. J’ai été frappée par les détails architecturaux, le mobilier. La bande dessinée a une tonalité très Art nouveau avec, par moments, des touches de styles plus modernes. J’ai beaucoup aimé la composition, la taille et la répartition des cases variant d’une page à l’autre au gré des besoins du récit, les juxtapositions de scènes ou les découpages en petites touches, focalisés sur des parties du corps, ou des expressions du visage.  Ces procédés, qui contribuent à rendre les scènes vivantes et leur ambiance tangible, sont, je crois, responsables du fait que je me suis sentie moins indifférente au récit que je ne m’y attendais, et que j’ai même été touchée à quelques moments.

Au final, je ressors de cette lecture toujours relativement fâchée avec Histoire d’O, mais avec l’envie de découvrir l’oeuvre de Crepax, ce qui n’est déjà pas si mal!

Histoire d’O
Guido Crepax
Editions Delcourt
Collection Erotix

Read Full Post »

Cet anime m’a tentée dès que je suis tombée par hasard sur l’image qui orne la jaquette du DVD (je ne sais plus si j’ai déjà eu l’occasion de vous dire que j’ai un gros faible pour les histoires de tentacules!). Je ne l’aurais pas acheté à son prix normal (prohibitif!), car je ne m’attendais pas à quelque chose d’extraordinaire mais, quand je l’ai trouvé à moins de 5€ en farfouillant sur un site, je n’ai pas pu résister!

Le DVD comporte deux épisodes d’un peu moins de 30 minutes chacun et offre le choix entre une version française et une version originale sous titrée en français. Craignant un peu le doublage français, j’ai lâchement opté pour la VO. De toute façon, étant donné que l’anime comporte peu de dialogues constructifs, le choix de la langue n’est pas bien gênant!

Les auteurs ne se sont, en effet, pas beaucoup foulés pour l’intrigue, qui n’est pas originale et qui n’est qu’esquissée! L’histoire se passe dans un genre de lycée pour filles dédié à la musique, dans lequel sont gardés plusieurs instruments de musique maléfiques. Un professeur s’est emparé d’un violon qui, lorsqu’on en joue, fait apparaître un démon, sous forme de tentacules donc, et qui suscite l’excitation sexuelle chez ceux qui l’entendent. Evidemment, le professeur utilise son violon pour faire subir toutes sortes de sévices à ses élèves, de jolies jeunes filles aux seins complètement disproportionnés (forcément). Au début du second épisode, on apprend l’existence d’un violon angélique. Mais les gentilles n’ont pas le temps d’en faire usage. Il faut comprendre : c’est bien plus intéressant qu’elles tombent au pouvoir du professeur plutôt qu’elles essaient de l’empêcher de nuire. Le scénario m’a donc paru fort maigre! Là, je me dis que je dois être vraiment casse-pieds : j’avais, au contraire, trouvé en regardant Le retour de la blue girl qu’il y avait trop de scénario et pas assez de tentacules. Mais, tout de même, un minimum de scénario qui tienne deux secondes la route n’aurait pas nui à l’affaire!

Sur le fond, on voit essentiellement des jeunes filles se faire violer par tous les orifices, par des tentacules ainsi que par certaines de leurs camarades munies de divers instruments. Il faut donc aimer le genre! L’ensemble est agrémenté par diverses pratiques, du style lavements, flagellations, bondage, promenades en laisse, mais ça reste assez classique et plutôt répétitif.

La particularité, si je puis dire, de l’anime, qui m’a beaucoup gênée, c’est qu’il est très orienté scatophilie et que pratiquement toutes les scènes de sexe se terminent sur la vision de jeunes filles en train de se soulager et de tentacules soudain munis de bouches (le reste du temps, ils ont plutôt comme plein de petits doigts!) se précipitant sur leurs excréments pour les engloutir. Je trouve ça dégoûtant et je m’en serais fort bien passée! L’autre reproche que je ferais au dessin animé, par goût personnel, c’est qu’il y a beaucoup trop de filles dans cette histoire et qu’un seul homme qui, en plus, fait tout le temps la tronche, ça fait bien peu! Autre point ennuyeux : l’animation est un peu inégale. Par exemple, dans les scènes où des élèves prodiguent des caresses intimes à une de leurs condisciples, la position et le mouvement des doigts m’ont paru ratés et pas naturels. Les fellations ne sont pas non plus des plus réussies.

En dépit de tous ces défauts, l’anime s’est néanmoins révélé d’une certaine efficacité, comme quoi il faut croire que, même si je ronchonne, je suis malgré tout bon public! Les quelques euros que le DVD (qui, vous l’aurez compris, n’est pas impérissable) m’a coûtés n’ont donc pas été totalement gaspillés!

Read Full Post »

Une femme met fin à une relation parce qu’elle est allée au bout de ce qu’elle pouvait vivre avec cet amant et qu’elle s’apprête à emprunter une nouvelle route. Ne sachant comment le lui expliquer, elle lui envoie le cahier dans lequel elle a relaté ce qu’elle a vécu avec lui. Il lui répond en ajoutant ses propres commentaires dans la marge, si bien que c’est un récit à deux voix qui est offert au lecteur, dans lequel les deux points de vue se succèdent et se donnent la réplique. Tout démarre lorsque la femme, sentant que c’est possible avec cet homme, organise une mise en scène pour réaliser enfin son fantasme de trio. En réaction, il lui prépare à son tour une surprise, qui pousse le jeu un peu plus loin. De rencontre en rencontre, la femme va s’initier au SM et avoir la révélation de ses penchants.

Cet ouvrage est apparemment vendu comme une BD, sans doute parce qu’il a été illustré par Alex Varenne, connu pour avoir dessiné pour L’Echo des savanes et d’autres revues et publié plusieurs albums, tels que la série Erma Jaguar (je n’ai, en revanche, pas pu trouver si Philippe de Saxe – ce doit être un pseudo – a écrit autre chose). Mais il s’agit, en fait, d’un roman, accompagné de grandes illustrations qui occupent la majeure partie de certaines pages de droite.

Je n’ai pas été très intéressée par les dessins, que je trouve pourtant beaux. De façon générale, pour moi qui suis beaucoup plus sensible aux mots qu’aux images et qui préfère me construire mes propres représentations mentales, les illustrations ne m’ont pas apporté grand chose. Si elles avaient été plus nombreuses et qu’il se soit agi d’un roman graphique, j’aurais sans doute fait la démarche intellectuelle d’essayer de rentrer dedans. Mais là, je me suis d’instinct fabriqué mon propre film, avec lequel, forcément, elles ne collaient pas, si bien que j’ai eu tendance à les ignorer au cours de ma lecture. Je pense que le fait que la représentation de la narratrice ne me plaisait pas y a contribué.

Pour ce qui concerne le texte, ce n’est pas de la haute littérature et j’y ai relevé des fautes de français et répétitions qui m’ont fait bondir (un exemple : « Son compagnon nous suivait et la guidait, la guidant de sa voix chaleureuse. »). J’ai beaucoup aimé l’idée des deux narrateurs qui se répondent et se complètent mutuellement. De ce fait, j’ai regretté que ce ne soit pas mieux exploité et que ce soit parfois assez maladroit. J’aurais aimé que l’homme commente plus et apporte plus son point de vue. Trop souvent, le narrateur ne fait que combler les trous du récit de la narratrice et il me semble que l’histoire serait un peu difficile à suivre si on ne lisait qu’une seule des voix au lieu des deux, comme le quatrième de couverture y invite le lecteur.

De la même façon, l’auteur a beaucoup insisté sur l’aspect psychologique de cette initiation dont la femme fait l’expérience et sur les bouleversements qu’elle induit dans la vie de celle-ci. Mais, là encore, ça aurait mérité d’être fait de façon plus adroite. Ce roman repose tout de même beaucoup sur des clichés et les personnages secondaires sont simplement esquissés et sont assez stéréotypés. De plus, ça va très vite et ce n’est pas franchement crédible. Ce qui m’a d’ailleurs fait sourire, c’est que les deux narrateurs s’étonnent parfois eux-mêmes de cette fuite en avant et de sa rapidité, comme si l’auteur essayait de se raccrocher aux branches. Visiblement il a plus cherché à faire pornographique que crédible. Je ne pense pourtant pas que le récit aurait perdu en potentiel érotique à être plus subtil. Plutôt que de se limiter à un court roman d’un peu plus d’une centaine de pages, il me semble que l’auteur aurait gagné à développer davantage et à faire un récit plus travaillé et plus progressif.

En dépit de mes nombreuses réserves, et même si je n’ai pas tout aimé (c’est un peu trop SM et il y a un peu trop de femmes à mon goût), j’ai néanmoins trouvé que l’histoire remplit l’office pour lequel elle a été écrite de façon plutôt efficace. Pour cette raison, et du fait que j’ai bien aimé le mode de narration, je serais malgré tout plutôt encline à recommander le roman.

La correction ou la confusion des sens
Philippe de Saxe et Alex Varenne
Editions Glénat
Collection Drugstore
Pour public averti

Read Full Post »

Une fois n’est pas coutume, je vais vous parler aujourd’hui d’un recueil de nouvelles qui n’a pas été traduit en français. L’auteur, Oniroku Dan, qui est décédé en mai dernier, était un maître du roman SM au Japon, et beaucoup de ses récits ont été adaptés en films. C’est d’ailleurs dans une critique du film Flower and snake que j’ai lu son nom pour la première fois. Ce film de 1974, réalisé par Masaru Konuma avec comme actrice principale Naomi Tani (il est disponible en France depuis 2008 sous le nom de Fleur secrète – une analyse du film ici) est adapté d’un roman d’Oniroku Dan et valut à celui-ci la célébrité. Flower and snake a, beaucoup plus récemment, fait l’objet d’une seconde adaptation apparemment nettement moins impérissable et a même été adapté en anime. Comme je ne suis pas du tout branchée films érotiques (il n’est pas impossible cependant que je jette un oeil, voire même les deux, à l’anime un de ces jours), j’ai voulu plutôt lire ce qu’il avait écrit. Malheureusement je n’ai absolument rien pu trouver en français et ce recueil est apparemment tout ce qu’il y a de disponible en anglais.

Season of infidelity regroupe 4 nouvelles, publiées initialement en 1997, bien après que l’auteur, principalement actif dans les années 70s et 80s, se soit arrêté d’écrire des histoires érotiques pour se tourner vers d’autres activités. Il a cependant publié une autobiographie qui a connu un tel succès qu’il a persévéré en écrivant ces nouvelles, qui sont basées sur un fond autobiographique. Cependant, comme l’indique le sous-titre du livre (« BDSM tales »), il s’agit de contes et leur auteur semble avoir pris pas mal de libertés avec sa propre histoire, bouleversant la chronologie, arrangeant les événements ou même inventant. Ce qui est amusant, c’est qu’il se cantonne principalement dans ces nouvelles à un rôle de voyeur, de témoin, et ne se peint pas forcément sous un jour flatteur. Avant d’aller plus loin, je vais tout de même dire quelques mots de chacune des nouvelles :

Season of infidelity : L’auteur y raconte une liaison adultère de sa femme (causée à l’origine par sa propre infidélité!) qui aboutit à leur divorce mais lui fit découvrir une facette des goûts sexuels de son épouse qu’il ne connaissait pas.

Pretty boy : Revoyant un ami de jeunesse qui est sur le point de mourir, l’auteur égrène avec lui leurs souvenirs d’étudiants, et en particulier le viol perpétré par cet ami sur la personne d’un jeune homme avec qui le narrateur avait vécu une relation amoureuse.

Deer park : La nouvelle tire son nom d’un club SM que l’auteur a voulu fonder chez lui, inspiré par le 18e siècle français et le Parc aux cerfs du roi Louis XV. Il explique ses motivations en faisant preuve d’une connaissance de la biographie et de la philosophie de Sade ainsi que, plus généralement, de la société française du 18e siècle, que je qualifierais de superficielle pour rester gentille. Cependant son projet de club se heurte à un obstacle de taille : les membres sont uniquement des hommes. Autre problème : l’auteur éprouve une forte attirance pour la maîtresse d’un de ses amis.

Bewitching bloom : Dans cette dernière nouvelle, Oniroku Dan parle de ses années de collaboration avec les studios Nikkatsu Roman Porno, ainsi que des actrices qu’il a cotoyées, et en particulier de son amitié avec Naomi Tani.

L’auteur ne s’appesantit pas sur les scènes érotiques qui s’insèrent naturellement dans son récit et les pratiques mises en scènes sont assez soft. L’esprit est néanmoins assez pervers et je me suis sentie gênée par les deux premières nouvelles. Dans Season of infidelity, il raconte ce que lui a fait éprouver le compte-rendu des ébats de son épouse avec son amant (réel ou imaginaire?) et place ainsi le lecteur en position de voyeur. Quant à Pretty boy, comme je l’ai indiqué plus haut, il y est question d’un viol. Mais il ne s’agit pas ici d’une description fantasmée, où la victime finit par prendre du plaisir, comme c’est souvent le cas dans les histoires érotiques. Le viol est ici très réaliste et purement sadique, dans la mesure où il a uniquement pour but d’humilier et de blesser moralement la victime, si bien que je me suis sentie relativement mal à l’aise en lisant ces pages.

Abstraction faite de ces réserves, c’est néanmoins une lecture que j’ai beaucoup appréciée car j’ai été intéressée. La narration est fluide et agréable et pas du tout ennuyeuse ou répétitive et le recueil s’avère même assez instructif, du faut que l’auteur y évoque nombre de sujets très variés sur lesquels il m’a donné envie d’en apprendre plus, tels que, par exemple,  la danse et le théâtre traditionnels, la fabrication de poupées  ou, évidemment, le monde du porno.

Il parle aussi beaucoup de vêtements féminins et, en particulier, de kimono. On le sent fasciné par la beauté féminine, une beauté qui, à ses yeux, se doit d’être alliée à l’élégance et à la distinction. Cela le conduit à parler de l’écriture. Il explique que les histoires qu’il a écrites pour des films lui étaient souvent inspirés par la beauté d’une femme, et notamment celle de Naomi Tani, qui lui donnait envie de la mettre en scène dans des situations où elle était attachée. Il est en effet apparemment beaucoup question de femmes bondagées et torturées dans ses histoires. Il adaptait le rôle à la personnalité et au genre de beauté de l’actrice.

Je n’ai donc pas été étonnée de le voir se plaindre que l’industrie moderne du porno ne cherche à montrer que du sexe sans s’inquiéter de bâtir un scénario et de construire des personnages.

« Nikkatsu Roman Porno was established in 1971 and went dark in 1986, producing films for just fifteen years before disappearing from the face of the earth. Its demise was brought about in part by the managers at Nikkatsu ignoring profitability in favor of expanding business operations, but also by the advent of VCRs and adult videos revolutionizing the pornography business. Adult videos, or AVs, tended to ignore things like « plot » and « character development » and instead focused solely on men and women getting it on. At the farewell party forRoman Porno, the directors laughed bitterly, saying that the demise of their production company was like the forces of evil porn causing the fall of good, high-quality erotic films. »

Contrairement aux clichés, il explique que les actrices de son époque ne faisaient pas du porno par vocation mais simplement parce qu’elles avaient échoué dans la « filière normale ». Aussi, elles voulaient des rôles avec beaucoup de texte et leur offrant la possibilité de déployer leurs talents d’actrices, dans l’espoir que ça leur permette d’évoluer vers des films non-érotiques. La seule exception était Naomi Tani qui ne voulait être rien d’autre qu’une star du porno.  Mais aucune de ces femmes, y compris Naomi Tani, n’avait d’inclination particulière pour le BDSM et le bondage. Elles faisaient simplement leur travail de leur mieux et Oniroku Dan voit dans leur capacité à faire croire qu’elles avaient du goût pour les sévices qu’on leur faisait subir à l’écran la démonstration de leur talent.

Même s’il faut visiblement faire pas mal le tri entre la réalité et la fiction dans ces nouvelles, j’ai été bien intéressée par ma lecture et j’aimerais pouvoir lire certaines de ses histoires. Malheureusement mes possibilités pour cela  se limitent visiblement à surveiller les libraires anglo-saxons ou à me mettre au japonais…

Read Full Post »

Bible Black était à l’origine un jeu vidéo eroge sur PC sorti en 2000. Le jeu a ensuite été adaptée, de 2001 à 2005, en une série animée hentai devenue très célèbre, qui se décompose de la façon suivante :

– Bible Black : La noche de Walpurgis (en français Bible Black) : 6 épisodes de 30 minutes
– Bible Black : Origins (en français Bible Black – Les origines) : 2 épisodes qui expliquent ce qui s’est passé 12 ans avant les événements racontés dans Bible Black
– Bible Black : New testament (en français Shin Bible Black) : 6 épisodes dont l’histoire se déroule quelques années après celle de Bible Black
– Bible Black only : qui consiste en 7 scènes de sexe autour de quelques-uns des principaux personnages de Bible Black

Le jeu n’est pas disponible en France, mais on peut le trouver sur la version américaine d’Amazon… et il n’est pas impossible que je me laisse tenter un jour ou l’autre. L’anime est distribué en France par EVA, en 6 DVDs. On peut trouver l’ensemble regroupé en un seul coffret. EVA propose également une version « édulcorée » en 2 DVDs (qui est celle qu’on trouve le plus couramment à la Fnac, par exemple), qui n’est interdite « que » aux moins de 16 ans, alors que la version originale est interdite aux moins de 18 ans.

J’en viens enfin à l’histoire et au contenu, après avoir encore précisé que je ne parlerai aujourd’hui que de Bible Black. Il y aura sûrement un autre billet ultérieurement sur Origins et Shin Bible Black.

L’histoire, donc! Le premier épisode s’ouvre sur une messe noire, dite au cours de la nuit de Walpurgis, propice à ces saines activités, par 4 jeunes filles qui veulent en sacrifier une cinquième (oui, c’est un peu sanglant, par moments). Mais les événements ne prennent pas la tournure qu’elles escomptaient. Le spectateur est ensuite projeté 12 ans plus tard, dans le lycée (Oh pardon ! Je voulais dire université !…) où cette messe noire a été dite. L’infirmière hermaphrodite de l’établissement cherche, d’une façon assez particulière, à trouver une vierge, dont elle a besoin pour mener à bien d’obscurs desseins encore inconnus du spectateur. Pendant ce temps, un élève, Minase, découvre un mystérieux livre qui lui confère le pouvoir de déclencher le désir sexuel des personnes de son choix. Il teste ses pouvoirs de façon tellement discrète que Kaori, une élève passionnée d’occultisme, s’en aperçoit et cherche à obtenir qu’il lui révèle son secret. Ces événements rendent inquiète et jalouse Kurumi, une pure jeune fille amoureuse de Minase, à qui l’on sent bien qu’il va arriver quelques bricoles…

Je vais commencer par aborder les défauts de l’anime. Même si je ne peux pas m’empêcher d’être critique et sarcastique, c’est une série que j’aime bien, et à laquelle je dois d’agréables moments, solitaires ou en compagnie, et c’est pourquoi je préfère terminer sur une note positive.

Comme je l’ai laissé entendre, la version française est un peu adaptée, pour tenir compte des différences entre la France et le Japon. Ainsi, ce qui est visiblement un lycée est qualifié avec insistance dans le troisième DVD d’université, et il est bien précisé sur les jaquettes que tous les personnages sont majeurs. Par ailleurs, la jeune fille que je prenais naïvement pour la sœur de Minase serait en fait sa cousine, d’après la version américaine de Wikipedia. Il va sans dire que je suis tout à fait d’accord avec ces adaptations dans le principe, mais je les trouve drôles car elles font artificielles et pas crédibles.

J’ai tiqué à plusieurs endroits parce que certaines choses (représentations des objets, mouvements, attitudes des personnages) ne me paraissaient pas cohérentes. Certaines scènes également m’ont semblé incohérentes… mais comme j’ai tiqué sur une scène du même type, se produisant dans les mêmes circonstances, dans le roman Sans âme de Gail Carriger, j’aurais tendance à être encline à l’indulgence.

Ce qui m’a le plus gênée, c’est le doublage. Déjà parce que celui du troisième DVD est différent des deux premiers : ça fait drôle que la voix de Minase devienne beaucoup plus adulte et plus rauque d’un épisode à l’autre, d’autant plus que cette deuxième voix ne m’a pas paru très bien coller au personnage. Il me faisait l’effet d’un bûcheron en train d’agoniser. Et surtout parce que le doublage m’a souvent paru sonner faux dans les scènes de sexe, ce qui est d’autant plus gênant que les personnages n’arrêtent pas de parler, commentant les moindres de leurs gestes, ce qui donne des dialogues d’une niaiserie désespérante. J’aurais préféré qu’ils soient moins bavards.

Néanmoins, il y a tout de même plein de choses qui m’ont plu. J’ai beaucoup aimé les dessins, que j’ai trouvés fins et très jolis. J’aurais juste préféré que les personnages féminins aient des seins d’une taille normale, mais je crois que je demande l’impossible, là ! Point de détail, mais qui a son importance : j’ai aussi aimé la musique, qui colle bien à l’atmosphère de l’anime.

Le point essentiel à mes yeux est qu’il y a une histoire et qu’elle tient la route. Si certains détails m’ont paru incohérents comme je l’ai dit plus tôt, la trame d’ensemble est consistante. Elle ne sert pas seulement de décor aux scènes de sexes, ce sont elles qui, dans leur grande majorité, s’insèrent au contraire naturellement dans l’intrigue. Et la fin, qui est plus amusante et moins convenue que le dénouement que j’escomptais, me plaît bien et m’a heureusement surprise la première fois que j’ai regardé le dernier épisode.

Enfin, j’aime beaucoup cette atmosphère glauque et cette alliance entre sexe et magie noire. La série mélange le démoniaque et le sacré, le sexe et la mort, avec une touche de surnaturel et de romantisme, et cette recette est au final une belle réussite.

Read Full Post »

Une lycéenne reçoit une lettre d’un mystérieux soupirant. Elle décide de rentrer dans le jeu et une correspondance s’engage entre eux, qui enflamme ses sens. Bientôt, les échanges épistolaires ne suffisent plus à la jeune fille, qui souhaite rencontrer son amant toujours inconnu. Celui-ci accepte, mais à la condition que la jeune fille portera un bandeau à chacune de leurs rencontres.

 Jean-François Mopin est professeur d’anglais. S’il s’est essayé avec Le bandeau à la littérature érotique, il est également l’auteur de romans de science-fiction.

Le bandeau est paru en 2005, et je le regrette, car c’est un roman que j’aurais aimé lire quand j’avais l’âge de l’héroïne. Non pas que j’aurais aimé suivre le même parcours initiatique qu’elle, mais je pense que, à l’époque, j’aurais adoré ce roman et j’aurais beaucoup appris en le lisant. L’éventail des pratiques évoquées y est, en effet, très large, mais surtout j’aime beaucoup le message que l’auteur y fait passer : il est important d’ouvrir ses horizons et d’élever son esprit dans tous les domaines. Une sexualité variée et riche doit aller de pair avec une vie culturelle et intellectuelle tout aussi riche. Il accorde dans le roman une place importante à la littérature, la musique, l’art, la gastronomie, tous domaines susceptibles à mes yeux de générer des émotions sensuelles tout aussi bien que le sexe. Par ailleurs, je pense que j’aurais plus apprécié le roman il y a 20 ans qu’aujourd’hui, car je lui vois maintenant des défauts qui m’auraient sans doute échappé alors.

L’histoire, sorte de conte de fées à la sauce BDSM, le mystérieux amant étant l’incarnation du prince charmant dont rêvent les jeunes filles, en plus pervers, est en effet assez naïve et peu crédible. Je regrette que la jeune fille (aucun personnage n’a de nom dans ce roman) ne fasse pas plus d’efforts pour chercher à découvrir l’identité de son amant, qu’elle ne se pose pas plus de questions, et qu’elle se prête trop facilement à toutes les aventures dans lesquelles elle est entraînée. Je regrette que les parents ne s’interrogent pas plus que leur fille  et qu’ils soient d’un aveuglement assez étonnant à propos de ses activités. Et surtout l’héroïne est trop jeune et son apprentissage va beaucoup trop loin beaucoup trop vite. Puisque l’un des personnages est désigné comme « le Terminale », on peut supposer qu’elle est en seconde ou en première et n’a pas plus de 16-17 ans. Compte tenu de tout ce qu’on la voit explorer dans le roman, que lui restera-t-il à découvrir? De ce fait, la fin, que je trouve tout de même assez habile, ne m’a pas plu car je la trouve très négative. J’avais lu, il y a déjà 2-3 ans, que Jean-François Mopin envisageait d’écrire la suite du Bandeau et j’aurais été assez curieuse de voir comment il aurait fait évoluer son héroïne. 

En dépit de ces faiblesses, j’ai tout de même beaucoup aimé ce roman (que j’ai même relu) et je le classerais parmi mes préférés. L’écriture est fluide et très agréable. L’histoire, même si je la trouve naïve, est bien construite et a une certaine profondeur. Même si l’idée de base du mystérieux amant parfait est difficile à avaler, le scénario est fouillé et très cohérent. La dimension psychologique, à laquelle j’attache tant d’importance et dont je déplore régulièrement la légèreté ou l’absence, est tout aussi fouillée et cohérente. Le portrait de la jeune fille me semble très réussi. Tellement réussi que je la trouve à la fois agaçante et attendrissante : écervelée, trop malléable, elle me paraît aussi bourrée de certitudes que je pouvais l’être à son âge, et trop sûre d’elle. D’un point de vue littéraire, c’est un roman de qualité.

D’un point de vue érotique, j’ai pu éprouver une baisse d’intérêt par moments, du fait qu’il y a tout de même une certaine répétitivité dans les rencontres. Toutes les pratiques décrites ne m’ont pas plu et la dernière centaine de pages est trop orientée SM hard à mon goût. Néanmoins, j’ai apprécié la progressivité de l’apprentissage, qui est, là encore, logique et cohérente et j’ai apprécié la variété et la recherche de l’originalité des scènes de sexe. J’ai également aimé que l’atmosphère qui se dégage du roman soit à la fois torride et pleine de tendresse.

En bref, c’est un roman qui n’est pas dépourvu de faiblesses mais qui compense par de belles qualités et qui est agréable à lire, plutôt par petites touches que d’une seule traite, à mon avis, et que j’ai envie de recommander chaleureusement!

Cette relecture s’est fait dans le cadre d’une lecture commune avec Martial, qui est nettement moins enthousiaste!

Read Full Post »

Older Posts »