Feeds:
Articles
Commentaires

Posts Tagged ‘amour’

Chenda, partie au Japon dans le cadre d’un échange entre dessinateurs, est tombée amoureuse de Frédéric (Boilet –  auteur de Love hotel, Elles, L’épinard de Yukiko…). Fraise et Chocolat est une sorte de journal tenu par Chenda (Aurélia Aurita est un pseudonyme) de leur passion. Le deuxième tome reprend là où le premier – qu’il vaut mieux avoir lu d’abord – s’est arrêté : le premier tome couvrait la période d’octobre 2004 à janvier 2005, le second commence en janvier 2005 et va jusqu’en septembre de la même année. Il démarre en Europe, où Chenda accompagne Frédéric et la mangaka Kan Takahama dans leur tournée de dédicace pour l’album Mariko parade, avant de se poursuivre au Japon.

J’avais bien aimé le premier tome. Si ce n’était pas le chef d’oeuvre du siècle, sa fraîcheur m’avait plu et j’avais trouvé l’histoire jolie et romantique. Néanmoins j’ai traîné plus de 3 ans avant de lire le deuxième tome, les échos que j’avais eus à son propos m’inquiétant un peu. Et je l’ai nettement moins aimé… même si je me suis demandé si ces avis négatifs dont j’avais eu connaissance ne m’avaient pas influencée dans une certaine mesure.

Si, après avoir été quelque peu déroutée, j’avais fini par bien aimer le style de dessin dans le premier tome, je n’ai pas réussi à accrocher cette fois. Est-ce de l’autopersuasion? Est-ce que je deviens un peu plus exigeante à mesure que je lis des BDs? Est-ce parce que l’histoire ne me passionnait pas démesurément?

En effet, le fond est quelque peu différent. Le premier tome était uniquement centré sur le couple et parlait principalement de sexe. Ces nombreux passages érotiques illustraient et engendraient les nombreuses interrogations de Chenda à propos d’elle-même, de Frédéric, de l’amour, de leur relation, du possible avenir de celle-ci… Il est nettement moins question de sexe dans ce deuxième album, du moins dans la première moitié, et le couple s’ouvre sur l’extérieur : on voit Frédéric Boilet en tournée de dédicace pour un album qu’il a réellement écrit. Ainsi, si le premier tome avait une portée relativement universelle du fait des questions que se posait son auteur et des anecdotes qu’elle décrivait dans lesquelles les lecteurs pouvait se reconnaître, le deuxième tome parle d’un couple bien précis qui vit des choses que ne vivent pas forcément ses voisins. Je me suis donc sentie un peu voyeuse, comme si je regardais une émission de téléréalité, et ça m’a mis un peu mal à l’aise.

Par ailleurs, si elle aborde des thèmes qui auraient pu être intéressants, tels que sa position ambigue alors qu’elle accompagne Frédéric en Europe incognito ou le racisme d’un voisin japonais, elle se contente de décrire et de raconter les souvenirs que ça lui évoque, et reste dans un registre qui m’a semblé trop superficiel.

De la même façon, si les scènes érotiques du premier tome accompagnaient l’évolution de la relation et le questionnement intérieur de Chenda, celles du deuxième (qui risquent de laisser sur le carreau les lecteurs qui avaient été un peu effarouchés à la lecture du premier) me semblent relever beaucoup plus de l’anecdotique. Elles semblent plus s’apparenter à un catalogue des pratiques et fantasmes de la jeune femme qu’être le reflet de la façon dont leur relation vit, évolue et s’approfondit. De ce fait, l’intérêt m’a paru moindre. Ainsi, ses expériences pour tailler les légumes de manière à obtenir des plugs du diamètre adéquat ne m’ont pas particulièrement passionnée.

Je dirais que la lecture de ce deuxième tome est sympathique mais pas franchement indispensable, le premier étant plus percutant et plus universel.

Vous trouverez ma chronique du premier tome ici.

Fraise et chocolat
Aurélia Aurita
Les Impressions nouvelles
ou, en poche, chez
Pocket

Publicités

Read Full Post »

Mr

« Les caprices sont très sous-estimés pour la manière dont ils brûlent, comme un feu de paille, pour le manque de maturité qu’ils suggèrent; mais c’est oublier un peu vite quelle poussée vitale ils constituent, quel intense élan vers ce qui nous semble être plus beau. »

Ellie, 20 ans, est passionnée de littérature érotique. Apprenant qu’un collègue chirurgien de son oncle partage la même passion, elle le contacte via Facebook.  Après quelques échanges de mails puis de SMS enflammés, tous deux conviennent de se rencontrer. Dès les premières pages, on sait que l’histoire vécue avec cet homme marié qui pourrait être son père va se terminer mal. Mais, contrairement aux clichés, ce n’est pas l’homme mûr qui tombe fou amoureux de la petite jeune, c’est elle, à l’inverse, qui, sur la suggestion de Monsieur, écrit le récit de leur histoire, pour maintenir un lien avec cet homme qui, déjà lassé de sa passade, lui échappe.

Je vous avais fait part il y a quelque temps de mon enthousiasme à la lecture des premières pages de ce livre. Bien que je l’aie fait traîner aussi longtemps que j’ai pu, ne lisant que quelques pages chaque jour, il a malheureusement bien fallu que j’arrive un jour à la fin. Le livre a tenu ses promesses jusqu’au bout et je tiens là mon premier gros coup de coeur littéraire de l’année!

Même s’il m’a semblé logique d’en parler ici plutôt que sur l’autre blog, je ne le vois pas comme un roman érotique. C’est juste un roman. Un roman d’amour. Les scènes de sexe y sont, en fin de compte, peu nombreuses, situées plutôt au début du roman, et plutôt banales et répétitives dans les pratiques décrites. Mais, bon sang, ce que c’est bien écrit! Comme j’aimerais lire plus souvent de telles scènes! Cependant, si ce n’est pas un livre érotique, le sexe est omniprésent dans les préoccupations de la narratrice.

 Si je devais émettre une critique, ce serait que la deuxième partie du roman comporte quelques longueurs, et aurait gagné en vigueur à être un peu plus courte. C’est néanmoins le seul point négatif qui me vient à l’esprit.

J’avoue être totalement subjective concernant ce roman, car, bien que ma vie soit, à tous points de vue, infiniment moins dissolue que celle de la narratrice, je me suis pas mal retrouvée en elle et dans ses réflexions et préoccupations… et jusque dans le style de l’auteur qui mêle vocabulaire familier et langage soutenu comme j’aime à le faire avec mes proches. J’ai donc été beaucoup touchée par le livre et ai partagé les émotions de la narratrice, me sentant émoustillée lors du récit des débuts de leur relation et ayant la gorge serrée vers la fin du roman.

En même temps, je pense qu’il est assez facile de se reconnaître dans le roman et de se laisser toucher car, abstraction faite de la différence d’âge, nous avons sans doute tous plus ou moins vécu ce qu’elle décrit : l’amour qui nous fait magnifier l’autre et nous rend aveugle aux torts qu’il peut avoir envers nous, l’amour qui nous pousse à relancer l’autre, en dépit de notre fierté, qui nous fait vivre suspendus à l’attente d’un coup de fil ou d’un signe de vie…  Tout ceci est finement analysé et décortiqué. Mr est un livre intelligent et lucide. Et qu’est-ce que c’est bien écrit!

Et, évidemment, ce roman qui parle de littérature érotique très joliment et avec beaucoup de sensibilité n’a pu que m’inspirer des envies de lectures!

Emma Becker a annoncé, sur sa page Facebook, il y a déjà un moment, qu’elle travaillait à son second roman. Je vais en guetter la publication avec impatience. Quant à celui-ci, alors que les livres que j’ai terminés migrent en général dans ma bibliothèque chez mes parents, il va rejoindre les quelques ouvrages que je garde auprès de moi pour pouvoir en relire des passages de temps à autre.

Les curieux pourront trouver une interview de la jeune femme ici.

Je ne peux pas résister, pour terminer, à l’envie de citer « quelques » extraits. En fait, le choix a été rude parce que j’avais truffé mon livre de petits papiers au cours de ma lecture et que j’aurais presque eu envie de le copier en entier.

« Concernant ma théorie du vouvoiement; le mot « théorie » est peut-être un peu fort. Disons une esthétique du vouvoiement que j’ai développée en grandissant. A l’âge où j’ai commencé à m’intéresser aux hommes je me suis aperçue qu’il y avait dans le vouvoiement un charme très capiteux, une tension certaine qui rendait les rapports non pas solennels, comme vous l’avez dit, mais plutôt ambigus. Et le fait de conserver un certain temps cette politesse inutile fait du tutoiement un changement palpable. De plus le paradoxe lié au vouvoiement est savoureux; dire « Vous » dans certains contextes, est d’une rare indécence. »

 « Rends-moi service, il ne faut plus que tu aies pitié de moi. Si je ne t’obéis pas, même malgré moi, je n’irai nulle part, et j’arriverai à soixante ans sans avoir eu le moindre orgasme. Si on ne va nulle part, au moins qu’on aille là; sers-toi de moi, manipule-moi, modèle-moi, fais de moi une maîtresse parfaite, idéale. Je ne veux plus de cette sensualité sophistiquée pour feindre la gourmandise. Je ne veux plus de stratagèmes et de plans pour avoir l’air bandante – je veux retourner à une véritable sensualité primaire, enfantine, éhontée. Libère-moi. Je sais que tu en es capable. Je n’ai jamais rencontré quelqu’un qui en soit capable. Je n’ai jamais rencontré quelqu’un qui en soit plus capable que toi. Je suis sûre que si je ne jouis pas ça n’est que le fait d’un conditionnement imbécile que je me suis imposé moi-même. »

« C’est drôle, cette relation conflictuelle que j’ai toujours eue avec ma chatte, et Monsieur qui chaque fois semble tout à fait innocent de cela. Qu’est-ce qu’ils ont, tous, qui les pousse si irrésistiblement vers ça? Que voient-ils? Que peut-il y avoir de si passionnant dans ce que je regarde entre mes jambes? Deux lobes de chair tapissés d’un pelage brun, brillant, comme celui d’une loutre; on dirait la gueule d’un animal, barrée d’une large fente – et ces ondulations gracieuses, ces dentelles de l’amour dont parle Aragon, est-il possible que Monsieur les trouve aussi poétiques? Pourquoi suis-je incapable de voir autre chose qu’un excédent de chair? »

« Je ne suis jamais qu’une parenthèse dans la vie de Monsieur, et aussi accaparante ou passionnante que puisse être une parenthèse, après tout ça n’est jamais qu’un minuscule insert au milieu d’un texte déjà dense, une technique ornementale à laquelle on a recours lorsqu’il est impossible de rajouter une phrase de plus. »

« D’ailleurs, quel genre d’adolescence fabuleuse a-t-il connu pour avoir ainsi les cheveux gris et un tel appétit de tout? Car Monsieur en réalité choisit son âge tous les jours, entre quinze et trente-deux ans. Comme un adolescent, il s’emporte et se lasse vite, construire important relativement peu. Même marié et père de famille, même dans son habit de chirurgien, dans cette clinique retransformée en terrain de jeu par ses soins, Monsieur trépigne, bouillonne, tout en lui semble hurler je veux vivre, VIVRE – et les plaisirs qu’il s’accorde avec moi, ces heures que l’on dérobe au monde, font briller ses yeux d’adolescent arrivé par hasard dans un corps d’homme sage. »

« On s’était demandé, avec Babette, quelle question muette nous posaient les hommes pour que l’on répète Oui, Oui, Oui pendant l’amour. Comme il y a des questions oratoires, il y a des réponses strictement ornementales, qui n’assermentent et n’approuvent rien en particulier : le Oui qui naît à ce moment précis, de cette gorge précise, est une approbation totale – est l’Approbation même, son essence. Ca n’est pas dire Oui à des doigts ou à une queue, de toute façon interchangeables à merci, même s’ils sont l’axe de rotation de cet éphémère univers parallèle. C’est accepter en bloc un moment t, le plaisir, le sens véritable du fait d’être heureux, au-delà de toute ce qui se passe avant et après cet instant de grâce. Il n’y a rien d’autre à dire que Oui. C’est l’interjection qui résonne le plus fort, qui habille le mieux cette impression fragile et outrageusement puisante de complète liberté, d’amour inconditionnel. »

Mr
Emma Becker
Denoël

Read Full Post »

Quand Cupidon s’emmêle est le dernier d’une série de trois volumes, intitulée Les cinq sens d’Eros, regroupant l’oeuvre érotique de Giuseppe Manunta. Cette série publiée récemment aux éditions Tabou regroupe des histoires qui avaient initialement paru à la fin des années 90s.

Le volume qui m’occupe aujourd’hui regroupe 7 histoires courtes :

 – Cinéma maison : Une femme rentre chez elle en retard et se fait rabrouer par son mari, affalé devant la télé à attendre son dîner. Enervé par la tenue trop suggestive qu’elle porte, il la violente  jusqu’à ce que la scène soit interrompue par un « Coupez! »

La dernière séance : Une femme retrouve tous les mercredis son amant au cinéma. Celui-ci la pousse à se livrer dans la salle à des actes de plus en plus poussés avec d’autres spectateurs.

La journée extraordinaire : Une jeune femme sur le point de se marier veut vivre une journée extraordinaire, « de celles qui changent une vie » et satisfait toutes ses envies.

La loi de Murphy : Deux femmes s’aiment. Chacune décide de l’annoncer à son copain.

Génération avenir : Cette histoire futuriste se passe dans un monde dominé par les femmes, où les hommes ne sont laissés en vie que pour servir de reproducteurs.

Par le petit bout de la lorgnette : Pour sa nuit de noce, un jeune marié veut sodomiser sa femme, qui s’y refuse. Furieux, il part chercher ailleurs de quoi satisfaire ses envies, pendant que la jeune femme réfléchit et remet ses préjugés en question. Mais ce n’est pas un bon jour pour le mari…

Un verre de trop : A une fête, l’organisateur tente de faire une déclaration à une amie mais celle-ci ne l’écoute pas et choisit un autre homme. L’amoureux éconduit fait boire son rival pour le neutraliser.

Les dessins de Giuseppe Manunta sont très doux, tant dans le trait que dans les couleurs, ce qui leur donne un côté naïf. De ce fait… euh… j’aurais envie de dire que ça dédramatise le propos, mais l’expression n’est pas très appropriée. Disons simplement que c’est un mélange très réussi d’un fond plutôt pimenté et d’une forme soft, qui fait que le fond me semble plus accessible qu’il pourrait l’être avec un style de dessin différent.

Pour rester sur le fond, les thèmes des histoires ne sont pas d’une originalité renversante et les intrigues ne sont pas très fouillées. Il faut reconnaître néanmoins qu’il n’est pas facile de faire quelque chose de fouillé en 7 pages (la durée de chacune des histoires). De plus, il y a très clairement une volonté de l’auteur de raconter quelque chose qui se tienne, ce qui est louable. Giuseppe Manunta semble notamment avoir attaché de l’attention à ses chutes, y ménageant des rebondissements souvent humoristiques. Du fait de cette bonne volonté évidente, je suis d’autant plus incline à l’indulgence que certaines histoires m’ont amusée, en particulier Cinéma maison et Par le petit bout de la lorgnette.

L’album ne repose pas uniquement sur le sexe et sur l’humour. Il y est aussi beaucoup question de sentiments. L’auteur parle d’amour et de tendresse, à travers la mise en scène de différentes configurations de rapports homme-femme, de fantasmes et d’envies.

C’est pour moi une découverte sympathique et je compte bien poursuivre ma lecture de cette trilogie.

Giuseppe Manunta
Quand Cupidon s’emmêle
Editions Tabou

Read Full Post »

Une lycéenne reçoit une lettre d’un mystérieux soupirant. Elle décide de rentrer dans le jeu et une correspondance s’engage entre eux, qui enflamme ses sens. Bientôt, les échanges épistolaires ne suffisent plus à la jeune fille, qui souhaite rencontrer son amant toujours inconnu. Celui-ci accepte, mais à la condition que la jeune fille portera un bandeau à chacune de leurs rencontres.

 Jean-François Mopin est professeur d’anglais. S’il s’est essayé avec Le bandeau à la littérature érotique, il est également l’auteur de romans de science-fiction.

Le bandeau est paru en 2005, et je le regrette, car c’est un roman que j’aurais aimé lire quand j’avais l’âge de l’héroïne. Non pas que j’aurais aimé suivre le même parcours initiatique qu’elle, mais je pense que, à l’époque, j’aurais adoré ce roman et j’aurais beaucoup appris en le lisant. L’éventail des pratiques évoquées y est, en effet, très large, mais surtout j’aime beaucoup le message que l’auteur y fait passer : il est important d’ouvrir ses horizons et d’élever son esprit dans tous les domaines. Une sexualité variée et riche doit aller de pair avec une vie culturelle et intellectuelle tout aussi riche. Il accorde dans le roman une place importante à la littérature, la musique, l’art, la gastronomie, tous domaines susceptibles à mes yeux de générer des émotions sensuelles tout aussi bien que le sexe. Par ailleurs, je pense que j’aurais plus apprécié le roman il y a 20 ans qu’aujourd’hui, car je lui vois maintenant des défauts qui m’auraient sans doute échappé alors.

L’histoire, sorte de conte de fées à la sauce BDSM, le mystérieux amant étant l’incarnation du prince charmant dont rêvent les jeunes filles, en plus pervers, est en effet assez naïve et peu crédible. Je regrette que la jeune fille (aucun personnage n’a de nom dans ce roman) ne fasse pas plus d’efforts pour chercher à découvrir l’identité de son amant, qu’elle ne se pose pas plus de questions, et qu’elle se prête trop facilement à toutes les aventures dans lesquelles elle est entraînée. Je regrette que les parents ne s’interrogent pas plus que leur fille  et qu’ils soient d’un aveuglement assez étonnant à propos de ses activités. Et surtout l’héroïne est trop jeune et son apprentissage va beaucoup trop loin beaucoup trop vite. Puisque l’un des personnages est désigné comme « le Terminale », on peut supposer qu’elle est en seconde ou en première et n’a pas plus de 16-17 ans. Compte tenu de tout ce qu’on la voit explorer dans le roman, que lui restera-t-il à découvrir? De ce fait, la fin, que je trouve tout de même assez habile, ne m’a pas plu car je la trouve très négative. J’avais lu, il y a déjà 2-3 ans, que Jean-François Mopin envisageait d’écrire la suite du Bandeau et j’aurais été assez curieuse de voir comment il aurait fait évoluer son héroïne. 

En dépit de ces faiblesses, j’ai tout de même beaucoup aimé ce roman (que j’ai même relu) et je le classerais parmi mes préférés. L’écriture est fluide et très agréable. L’histoire, même si je la trouve naïve, est bien construite et a une certaine profondeur. Même si l’idée de base du mystérieux amant parfait est difficile à avaler, le scénario est fouillé et très cohérent. La dimension psychologique, à laquelle j’attache tant d’importance et dont je déplore régulièrement la légèreté ou l’absence, est tout aussi fouillée et cohérente. Le portrait de la jeune fille me semble très réussi. Tellement réussi que je la trouve à la fois agaçante et attendrissante : écervelée, trop malléable, elle me paraît aussi bourrée de certitudes que je pouvais l’être à son âge, et trop sûre d’elle. D’un point de vue littéraire, c’est un roman de qualité.

D’un point de vue érotique, j’ai pu éprouver une baisse d’intérêt par moments, du fait qu’il y a tout de même une certaine répétitivité dans les rencontres. Toutes les pratiques décrites ne m’ont pas plu et la dernière centaine de pages est trop orientée SM hard à mon goût. Néanmoins, j’ai apprécié la progressivité de l’apprentissage, qui est, là encore, logique et cohérente et j’ai apprécié la variété et la recherche de l’originalité des scènes de sexe. J’ai également aimé que l’atmosphère qui se dégage du roman soit à la fois torride et pleine de tendresse.

En bref, c’est un roman qui n’est pas dépourvu de faiblesses mais qui compense par de belles qualités et qui est agréable à lire, plutôt par petites touches que d’une seule traite, à mon avis, et que j’ai envie de recommander chaleureusement!

Cette relecture s’est fait dans le cadre d’une lecture commune avec Martial, qui est nettement moins enthousiaste!

Read Full Post »

Erich von Götha, de son vrai nom Robin Ray, est né à Londres en 1924. Après avoir étudié la peinture dans une école d’art, il s’est orienté vers le design et l’illustration. Il a commencé à faire des BDs érotiques dans les années 70s, pour le magazine Torrid. Parmi les dessinateurs qui ont participé à Torrid, on peut citer Paula Meadows, qui est l’épouse d’Erich von Götha et avec qui il a occasionnellement collaboré. Travaillant sous divers pseudonymes, il a commencé à être publié en albums dans les années 80s. En parallèle à son oeuvre en tant qu’illustrateur de bandes dessinées, il continue à peindre et à dessiner.

Twenty, qui se divise en 3 volumes, a été commencée en 1997. L’édition qu’on peut trouver le plus couramment (et que j’ai) est celle des Editions Dynamite, en 2 albums, l’un qui regroupe Twenty 1 et Twenty 2, et l’autre pour Twenty 3.

La BD a pour origine un scénario qu’on avait proposé à Erich von Götha, qui ne lui avait que moyennement plu et qui ne s’est jamais concrétisé. Il en a gardé l’idée d’une BD qui aurait pour cadre une école de filles. Dans l’interview qui conclut le volume de Twenty 1 & 2, il déclare également s’être inspiré d’un couple d’amis.

Twenty est une utopie : l’histoire démarre en 2018, après la « révolution sexuelle de l’ère post-SIDA ». L’auteur a imaginé un monde dans lequel la libération sexuelle des années 70s aurait pu complètement s’accomplir, le spectre des maladies sexuellement transmissibles ayant disparu. En effet, dans le monde de Twenty, se faire implanter une « micro-spirale » protège à la fois des MST et des grossesses non désirées. L’idéal? Sans doute… mais d’un point de vue masculin. La révolution imaginée par Erich von Götha me semble en effet bien sexiste. Les femmes, bien souvent plus qu’à demi-nues au milieu d’hommes généralement habillés (c’est bien connu, les hommes sont frileux…) sont invitées, selon la bonne parole de sainte Emmanuelle Arsan (si si!), à se tenir à la disposition des hommes (il y en a rarement un seul à la fois) qui manifestent leur désir pour elles et à se plier à leurs fantaisies. Je suis un peu méchante, car l’amour, le couple et la notion de plaisir partagé occupent une place essentielle dans la BD, mais c’est tout de même à peu près ça, et je n’ai pas réussi à être suffisamment captivée par l’histoire pour ne pas être hérissée par cette vision très masculine. A ce stade, il est peut-être utile de préciser que j’avais déjà lu cette BD il y a un petit moment, et que j’aurais sans doute été plus indulgente si j’avais rédigé ce billet après ma première lecture. 

Venons-en à l’histoire… Dans le premier volume, Twenty, qui doit son prénom au fait qu’elle est née le dernier jour du 20e siècle, entre dans une école d’éducation sexuelle d’un genre assez particulier puisqu’elle est très orientée sur les exercices pratiques. Twenty, qui sort d’une école de religieuses et est complètement novice en la matière, va rapidement se révéler très douée. Très vite, elle rencontre un homme dont elle tombe amoureuse et qu’elle épouse. Ce mari, Gilbert, l’entraîne dans toutes sortes de turpitudes, mais ses intentions ne semblent pas des plus honnêtes.
Twenty 2 est centré sur Sally, la cousine de Twenty. Cette jeune femme pudique a une approche très traditionnelle de la sexualité. Son mari, qui souhaiterait que leur couple soit beaucoup plus libre, se fait aider de leur nouveau voisin et de Twenty pour décontracter Sally. C’est évidemment un doux euphémisme…
Dans Twenty 3, enfin, on retrouve Twenty et Sally et… je n’en dirai pas plus de crainte de révéler trop de choses, le scénario de la série tenant allègrement sur une feuille de papier à cigarette… Oui, je vais encore être méchante…
Il y a tout de même un certain nombre de points positifs dans cette BD. Erich von Götha est réputé pour la qualité et le soin de ses dessins, et sa façon de les colorer, inspirée des maîtres du 18e siècle. J’ai beaucoup aimé la façon, superbe, dont il dessine les femmes. Beaucoup sont coiffées de chignons qui m’évoquent les années 50s, ce qui leur fait un port très gracieux et leur confère une certaine allure. C’est d’ailleurs étonnant que, dans cette BD qui est tout de même franchement pornographique, ce qui caractérise le plus les femmes est la grâce des courbes, des mouvements, des traits du visage. Pour ce qui est des personnages masculins… dans l’ensemble, de corps, ils ne sont pas mal foutus… Deux ou trois ont une tête potable… mais, à mon grand désespoir, j’ai eu l’impression que l’auteur s’en fichait un peu. J’ai même noté que, dans un certain nombre de dessins, si les visages féminins étaient dessinés avec soin, certains visages masculins semblaient simplement esquissés, comme bâclés. J’ai par ailleurs été très surprise, moi qui m’y connaît très peu en dessin, de tiquer par moments parce que l’une des héroïnes avait un visage différent sur certaines images, ou parce que des bouts de jambes ou autres membres semblaient bizarrement faits.
Par ailleurs, il y a dans l’histoire de bonnes idées. J’ai bien aimé les clins d’oeil que l’auteur se fait à lui-même et l’intervention dans Twenty d’une autre de ses BDs, Les malheurs de Janice, dont je vous parlerai dans les prochains jours. Si la psychologie de Twenty n’est pas crédible une seconde (dans Twenty 1, j’ai vraiment eu l’impression que l’héroïne était une évaporée avec un pois chiche en guise de cerveau), celle de Sally, en revanche, est plus travaillée et plus crédible. Ce qui fait que Twenty 1 est le moins intéressant des trois.
Au niveau des scènes de sexe, il y a aussi quelques idées intéressantes. Le problème, c’est qu’il n’en fait rien. Les scènes de sexe s’enchaînent, beaucoup trop rapidement à mon goût. Il ne prend le temps de rien développer. On assiste donc la plupart du temps à des scènes d’orgies assez banales qui se succèdent. Malheureusement, voir des gens copuler ne me passionne pas franchement, s’il n’y a rien de plus que ça. Avec un scénario aussi peu crédible, pas de dimension psychologique et assez peu de tension sexuelle, j’ai du mal à rentrer dans l’histoire. Je n’arrive pas, parce qu’il est question d’érotisme, à mettre mes neurones en roue libre… et je ne vois d’ailleurs pas pourquoi je devrais le faire et me montrer moins exigeante sur la qualité que pour des livres ou des BDs classiques. Par ailleurs, comme je l’ai dit, l’utopie mise en scène dans Twenty me semble correspondre à un idéal très masculin et j’ai l’impression que la BD met en scène des fantasmes tout aussi masculins, qui ne me parlent pas forcément. Si bien que, s’il y a des passages qui m’ont bien plu, j’avoue qu’il y en a d’autres sur lesquels je suis passée assez rapidement et que, par moments, je me suis un peu ennuyée.
  

Read Full Post »

Kyoichi Otomo est un trentenaire, marié. Il découvre un beau jour que sa femme a demandé une enquête sur ses aventures extra-conjugales. Le détective chargé de cette mission n’est autre que Wataru Imagasé, un ancien copain de fac de Kyoichi, qui accepte de faire disparaître les preuves qu’il a trouvées en échange d’un baiser… un peu poussé. Malheureusement, les choses se compliquent rapidement pour Kyoichi : sa femme demande malgré tout le divorce et Imagasé lui avoue avoir toujours été amoureux de lui, ce qui perturbe grandement Kyoichi, qui est farouchement hétéro. 

Le scénario de ce manga de Setona Mizushiro (également connue en France pour L’infirmerie après les cours, Black rose Alice ou Heartbroken chocolatier) est classique et pas excessivement original. Il est vrai que les yaoi brillent rarement par leur originalité… Mais ce qui est intéressant et qui fait que ce manga mérite d’être lu, c’est que la mangaka se permet de jouer un peu avec les codes du genre et s’intéresse surtout à l’aspect psychologique. En effet, Kyoichi est l’aîné, il a une vie plus posée, semble avoir plus de maturité, on s’attendrait normalement à ce qu’il soit le seme (dominant) sans la relation. Mais Kyoichi est un être faible. C’est un homme qui a beaucoup de succès auprès des femmes mais a toujours été quitté car il se contente de suivre, il ne sait pas dire non, ne prend pas d’initiatives, et rejette la responsabilité de ses actes sur les autres. Imagasé, en revanche, même si la façade craque par moments, donne l’image de quelqu’un de calme, de sûr de lui, sûr de son amour. Sans rien demander, Imagasé attend beaucoup de Kyoichi et le fait douter de lui-même. On suit donc Kyoichi qui se débat dans ses hésitations et ses incertitudes. Toute la question est : sera-t-il capable d’évoluer, de sortir de sa coquille et de prendre des initiatives? 

Censé au départ être un one-shot, Le jeu du chat et de la souris est désormais pourvu d’une suite et, même si la série est annoncée comme terminée, je ne serais pas étonnée, au vu de la façon dont le deuxième tome se termine, qu’elle soit un jour prolongée par un troisième. Je crois que j’ai encore plus aimé le deuxième tome. En effet, comme le premier, il est toujours pas mal axé sur la psychologie des personnages, qui sont assez fouillés. Et je trouve que c’est plutôt bien fait. 

J’ajouterai que le ton n’est pas sombre pour autant et qu’il y a des petites touches d’humour de ci de là. J’ai bien aimé le dessin, les personnages sont attrayants mais pas trop androgynes comme c’est parfois le cas. Les scènes érotiques sont agréables et un peu pimentées sans être franchement crues.

Le jeu du chat et de la souris
Setona Mizushiro
Editions Asuka
Collection Boy’s love
2 volumes (série terminée)
Réservé à un public averti

Read Full Post »

José Frèches est un auteur sur lequel j’avais beaucoup de préjugés et pourtant après avoir lu quelque passage de son dernier roman dans une librairie j’ai fait fi de mes a priori. Ce roman ne fait pas partie d’une saga. Il se présente presque sous la forme d’un conte dont l’érotisme serait le coeur. Nous sommes plongés dans la Chine du XVIème siècle : visions taoïste et confucianiste s’opposent. Nous suivons le destin de différents personnages qui sont en quête de plaisir.

Droit Devant entre  dans sa dix-huitième année, il débute tout juste sa vie sexuelle. Il est le fils de  Rocher Impérissable, un « pinceau rouge , fonctionnaire de l’empereur dont la mission consiste à relater des prouesses sexuelles du monarque vieillissant dont la vigueur décline. Lune Rousse est une des prostituées de la « « dont est issue également Yadil, jeune Mauresque qui parvient à gagner les faveurs de l’empereur. Senteur Douce est issue d’une longue lignée de prostituées, elle n’a jamais connu le plaisir suite à une première expérience ratée. Trois Marches est un jeune éphèbe qui vend son corps rêve de triolisme afin d’atteindre le plaisir suprême décrit dans un manuel trouvé chez un ermite taoïste. Fine Fleur sort tout juste d’un monastère bouddhiste, elle est la fille d’Exhaustivité du Savoir écrivain à la double plume (pièces moralisatrices d’une part, textes licencieux d’autre part). Tous ses personnages sont en quête de bonheur à travers le plaisir charnel. Ils vont tous vouloir emprunter des voies différentes pour finalement s’unir dans un destin commun.

Les scènes érotiques sont très belles et font partie intégrantes de l’intrigue. Elles ont été assez inhabituelles pour moi car elles utilisent des métaphores très imagées et poétiques en même temps. Cela confère aux scènes charnelles une dimension très onirique. Dans le livre « Tiges de Jade »,  «  Branche Fleurie » entrent dans des « Ravines enchantées », des  « Vallées des Roses » recouverte de « Rosée Désirable » ou de « Bruine Subtile » afin de réaliser un « Nuage et Pluie » parfait finissant dans un « Divin Tremblement de Terre de la Montagne Sacrée ».  Outre cette dimension poétique donnée aux scènes de sexe qui n’en demeurent pas moins explicites, il est également fait référence à la dimension spirituelle : union du Yin et du Yang au cours de laquelle l’homme peut enrichir son souffle vital : le Qi. Deux philosophies s’opposent : le taoïsme qui cherche le bonheur terrestre et l’austère confucianisme plein de contradictions. J’aurai aimé que cet aspect soit plus approfondi.

Les ressorts de l’intrigue sont assez prévisibles mais peu importe : la lecture de ce livre m’a très souvent fait sourire car l’humour n’y est pas non plus absent, les pages se lisent rapidement et procurent un moment de détente exotique agréable.  En tout cas cela m’a donné envie de regarder du côté des livres chinois érotiques et du taoïsme dont vous aurez certainement des nouvelles dans les mois à venir (et oui, ma PAL grandit à vue d’œil ces derniers temps il va falloir être patient)….

Vous pouvez lire l’introduction de ce roman ici

Les Dix Mille Désirs de l’Empereur

José Frèches

chez Pocket

Read Full Post »

Older Posts »