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Posts Tagged ‘adultère’

Si le nom de Georges Lévis ne vous est pas familier, ses dessins vous rappelleront cependant forcément des souvenirs, pour peu que vous ayez grandi dans les années 70s. En effet, ce monsieur, de son vrai nom Jean Sidobre, fut l’illustrateur de la célèbre série le Club des cinq.

Cette édition regroupe l’intégralité des aventures de Liz et Beth, qui commencèrent à paraître dans la revue Multi en 1975 et dont la publication se poursuivit sur divers supports jusqu’en 1993. L’histoire peut se résumer en deux mots : Annie et Claude ont grandi, sont devenues nymphomanes et évoluent dans un monde où les gens qu’elles rencontrent ne pensent qu’au sexe! Du fait que leurs aventures étaient publiées en feuilletons, les différents épisodes sont très courts, et donc assez abracadabrants.

Néanmoins, alors que si Liz & Beth avait eu un autre auteur, j’aurais sans doute encore ronchonné contre la faiblesse du scénario… et accessoirement contre les tendres sentiments qui unissent Liz, la blonde, une douce divorcée, et Beth, la brune, dotée d’une forte personnalité et d’un mari ouvert d’esprit, j’ai, pour une fois, apprécié ma lecture de cette BD, pour plusieurs raisons.

Déjà, je suis fan de ses dessins depuis que je suis petite, et donc, son style pour ces aventures érotiques étant identique à celui des illustrations du Club des cinq, pas très objective. Et j’apprécie qu’il soigne autant ses dessins d’hommes que de femmes, chose trop rare à mon goût! D’autre part, si les intrigues sont peu crédibles, elles sont néanmoins construites et cohérentes. Par ailleurs, j’ai aisément pardonné leur rôle de prétexte à toutes sortes de situations sexuelles exotiques, parce que Georges Lévis y a instillé de l’humour, de l’esprit et des allusions amusantes. Ainsi, par exemple, Beth prête à Liz le journal intime de son aïeule Sophie, enfant souvent punie pour ses bêtises, dans lequel elle raconte son initiation sexuelle avec son cousin Paul.

Dans les différentes aventures que vivent Liz et Beth en ville, à la campagne ou dans des pays exotiques, il y a des éléments qui reviennent souvent, comme des marottes de l’auteur :

– le saphisme… et accessoirement le recours à des godes-ceintures

– les matrones à l’air sévère qui initient des adolescents aux choses du sexe, au besoin en recourant au chantage ou à la contrainte. Ce n’est pas l’aspect que j’ai préféré, même si l’auteur le traite d’une façon qui ne fait malsaine mais est, au contraire, plutôt attrayante.

– les héroïnes portent toujours de la lingerie sophistiquée. Elles me font, dans l’ensemble, penser à des élégantes des années 50s bien plutôt qu’à des femmes des années 80s, même s’il leur arrive de porter des strings. Porte-jarretelles et bas sont de rigueur. Soutien-gorges, guépières et petites culottes sont magnifiques. J’avais pratiquement envie de foncer dans un magasin de lingerie à chaque page!

– les fessées, nombreuses et variées, données et reçues par des hommes ou des femmes dans des circonstances diverses, mais souvent appétissantes!

Moi qui ai du mal à trouver mon bonheur en matière de BD, j’ai été charmée par ce gros album (plus de 300 pages), léger, plaisant et raffiné. J’ai bien envie de découvrir le reste de sa production et ai déjà rajouté un autre titre de lui à ma LAL.

Liz & Beth
G. Lévis
Editions Delcourt

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Le brouillon de ce billet traîne dans mon ordinateur depuis avant la naissance de ce blog. Alias et moi avions lu, par hasard, le roman quasiment en même temps, et nous avions rédigé un brouillon chacune, afin de déterminer lequel nous posterions ou si nous les fondrions en un avis à quatre mains. En effet, notre ressenti, comme pour la plupart de nos lectures, était similaire, ce qui m’avait rassurée, car il est quelque peu dissonnant par rapport au concert de louanges qu’on peut généralement lire à propos de Françoise Rey. Je ne me sens aucune envie de relire La femme de papier, et ce que j’avais alors couché sur le papier correspond bien au souvenir que le roman m’a laissé. Je vous le livre donc tel quel.

Une liaison banale et sexuellement insatisfaisante pour les deux partenaires est sur le point de s’achever.

« Quel bizarre sursaut – tristesse soudaine et sans doute déjà clairvoyante de te perdre sans rien tenter, ou bien orgueil de te montrer que, sur le papier au moins, je savais faire preuve d’audace ? -, quel bizarre et impudique sursaut me poussa à te proposer, puis à t’écrire cette première lettre ? »

A la demande de l’homme, d’autres lettres suivent cette première épître, allumant un désir qui avait été jusque-là bien tiède entre les deux amants. Puis, très vite, les actes prennent le relais des mots.

La femme de papier, publié en 1989, est le premier roman écrit par Françoise Rey. Professeur de français, elle s’est mise à l’écriture à la suite d’une période difficile dans sa vie privée.

Françoise Rey manie la plume avec une aisance incroyable. Elle a un talent époustouflant pour jouer avec les mots. Elle parcourt avec facilité, fluidité, et, souvent, une bonne dose de malice, le champ lexical du fantasme ou de la métaphore autour duquel est construit chaque chapitre, jouant avec les sens propre et figuré des mots, avec les registres de langage. Si les idées de base de certains chapitres sont plutôt classiques, d’autres sont originales ou poétiques. Certains sont mêmes totalement cocasses, tel le chapitre dans lequel la narratrice rencontre un obstétricien.

Du fait de ces nombreuses qualités, ma déception n’a été que plus grande à la lecture de ce livre, qui me laisse une sensation de gâchis. Les débuts de plus d’un chapitre m’ont paru très prometteurs, mais il n’y a pas ne serait-ce qu’un seul chapitre qui m’ait plu dans sa totalité et j’étais bien souvent déçue en arrivant à la fin. Ce qui m’a dérangée, et là je suis totalement subjective, c’est le vocabulaire employé. Dans beaucoup de chapitres, il arrivait un moment où les mots utilisés me donnaient une impression de saleté, de laideur, de vulgarité même, par moments. Je ne parle pas ici des mots crus. Il ne me dérangent pas et peuvent, au contraire, dans certains contextes, apporter quelque chose. Je parle d’une connotation que je percevais. De plus, ces jeux systématiques avec les champ sémantiques m’ont paru redondants et tourner à l’exercice de style. J’en suis arrivée à avoir le sentiment qu’ils étaient plus là pour faire de l’esbrouffe et faire la démonstration des talents littéraires de l’auteur que pour apporter quelque chose au texte, que ce soit sur le plan du sens ou celui de l’esthétique.

D’autre part, j’ai trouvé qu’elle n’exploitait pas suffisamment les idées qu’elle avait : plusieurs fois, j’ai regretté qu’elle parte d’une idée originale, et finalement n’en fasse rien et retombe dans des actes sexuels d’une grande banalité. Le chapitre qui m’a le plus laissé une sensation de gâchis est celui dans lequel l’amant surprend la narratrice, la «femme de papier », en train d’écrire et entreprend de dessiner sur son corps. Ce chapitre se termine en un viol affreux. Pour ces raisons, non seulement je n’ai été émoustillée à aucun moment de la lecture du livre, mais j’ai même dû me forcer un peu pour le terminer.

Le dernier point qui m’a gênée, ce sont les relations entre les deux amants. Le dernier chapitre éclaire à cet égard toute la lecture du roman, et je me demande dans quelle mesure la situation vécue par l’auteur a influé sur cet aspect, mais, au cours de ma lecture, ça m’a laissé une drôle d’impression. La tendresse semble absente de leur relation… ou plutôt non, la narratrice fait tout ce qu’elle peut pour la refouler au plus profond d’elle. Dans la relation entre ces deux personnages, ce n’est pas le sexe mais l’amour qui est obscène. On assiste tout au long du livre à une lutte de pouvoir, à l’affrontement de deux volontés, chacun faisant, à la première occasion, payer à l’autre de lui avoir cédé. Leur relation semble être juste du sexe pour le sexe, et c’est affreusement triste. Même après avoir lu les dernières pages et avoir revisité mentalement l’ensemble du roman sous le nouvel angle apporté, je trouve tout de même cette histoire très triste.

Il faudrait sans doute que je lise d’autres ouvrages de Françoise Rey pour me faire une meilleure idée de son œuvre mais je n’en ai, pour l’instant, pas la moindre envie.

La femme de papier
Françoise Rey
Editions Pocket

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Mr

« Les caprices sont très sous-estimés pour la manière dont ils brûlent, comme un feu de paille, pour le manque de maturité qu’ils suggèrent; mais c’est oublier un peu vite quelle poussée vitale ils constituent, quel intense élan vers ce qui nous semble être plus beau. »

Ellie, 20 ans, est passionnée de littérature érotique. Apprenant qu’un collègue chirurgien de son oncle partage la même passion, elle le contacte via Facebook.  Après quelques échanges de mails puis de SMS enflammés, tous deux conviennent de se rencontrer. Dès les premières pages, on sait que l’histoire vécue avec cet homme marié qui pourrait être son père va se terminer mal. Mais, contrairement aux clichés, ce n’est pas l’homme mûr qui tombe fou amoureux de la petite jeune, c’est elle, à l’inverse, qui, sur la suggestion de Monsieur, écrit le récit de leur histoire, pour maintenir un lien avec cet homme qui, déjà lassé de sa passade, lui échappe.

Je vous avais fait part il y a quelque temps de mon enthousiasme à la lecture des premières pages de ce livre. Bien que je l’aie fait traîner aussi longtemps que j’ai pu, ne lisant que quelques pages chaque jour, il a malheureusement bien fallu que j’arrive un jour à la fin. Le livre a tenu ses promesses jusqu’au bout et je tiens là mon premier gros coup de coeur littéraire de l’année!

Même s’il m’a semblé logique d’en parler ici plutôt que sur l’autre blog, je ne le vois pas comme un roman érotique. C’est juste un roman. Un roman d’amour. Les scènes de sexe y sont, en fin de compte, peu nombreuses, situées plutôt au début du roman, et plutôt banales et répétitives dans les pratiques décrites. Mais, bon sang, ce que c’est bien écrit! Comme j’aimerais lire plus souvent de telles scènes! Cependant, si ce n’est pas un livre érotique, le sexe est omniprésent dans les préoccupations de la narratrice.

 Si je devais émettre une critique, ce serait que la deuxième partie du roman comporte quelques longueurs, et aurait gagné en vigueur à être un peu plus courte. C’est néanmoins le seul point négatif qui me vient à l’esprit.

J’avoue être totalement subjective concernant ce roman, car, bien que ma vie soit, à tous points de vue, infiniment moins dissolue que celle de la narratrice, je me suis pas mal retrouvée en elle et dans ses réflexions et préoccupations… et jusque dans le style de l’auteur qui mêle vocabulaire familier et langage soutenu comme j’aime à le faire avec mes proches. J’ai donc été beaucoup touchée par le livre et ai partagé les émotions de la narratrice, me sentant émoustillée lors du récit des débuts de leur relation et ayant la gorge serrée vers la fin du roman.

En même temps, je pense qu’il est assez facile de se reconnaître dans le roman et de se laisser toucher car, abstraction faite de la différence d’âge, nous avons sans doute tous plus ou moins vécu ce qu’elle décrit : l’amour qui nous fait magnifier l’autre et nous rend aveugle aux torts qu’il peut avoir envers nous, l’amour qui nous pousse à relancer l’autre, en dépit de notre fierté, qui nous fait vivre suspendus à l’attente d’un coup de fil ou d’un signe de vie…  Tout ceci est finement analysé et décortiqué. Mr est un livre intelligent et lucide. Et qu’est-ce que c’est bien écrit!

Et, évidemment, ce roman qui parle de littérature érotique très joliment et avec beaucoup de sensibilité n’a pu que m’inspirer des envies de lectures!

Emma Becker a annoncé, sur sa page Facebook, il y a déjà un moment, qu’elle travaillait à son second roman. Je vais en guetter la publication avec impatience. Quant à celui-ci, alors que les livres que j’ai terminés migrent en général dans ma bibliothèque chez mes parents, il va rejoindre les quelques ouvrages que je garde auprès de moi pour pouvoir en relire des passages de temps à autre.

Les curieux pourront trouver une interview de la jeune femme ici.

Je ne peux pas résister, pour terminer, à l’envie de citer « quelques » extraits. En fait, le choix a été rude parce que j’avais truffé mon livre de petits papiers au cours de ma lecture et que j’aurais presque eu envie de le copier en entier.

« Concernant ma théorie du vouvoiement; le mot « théorie » est peut-être un peu fort. Disons une esthétique du vouvoiement que j’ai développée en grandissant. A l’âge où j’ai commencé à m’intéresser aux hommes je me suis aperçue qu’il y avait dans le vouvoiement un charme très capiteux, une tension certaine qui rendait les rapports non pas solennels, comme vous l’avez dit, mais plutôt ambigus. Et le fait de conserver un certain temps cette politesse inutile fait du tutoiement un changement palpable. De plus le paradoxe lié au vouvoiement est savoureux; dire « Vous » dans certains contextes, est d’une rare indécence. »

 « Rends-moi service, il ne faut plus que tu aies pitié de moi. Si je ne t’obéis pas, même malgré moi, je n’irai nulle part, et j’arriverai à soixante ans sans avoir eu le moindre orgasme. Si on ne va nulle part, au moins qu’on aille là; sers-toi de moi, manipule-moi, modèle-moi, fais de moi une maîtresse parfaite, idéale. Je ne veux plus de cette sensualité sophistiquée pour feindre la gourmandise. Je ne veux plus de stratagèmes et de plans pour avoir l’air bandante – je veux retourner à une véritable sensualité primaire, enfantine, éhontée. Libère-moi. Je sais que tu en es capable. Je n’ai jamais rencontré quelqu’un qui en soit capable. Je n’ai jamais rencontré quelqu’un qui en soit plus capable que toi. Je suis sûre que si je ne jouis pas ça n’est que le fait d’un conditionnement imbécile que je me suis imposé moi-même. »

« C’est drôle, cette relation conflictuelle que j’ai toujours eue avec ma chatte, et Monsieur qui chaque fois semble tout à fait innocent de cela. Qu’est-ce qu’ils ont, tous, qui les pousse si irrésistiblement vers ça? Que voient-ils? Que peut-il y avoir de si passionnant dans ce que je regarde entre mes jambes? Deux lobes de chair tapissés d’un pelage brun, brillant, comme celui d’une loutre; on dirait la gueule d’un animal, barrée d’une large fente – et ces ondulations gracieuses, ces dentelles de l’amour dont parle Aragon, est-il possible que Monsieur les trouve aussi poétiques? Pourquoi suis-je incapable de voir autre chose qu’un excédent de chair? »

« Je ne suis jamais qu’une parenthèse dans la vie de Monsieur, et aussi accaparante ou passionnante que puisse être une parenthèse, après tout ça n’est jamais qu’un minuscule insert au milieu d’un texte déjà dense, une technique ornementale à laquelle on a recours lorsqu’il est impossible de rajouter une phrase de plus. »

« D’ailleurs, quel genre d’adolescence fabuleuse a-t-il connu pour avoir ainsi les cheveux gris et un tel appétit de tout? Car Monsieur en réalité choisit son âge tous les jours, entre quinze et trente-deux ans. Comme un adolescent, il s’emporte et se lasse vite, construire important relativement peu. Même marié et père de famille, même dans son habit de chirurgien, dans cette clinique retransformée en terrain de jeu par ses soins, Monsieur trépigne, bouillonne, tout en lui semble hurler je veux vivre, VIVRE – et les plaisirs qu’il s’accorde avec moi, ces heures que l’on dérobe au monde, font briller ses yeux d’adolescent arrivé par hasard dans un corps d’homme sage. »

« On s’était demandé, avec Babette, quelle question muette nous posaient les hommes pour que l’on répète Oui, Oui, Oui pendant l’amour. Comme il y a des questions oratoires, il y a des réponses strictement ornementales, qui n’assermentent et n’approuvent rien en particulier : le Oui qui naît à ce moment précis, de cette gorge précise, est une approbation totale – est l’Approbation même, son essence. Ca n’est pas dire Oui à des doigts ou à une queue, de toute façon interchangeables à merci, même s’ils sont l’axe de rotation de cet éphémère univers parallèle. C’est accepter en bloc un moment t, le plaisir, le sens véritable du fait d’être heureux, au-delà de toute ce qui se passe avant et après cet instant de grâce. Il n’y a rien d’autre à dire que Oui. C’est l’interjection qui résonne le plus fort, qui habille le mieux cette impression fragile et outrageusement puisante de complète liberté, d’amour inconditionnel. »

Mr
Emma Becker
Denoël

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Voilà déjà un bon moment que j’avais repéré ce magazine en kiosque. Je ne m’étais pas risquée jusque-là à aller y voir de plus près car, paradoxalement, les magazines littéraires m’ennuient profondément en règle générale. J’étais néanmoins intriguée par la petite formule qui figure sous le titre « L’actualité par les livres du monde ». Le thème du dernier numéro m’a poussée à franchir le pas et je ne le regrette pas du tout, car j’en ai trouvé la lecture passionnante et très instructive, et je compte désormais suivre la revue si elle aborde des thèmes qui m’intéressent.

Bien plus qu’à un magazine littéraire, Books m’a fait penser à Courrier International. La façon de procéder est, en effet, identique : ce numéro spécial est une compilation d’articles de différents pays. La différence, c’est que les articles ici traduits et reproduits sont exclusivement des critiques de livres. Ces articles étant très longs (3 à 6 pages), ils font largement plus que donner un avis sur un livre. Soit ils en constituent une synthèse ou une critique, soit ils débordent largement sur le sujet. Ils sont donc très riches d’un point de vue informatif.

Les sujets traités sont très variés, la sexualité étant abordée sous de nombreux aspects, mais j’ai ressenti néanmoins une certaine cohérence dans l’ordre de présentation des articles. La variété des thèmes touche aussi bien à l’aspect géographique (cela va des concubines en Chine au proxénétisme au Canada en passant par un historique de l’homosexualité et de sa perception en Iran), qu’à l’aspect temporel (on voyage de la Grèce antique et la place qu’y occupait l’homosexualité aux réflexions contemporaines sur le polyamour en passant par les méthodes de travail de Masters et Johnson dans  les années cinquante) ou qu’aux différentes pratiques – ou absences de pratique (la revue traite de l’asexualité au Japon, du rejet du coït par une féministe américaine dans les années 70s, de la masturbation, de l’érotisme dans la littérature arabe féminine contemporaine). Pour vous faire une meilleure idée du contenu du magazine, vous pouvez en consulter le sommaire et lire le début des articles sur son site, ici. Je précise que, bien que les sujets abordés soient quelquefois un peu « techniques », les articles sont d’un accès aisé et ne sont pas ennuyeux, loin de là!

 Ceux qui me lisent régulièrement se souviendront peut-être que, dans mon billet posté il y a quelques jours sur L’éloge de la masturbation de Philippe Brénot, j’avais été, une fois de plus, assez casse-pieds, lui reprochant d’être trop véhément à l’égard des détracteurs de la masturbation et pensant qu’il était possible que ça ait pu nuire à la rigueur et à l’objectivité de ses recherches. Comme je ne maîtrise pas du tout le sujet, il ne s’agissait là que d’une impression dont j’ignorais si elle était fondée ou non, si bien que, après coup, j’avais eu des remords et m’étais reprochée d’avoir été trop sévère pour son ouvrage. J’ai donc été agréablement surprise de lire dans Books les deux articles relatifs à la masturbation. L’un est une critique assez rude par un historien d’un ouvrage d’un non-historien, qui avance la même théorie que Philippe Brénot, à savoir que la condamnation de la masturbation au 19e siècle trouve ses origines dans la découverte des spermatozoïdes un siècle plus tôt. L’autre est une critique élogieuse d’un ouvrage d’un historien spécialiste du sujet. Il en ressort que la découverte des spermatozoïdes n’aurait rien à voir avec l’affaire et qu’on ne sait pas ce qui a provoqué ce phénomène. Du coup, ça m’a donné envie de creuser le sujet!

Ce n’est d’ailleurs pas le seul sujet que le magazine m’a donné envie de creuser : je retiens de sa lecture pas mal d’ouvrages qui ont l’air intéressants, tant parmi ceux qui faisaient l’objet des articles, que parmi ceux qui figuraient dans de petits cadres « pour en savoir plus » à la fin de certains d’entre eux. J’ai fait un petit diaporama de quelques-uns des livres qui me tentent. Reste plus qu’à trouver le temps de lire, ce qui n’est pas le plus aisé!

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Quand Cupidon s’emmêle est le dernier d’une série de trois volumes, intitulée Les cinq sens d’Eros, regroupant l’oeuvre érotique de Giuseppe Manunta. Cette série publiée récemment aux éditions Tabou regroupe des histoires qui avaient initialement paru à la fin des années 90s.

Le volume qui m’occupe aujourd’hui regroupe 7 histoires courtes :

 – Cinéma maison : Une femme rentre chez elle en retard et se fait rabrouer par son mari, affalé devant la télé à attendre son dîner. Enervé par la tenue trop suggestive qu’elle porte, il la violente  jusqu’à ce que la scène soit interrompue par un « Coupez! »

La dernière séance : Une femme retrouve tous les mercredis son amant au cinéma. Celui-ci la pousse à se livrer dans la salle à des actes de plus en plus poussés avec d’autres spectateurs.

La journée extraordinaire : Une jeune femme sur le point de se marier veut vivre une journée extraordinaire, « de celles qui changent une vie » et satisfait toutes ses envies.

La loi de Murphy : Deux femmes s’aiment. Chacune décide de l’annoncer à son copain.

Génération avenir : Cette histoire futuriste se passe dans un monde dominé par les femmes, où les hommes ne sont laissés en vie que pour servir de reproducteurs.

Par le petit bout de la lorgnette : Pour sa nuit de noce, un jeune marié veut sodomiser sa femme, qui s’y refuse. Furieux, il part chercher ailleurs de quoi satisfaire ses envies, pendant que la jeune femme réfléchit et remet ses préjugés en question. Mais ce n’est pas un bon jour pour le mari…

Un verre de trop : A une fête, l’organisateur tente de faire une déclaration à une amie mais celle-ci ne l’écoute pas et choisit un autre homme. L’amoureux éconduit fait boire son rival pour le neutraliser.

Les dessins de Giuseppe Manunta sont très doux, tant dans le trait que dans les couleurs, ce qui leur donne un côté naïf. De ce fait… euh… j’aurais envie de dire que ça dédramatise le propos, mais l’expression n’est pas très appropriée. Disons simplement que c’est un mélange très réussi d’un fond plutôt pimenté et d’une forme soft, qui fait que le fond me semble plus accessible qu’il pourrait l’être avec un style de dessin différent.

Pour rester sur le fond, les thèmes des histoires ne sont pas d’une originalité renversante et les intrigues ne sont pas très fouillées. Il faut reconnaître néanmoins qu’il n’est pas facile de faire quelque chose de fouillé en 7 pages (la durée de chacune des histoires). De plus, il y a très clairement une volonté de l’auteur de raconter quelque chose qui se tienne, ce qui est louable. Giuseppe Manunta semble notamment avoir attaché de l’attention à ses chutes, y ménageant des rebondissements souvent humoristiques. Du fait de cette bonne volonté évidente, je suis d’autant plus incline à l’indulgence que certaines histoires m’ont amusée, en particulier Cinéma maison et Par le petit bout de la lorgnette.

L’album ne repose pas uniquement sur le sexe et sur l’humour. Il y est aussi beaucoup question de sentiments. L’auteur parle d’amour et de tendresse, à travers la mise en scène de différentes configurations de rapports homme-femme, de fantasmes et d’envies.

C’est pour moi une découverte sympathique et je compte bien poursuivre ma lecture de cette trilogie.

Giuseppe Manunta
Quand Cupidon s’emmêle
Editions Tabou

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Voici un livre qui a manqué de rester dans les rayons de ma librairie : sa couverture hideuse et son titre racoleur ne m’engageait  que peu. Et pourtant par pure curiosité, comme il m’arrive souvent au milieu d’étagères remplies de bouquin, j’ai pris le temps d’en lire quelques pages. Le ton plaisant et tendre de l’auteur m’a plu et me voilà partie avec un livre de plus dans mon sac. Je ne prenais pas un gros risque, le livre peu épais ne pouvait pas me faire perdre beaucoup de mon temps.

Florence Ehnuel, professeur de philosophie qui avait déjà écrit l’Amour conjugué (essai sur le conjugual et l’adultère), nous fait part à travers cet essai autobiographique (est-ce que cela existe ? mais j’ai de plus en plus de mal ces temps-ci à classer les livres que je lis dans une catégorie bien définie) dans un parcours presque initiatique, du regard qu’elle porte sur les corps masculins.  Celui-ci a évolué depuis son enfance, où la pudeur émotionnelle et physique de son éducation lui renvoyait une image honteuse des corps, jusqu’à l’épanouissement de sa sexualité auprès de son amant et des partenaires rencontrés.  Après un mariage de plusieures années et l’infidélité de son mari, elle a conclu avec lui un pacte d’adultère consenti et assumé assorti d’une cohabitation amicale pour le bien-être de ses enfants.

 A travers ce livre, l’auteure nous rappelle la difficulté de poser un regard sur l’autre avec sa différence et cette part d’inconnu qui nous fait peur alors que l’acceptation de soi n’est pas toujours innée. J’ai aimé la capacité d’émerveillement de son regard qui rappelle celui des enfants.  Son regard est tendre et respectueux. Pour Florence Ehnuel, poser son regard est un don à l’autre, une reconnaissance.

Elle ne cherche pas des relations physiques uniquement. Pour elle faire l’amour est un langage, une autre forme de dialogue qu’elle ne se voit pas utiliser auprès d’une seule personne. Elle aime l’idée de la fidélité mais pas celle de l’exclusivité. Etre amoureuse exaxerbe sa réceptivité aux autres.

Les textes sont souvent très beaux sans pudeur hypocrite, sans vulgarité, sans prosélytisme, sans prétention. L’auteure ne cherche pas à convaincre. Elle nous raconte son parcours et nous livre son point de vue.

Elle décrit merveilleusement le corps non stéréotypé des hommes et leur sexe. Certains passages sont d’un bel érotisme presque poétique. J’ai été notamment touchée par la relation de « nu à nu » (sans pénétration aucune)  qu’elle entretient avec Iouri son professeur de russe.

« Cette relation de nu à nu me bouleverse. Une familiarité généreuse presque désintéressée s’y construit. Je sens une paix m’envahir quand je suis contre lui, ou une fringale gigantesque de m’adonner au regard. Lorsque je me déshabille ou que je le déshabille, je crois que nous nous révélons, je crois que nous dévoilons nos âmes. Je crois que je le délivre et je crois qu’il m’allège. »

La décription qu’elle fait  du corps et du sexe masculin dans la dernière partie  est vraiment réusssie et très érotique. Je vous livre ici un extrait chaste pour vous laisser le plaisir de découvrir les passages nettement plus sensuels encore que réserve la fin de ce livre.

« Tout en lui me semble un long programme passionnant à suivre, merveilleux, prometteur. Tout : le fin grain de sa peu, la distribution irrégulière de des poils, le dessin de ses tétons sur sa poitrine large, le tournant doux des épaules continuant en spirale dans la rondeur des muscles sur les bras, le battement chaotique de la veine du cou, la délimitation bien marquée entre dos et fesses, la constellation des grains de beauté, la densité de la nuque, la puissance des cuisses, la multitude des événements grandioses et émouvants sur le giron, la rondeur confortable du ventre. Tout. Mes pupilles veulent gober le moindre détail. Et plus que tout peut-être la liberté d’être nus ensemble sans projet défini. »

La lecture de ce livre m’a apporté du bonheur, et ce n’est pas rien…. Je le conseillerai très vivement mais pas uniquement aux femmes, aux hommes également et surtout aux jeunes qui débuteraient leur vie sexuelle.

Le beau sexe des hommes
Florence Ehnuel
Ed Points

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Premières fois est un recueil de dix courtes histoires d’une dizaine de pages chacune, dix récits de premières fois. Tous écrits par Sybilline, ils sont illustrés par dix dessinateurs, aux styles très variés. En voici la liste :

Première fois – Alfred
Sex shop – Capucine
Fantasme – Jérôme d’Aviau
1 + 1 – Virginie Augustin
2 + 1 – Vince
Nulle – Rica
Club – Olivier Vatine
Soumission – Cyril Pedrosa
Sodomie – Dominique Bertail
X-rated – Dave McKean

Ces artistes, qui s’illustrent dans des domaines variés (tranches de vie, science fiction…), n’avaient pas encore eu l’occasion de s’aventurer dans le domaine de l’érotisme. C’est donc une première fois pour eux aussi, de même que pour la scénariste. J’ai envie de dire que ça se sent à la lecture de la BD, mais peut-être ai-je eu cette impression parce que je le savais.

Curieusement, aucun des différents styles de dessin ne me me plaît vraiment, chacun a quelque chose qui me dérange, qui m’empêche d’accrocher, mais malgré tout, j’ai bien aimé l’ensemble. A mes yeux, c’est une BD qui se prête plus à une lecture attentive qu’à une lecture à une main. En effet, j’ai pris plaisir à la relire plusieurs fois et à examiner les techniques de chaque auteur, comment ils rendaient les mouvements, comment le style pouvait changer radicalement en fonction des situations et de ce qu’ils voulaient exprimer. L’histoire la plus caractéristique à ce point de vue est pour moi la dernière, X Rated, dont le style est à la fois celui qui m’a le moins plu et le plus intéressée, de par son originalité et sa puissance. Son auteur, Dave Mc Kean (que je ne connaissais absolument pas), aime en effet mélanger dans ses oeuvres peinture, collages, infographie… et le résultat est assez détonnant.

Les scénarii sont simples, sans grande originalité, mais sont malgré tout frais et, pour certains, émouvants. J’étais restée un peu sur ma faim lors de ma première lecture, mais je les ai mieux appréciés en me replongeant dans la BD récemment. Leur banalité m’a justement poussée à me sentir plus impliquée.

Ce que j’ai le plus apprécié dans cette BD, c’est le message que j’en ai retiré, que je trouve très positif. On peut voir le sexe comme quelque chose de très répétitif, qui se résume à 2-3 préliminaires et 2-3 positions dont on a vite fait le tour. On peut aussi en avoir une vision radicalement différente.

Au-delà de la vraie première fois, il reste encore un tas d’autres premières fois, plein de découvertes possibles et toute une palette de pratiques très variées à expérimenter. Ce que je retiens de Premières fois, c’est l’épanouissement des personnages, dans Fantasme ou Soumission par exemple, et l’importance du partage et la satisfaction retirée du plaisir donné à autrui. Je pense notamment à Sodomie, que j’ai trouvé très romantique, ou à 2 + 1, dont la fin est très belle. Il n’y a pas une unique sexualité stéréotypée mais une multitude de sexualités possibles. A chacun d’essayer afin de trouver la ou les formules qui lui conviennent le mieux.

Pour conclure, je voudrais citer une phrase extraite de la postface rédigée par Sybilline et qui, je trouve, résume bien l’esprit du recueil :

« J’avais envie de raconter des histoires qui rappellent que le cul c’est beau, et de dire que les excès de certains sont pour d’autres une normalité tendre. »

Premières fois
Sybilline
Editions Delcourt
Collection Mirages

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Erich von Götha, de son vrai nom Robin Ray, est né à Londres en 1924. Après avoir étudié la peinture dans une école d’art, il s’est orienté vers le design et l’illustration. Il a commencé à faire des BDs érotiques dans les années 70s, pour le magazine Torrid. Parmi les dessinateurs qui ont participé à Torrid, on peut citer Paula Meadows, qui est l’épouse d’Erich von Götha et avec qui il a occasionnellement collaboré. Travaillant sous divers pseudonymes, il a commencé à être publié en albums dans les années 80s. En parallèle à son oeuvre en tant qu’illustrateur de bandes dessinées, il continue à peindre et à dessiner.

Twenty, qui se divise en 3 volumes, a été commencée en 1997. L’édition qu’on peut trouver le plus couramment (et que j’ai) est celle des Editions Dynamite, en 2 albums, l’un qui regroupe Twenty 1 et Twenty 2, et l’autre pour Twenty 3.

La BD a pour origine un scénario qu’on avait proposé à Erich von Götha, qui ne lui avait que moyennement plu et qui ne s’est jamais concrétisé. Il en a gardé l’idée d’une BD qui aurait pour cadre une école de filles. Dans l’interview qui conclut le volume de Twenty 1 & 2, il déclare également s’être inspiré d’un couple d’amis.

Twenty est une utopie : l’histoire démarre en 2018, après la « révolution sexuelle de l’ère post-SIDA ». L’auteur a imaginé un monde dans lequel la libération sexuelle des années 70s aurait pu complètement s’accomplir, le spectre des maladies sexuellement transmissibles ayant disparu. En effet, dans le monde de Twenty, se faire implanter une « micro-spirale » protège à la fois des MST et des grossesses non désirées. L’idéal? Sans doute… mais d’un point de vue masculin. La révolution imaginée par Erich von Götha me semble en effet bien sexiste. Les femmes, bien souvent plus qu’à demi-nues au milieu d’hommes généralement habillés (c’est bien connu, les hommes sont frileux…) sont invitées, selon la bonne parole de sainte Emmanuelle Arsan (si si!), à se tenir à la disposition des hommes (il y en a rarement un seul à la fois) qui manifestent leur désir pour elles et à se plier à leurs fantaisies. Je suis un peu méchante, car l’amour, le couple et la notion de plaisir partagé occupent une place essentielle dans la BD, mais c’est tout de même à peu près ça, et je n’ai pas réussi à être suffisamment captivée par l’histoire pour ne pas être hérissée par cette vision très masculine. A ce stade, il est peut-être utile de préciser que j’avais déjà lu cette BD il y a un petit moment, et que j’aurais sans doute été plus indulgente si j’avais rédigé ce billet après ma première lecture. 

Venons-en à l’histoire… Dans le premier volume, Twenty, qui doit son prénom au fait qu’elle est née le dernier jour du 20e siècle, entre dans une école d’éducation sexuelle d’un genre assez particulier puisqu’elle est très orientée sur les exercices pratiques. Twenty, qui sort d’une école de religieuses et est complètement novice en la matière, va rapidement se révéler très douée. Très vite, elle rencontre un homme dont elle tombe amoureuse et qu’elle épouse. Ce mari, Gilbert, l’entraîne dans toutes sortes de turpitudes, mais ses intentions ne semblent pas des plus honnêtes.
Twenty 2 est centré sur Sally, la cousine de Twenty. Cette jeune femme pudique a une approche très traditionnelle de la sexualité. Son mari, qui souhaiterait que leur couple soit beaucoup plus libre, se fait aider de leur nouveau voisin et de Twenty pour décontracter Sally. C’est évidemment un doux euphémisme…
Dans Twenty 3, enfin, on retrouve Twenty et Sally et… je n’en dirai pas plus de crainte de révéler trop de choses, le scénario de la série tenant allègrement sur une feuille de papier à cigarette… Oui, je vais encore être méchante…
Il y a tout de même un certain nombre de points positifs dans cette BD. Erich von Götha est réputé pour la qualité et le soin de ses dessins, et sa façon de les colorer, inspirée des maîtres du 18e siècle. J’ai beaucoup aimé la façon, superbe, dont il dessine les femmes. Beaucoup sont coiffées de chignons qui m’évoquent les années 50s, ce qui leur fait un port très gracieux et leur confère une certaine allure. C’est d’ailleurs étonnant que, dans cette BD qui est tout de même franchement pornographique, ce qui caractérise le plus les femmes est la grâce des courbes, des mouvements, des traits du visage. Pour ce qui est des personnages masculins… dans l’ensemble, de corps, ils ne sont pas mal foutus… Deux ou trois ont une tête potable… mais, à mon grand désespoir, j’ai eu l’impression que l’auteur s’en fichait un peu. J’ai même noté que, dans un certain nombre de dessins, si les visages féminins étaient dessinés avec soin, certains visages masculins semblaient simplement esquissés, comme bâclés. J’ai par ailleurs été très surprise, moi qui m’y connaît très peu en dessin, de tiquer par moments parce que l’une des héroïnes avait un visage différent sur certaines images, ou parce que des bouts de jambes ou autres membres semblaient bizarrement faits.
Par ailleurs, il y a dans l’histoire de bonnes idées. J’ai bien aimé les clins d’oeil que l’auteur se fait à lui-même et l’intervention dans Twenty d’une autre de ses BDs, Les malheurs de Janice, dont je vous parlerai dans les prochains jours. Si la psychologie de Twenty n’est pas crédible une seconde (dans Twenty 1, j’ai vraiment eu l’impression que l’héroïne était une évaporée avec un pois chiche en guise de cerveau), celle de Sally, en revanche, est plus travaillée et plus crédible. Ce qui fait que Twenty 1 est le moins intéressant des trois.
Au niveau des scènes de sexe, il y a aussi quelques idées intéressantes. Le problème, c’est qu’il n’en fait rien. Les scènes de sexe s’enchaînent, beaucoup trop rapidement à mon goût. Il ne prend le temps de rien développer. On assiste donc la plupart du temps à des scènes d’orgies assez banales qui se succèdent. Malheureusement, voir des gens copuler ne me passionne pas franchement, s’il n’y a rien de plus que ça. Avec un scénario aussi peu crédible, pas de dimension psychologique et assez peu de tension sexuelle, j’ai du mal à rentrer dans l’histoire. Je n’arrive pas, parce qu’il est question d’érotisme, à mettre mes neurones en roue libre… et je ne vois d’ailleurs pas pourquoi je devrais le faire et me montrer moins exigeante sur la qualité que pour des livres ou des BDs classiques. Par ailleurs, comme je l’ai dit, l’utopie mise en scène dans Twenty me semble correspondre à un idéal très masculin et j’ai l’impression que la BD met en scène des fantasmes tout aussi masculins, qui ne me parlent pas forcément. Si bien que, s’il y a des passages qui m’ont bien plu, j’avoue qu’il y en a d’autres sur lesquels je suis passée assez rapidement et que, par moments, je me suis un peu ennuyée.
  

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Kyoichi Otomo est un trentenaire, marié. Il découvre un beau jour que sa femme a demandé une enquête sur ses aventures extra-conjugales. Le détective chargé de cette mission n’est autre que Wataru Imagasé, un ancien copain de fac de Kyoichi, qui accepte de faire disparaître les preuves qu’il a trouvées en échange d’un baiser… un peu poussé. Malheureusement, les choses se compliquent rapidement pour Kyoichi : sa femme demande malgré tout le divorce et Imagasé lui avoue avoir toujours été amoureux de lui, ce qui perturbe grandement Kyoichi, qui est farouchement hétéro. 

Le scénario de ce manga de Setona Mizushiro (également connue en France pour L’infirmerie après les cours, Black rose Alice ou Heartbroken chocolatier) est classique et pas excessivement original. Il est vrai que les yaoi brillent rarement par leur originalité… Mais ce qui est intéressant et qui fait que ce manga mérite d’être lu, c’est que la mangaka se permet de jouer un peu avec les codes du genre et s’intéresse surtout à l’aspect psychologique. En effet, Kyoichi est l’aîné, il a une vie plus posée, semble avoir plus de maturité, on s’attendrait normalement à ce qu’il soit le seme (dominant) sans la relation. Mais Kyoichi est un être faible. C’est un homme qui a beaucoup de succès auprès des femmes mais a toujours été quitté car il se contente de suivre, il ne sait pas dire non, ne prend pas d’initiatives, et rejette la responsabilité de ses actes sur les autres. Imagasé, en revanche, même si la façade craque par moments, donne l’image de quelqu’un de calme, de sûr de lui, sûr de son amour. Sans rien demander, Imagasé attend beaucoup de Kyoichi et le fait douter de lui-même. On suit donc Kyoichi qui se débat dans ses hésitations et ses incertitudes. Toute la question est : sera-t-il capable d’évoluer, de sortir de sa coquille et de prendre des initiatives? 

Censé au départ être un one-shot, Le jeu du chat et de la souris est désormais pourvu d’une suite et, même si la série est annoncée comme terminée, je ne serais pas étonnée, au vu de la façon dont le deuxième tome se termine, qu’elle soit un jour prolongée par un troisième. Je crois que j’ai encore plus aimé le deuxième tome. En effet, comme le premier, il est toujours pas mal axé sur la psychologie des personnages, qui sont assez fouillés. Et je trouve que c’est plutôt bien fait. 

J’ajouterai que le ton n’est pas sombre pour autant et qu’il y a des petites touches d’humour de ci de là. J’ai bien aimé le dessin, les personnages sont attrayants mais pas trop androgynes comme c’est parfois le cas. Les scènes érotiques sont agréables et un peu pimentées sans être franchement crues.

Le jeu du chat et de la souris
Setona Mizushiro
Editions Asuka
Collection Boy’s love
2 volumes (série terminée)
Réservé à un public averti

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Ce petit récit, que je qualifierais de sensuel plutôt que d’érotique, comporte à peine 70 pages et se lit très vite. L’histoire est simple, presque banale : ça pourrait arriver à chacun d’entre nous, ou, tout du moins, chacun d’entre nous pourrait se prendre à rêver vivre une aventure similaire sans que cela semble irréaliste.

Chaque lundi matin, très tôt, une femme prend le train pour Paris. Un matin d’hiver, elle trouve un homme installé dans le siège en face du sien. Elle l’a déjà croisé, lui aussi est un habitué de ce train matinal, mais, cette fois, elle le regarde différemment parce qu’il semble endormi et que regarder les hommes abandonnés dans le sommeil l’émeut. Mais, bien vite, elle se rend compte que son sommeil n’est que feint, et y voit l’amorce d’un jeu entre eux. Son imaginaire se met en marche. Bientôt leurs regards se croisent, puis le tissu d’un pantalon vient frôler le tissu d’un bas et, très vite, un pied sort d’un escarpin et entreprend l’ascension d’une jambe. C’est ainsi que tout commence entre eux.

Leurs attouchements sont limités par le cadre de leurs rencontres : un wagon qu’ils partagent avec d’autres voyageurs. Les mots qu’ils échangent sont rares et banaux. Ils ignorent tout l’un de l’autre, jusqu’à leur prénom. Néanmoins, l’auteur nous fait partager l’importance croissante que prennent ces rencontres du lundi matin, l’attente tout au long de la semaine et l’inquiétude de savoir si l’inconnu(e) du train sera là la prochaine fois. Par petites touches, Gabrielle Ciam nous les fait connaître, à mesure que tous deux s’interrogent sur ce qu’est leur vie, et sur la possibilité d’y faire une place pour l’autre.

Mais, en parallèle à la naissance des sentiments, ce que Gabrielle Ciam excelle à peindre c’est la montée du désir. Avec, en quelque sorte, peu de moyens, elle insuffle une sensualité extraordinaire dans les petits gestes et détails du quotidien. Son écriture est simple mais juste et assez poétique, elle est à la fois pudique et audacieuse, donne juste ce qu’il faut de détails et laisse notre imagination décider d’une éventuelle suite à donner à l’histoire.

Le train de 5h50
Gabrielle Ciam
Arléa
ou, en poche, chez
Pocket

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