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Archive for the ‘Nouvelles’ Category

couv-products-87608Cette fois encore, Josselin Manoury m’a très gentiment envoyé son nouvel ouvrage. Après une incursion dans le domaine du roman avec le précédent, celui-ci renoue avec les nouvelles. Dans ce recueil, les nouvelles ont la particularité originale d’être reliées par un fil rouge : une chaussette orpheline joue un rôle dans chacune d’entre elles.

Si j’ai, une fois de plus, apprécié l’écriture de Josselin Manoury, j’ai néanmoins été un peu moins séduite par cet opuscule que par les précédents. Cela peut tenir à plusieurs raisons. D’une part, je connaissais déjà une partie des nouvelles, et notamment celles que j’ai préférées dans le volume. D’autre part, dans certaines d’entre elles, les situations et les personnages ne m’ont pas « parlé » : je n’ai pas cru aux premières et suis restée indifférente aux seconds.

Il y a néanmoins quatre nouvelles sur lesquelles j’ai envie de revenir, car elle m’ont particulièrement plu, pour des raisons très diverses.

Poissine raconte simplement une soirée d’un homme dont le couple va mal, et qui finit par se masturber dans le lit conjugal. En dépit du sujet très simple et banal, j’ai été touchée par cette homme et le ton de la nouvelle m’a semblé très juste. Peut-être parce qu’elle m’a évoqué des souvenirs.

L’intrigue de Valet de nuit est plus étonnante : une femme, entraînée par son amant dans un club libertin, y partage des moments d’intimité avec un homme. Une fois son couple détruit, elle se souvient de cet homme et le recontacte. Cette fois encore, j’ai trouvé émouvante cette histoire qui aborde les difficultés du couple et de la vie, les difficultés qu’il y a à se reconstruire, mais dans une optique positive. Et j’ai bien aimé le mode de narration original, qui mêle journal de bord et billets et commentaires de blogs.

J’ai retrouvé dans Shibari une particularité que j’apprécie dans les écrits de Josselin Manoury : l’histoire est centrée autour d’un univers spécifique, ici le shibari, qui est donné à connaître au lecteur. Une jeune femme s’initie à cet art en s’entraînant sur elle-même en secret, lorsqu’elle est seule chez elle, avec l’aide d’un « conseiller virtuel ».  Elle apprend à créer des noeuds et à pratiquer des façons de s’attacher de plus en plus élaborées… jusqu’au jour où elle n’arrive pas à se délier seule. Cette histoire est peut-être ma préférée du recueil, pour plusieurs raisons : le thème, que je trouve fascinant, l’humour, et le fait que l’auteur y soit plus audacieux que d’ordinaire dans la nature des scènes érotiques décrites.

Le narrateur de Hors-charte participe à un site d’histoires érotiques. Il y lit un jour un récit qui semble inspiré d’un décès suspect duquel il a eu vent de par sa profession. L’auteur du récit paraît posséder bien plus d’informations sur l’affaire que ce qui en a été dit dans les media. Aussi, le narrateur, qui a appris que certains piliers du site se retrouvent de temps à autre IRL dans des parties fines, décide de mener son enquête. Cette nouvelle se démarque également à mes yeux par son originalité et son humour. J’ai bien aimé le côté enquête policière et, si je n’ai pas fréquenté assez assidument le site dont l’auteur s’est inspiré pour savoir si les personnages qu’il a créés font allusion à des auteurs précis, j’ai néanmoins souri en reconnaissant le site sur lequel cette histoire avait été initialement postée, dont le créateur est très attaché à sa charte, un peu trop restrictive à mon goût.

Les ouvrages de Josselin Manoury sont disponible en fomat électronique ou papier ici.

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J’avais eu l’occasion, il y a quelques mois, de vous faire part de mon enthousiasme à propos du recueil de nouvelles Pertes de maîtrise. J’ai donc accepté avec empressement quand son auteur, Josselin Manoury, m’a proposé de recevoir ce deuxième recueil.

Celui-ci se compose de sept nouvelles d’une vingtaine de pages chacune, trois d’entre elles constituant les différents chapitres d’une même histoire. Toutes abordent le même thème : une rencontre entre un homme et une femme. Il ne s’agit pas ici de rencontres purement charnelles sans lendemain, mais de tendresse et de sensibilité. Chacune constitue le point de départ d’une histoire d’amour ou donne une nouvelle impulsion aux personnages. Une autre thématique commune aux nouvelles est celle de la brocante, activité exercée par les personnages masculins de plusieurs des nouvelles.

Ce registre sensible convient très bien à l’auteur qui le manie à merveille. Au risque de me répéter, j’apprécie beaucoup son écriture précise et élégante et la finesse avec laquelle il analyse les hommes et les choses. Les rencontres qu’il met en scène sont à la fois banales et improbables, mais il a l’art de les rendre intéressantes et de les traiter de façon originale. J’aime également l »humour dont ses récits sont empreints, ainsi que sa capacité à créer des univers chaque fois différents qui lui fournissent matière à instruire son lecteur, chose appréciable mais assez rare dans le domaine de la littérature érotique!

Cette richesse du récit m’a néanmoins semblé nuire quelque peu à l’érotisme de la première nouvelle, Douanière zen. Un brocanteur s’y fait arrêter à la frontière suisse par des douaniers, qui le soupçonnent de vouloir frauder avec le matériel qui lui sert à pratiquer le tir à l’arc japonais. Pour prouver qu’il s’agit de possessions personnelles et non de marchandises destinées à la vente, il se voit contraint de faire une démonstration de son art à une jeune douanière. J’ai été très intéressée par ce que j’ai appris de cette discipline dont j’ignorais tout et ai apprécié la beauté du récit, mais j’ai eu le sentiment de rester en dehors, un peu comme lorsqu’on admire une belle maison décorée avec goût mais qu’on ne pourrait pas s’y mettre à l’aise.

Je n’ai heureusement pas eu la même sensation en lisant Cynorhodon, nouvelle dans laquelle on apprend tous les usages, pour certains assez inattendus, que l’on peut faire de ce fruit. Ce texte, qui m’a plu par sa simplicité et sa fraîcheur, devient rapidement assez torride. Le seul petit bémol serait la chute, qui m’a laissée perplexe.

J’ai, en revanche, aimé sans aucune réserve Trieur de souvenirs. Cette fois encore, le personnage masculin est un brocanteur, mais d’un genre un peu particulier, car son travail consiste à trier les effets personnels d’un défunt, à en dégager la personnalité du mort et à déterminer les informations et objets à restituer aux vivants. Dans le récit, une veuve le charge de trier les affaires de son mari. Le concept de trieur de souvenirs (je doute que le métier existe réellement) m’a, dans un premier temps, paru très séduisant. Puis j’ai commencé à y voir des inconvénients, me poser des questions, et, au final, le thème m’a poursuivi longtemps après que j’ai refermé le livre et ne m’a même pas tout à fait quittée. Et ça, ça m’a bien plu! Et cette fois, mes réflexions n’ont pas nui à la sensualité du texte, que j’ai trouvé sobre mais efficace sur cet aspect. De ce fait, c’est ma nouvelle préférée du recueil avec Faites les mots, pas l’amer.

Dans ette dernière, un homme part dans un hôtel au soleil pour travailler tranquillement (Admettons… Moi aussi, j’aimerais bien en faire autant!). Il y tombe sous le charme d’une femme qui n’a pas l’air très heureuse en couple et qui lui demande de lui « faire les mots ». Cette histoire très simple et ordinaire m’a touché de par la sensibilité et les émotions qui s’en dégagent, et en raison de la place accordée aux mots et de l’usage qui est fait d’eux.

Dans Sexe, chocolat et autres mésusages, enfin, une rencontre fortuite dans un bar bouleverse la vie d’un homme. Cette longue histoire se découpe en trois parties, dont j’ai moins aimé la deuxième, moins en raison de son manque d’originalité, car j’ai néanmoins bien aimé que l’auteur mette en scène une rencontre sexuelle qui vire à l’échec, que parce qu’elle ne correspondait pas à ce que j’avais envie de lire comme suite. La nouvelle est un peu déroutante, du fait du personnage féminin, dont j’ai bien aimé la personnalité et surtout sa capacité à faire « d’un rien […] un grand soir ». Celle-ci est partagée entre son envie de vivre une histoire qui durerait toute la vie et la peur de voir mourir le désir de l’autre. Elle se donne donc totalement en toute simplicité puis se fait insaisissable l’instant d’après. J’ai donc été étonnée et amusée de faire des liens entre ce récit et L’intelligence érotique, dont j’ai trouvé ici l’illustration de certains thèmes de réflexion. Sexe, chocolat et autres mésusages est à la fois très tendre et plein d’émotions et très charnel, il mêle simplicité et naturel et originalité et raffinement, offrant une parfaite illustration de ce qu’est la sensualité dans une mise en scène faisant appel à chacun des sens.

Il est un dernier point, que j’aimerais souligner. Je ronchonne régulièrement contre les fautes qu’on retrouve de plus en plus fréquemment dans les livres, et contre la négligence des maisons d’édition sur ce sujet. Je l’ai encore fait ce week-end à propos d’une  bande dessinée qui dépassait tout ce que j’avais pu voir jusque-là en matière de manque de professionnalisme. Or je n’ai rien relevé de tel dans ce recueil, alors que, d’après ce que j’ai cru comprendre, The Book edition se contente d’imprimer les textes qu’on lui confie sans effectuer de travail d’édition dessus. C’est un détail, certes, mais auquel je suis sensible!

Les ouvrages de Josselin Manoury sont disponible en fomat électronique ou papier ici.

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Depuis quelques temps, la collection Osez propose des recueils regroupant 20 histoires érotiques autour d’un thème. On peut ainsi trouver des « Osez… 20 histoires » autour de l’amour au bureau, du quick sex, des premières fois ou de l’infidélité… et donc de la fellation.  Je dois dire que j’ai pris celui-ci plus pour voir comment c’était que par réel enthousiasme, l’inégalité des guides Osez, qui peuvent s’avérer aussi bien excellents que franchement  mauvais, m’ayant rendue méfiante. Je m’attendais donc à ce que ce que ces recueils présentent la même hétérogénéité au niveau de la qualité des récits, et j’ai été surprise que ce ne soit pas le cas. Mis à part 2 ou 3 histoires pour lesquelles l’écriture est franchement pénible, tant la forme que le fond sont assez soignés et tout à fait corrects.

Parmi les 20 auteurs, principalement des femmes (ce qui m’a amusée, c’est que, dans pas mal de cas, j’ai trouvé que le sexe de l’auteur était assez aisé à deviner en lisant son histoire), le seul dont je connaissais le nom était Eric Mouzat. Je me disais depuis déjà un bon moment qu’il faudrait que je lise quelque chose de lui, mais je n’étais pas très pressée… et je ne le suis pas plus après avoir lu son récit!

Le sujet est traité de façons très diverses et sous des angles très différents. Le ton peut être romantique, humoristique ou même amer, l’ambiance tendre, torride, ou orientée SM (pas de quoi fouetter un chat, tout de même!). Les hommes passent parfois de sucés à suceurs. Malgré tout, il s’agit toujours du même thème, aussi le livre se prête plutôt à être lu tout doucement, une histoire à la fois, afin d’éviter la lassitude. C’est en tout cas la tactique que j’ai adoptée. Malgré cela, je n’ai pas pu totalement éviter par moments un certain sentiment d’ennui, et j’avoue qu’il y a des pages que j’ai lues en diagonale. Histoire d’aggraver mon cas, je précise que ce ne sont pas des pages de « mise en situation » que j’ai survolées, mais uniquement des scènes érotiques, qui avaient un air de déjà vu et rien qui soit susceptible de m’accrocher. Comme je l’ai dit, les différentes histoires sont d’un niveau assez homogène et dans l’ensemble elles ne sont pas mauvaises. Mais, s’il n’y a pas grand chose qui se détache du lot vers le bas, il n’y a pas grand chose qui s’en détache vers le haut non plus, et je n’ai malheureusement pas trouvé tellement matière à être captivée ou emballée dans cet ensemble qui m’a paru assez conventionnel et terne.

S’il fallait en retenir quelques-unes, je citerais Le petit havre de paix de Tobin Williams et Bukkake de Laura Garibal. Dans la première, une jeune femme qui pensait s’être installée dans un coin tranquille de la plage pour bronzer en paix est dérangée par un étudiant agaçant. Dans la seconde, une femme découvre son attirance pour le bukkake en regardant les DVDs porno de son compagnon. Les deux histoires ne sont ni très crédibles ni renversantes d’originalité, mais elles arrivent à allier humour et érotisme de façon assez réussie. J’ai également bien aimé Août sur le lac, de Marilyn Jaye Lewis. Cette nouvelle douce-amère a pour héroïne une femme qui n’arrive pas à tourner la page après son divorce et qui, dans sa maison sur le lac, se remémore les bons souvenirs qu’elle y a vécus. Quelques recherches m’ont appris que cette américaine est un auteur et éditeur de roman érotiques et ça me donne envie d’y jeter un oeil.

Mais l’histoire qui a ma préférence est Tu dors? d’Alexandra Otero. Le sujet de celle-ci est très simple : un couple a sombré dans la routine, le sexe est devenu rare et la femme en souffre. Une nuit, alors que l’homme dort, elle n’arrive pas à trouver le sommeil et tourne en rond dans l’appartement. Avec une histoire banale et dans laquelle il ne se passe presque rien, l’auteur a bâti un récit accrocheur, finement analysé et avec une pointe d’humour. Je ne sais malheureusement pas si elle a écrit autre chose.

En conclusion… si vous avez envie de lire des histoires érotiques, je serais bien tentée de vous conseiller d’aller découvrir, si ce n’est pas déjà fait, le site Revebebe, qui a le gros avantage d’être gratuit et sur lequel, pour peu qu’on cherche un peu, on peut trouver de petits bijoux.

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Une fois n’est pas coutume, je vais vous parler aujourd’hui d’un recueil de nouvelles qui n’a pas été traduit en français. L’auteur, Oniroku Dan, qui est décédé en mai dernier, était un maître du roman SM au Japon, et beaucoup de ses récits ont été adaptés en films. C’est d’ailleurs dans une critique du film Flower and snake que j’ai lu son nom pour la première fois. Ce film de 1974, réalisé par Masaru Konuma avec comme actrice principale Naomi Tani (il est disponible en France depuis 2008 sous le nom de Fleur secrète – une analyse du film ici) est adapté d’un roman d’Oniroku Dan et valut à celui-ci la célébrité. Flower and snake a, beaucoup plus récemment, fait l’objet d’une seconde adaptation apparemment nettement moins impérissable et a même été adapté en anime. Comme je ne suis pas du tout branchée films érotiques (il n’est pas impossible cependant que je jette un oeil, voire même les deux, à l’anime un de ces jours), j’ai voulu plutôt lire ce qu’il avait écrit. Malheureusement je n’ai absolument rien pu trouver en français et ce recueil est apparemment tout ce qu’il y a de disponible en anglais.

Season of infidelity regroupe 4 nouvelles, publiées initialement en 1997, bien après que l’auteur, principalement actif dans les années 70s et 80s, se soit arrêté d’écrire des histoires érotiques pour se tourner vers d’autres activités. Il a cependant publié une autobiographie qui a connu un tel succès qu’il a persévéré en écrivant ces nouvelles, qui sont basées sur un fond autobiographique. Cependant, comme l’indique le sous-titre du livre (« BDSM tales »), il s’agit de contes et leur auteur semble avoir pris pas mal de libertés avec sa propre histoire, bouleversant la chronologie, arrangeant les événements ou même inventant. Ce qui est amusant, c’est qu’il se cantonne principalement dans ces nouvelles à un rôle de voyeur, de témoin, et ne se peint pas forcément sous un jour flatteur. Avant d’aller plus loin, je vais tout de même dire quelques mots de chacune des nouvelles :

Season of infidelity : L’auteur y raconte une liaison adultère de sa femme (causée à l’origine par sa propre infidélité!) qui aboutit à leur divorce mais lui fit découvrir une facette des goûts sexuels de son épouse qu’il ne connaissait pas.

Pretty boy : Revoyant un ami de jeunesse qui est sur le point de mourir, l’auteur égrène avec lui leurs souvenirs d’étudiants, et en particulier le viol perpétré par cet ami sur la personne d’un jeune homme avec qui le narrateur avait vécu une relation amoureuse.

Deer park : La nouvelle tire son nom d’un club SM que l’auteur a voulu fonder chez lui, inspiré par le 18e siècle français et le Parc aux cerfs du roi Louis XV. Il explique ses motivations en faisant preuve d’une connaissance de la biographie et de la philosophie de Sade ainsi que, plus généralement, de la société française du 18e siècle, que je qualifierais de superficielle pour rester gentille. Cependant son projet de club se heurte à un obstacle de taille : les membres sont uniquement des hommes. Autre problème : l’auteur éprouve une forte attirance pour la maîtresse d’un de ses amis.

Bewitching bloom : Dans cette dernière nouvelle, Oniroku Dan parle de ses années de collaboration avec les studios Nikkatsu Roman Porno, ainsi que des actrices qu’il a cotoyées, et en particulier de son amitié avec Naomi Tani.

L’auteur ne s’appesantit pas sur les scènes érotiques qui s’insèrent naturellement dans son récit et les pratiques mises en scènes sont assez soft. L’esprit est néanmoins assez pervers et je me suis sentie gênée par les deux premières nouvelles. Dans Season of infidelity, il raconte ce que lui a fait éprouver le compte-rendu des ébats de son épouse avec son amant (réel ou imaginaire?) et place ainsi le lecteur en position de voyeur. Quant à Pretty boy, comme je l’ai indiqué plus haut, il y est question d’un viol. Mais il ne s’agit pas ici d’une description fantasmée, où la victime finit par prendre du plaisir, comme c’est souvent le cas dans les histoires érotiques. Le viol est ici très réaliste et purement sadique, dans la mesure où il a uniquement pour but d’humilier et de blesser moralement la victime, si bien que je me suis sentie relativement mal à l’aise en lisant ces pages.

Abstraction faite de ces réserves, c’est néanmoins une lecture que j’ai beaucoup appréciée car j’ai été intéressée. La narration est fluide et agréable et pas du tout ennuyeuse ou répétitive et le recueil s’avère même assez instructif, du faut que l’auteur y évoque nombre de sujets très variés sur lesquels il m’a donné envie d’en apprendre plus, tels que, par exemple,  la danse et le théâtre traditionnels, la fabrication de poupées  ou, évidemment, le monde du porno.

Il parle aussi beaucoup de vêtements féminins et, en particulier, de kimono. On le sent fasciné par la beauté féminine, une beauté qui, à ses yeux, se doit d’être alliée à l’élégance et à la distinction. Cela le conduit à parler de l’écriture. Il explique que les histoires qu’il a écrites pour des films lui étaient souvent inspirés par la beauté d’une femme, et notamment celle de Naomi Tani, qui lui donnait envie de la mettre en scène dans des situations où elle était attachée. Il est en effet apparemment beaucoup question de femmes bondagées et torturées dans ses histoires. Il adaptait le rôle à la personnalité et au genre de beauté de l’actrice.

Je n’ai donc pas été étonnée de le voir se plaindre que l’industrie moderne du porno ne cherche à montrer que du sexe sans s’inquiéter de bâtir un scénario et de construire des personnages.

« Nikkatsu Roman Porno was established in 1971 and went dark in 1986, producing films for just fifteen years before disappearing from the face of the earth. Its demise was brought about in part by the managers at Nikkatsu ignoring profitability in favor of expanding business operations, but also by the advent of VCRs and adult videos revolutionizing the pornography business. Adult videos, or AVs, tended to ignore things like « plot » and « character development » and instead focused solely on men and women getting it on. At the farewell party forRoman Porno, the directors laughed bitterly, saying that the demise of their production company was like the forces of evil porn causing the fall of good, high-quality erotic films. »

Contrairement aux clichés, il explique que les actrices de son époque ne faisaient pas du porno par vocation mais simplement parce qu’elles avaient échoué dans la « filière normale ». Aussi, elles voulaient des rôles avec beaucoup de texte et leur offrant la possibilité de déployer leurs talents d’actrices, dans l’espoir que ça leur permette d’évoluer vers des films non-érotiques. La seule exception était Naomi Tani qui ne voulait être rien d’autre qu’une star du porno.  Mais aucune de ces femmes, y compris Naomi Tani, n’avait d’inclination particulière pour le BDSM et le bondage. Elles faisaient simplement leur travail de leur mieux et Oniroku Dan voit dans leur capacité à faire croire qu’elles avaient du goût pour les sévices qu’on leur faisait subir à l’écran la démonstration de leur talent.

Même s’il faut visiblement faire pas mal le tri entre la réalité et la fiction dans ces nouvelles, j’ai été bien intéressée par ma lecture et j’aimerais pouvoir lire certaines de ses histoires. Malheureusement mes possibilités pour cela  se limitent visiblement à surveiller les libraires anglo-saxons ou à me mettre au japonais…

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Ce recueil de nouvelles nous a été signalé par son auteur il y a déjà près de deux mois. Malheureusement, ayant été très prise ces dernières semaines, entre autres, par mon travail et  par mon fils, je n’ai quasiment pas avancé dans mes lectures, si bien que je n’ai réussi à me plonger dans ces nouvelles que ces derniers jours. Nous n’avons pas bénéficié d’un service presse et l’auteur ne nous a rien demandé, ce billet est donc rédigé en toute indépendance. Je préfère le préciser car, si je ronchonne d’ordinaire beaucoup, je suis, pour une fois, franchement enthousiaste! Si… je peux trouver un truc à critiquer : je ne raffole pas de la couverture.

Le recueil comporte huit nouvelles. Les plus courtes comptent une quinzaine de pages, les plus longues le double. Les thèmes abordés sont très variés et partent de situations au départ assez banales : un homme a recours à l’acupuncture pour soigner son dos, un couple part en vacances en Bretagne pour se retrouver, un jeune homme décide de partir voir du pays et rencontre une auto-stoppeuse… Mais les nouvelles sont originales de par la manière dont elle sont traitées, leur profondeur psychologique, l’émotion dont elles sont chargées, la façon dont l’auteur les fait flirter avec l’ésotérisme et le fantastique.

Dans ces histoires où l’érotisme semble parfois accessoire, on ne trouve pas d’inventaire de pratiques acrobatiques ou extrêmes, rien que des actes simples mais qui, dans certaines nouvelles, n’en sont pas moins d’une grande volupté. Ici, la sensualité découle de l’apprentissage de l’écoute de son corps et de ses sensations, ainsi que d’autrui. Faire l’amour est un acte spirituel et de communion avec le partenaire. Un autre trait que j’ai aimé, c’est la simplicité de l’auteur. J’entends par là que les personnages mis en scène ne sont pas des dieux du sexe au physique parfait et à la plastique avantageuse, ce sont des êtres humains comme vous et moi, avec leurs maladresses et leurs imperfections, et qui doutent d’eux-mêmes. Et je trouve ça beaucoup plus intéressant.

La nouvelle qui m’a le moins plu et qui, pour moi, se détache des autres dans le sens négatif, est celle qui a donné son titre au recueil, Perte de maîtrise, dans lequel une femme qui se retrouve en possession du téléphone portable d’un homme décédé dans un accident de voiture, s’interroge sur les messages stockés dans l’appareil. Je n’ai pas trop aimé la fin et en ai trouvé la trame plus maladroite que dans les autres nouvelles.

 Car les autres récits m’ont paru très habilement construits. Même lorsque la fin est prévisible, ce n’est pas gênant car ça conduit à créer une tension qui monte au fil du récit, comme dans Saut de l’ange, dans lequel un homme revient avec sa femme sur les lieux où il a effectué un plongeon dangereux lors d’un voyage au lycée, et se refuse à dire qui il souhaitait impressionner et conquérir par cet acte.

Je me trompe peut-être mais l’impression que me donnent ces textes est qu’ils sont très travaillés, non seulement sur le plan de la construction, mais plus encore sur l’écriture. Les mots m’ont semblé choisis avec soins, et de ce fait, l’écriture m’a paru juste. Même lorsque les péripéties ne sont plus crédibles, les personnages restent très humains et leurs sentiments et leurs réactions sont finement analysés. De façon générale, j’ai trouvé le style très agréable, élégant et sensible. Les nouvelles, qu’elles soient gaies ou plus dramatiques, ont en commun une certaine dose d’humour et le fait qu’elles soient touchantes.

Mes préférées sont Eros et Thanatos et Origami. Le thème d’Eros et Thanatos n’était pourtant, à la base, pas fait pour me séduire : un vieil homme, atteint d’un cancer en phase terminale, souhaite sentir encore une fois sous ses lèvres un sein avant de mourir. La nouvelle déroule deux récits en parallèle : le point de vue du malade, et celui des infirmières, dont l’une a le béguin pour le frère d’une autre. L’humour d’un des récits vient, à la fois, apaiser la tension créée par l’autre et en rendre plus apparente la tristesse. Le thème difficile de l’approche de la mort est abordé avec beaucoup de délicatesse et je me suis surprise à trouver ce petit vieux très attendrissant.

Dans Origami, une petite fille découvre dans le portefeuille de son père un bout de papier sur lequel sont écrits des prénoms de femmes. Cette découverte suscite chez sa mère une réaction négative si bien que, lorsque ses parents se séparent, l’enfant s’en juge responsable. Des années plus tard, devenue femme, la narratrice vient rendre visite à son père âgé et retrouve chez lui ce même papier. Cette fois elle veut comprendre. Afin de trouver les bonnes questions à poser, elle entame tout un travail de réflexion sur elle-même et sa propre vie amoureuse. Ce récit, que je qualifierais presque de philosophique, m’a paru très beau. Je ne pense cependant pas en avoir tout saisi et je compte le relire. Ce que j’en retiens, en deux mots, c’est l’idée que chaque rencontre, même éphémère, peut nous aider à nous construire et à avancer sur la route de notre vie. J’y ai vu le même message que dans une bonne partie des autres nouvelles : une invitation à aller vers l’autre et à chercher à le comprendre, à apprendre quelque chose de lui, à progresser grâce à lui.

Mais, sur le plan de la sensualité, c’est Calligraphie que j’ai le plus aimé. Une jeune artiste peintre expose dans une galerie avec une amie calligraphe. Elle a la surprise de découvrir un matin un bel homme nu qui dort dans la galerie. Les incursions nocturnes de l’homme se répètent et la jeune femme se rend compte avec stupeur qu’il semble avoir mieux compris sa peinture qu’elle-même, et qu’il sait ce qui lui manque et qu’elle cherche en vain. Cette nouvelle m’a fait penser à un chapitre qui m’a marquée de La femme de papier de Françoise Rey (dont il faudra que l’une ou l’autre de nous deux se décide à parler un jour). Dans les deux cas, l’homme s’empare des crayons ou pinceaux de la femme… mais alors que Françoise Rey utilise l’idée d’une façon qui nous a beaucoup déçues l’une comme l’autre et conclut le jeu par un viol horrible, Josselin Manoury nous livre une scène à la fois belle et torride. J’étais ravie!

Le recueil est disponible sur le site de l’éditeur : ici, sous format pdf ou papier, et vous pouvez également lire en ligne un large extrait de la première nouvelle pour vous faire une idée.

Pertes de maîtrise
Josselin Manoury
TheBookEdition.com

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Contes pervers est le premier ouvrage érotique de Régine Deforges. Publié en 1980, soit un an avant la sortie du premier tome de La bicyclette bleue, il a été adapté en film la même année par son auteur. Quatre des neuf histoires qui le composent ont également été adaptées en bande dessinée. L’album, illustré par Gérard Leclaire, a été publié en 1985.

 J’ai acheté ce recueil de nouvelles après avoir lu une critique élogieuse à son sujet. J’étais cependant assez sceptique, car la seule expérience de Régine Deforges que j’avais eue jusque-là se limitait au premier tome de La bicyclette bleue, qui m’est tombé des mains et qui est l’un des rares livres que je n’ai pas eu le courage de terminer. Ce livre est donc dans l’ensemble pour moi relativement une bonne surprise.

J’ai été, en effet, favorablement impressionnée par la qualité littéraire du recueil. J’ai apprécié le soin apporté tant à l’écriture, belle et élégante, qu’à la construction de chacune des neuf petites histoires d’une vingtaine de pages qui constituent le recueil. En effet, je m’attendais à ce que des nouvelles aussi courtes soient simplement des esquisses, alors que, dans chacune d’elle, c’est tout un univers que le lecteur découvre, dans un pays et une ambiance chaque fois différents.

Certaines nouvelles sont très nettes et d’une grande précision, d’autres sont beaucoup plus floues. Le lecteur partage alors la confusion vécue par les personnages : parfois, on ne sait pas trop si les événements décrits sont un rêve ou une réalité et, à d’autres moments, on a du mal à suivre ce qui se passe quand le personnage semble brièvement perdre pied avec la réalité. Cependant, dans chacune d’entre elles, les lieux, les circonstances, la personnalité et le vécu des personnages sont minutieusement construits. Si bien que, dans certains contes, l’aspect érotique paraîtrait presque accessoire et n’occupe que peu de place.

De façon générale, les scènes érotiques sont beaucoup plus suggérées que décrites. L’auteur en rapporte brièvement les préliminaires ou brosse la scène à grands traits en peu de mots, quand elle ne reste pas totalement muette. Enfin… ce n’est pas tout à fait exact, car elle se fait plus explicite dans les histoires où je me serais justement volontiers passée des détails, mais j’y reviendrai un peu plus loin. Cette façon de faire m’a un peu fait penser à ces livrets de scenarii de jeux de rôle pour couples, qui plantent le décor, posent les personnages et leur personnalité, donnent la trame dans ses grandes lignes et laissent les lecteurs improviser à partir de ces éléments. Certaines des nouvelles m’ont donné l’impression que Régine Deforges plante le décor du théâtre, raconte certaines scènes de la pièce, et laisse le soin à l’imagination du lecteur de jouer le reste. Ca, c’est quelque chose que j’ai bien aimé.

Pour ce qui est du fond, les fantasmes mis en scène sont classiques mais souvent présentés de façon originale. Ainsi, Le placard aux balais a pour thème un jeu de séduction qui dérape entre un jeune élève (trop jeune!) et son professeur. Mais, plutôt que de raconter ce qui se passe entre l’adolescent et le professeur, ce sont les souvenirs d’enfance que de petits détails font revenir à la mémoire de la jeune femme qu’elle choisit de développer.

En dépit de ces qualités littéraires que je viens d’exposer, je n’ai pas réussi à rentrer dans les histoires. J’ai trouvé que c’était joli, bien fait, mais je ne me suis pas, sauf rares exceptions, sentie concernée ni intéressée. Evidemment, c’est éminemment subjectif et question de sensibilité, et d’autres personnes seront d’un avis totalement différent du mien.

Néanmoins, pour avoir été glaner ça et là sur le net ce que je pouvais trouver comme avis à propos de ce livre, j’ai constaté que la plupart des lecteurs qui l’ont chroniqué partageaient mon sentiment sur un point : si certaines histoires sont mignonnes et amusantes, et d’un ton léger, d’autres, plus dures, ont un contenu assez malsain et dérangeant. Je l’ai dit plus haut, les fantasmes qui servent de base aux histoires sont dans l’ensemble très classiques : viol, prostitution, personnages au sexe ambigu… Cependant, la façon dont elle les met en scène tend, je trouve, à les vider de leur contenu fantasmatique, si bien que j’ai éprouvé une sensation de malaise à la lecture de certains passages. L’histoire la plus dure est incontestablement Les amants de la Forêt Noire, très violente et vraiment horrible. Elle détonne par rapport au reste du recueil car, si elle est perverse, je n’y ai pas vu trace d’érotisme. J’aurais bien aimé savoir ce qui avait motivé l’écriture et les choix de nouvelles de l’auteur, car je reste assez perplexe.

L’un des commentaires que j’ai pu lire sur Amazon émanait d’une personne qui disait avoir lu tous les ouvrages de Régine Deforges et n’avoir éprouvé de sentiment de malaise qu’avec celui-ci. Peut-être devrais-je en essayer un autre pour pouvoir me faire une meilleure idée de son oeuvre érotique? Ou peut-être Alias aura-t-elle envie de tenter l’expérience, afin d’apporter un deuxième point de vue? :-P

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Boris Vian est un de mes premiers amours littéraires de jeunesse. A cette époque quand je m’entichais d’un auteur, j’avais la manie de lire la quasi-totalité de leur œuvre. Quand je suis tombée sur ce petit opuscule, je n’ai pu résister à l’envie de rappeler à mon souvenir un de mes premiers flirts littéraires. Grand mal m’en pris, car j’ai été plutôt déçue.

Ce livre s’ouvre sur le discours de l’utilité d’une littérature érotique que Boris Vian a prononcé en 1948. J’ai trouvé ce discours  plutôt intéressant,  teinté de l’humour tout particulier de l’auteur même si  plutôt bavard. Boris Vian essaye dans un premier temps de définir ce qu’est et ne devrait pas  être une littérature érotique. « On mesurera la qualité de cette littérature à l’action qu’elle aura sur notre imagination et sur nos sens ».  « Devrait être considérée comme littérature érotique toute œuvre d’art donnant au lecteur le désir d’aimer physiquement ». Boris Vian définit la littérature érotique par opposition aux ouvrages «  pseudo-érotiques »  surabondants de « détails peu ragoutants » ou trop médicaux ou qui détaillent « des actes érotiques  proprement dits s’accompagnent de gestes de haine ».  La littérature érotique « exige une obscénité légèrement sublimée (…) une obscénité poétique ». 

Par contre sur l’utilité d’une telle littérature, Boris Vian se montre impitoyable « Quant à prétendre qu’un livre peut nous donner le désir de faire des choses au lit, c’est aller contre la vérité ; car si l’on veut bien se porter au temps de l’invention de toutes ces coutumes plaisantes de l’érotologie, on doit reconnaître qu’il y a bien eu quelqu’un qui en a eu l’idée le premier, et sans manuel (… ) La vérité est là …il n’y a de littérature érotique que dans l’esprit de l’érotomane ».

A noter Boris Vian cite souvent Jean Paulhan (le destinataire des « Histoires d’O » que Dominique Aubry écrira et qui sera publié ben 1954).

Le livre se poursuit ensuite par quelques écrits variés, manquant de délicatesse que l’éditeur a justement qualifié de « pornographiques »  et non d’érotiques en regard au discours dans ce recueil :

  • « Liberté » court poème, parodie de celui d’Eluard.
  • « La marche du concombre », véritable chanson gauloise.
  • « Les gousses » et « Pendant le congrès »,  poèmes qui offrent ma vision d’un sexe féminin mutilant celui de l’homme.
  • « La messe en Jean Mineur », chanson très provocatrice,
  • « Drencula », très courte nouvelle parodiant le roman de Bram Stocker, texte qui est pur moi le plus réussi (hormis le discours) de ce recueil.

Je suis, au final, assez mitigée sur ce recueil. Je n’aurai peut-être pas dû essayer de réanimer la flamme de cet amour littéraire de jeunesse. Les textes restent agréables à lire même si au final leur intérêt est limité.

Ecrits pornographiques

Boris Vian

le Livre de Poche

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