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Archive for the ‘Extraits de lecture’ Category

Nous nous sommes lancées avec Aaliz dans un projet de longue haleine : relire La recherche du temps perdu. Nous avons commencé au printemps dernier avec Du côté de chez Swann et poursuivons actuellement avec A l’ombre des jeunes filles en fleur.

Proust est un auteur qui fait peur et que, de ce fait, les gens appréhendent trop souvent d’aborder. Pourtant, si l’on fait abstraction de la beauté de son style, c’est un auteur qui peut séduire de par la finesse de ses analyses psychologiques et son humour. Comme je l’aime beaucoup, j’ai envie de faire un peu de propagande et de l’évoquer sur ce blog aussi, pour essayer de montrer qu’il est loin d’être aussi soporifique qu’il en a la réputation.

Voici donc un petit passage que j’ai relu cette semaine. Le narrateur est alors adolescent et décrit ses premiers émois :

[…] m’approchant de Gilberte qui, renversée sur sa chaise, me disait de prendre la lettre et ne me la tendait pas, je me sentis si attiré par son corps que je lui dis :

– Voyons, empêchez-moi de l’attraper, nous allons voir qui sera le plus fort.

Elle la mit dans son dos, je passai mes mains derrière son cou, en soulevant les nattes de cheveux qu’elle portait sur les épaules, soit que ce fût encore de son âge, soit que sa mère voulût la faire paraître plus longtemps enfant, afin de se rajeunir elle-même ; nous luttions, arc-boutés. Je tâchais de l’attirer, elle résistait ; ses pommettes enflammées par l’effort étaient rouges et rondes comme des cerises ; elle riait comme si je l’eusse chatouillée ; je la tenais serrée entre mes jambes comme un arbuste après lequel j’aurais voulu grimper ; et, au milieu de la gymnastique que je faisais, sans qu’en fût à peine augmenté l’essoufflement que me donnaient l’exercice musculaire et l’ardeur du jeu, je répandis, comme quelques gouttes de sueur arrachées par l’effort, mon plaisir auquel je ne pus pas même m’attarder le temps d’en connaître le goût ; aussitôt je pris la lettre. Alors Gilberte me dit avec bonté :

– Vous savez, si vous voulez, nous pouvons lutter encore un peu.

J’ai bien aimé ce passage qui est à l’image du narrateur à ce stade de l’oeuvre : à mi-chemin entre l’enfance et l’âge adulte. On trouve néanmoins bien plus scabreux dans les tomes suivants de La recherche. Je m’y arrêterai peut-être lorsque je tomberai dessus.

En parallèle, je suis dans un ouvrage d’Olivier Bessard-Banquy intitulé Sexe et littérature aujourd’hui que je trouve, pour le moment, très intéressant. Dans le premier chapitre, il déplore que, la littérature érotique ayant perdu beaucoup de son côté transgressif avec la libération sexuelle, les auteurs se livrent à une surenchère dans l’extrême, qui n’est pas synonyme de qualité littéraire. Bien au contraire, il se plaint de la grande médiocrité de la production érotique actuelle, de ce que les petits éditeurs, qui proposent parfois des titres intéressants, souffrent toujours du caractère honteux associé à ce style littéraire et sont peu visibles, tandis que les grands éditeurs généralistes n’hésitent plus à proposer des romans comportant une part plus ou moins importante de sexe – parce que le sexe, ça fait vendre – sans que leurs auteurs soient forcément doués pour ce genre. Il illustre ses propos en évoquant quelques auteurs, et notamment Philippe Djian, à travers son roman Vers chez les blancs. L’avis assez tiède d’alias ne m’avait pas particulièrement donné de le lire et ce qu’en dit Olivier Bessard-Banquy m’en ôte toute velléité. Je ne résiste pas au plaisir de partager avec vous ce passage, qui m’a beaucoup amusée :

Sans surprise on retrouve chez Djian tous les lieux communs de l’écriture gaillarde très grand public – la description risible du suréchauffement des sens (« elle feignit de tourner de l’oeil et manqua de s’étrangler »), la sacro-sainte gradation du récit qui impose de commencer par de tendre baisers avant de passer aux choses sérieuses, le recours au comique (« avec force bruits de bottes s’enfonçant dans la boue ») pour donner une touche sympa et décontractée à ce qui n’est au fond que le tableau d’un banal coït, la description d’une gestuelle agitée (« elle lacéra le dossier du canapé ») pour suggérer la puissance du plaisir. Même le jeu sur l’hypertrophie des corps pour suggérer l’ampleur du désir qui semble une bonne idée susceptible de donner un peu de caractère au récit ne mène à rien ici. A cela s’ajoutent les célèbres fautes de style de Philippe Djian, les lourdeurs d’expression (« Mais vous l’allez voir, ces distorsions morphologiques qui nous frappaient soudain »), les pléonasmes classiques (« un gros pamplemousse »), les remarques inutiles (à quoi bon préciser que le canapé est en peau de buffle? qui se soucie de décoration intérieure en pleine étreinte?) les phrases téméraires (comment une « giclée d’huile » peut-elle filer tout en sifflant?), les interjections improbables (de quelle langue inconnue relève ce « Huurboukkk » avec trois u et deux points d’exclamation?). Burlesque et nigaud, le récit de l’étreinte chez Djian évoque le mélange incongru de deux imaginaires bas de gamme, celui du X petit budget et celui du sitcom pour adolescents boutonneux.

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Je pensais qu’être une vraie femme (et une bonne féministe) voulait dire être « naturelle », ne surtout pas devenir un « objet sexuel ». A quarante-deux ans, je n’en suis plus si sûre. Est-il possible d’être sexuelle sans flirter dangereusement avec les termes de ma propre réification, de jouer à être « féminine » pour me faire « femme » afin de devenir quelqu’un d’autre qu’un « homme » ou son « objet » de désir? Blaesilla, la femme romaine qui a arrêté d’aller chez le coiffeur, suivait un changement radical qui finira tristement puisqu’elle meurt de faim. Sa mère, Paula, l’amie de Jérôme, s’est débarrassée de sa boîte à maquillage et de ses robes de soie pour cultiver un aspect grunge et austère, en négligeant ses cheveux et en enlaidissant son visage. Ce n’est pas plus ou moins « naturel » que les cosmétiques et les boucles, ou un balayage. Cependant, c’est l’articulation consciente de la double contrainte d’une femme prise dans une « féminité » immédiatement soupçonnée d’artifice, et réduite à sa simple chair. Plus encore, c’est un acte effectif de résistance.

Ce passage est extrait de La vie sexuelle des saints de Virginia Burrus, que je viens de lire et qui fera l’objet de mon prochain billet. J’ai voulu le citer à part parce qu’il n’a pas grand chose à voir avec la choucroute, mais j’ai eu envie de le relever car l’auteur soulève des points que je trouve intéressants et je vois dans ce petit paragraphe matière à beaucoup de réflexions.

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Je n’ai, je crois, pas encore eu l’occasion de le dire ici, mais Balzac est mon auteur préféré, et tout prétexte m’est bon pour parler de lui. Or il se trouve que j’ai lu récemment son Voyage de Paris à Java, un court récit de moins de 30 pages dans lequel il rapporte plaisamment les souvenirs de voyages en orient évoqués un soir en sa présence par une relation de ses amis les Carraud. Pour ceux que ça intéresse, je parle plus longuement de ce petit récit ici.

Certes, me direz-vous, mais qu’est-ce que ça a à voir avec la lubriothèque? Je pourrais répondre qu’il entame son récit en parlant des javanaises à la beauté troublante et dont la principale séduction consiste en leur luxuriante chevelure (il faudrait que je cherche, un jour, ce qui a pu être écrit sur l’érotisme de la chevelure, je suis sûre qu’il y a de la matière). On retrouve dans sa description pas mal de clichés : l’attrait de l’exotisme, la langueur sensuelle des habitant(e)s des pays chauds et l’alliance d’Eros et de Thanatos, puisque l’union avec ces femmes est dite s’avérer souvent meurtrière pour les voyageurs européens. Balzac s’est tellement laissé emporter par son imagination (faut-il préciser qu’il n’a jamais mis les pieds à Java?) que le correcteur des épreuves a jugé bon de supprimer un paragraphe jugé trop libertin, que je peux vous livrer puisqu’il est indiqué dans les notes de mon édition :

« Là, le génie de la femelle s’est développé plus largement qu’en aucun lieu du globe. La femme y est d’une souplesse innée. Elle possède les mouvements annulaires des plus gracieux reptiles : elle se plie, se replie, se tapit, se roule, se déroule et se dresse avec la merveilleuse aptitude des lianes ou des convolvulus. Elle saisit l’amour avec toute l’ardeur chimique qui précipite deux substances, dont l’une doit dépouiller l’autre de sa couleur et de sa force. Le corps d’une Javanaise semblé doué de fluidité ; puis, il a de ces torsions rapides que nous admirons chez les bêtes fauves quand elles se lèvent et partent surprises au milieu de la feuillée où elles étaient couchées. Ces femmes jaillissent, elles pétillent, elles éclatent, elles bondissent; puis elles se calment, elles s’étalent ; et, comme la mer apaisée réfléchit le ciel, elles reflètent le bonheur sur leurs figures rosées par la fatigue passagère de leurs jeux passionnés. »

Cependant, ce ne sont pas les pages sur les javanaises qui m’ont donné l’envie d’écrire ce billet, mais les quelques paragraphes que Balzac a consacrées à un oiseau, le bengali.

« Je ne saurais exprimer toutes les sensations données par le bengali de Java. Son chant comprend tout. Son chant, comme une riche mémoire, sous-entend toutes les poésies possibles. »

Balzac parle longuement du chant divin de cet oiseau et de ses multiples nuances, puis il en vient à ses moeurs.

« Ce divin oiseau vit en suçant des roses, et se nourrit de parfums. Il est amoureux et fidèle. Entre les roses, il en est une, au Bengale et à Java, dont il est si éperdument affolé qu’il ne peut exister que dans son calice. Aussitôt qu’il en voit une, il y vole, il s’y étend, s’y baigne, s’y roule. Il la baise, la suce, la piétine, lui chante ses plus douces roulades. Il semble qu’il y retrouve son autre vie, celle après laquelle nous aspirons tous. Peut-être n’y a-t-il point de passion humaine comparable à celle du bengali pour cette rose favorite. »

Le Voyage de Paris à Java a été publié en novembre 1832. Quelques mois plus tôt, Balzac avait reçu une lettre d’une mystérieuse admiratrice, signée L’Etrangère. Une correspondance s’engagea entre l’auteur et sa lectrice, Mme Hanska, épouse d’un comte polonais. Balzac commença rapidement à la draguer et obtint l’année suivante de la rencontrer en Suisse. C’est là que tous deux devinrent amants. Leur correspondance se poursuivit jusqu’à ce que, près de 15 ans plus tard, Eve Hanska devenue veuve, il puisse enfin la rejoindre en Pologne et l’épouser.

Si je vous raconte tout ça, c’est parce que Balzac, dans ses lettres les plus passionnées à Mme Hanska, utilise le terme « bengali » pour désigner son sexe. Et que, en lisant le Voyage de Paris à Java, j’ai enfin compris pourquoi!

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…Mr d’Emma Becker et je tiens là enfin mon premier gros coup de coeur depuis 6 mois (je commençais à désespérer!). Voilà enfin ce que j’attendais : un livre intelligent et bien écrit, qui me donne à la fois envie de tourner les pages à toute allure et de me délecter de l’écriture, et qui sache faire naître chez moi cette sensation que j’ai des papillons dans le ventre. Il va cependant falloir attendre un moment pour que je vous en parle plus en détail :  j’en suis à peine au tiers de ses 450 pages et, même si j’aurais bien envie de le dévorer comme une tablette de chocolat, je préfère prendre tout mon temps pour le savourer et m’astreindre à ne lire qu’un chapitre à la fois.

Le quatrième de couverture :

Parfois on extrait une écharde. Parfois on s’extrait d’une écharde. Le reste importe peu. Le reste n’est que ce long processus de désamour qui ramène toutes les petites filles à des rivages où elles désapprennent la douleur, la compromission, l’abnégation, le tourment – où les chagrins sont moins poignants et le plaisir moins dense.
Ellie, vingt ans, mène une existence légère et insouciante jusqu’au jour où elle rencontre Monsieur, un chirurgien marié approchant de la cinquantaine. D’abord épistolaire, leur liaison prend son envol dans une chambre d’hôtel du quinzième arrondissement. Au gré de rencontres clandestines et d’appels téléphoniques fugaces, Ellie traversera plusieurs mois d’attente fiévreuse. Un engrenage passionnel dont elle tentera sans succès de se déprendre.
Un roman-confession. Une description cruelle de la traversée du fantasme. Le désenchantement d’une Lolita contemporaine.

J’espère être toujours aussi enthousiaste lorsque j’arriverai à la dernière page!

 

J’ai également lu le premier tome de Virgin hotel, un josei (manga pour jeunes femmes). L’héroïne travaille comme femme de chambre dans un hôtel et tombe par erreur sur un client aussi désagréable que séduisant qui se montre très intéressé par elle. Le volume s’achève sur une courte histoire dans laquelle une journaliste effacée doit interviewer le séduisant et entreprenant patron d’une entreprise de lingerie.  Si le contexte diffère, les deux histoires suivent un schéma identique et racontent la même romance à la guimauve. J’ai eu un peu de mal à comprendre la mention « Réservé à un public averti » étant donné que, mis à part quelques mains qui s’égarent dans des petites culottes, il ne se passe pas grand chose. Sur le plan narratif, on a affaire à du très classique avec des héroïnes désespérément nunuches et des personnages masculins totalement improbables : bref, ça ne vole pas bien haut! La série ne compte que 3 tomes mais, comme j’ai déjà eu suffisamment de mal pour arriver à la fin du premier, poursuivre avec les deux suivants serait au-delà de mes forces.

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Retour de pêche

Je viens d’attaquer La caresse de Vénus du célèbre Gérard Leleu, ouvrage qui traite du clitoris. Le premier chapitre célèbre les louanges du sexe féminin, décrivant avec beaucoup de lyrisme sa beauté et ses attraits à travers un certain nombre de métaphores. Après s’être extasié sur l’apparence visuelle de la vulve, l’auteur s’attaque aux odeurs, et cela donne cette phrase, à la construction grammaticale originale :

« Dans la fente vulvaire, à ma hauteur, moi, le clitoris, flottent des effluves marins qui évoquent une promenade sur une plage à marée descendante ou une criée où étincellent les rougets tout juste sortis des flancs d’un chalutier. »

Comme c’est poétique! Je sens que je vais avoir du mal…

Je suis très très en retard dans mes lectures actuellement et assez débordée en cette période de rentrée scolaire, mais je vais essayer de poster un ou deux billets d’ici la fin de la semaine.

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