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Archive for the ‘Bandes dessinées’ Category

9782756027135_cgD’ordinaire, j’évite de chroniquer une série tome par tome. Je préfère de loin faire un seul billet pour l’ensemble, d’une part pour ne pas spoiler, et d’autre part parce qu’il n’y a pas forcément grand-chose à dire sur un seul tome. Je fais cependant exception à la règle aujourd’hui, parce que j’avais rédigé l’année dernière un billet sur le premier tome de Magasin sexuel, et qu’il me semble logique d’achever ce que j’ai commencé. Pour une fois, cependant, je vous livre un billet paresseux, parce que j’ai peu de chose à ajouter à ce que j’ai dit alors, et que j’aurais quasiment pu recopier ce que j’ai écrit à propos du premier tome.

Et d’ailleurs, je vais honteusement recopier la présentation que j’avais rédigée alors, étant donné que je ne me sens pas inspirée pour faire mieux et que je ne comptais de toute façon pas en révéler plus que ce que j’ai dit pour ce premier tome :

« Monsieur le maire des Bombinettes, « charmante bourgade de 234 âmes » et patrie de cette célèbre boisson, le Bombinou, avait déjà fort à faire entre ses soucis ménagers, les requêtes de ses administrés et une enquête d’envergure internationale : quelqu’un a volé le « i » de l’enseigne du « Bar du coin », sûrement un coup des anglais ou des belges! Il n’avait pas besoin que l’apparition d’un « sekchop » au marché hebdomadaire du village déclenche les foudres des habitants. La responsable du scandale est Amandine qui, obligée d’arrêter ses études pour gagner sa vie, vient de reprendre l’échoppe de son père en changeant d’activité, car elle trouve plus amusant de vendre des canards vibrants que des tuyaux. »

Je n’irai cependant pas jusqu’à recopier le commentaire que j’avais fait, car mon sentiment, à l’issue de ce second et dernier tome, est un peu plus tiède. J’ai encore apprécié les dessins, aux couleurs acidulés, et plutôt mignons. J’ai encore souri à plusieurs reprises en découvrant la suite des aventures d’Amandine et du maire. Toutefois, j’ai été plus frappée par les clichés sur les petits villages et leurs habitants et, de ce fait, j’ai trouvé l’humour un peu facile. Par ailleurs, ce second tome m’a paru un peu plat, même si le dénouement m’a surprise et, de ce fait, m’a plu. C’est divertissant, mais ça ne casse pas trois pattes à un canard, pour rester dans le thème de la couverture. Je sais, c’était facile… Mais j’avais prévenu que c’était un billet paresseux!

Je termine en rappelant, si besoin était, que la BD n’a rien d’érotique et que sa présence sur ce blog tient uniquement à la nature du commerce que tient Amandine.

Magasin sexuel
2 tomes (série finie)
Turf
Delcourt

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Si le nom de Georges Lévis ne vous est pas familier, ses dessins vous rappelleront cependant forcément des souvenirs, pour peu que vous ayez grandi dans les années 70s. En effet, ce monsieur, de son vrai nom Jean Sidobre, fut l’illustrateur de la célèbre série le Club des cinq.

Cette édition regroupe l’intégralité des aventures de Liz et Beth, qui commencèrent à paraître dans la revue Multi en 1975 et dont la publication se poursuivit sur divers supports jusqu’en 1993. L’histoire peut se résumer en deux mots : Annie et Claude ont grandi, sont devenues nymphomanes et évoluent dans un monde où les gens qu’elles rencontrent ne pensent qu’au sexe! Du fait que leurs aventures étaient publiées en feuilletons, les différents épisodes sont très courts, et donc assez abracadabrants.

Néanmoins, alors que si Liz & Beth avait eu un autre auteur, j’aurais sans doute encore ronchonné contre la faiblesse du scénario… et accessoirement contre les tendres sentiments qui unissent Liz, la blonde, une douce divorcée, et Beth, la brune, dotée d’une forte personnalité et d’un mari ouvert d’esprit, j’ai, pour une fois, apprécié ma lecture de cette BD, pour plusieurs raisons.

Déjà, je suis fan de ses dessins depuis que je suis petite, et donc, son style pour ces aventures érotiques étant identique à celui des illustrations du Club des cinq, pas très objective. Et j’apprécie qu’il soigne autant ses dessins d’hommes que de femmes, chose trop rare à mon goût! D’autre part, si les intrigues sont peu crédibles, elles sont néanmoins construites et cohérentes. Par ailleurs, j’ai aisément pardonné leur rôle de prétexte à toutes sortes de situations sexuelles exotiques, parce que Georges Lévis y a instillé de l’humour, de l’esprit et des allusions amusantes. Ainsi, par exemple, Beth prête à Liz le journal intime de son aïeule Sophie, enfant souvent punie pour ses bêtises, dans lequel elle raconte son initiation sexuelle avec son cousin Paul.

Dans les différentes aventures que vivent Liz et Beth en ville, à la campagne ou dans des pays exotiques, il y a des éléments qui reviennent souvent, comme des marottes de l’auteur :

– le saphisme… et accessoirement le recours à des godes-ceintures

– les matrones à l’air sévère qui initient des adolescents aux choses du sexe, au besoin en recourant au chantage ou à la contrainte. Ce n’est pas l’aspect que j’ai préféré, même si l’auteur le traite d’une façon qui ne fait malsaine mais est, au contraire, plutôt attrayante.

– les héroïnes portent toujours de la lingerie sophistiquée. Elles me font, dans l’ensemble, penser à des élégantes des années 50s bien plutôt qu’à des femmes des années 80s, même s’il leur arrive de porter des strings. Porte-jarretelles et bas sont de rigueur. Soutien-gorges, guépières et petites culottes sont magnifiques. J’avais pratiquement envie de foncer dans un magasin de lingerie à chaque page!

– les fessées, nombreuses et variées, données et reçues par des hommes ou des femmes dans des circonstances diverses, mais souvent appétissantes!

Moi qui ai du mal à trouver mon bonheur en matière de BD, j’ai été charmée par ce gros album (plus de 300 pages), léger, plaisant et raffiné. J’ai bien envie de découvrir le reste de sa production et ai déjà rajouté un autre titre de lui à ma LAL.

Liz & Beth
G. Lévis
Editions Delcourt

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Riverstone est le pseudonyme d’un dessinateur, sculpteur et peintre français. Après avoir étudié l’architecture, c’est vers la bande dessinée qu’il s’est tourné pour gagner sa vie. De 1980 au milieu des années 90s, il a collaboré à plusieurs revues et a publié des albums, tels que Thamara et Juda ou Nagarya. Il s’est ensuite tourné vers l’animation 3D.

Judith et Holopherne est inspiré d’un épisode bien connu de la Bible. Je vous rappelle brièvement les faits : Nabuchodonosor, qui régnait sur les Assyriens, a demandé l’aide des peuples du Proche Orient pour combattre le roi des Mèdes. Comme ils n’ont pas répondu à son appel, une fois victorieux, Nabuchodonosor décide de les châtier. Il envoie son général Holopherne, à la tête d’une grande armée, conquérir la région, avec pour mission de massacrer tous ceux qui lui résisteraient. Holopherne accomplit sa mission et assiège la ville juive de Béthulie. Alors que tout le monde tremble de peur, une jeune veuve d’une grande beauté, Judith, se présente au camp d’Holopherne accompagnée d’une servante. Elle enjole celui-ci de belles paroles et, la nuit, restée seule avec lui dans sa tente, elle l’enivre et lui tranche la tête. L’armée d’Holopherne, privée de son chef, sombre dans la confusion et est aisément vaincue.

Riverstone nous en livre une adaptation… façon Conan le Barbare, si j’ose dire, que j’ai lue en anglais parce que c’était plus facile à trouver que la version française et que j’avais envie de découvrir cet auteur dont on m’avait dit du bien… Mais je sens que ce billet va encore me valoir un mail de Belgique agacé ou découragé!

La BD ne me semble pas à mettre entre toutes les mains, non pas en raison de son érotisme, mais parce que certaines pages sont assez gores (ceux d’entre vous qui me suivent sur l’autre blog savent que je suis une âme sensible!). Néanmoins, ce côté violent me semble assez conforme au récit original, Holopherne et son armée semblant visiblement ne pas être des enfants de choeur.

Riverstone a cependant pris quelques libertés avec sa source d’inspiration : tous les personnages, ou peu s’en faut, semblent vivre nus et Holopherne a la particularité d’être doté d’un sexe d’une taille monstrueuse dont il se sert, comme d’un glaive, pour transpercer les femmes. Il m’a évoqué un démon vengeur qui exigerait sans cesse des femmes en sacrifice. Mis à part des meurtres et du sexe, il ne se passe pas grand chose. Certains passages comportent des longueurs et il m’a semblé qu’ils auraient gagné à être plus condensés tandis que d’autres sont un peu rapides. Dans l’ensemble, je trouve que l’album aurait supporté d’être un peu plus court. L’auteur a glissé dans son récit un peu de suspense : l’attitude de Judith est assez ambiguë et je me suis surprise à me demander si elle n’était pas en train de succomber au charme de son étalon et d’oublier sa mission. Ca ne suffit toutefois pas à donner plus d’intérêt à l’histoire et on peut dire que, globalement, le scénario n’est pas le point fort de la BD, dont les dialogues sont assez plats.

Puisque j’ai commencé, en me plaignant de l’intrigue, à repartir dans mes doléances habituelles, je vais continuer : l’auteur s’est visiblement fait plaisir en dessinant des femmes superbes et en faisant en sorte de mettre leur corps en valeur, ce qui fait que, dans certaines cases, les héroïnes, et en particulier la servante, se retrouvent dans des positions totalement improbables et assez ridicules. Je dois toutefois reconnaître une chose : si les personnages masculins m’ont paru, comme chez d’autres auteurs, moins soignés que les personnages féminins, ceux-ci ont néanmoins le mérite d’être un tant soit peu appétissants, pour peu qu’on aime les cheveux longs, ce qui est heureusement mon cas! En revanche, l’anatomie d’Holopherne n’a suscité en moi que des interrogations quant aux significations freudiennes qu’il faudrait y voir.

Si je regrette que l’album soit de ceux qu’il faut lire en mettant ses neurones en veilleuse (ce qui, pour moi, est bloquant), celui-ci n’est cependant pas dénué de qualités. Ses atouts résident dans les talents de dessinateur de l’auteur. Bien souvent, j’ai eu l’impression de regarder un tableau et non un dessin. Les corps m’ont parus remarquablement réussis et les très nombreuses scènes de sexe, bien qu’elle soient relativement dépourvues d’originalité, dégagent néanmoins quelque chose, une force, une sensualité, auxquelles je me suis parfois laissée prendre et qui font que, en dépit de mon ressenti plutôt mitigé, je comprends qu’on puisse apprécier l’album, et qu’il puisse ne pas laisser indifférent.

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Louis a réalisé un film volontairement idiot mais très commercial, qui lui a rapporté plein d’argent. Avec ses gains, il achète un hôtel abandonné dans un endroit isolé au bord de la mer. L’y rejoignent pour les vacances sa petite amie, Corrine, et un couple d’amis. Corrine et lui forment un couple peu conventionnel : elle souhaiterait l’épouser, alors qu’il veut garder un espace de solitude. En même temps, Corrine, bi, continue à fréquenter d’autres femmes et a des jeux ambigus avec Muriel, l’amie en visite.

En parallèle, on suit Annie, une ex de Corrine, et Martin, amoureux de Annie pour qui il est un simple ami, et écrivain à succès que Louis et Corrine apprécient. Chaque chapitre s’ouvre sur une citation de ce qui est supposé être un livre de Martin. Ce dernier a pour confident Simone, qui semble, sans l’avouer, aussi amoureuse de lui qu’il l’est d’Annie, et tout aussi vainement.

On suit ces différents personnages le temps d’un été. On a donc affaire à une tranche de vie qui mêle réflexions sérieuses et passages plus légers où l’auteur laisse libre cours à ses fantaisies. Dans ce roman graphique qui n’a de pornographique que le nom, le dessin comme le fond sont à la fois pudiques et osés, et tout en douceur et en délicatesse.

J’ai beaucoup aimé les dessins, dont le style varie en fonction des pages. A certains moments, les couleurs sont fondues et, à d’autres, que j’ai particulièrement aimés, les traits de crayons sont très présents et visibles, ce qui donne à l’album un aspect que je qualifierais, sans doute maladroitement, d’artisanal, qui m’a beaucoup plu.

Pour le fond, nous accompagnons les personnages dans leur vie quotidienne, et dans leurs interrogations sur le monde et sur eux-mêmes. Néanmoins, je n’ai pas réussi à cerner ce que Jimmy Beaulieu a voulu faire. Il décrit quelques mois de la vie de ses personnages. L’album s’arrête sans qu’il y ait vraiment de fin. Je me demande s’il a voulu faire passer quelque chose et, si oui, quoi? Je n’ai pas eu l’impression que l’album allait quelque part et j’ai eu la sensation, en le lisant, qu’il ne m’en resterait pas grand-chose dans quelques mois. Ca m’a gênée et, de ce fait, je suis un peu déçue.

Au fil de l’album, l’auteur s’est également fait plaisir en inventant toutes sortes de mises en scène fantasmatiques dans lesquelles il place ses personnages féminins. Il s’en justifie en faisant dire à Louis, qui dessine aussi, en quatrième de couverture : « Et t’sais, pour moi, dessiner une femme, c’est déguster une crème brûlée. Dessiner un homme, c’est remplir un formulaire. » et, dans l’album :

Boaf. Les gens vont bien finir par se rendre compte que d’avilir systématiquement le désir masculin, c’est absurde…
Ca peut rien donner de bon.
Et c’est pas parce que la bande dessinée a l’habitude d’aborder la chose sexuelle d’une manière un peu tarte que je vais m’empêcher de parler de ce qui occupe la majorité de mon activité cérébrale.
C’est pas que je revendique un art amoral ou irresponsable, mais j’ai pas l’impression de mettre en scène des idioties, et j’ai jamais vu le sexe comme quelque chose de réducteur.

Et je trouve qu’il a entièrement raison. Néanmoins, la remarque de Corrine en quatrième de couverture exprime assez bien mon ressenti après lecture : « Des filles qui couchent ensemble? Franchement, Louis, tes fantasmes me déçoivent. C’est d’un banal. »

Même si je trouve tout naturel qu’un auteur dessine ce dont il a envie, je me sens lassée des BDs qui mettent en scène des fantasmes masculins qui me sont étrangers et qui visent surtout à montrer des corps féminins que je trouve beaux mais qui m’indiffèrent. Je crois qu’il faut vraiment que j’essaie les quelques auteurs féminins de bandes dessinées pour voir si mon ressenti sera différent.

Au final, j’attendais plus de cet album à propos duquel je n’avais lu que des éloges. Et c’est peut-être ce qui fait que j’en ressors un peu déçue. J’ai passé des heures agréables à le lire, j’ai apprécié les dessins, l’histoire et les personnages, mais je l’ai refermé avec une impression de « et alors? ».
Ne pouvant m’empêcher de penser que je suis passée à côté de quelque chose (ce qui fait que j’ai traîné un certain nombre de jours avant de rédiger ce billet), je vous renvoie vers celui de Mo’, qui est nettement plus positif.

Comédie sentimentale pornographique
Jimmy Beaulieu
Delcourt
Collection Shampooing

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Bon. Il serait temps de ramener un peu de vie sur ce blog que j’ai honteusement délaissé ces dernières semaines. Ayant, à travers le livre de Jean-Jacques Pauvert, rapporté le récit de la publication d’Histoire d’O dans mon dernier billet, il m’a semblé judicieux d’enchaîner avec cette bande dessinée qui croupissait dans ma PAL depuis déjà quelques mois. J’avoue humblement que, d’une part, le livre de Pauline Réage m’est tombé des mains et que, d’autre part, ma seule expérience de Crepax se limitait à une BD en ligne à laquelle je n’avais pas compris grand chose. De ce fait, si je tenais à lire la BD pour ne pas mourir idiote, je ne peux pas dire que la motivation m’étouffait et, si j’avais initialement prévu de la lire juste après la publication de mon dernier billet, j’ai fait passer pas mal de livres et de mangas avant elle.

Une fois n’est pas coutume, je vais commencer par aborder le fond. Bien que l’album se compose d’une multitude de chapitres, on peut dire qu’il se subdivise en deux parties principales. La première, qui correspond au souvenir que j’avais du roman, démarre à l’arrivée de O au château de Roissy où, pour plaire à son amant, René, elle consent à être fouettée et abusée par de nombreux hommes. A sa sortie de Roissy, René la partage avec un parent, sir Stephen. En parallèle, elle éprouve une attirance pour une femme que René et sir Stephen lui demandent de pervertir.

La seconde partie, qui ne correspond à rien dont je me rappelle (il faut dire que mon souvenir du roman est assez flou) semble se dérouler plus tard. O y est cette fois en position dominante et manoeuvre pour semer la zizanie dans une famille. Cette partie m’a semblé très inférieure à la première, notamment parce que la narration y est très confuse.

Pour ce qui est de la première partie, si j’y suis encore restée étrangère, cette adaptation m’a toutefois beaucoup mieux plu que le roman, sans doute parce que j’ai été absorbée dans une admiration pour le dessin. Je l’ai trouvée néanmoins très froide. O est d’une dignité glaciale et René et sir Stephen sont impénétrables, si bien que les quelques paroles de tendresse et les sentiments exposés dans les dialogues me donnent l’impression de n’être que de surface, et que les motivations des personnages me semblent encore plus incompréhensibles.

Les dessins, en revanche, m’ont éblouie. J’ai admiré leur finesse, leur précision et le luxe de détails. J’ai été frappée par les détails architecturaux, le mobilier. La bande dessinée a une tonalité très Art nouveau avec, par moments, des touches de styles plus modernes. J’ai beaucoup aimé la composition, la taille et la répartition des cases variant d’une page à l’autre au gré des besoins du récit, les juxtapositions de scènes ou les découpages en petites touches, focalisés sur des parties du corps, ou des expressions du visage.  Ces procédés, qui contribuent à rendre les scènes vivantes et leur ambiance tangible, sont, je crois, responsables du fait que je me suis sentie moins indifférente au récit que je ne m’y attendais, et que j’ai même été touchée à quelques moments.

Au final, je ressors de cette lecture toujours relativement fâchée avec Histoire d’O, mais avec l’envie de découvrir l’oeuvre de Crepax, ce qui n’est déjà pas si mal!

Histoire d’O
Guido Crepax
Editions Delcourt
Collection Erotix

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Mon adolescence a été marquée par la lecture (et la relecture régulière de certains passages) des Trois mousquetaires et de Vingt ans après. C’est donc tout naturellement que je me suis inscrite, il y a un an et demi, au challenge Alexandre Dumas, sur l’autre blog. J’en ai profité pour relire mon roman fétiche, et c’est là que j’ai eu envie de voir un peu comme il a été adapté en bande dessinée. J’ai donc lu des adaptations plus ou moins réussies, françaises ou japonaise, pour enfants, adolescents ou adultes et, quand je suis tombée par hasard sur cette version érotique, j’ai eu envie de l’inclure dans mon tour d’horizon.

J’avoue que je m’attendais au pire, d’autant plus que, connaissant Les trois mousquetaires sur le bout des doigts et ayant un fort rapport affectif avec l’oeuvre, je suis assez chatouilleuse sur la façon dont elle peut être (mal)traitée par les auteurs qui s’en inspirent. Aussi je dois dire que j’ai été agréablement surprise.

En effet, la trame du roman est rigoureusement suivie et les personnages sont interprétés de façon classique. Les seuls changements qui ont été apportés par rapport au roman, et qui sont non négligeables mais nécessaires au projet des auteurs, c’est que l’intrigue est essentiellement résumée, seuls quelques événements sont un peu développés. En revanche, les auteurs ont soit largement développé ce que Dumas nous a laissé soupçonné de la vie sexuelle de ses personnages, soit – le plus souvent – ils leur en ont inventé une, qui est parfois étonnante!

Néanmoins, à aucun moment, l’histoire n’est charcutée ni ne bascule dans le grotesque, comme je le craignais. Tout en laissant largement cours à leur fantaisie, les auteurs ont visiblement essayé de coller à l’atmosphère du 17e siècle de Dumas, et ils y ont relativement bien réussi. Le seul reproche que je ferais quant au fond est que les dialogues, durant les scènes de sexe, sont assez pathétiques. J’imagine qu’il est difficile de faire original en la matière, et j’aurais simplement préféré que les personnages soient moins bavards dans ces moments-là. Il est peut-être utile de préciser qu’on est ici dans l’érotisme et non dans la pornographie. L’ensemble est gentiment paillard et, à mon sens, essentiellement divertissant.

Pour ce qui est de la forme, j’ai été séduite par la finesse et la beauté du dessin de Mancini. Derrière ce pseudonyme se cache Robert Hugues, dessinateur prolifique de bandes dessinées érotiques, qui a également publié sous les pseudonymes de W.G. Colber ou de Trébor. Henri Filippini et lui ont déjà collaboré à maintes reprises, et se sont, entre autres, également attaqués à un autre roman de Dumas, La reine Margot. Je n’ai pas trop envie de lire celui-ci, car il touche à une période et des personnages qui me sont encore plus familiers que ceux des Trois mousquetaires, mais j’aimerais refaire un essai, avec une oeuvre issue de leur imagination, afin de voir les dessins de Mancini dans un autre contexte. Il y a plusieurs titres qui me tentent mais je n’ai pas encore arrêté mon choix. Si vous en avez un en particulier à me conseiller, je suis preneuse!

Les trois mousquetaires
Edition intégrale
Henri Filippini – Mancini
Editions Ange
Collection Sexy bulles

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Chenda, partie au Japon dans le cadre d’un échange entre dessinateurs, est tombée amoureuse de Frédéric (Boilet –  auteur de Love hotel, Elles, L’épinard de Yukiko…). Fraise et Chocolat est une sorte de journal tenu par Chenda (Aurélia Aurita est un pseudonyme) de leur passion. Le deuxième tome reprend là où le premier – qu’il vaut mieux avoir lu d’abord – s’est arrêté : le premier tome couvrait la période d’octobre 2004 à janvier 2005, le second commence en janvier 2005 et va jusqu’en septembre de la même année. Il démarre en Europe, où Chenda accompagne Frédéric et la mangaka Kan Takahama dans leur tournée de dédicace pour l’album Mariko parade, avant de se poursuivre au Japon.

J’avais bien aimé le premier tome. Si ce n’était pas le chef d’oeuvre du siècle, sa fraîcheur m’avait plu et j’avais trouvé l’histoire jolie et romantique. Néanmoins j’ai traîné plus de 3 ans avant de lire le deuxième tome, les échos que j’avais eus à son propos m’inquiétant un peu. Et je l’ai nettement moins aimé… même si je me suis demandé si ces avis négatifs dont j’avais eu connaissance ne m’avaient pas influencée dans une certaine mesure.

Si, après avoir été quelque peu déroutée, j’avais fini par bien aimer le style de dessin dans le premier tome, je n’ai pas réussi à accrocher cette fois. Est-ce de l’autopersuasion? Est-ce que je deviens un peu plus exigeante à mesure que je lis des BDs? Est-ce parce que l’histoire ne me passionnait pas démesurément?

En effet, le fond est quelque peu différent. Le premier tome était uniquement centré sur le couple et parlait principalement de sexe. Ces nombreux passages érotiques illustraient et engendraient les nombreuses interrogations de Chenda à propos d’elle-même, de Frédéric, de l’amour, de leur relation, du possible avenir de celle-ci… Il est nettement moins question de sexe dans ce deuxième album, du moins dans la première moitié, et le couple s’ouvre sur l’extérieur : on voit Frédéric Boilet en tournée de dédicace pour un album qu’il a réellement écrit. Ainsi, si le premier tome avait une portée relativement universelle du fait des questions que se posait son auteur et des anecdotes qu’elle décrivait dans lesquelles les lecteurs pouvait se reconnaître, le deuxième tome parle d’un couple bien précis qui vit des choses que ne vivent pas forcément ses voisins. Je me suis donc sentie un peu voyeuse, comme si je regardais une émission de téléréalité, et ça m’a mis un peu mal à l’aise.

Par ailleurs, si elle aborde des thèmes qui auraient pu être intéressants, tels que sa position ambigue alors qu’elle accompagne Frédéric en Europe incognito ou le racisme d’un voisin japonais, elle se contente de décrire et de raconter les souvenirs que ça lui évoque, et reste dans un registre qui m’a semblé trop superficiel.

De la même façon, si les scènes érotiques du premier tome accompagnaient l’évolution de la relation et le questionnement intérieur de Chenda, celles du deuxième (qui risquent de laisser sur le carreau les lecteurs qui avaient été un peu effarouchés à la lecture du premier) me semblent relever beaucoup plus de l’anecdotique. Elles semblent plus s’apparenter à un catalogue des pratiques et fantasmes de la jeune femme qu’être le reflet de la façon dont leur relation vit, évolue et s’approfondit. De ce fait, l’intérêt m’a paru moindre. Ainsi, ses expériences pour tailler les légumes de manière à obtenir des plugs du diamètre adéquat ne m’ont pas particulièrement passionnée.

Je dirais que la lecture de ce deuxième tome est sympathique mais pas franchement indispensable, le premier étant plus percutant et plus universel.

Vous trouverez ma chronique du premier tome ici.

Fraise et chocolat
Aurélia Aurita
Les Impressions nouvelles
ou, en poche, chez
Pocket

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