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Archive for août 2013

313WZ8C2F9L__SY445_Patrick Wald Lasowski est un spécialiste de la littérature libertine du XVIIIe siècle ainsi que de la littérature du XIXe siècle. Il enseigne à Paris VIII. Lorsque j’ai entendu parler pour la première fois de lui et de son style si particulier, et que j’ai vu la liste de ses ouvrages, je me suis dit : « Il me les faut tous! ».

J’ai commencé il y a 2 ans avec Le traité des mouches secrètes, et je poursuis donc avec celui-ci. Je pense que je continuerai ma découverte de sa bibliographie tout doucement, pour que, pendant longtemps, je puisse me dire qu’il m’en reste encore à lire.

Au temps des libertins, lorsqu’un homme cherchait à séduire une femme et que celle-ci considérait sa démarche d’un oeil favorable, elle ne cédait pas d’un coup mais lui accordait, plus ou moins lentement ou rapidement, ce qu’on appelait des faveurs, c’est à dire essentiellement la permission de se livrer sur sa personne à des baîsers ou des caresses, de plus en plus intimes. Le jeu de la séduction se couplait ainsi à des sortes de préliminaires. Très logiquement, l’ultime faveur est l’acte sexuel. C’est une expression que j’ai toujours trouvé très jolie (comme beaucoup de circonlocutions de cette époque) et c’est ce qui a motivé mon choix de ce livre, dans cette bibliographie où tout me fait envie.

Comme Le traité des mouches secrètes, c’est un petit essai totalement atypique. D’ailleurs, en relisant ce que j’ai écrit sur celui-là, je me rends compte que, sur beaucoup de points, je pourrais dire la même chose à propos de celui-ci. Il se lit très vite, d’une part parce qu’il compte à peine une centaine de pages, et d’autre part parce qu’il est d’un accès très facile.

L’auteur y disserte tour à tour des pratiques amoureuses, souvent à travers l’évocation de romans, et des différentes acceptions du mot faveur : celle évoquée plus haut, évidemment, mais aussi les rubans, les nombreux écrits du temps « en faveur de » quelqu’un ou quelque chose, le fait d’être en faveur ou en défaveur. Il soulève des interrogations telles que quel est le délai pour obtenir l’ultime faveur ou celle-ci est-elle un gage d’amour? Il va même au-delà de l’ultime faveur, s’intéressant aux pratiques en vogue parmi les libertins du XVIIIe siècle : le fouet et la sodomie, qu’il qualifie joliment d’extrême faveur.

Du fait de cette multitude d’aspects abordés et de la façon dont il passe de l’un à l’autre, l’ouvrage est assez étourdissant. Je n’ai pas eu le sentiment d’y apprendre grand-chose, mais je suis bien contente de l’avoir abordé avec justement suffisamment de connaissances de base pour ne pas avoir eu à attendre d’y apprendre quelque chose, car je crois qu’alors je me serais sentie complètement perdue.

Au début, mon esprit cartésien a souffert de peiner à trouver une ligne directrice et de cette sensation d’étourdissement. Puis, peu à peu, j’ai eu le sentiment d’être transportée dans un salon de l’Ancien Régime, où les propos, même sérieux, se devaient d’être légers, où les traits d’esprits et le sens de la répartie étaient hautement prisés et où la conversation était un art. A partir de ce moment, j’ai progressivement réussi à lâcher priser et à cesser de chercher une progression logique, j’ai admiré le talent de l’auteur de parvenir à faire revivre ainsi un temps révolu, et j’ai savouré cette langue et cette atmosphère dont j’aime tant à percevoir un petit quelque chose dans mes lectures… et j’ai regretté que le livre soit si court!

Il me permet d’enregistrer in extremis une participation dans la catégorie « Les instituteurs immoraux » du challenge Badinage et libertinage de Mina… que j’espère vivement qu’elle va prolonger parce que je suis loin d’avoir épuisé tout ce que j’ai envie de lire sur le sujet!

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