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Archive for mars 2013

51VVFmu6Y5L__SL500_AA300_Curieusement, plusieurs mangas portent, dans leur traduction française, le titre de Blue. C’est le cas, notamment, du très bon one-shot de Kiriko Nananan. Celui dont je vais vous parler aujourd’hui est un recueil de nouvelles de Naoki Yamamoto, l’auteur de Asatte dance, une série que je suis en train de lire et qui, pour le moment, m’emballe moyennement.

Blue comporte 7 nouvelles, de 20 à 40 pages, qui comptent quelques points communs. Les héros de toutes les histoires sont jeunes : lycéens, étudiants, parfois même collégiens. La plupart d’entre elles ont pour thème principal une histoire de sexe qui vire à l’amour pour l’un des protagonistes. Bien souvent, l’un des personnages semble être manipulé, voire apparaît comme une victime. Mais les faux-semblants sont nombreux et celui qui est manipulé n’est pas forcément le personnage que l’on pensait au départ.

Enfin, le principal point commun de toutes ces nouvelles est qu’elles sont glauques : parmi les thèmes abordés, on trouve la drogue, le chantage, la prostitution, la violence, les sectes, les dictatures, le fantastique. Quasiment toutes m’ont laissé un sentiment de malaise. Et pourtant, je les ai trouvées bien fichues d’un point de vue scénaristique, bien rythmées et conclues de façon percutante. Je reste donc sur des sentiments mêlés, et en cela ce manga m’a fait penser aux romans de Ryû Murakami. Au final, même avec plusieurs jours de recul, je ne saurais dire si j’ai aimé ou pas.

Le dessin fait un peu daté, et pour cause : le manga, quasiment contemporain d’Asatte dance, a déjà plus de 20 ans. Ce qui fait que, comme ce sont apparemment les deux seules oeuvres de Naoki Yamamoto qui ont été traduites en français à ce jour, je me demande comment son style a évolué depuis. Les scènes érotiques m’ont semblé très réussies. Les corps féminins sont particulièrement joliment dessinés. J’y ai trouvé beaucoup de sensualité, même quand les scènes virent à la pornographie.

Blue
Naoki Yamamoto
Editions imho
Pour 16 ans et plus

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Nous nous sommes lancées avec Aaliz dans un projet de longue haleine : relire La recherche du temps perdu. Nous avons commencé au printemps dernier avec Du côté de chez Swann et poursuivons actuellement avec A l’ombre des jeunes filles en fleur.

Proust est un auteur qui fait peur et que, de ce fait, les gens appréhendent trop souvent d’aborder. Pourtant, si l’on fait abstraction de la beauté de son style, c’est un auteur qui peut séduire de par la finesse de ses analyses psychologiques et son humour. Comme je l’aime beaucoup, j’ai envie de faire un peu de propagande et de l’évoquer sur ce blog aussi, pour essayer de montrer qu’il est loin d’être aussi soporifique qu’il en a la réputation.

Voici donc un petit passage que j’ai relu cette semaine. Le narrateur est alors adolescent et décrit ses premiers émois :

[…] m’approchant de Gilberte qui, renversée sur sa chaise, me disait de prendre la lettre et ne me la tendait pas, je me sentis si attiré par son corps que je lui dis :

– Voyons, empêchez-moi de l’attraper, nous allons voir qui sera le plus fort.

Elle la mit dans son dos, je passai mes mains derrière son cou, en soulevant les nattes de cheveux qu’elle portait sur les épaules, soit que ce fût encore de son âge, soit que sa mère voulût la faire paraître plus longtemps enfant, afin de se rajeunir elle-même ; nous luttions, arc-boutés. Je tâchais de l’attirer, elle résistait ; ses pommettes enflammées par l’effort étaient rouges et rondes comme des cerises ; elle riait comme si je l’eusse chatouillée ; je la tenais serrée entre mes jambes comme un arbuste après lequel j’aurais voulu grimper ; et, au milieu de la gymnastique que je faisais, sans qu’en fût à peine augmenté l’essoufflement que me donnaient l’exercice musculaire et l’ardeur du jeu, je répandis, comme quelques gouttes de sueur arrachées par l’effort, mon plaisir auquel je ne pus pas même m’attarder le temps d’en connaître le goût ; aussitôt je pris la lettre. Alors Gilberte me dit avec bonté :

– Vous savez, si vous voulez, nous pouvons lutter encore un peu.

J’ai bien aimé ce passage qui est à l’image du narrateur à ce stade de l’oeuvre : à mi-chemin entre l’enfance et l’âge adulte. On trouve néanmoins bien plus scabreux dans les tomes suivants de La recherche. Je m’y arrêterai peut-être lorsque je tomberai dessus.

En parallèle, je suis dans un ouvrage d’Olivier Bessard-Banquy intitulé Sexe et littérature aujourd’hui que je trouve, pour le moment, très intéressant. Dans le premier chapitre, il déplore que, la littérature érotique ayant perdu beaucoup de son côté transgressif avec la libération sexuelle, les auteurs se livrent à une surenchère dans l’extrême, qui n’est pas synonyme de qualité littéraire. Bien au contraire, il se plaint de la grande médiocrité de la production érotique actuelle, de ce que les petits éditeurs, qui proposent parfois des titres intéressants, souffrent toujours du caractère honteux associé à ce style littéraire et sont peu visibles, tandis que les grands éditeurs généralistes n’hésitent plus à proposer des romans comportant une part plus ou moins importante de sexe – parce que le sexe, ça fait vendre – sans que leurs auteurs soient forcément doués pour ce genre. Il illustre ses propos en évoquant quelques auteurs, et notamment Philippe Djian, à travers son roman Vers chez les blancs. L’avis assez tiède d’alias ne m’avait pas particulièrement donné de le lire et ce qu’en dit Olivier Bessard-Banquy m’en ôte toute velléité. Je ne résiste pas au plaisir de partager avec vous ce passage, qui m’a beaucoup amusée :

Sans surprise on retrouve chez Djian tous les lieux communs de l’écriture gaillarde très grand public – la description risible du suréchauffement des sens (« elle feignit de tourner de l’oeil et manqua de s’étrangler »), la sacro-sainte gradation du récit qui impose de commencer par de tendre baisers avant de passer aux choses sérieuses, le recours au comique (« avec force bruits de bottes s’enfonçant dans la boue ») pour donner une touche sympa et décontractée à ce qui n’est au fond que le tableau d’un banal coït, la description d’une gestuelle agitée (« elle lacéra le dossier du canapé ») pour suggérer la puissance du plaisir. Même le jeu sur l’hypertrophie des corps pour suggérer l’ampleur du désir qui semble une bonne idée susceptible de donner un peu de caractère au récit ne mène à rien ici. A cela s’ajoutent les célèbres fautes de style de Philippe Djian, les lourdeurs d’expression (« Mais vous l’allez voir, ces distorsions morphologiques qui nous frappaient soudain »), les pléonasmes classiques (« un gros pamplemousse »), les remarques inutiles (à quoi bon préciser que le canapé est en peau de buffle? qui se soucie de décoration intérieure en pleine étreinte?) les phrases téméraires (comment une « giclée d’huile » peut-elle filer tout en sifflant?), les interjections improbables (de quelle langue inconnue relève ce « Huurboukkk » avec trois u et deux points d’exclamation?). Burlesque et nigaud, le récit de l’étreinte chez Djian évoque le mélange incongru de deux imaginaires bas de gamme, celui du X petit budget et celui du sitcom pour adolescents boutonneux.

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