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Archive for décembre 2012

romans-libertins-du-xviiie-siecle-jean-marie-chevrier-collectif-dorat-duclos-fougeret-de-montbron-chevrier-9782221070727Louis-Charles Fougeret de Montbron (1706-1760) a mené une existence aisée grâce à l’héritage touché de son père. Il fréquenta la bohème littéraire, les mauvais lieux, voyagea et écrivit. Il est l’auteur, entre autres, du Cosmopomolite ou le Citoyen du monde, écrit en Angleterre en 1750. Il y parle de lui-même et y montre sa vision négative de l’homme. Fougeret de Montbron ne croit à aucun sentiment, et pense que le moteur de l’homme est l’égoisme. Il fut régulièrement expulsé des endroits où il a séjourné à cause de son mauvais caractère et ses propos anticléricaux. Il fut accusé d’attaquer, dans Margot la ravaudeuse, qui parut en 1748, « la religion et le gouvernement », ce qui lui valut un mois de prison et l’interdiction de séjourner à moins de 50 lieues de Paris.

Margot la ravaudeuse m’a beaucoup rappelé Fanny Hill, publié à peu près à la même époque et que Fougeret de Montbron a traduit et adapté en français en 1751 : une adolescente pauvre fuit son foyer, rencontre une maquerelle qui lui propose de la prendre sous son aile. Naïve, elle se retrouve dans un bordel sans s’en rendre compte, puis passe de protecteur en protecteur.

Il existe cependant de nombreuses différences entre les deux récits. Si, comme Fanny, Margot est une jeune fille qui sait ce qu’elle veut et choisit son destin, elle a néanmoins nettement moins de personnalité que Fanny. Alors que Fanny Hill (dans la version que j’ai lue) dresse un beau portrait de femme, le propos ici est tout autre. Fougeret de Montbron livre à ses lecteurs un catalogue de types d’hommes, un peu à la façon dont Les confessions du comte de *** de Duclos étaient une énumération de femmes : on y croise des ecclésiastiques, des financiers, un anglais, un allemand, un ambassadeur…

Margot est plus proche que Fanny du fantasme traditionnel de la prostituée : elle se jette dans la profession par luxure et, contrairement à Fanny Hill, elle ne connait pas l’amour et n’est motivée que par l’appât du gain. Margot la ravaudeuse raconte une ascension sociale, celle d’une jeune fille qui, par degrés, parvient à échapper à la pauvreté pour aboutir à l’aisance. Pour autant, la prostitution n’est pas du tout idéalisée. Margot la ravaudeuse est un roman beaucoup plus noir que Fanny Hill. Les hommes, tous grotesques, y jouent un encore plus mauvais rôle, et la prostitution y est décrite de façon crue :

Quand je fais réflexion aux épreuves cruelles et bizarres où se trouve réduite une fille du monde, je ne saurais m’imaginer qu’il y ait de condition plus rebutante et plus misérable. Je n’en excepte point celle de forçat ni de courtisan. En effet, qu’y a-t-il de plus insupportable que d’être obligée d’essuyer les caprices du premier venu; que de sourire à un faquin que nous méprisons dans l’âme; de caresser l’objet de l’aversion universelle; de nous prêter incessamment à des goûts aussi singuliers que monstrueux, en un mot, d’être éternellement couvertes du masque de l’artifice et de la dissimulation, de rire, de chanter, de boire, de nous livrer à toute sorte d’excès et de débauche, le plus souvent à contre-coeur et avec une répugnance extrême?

La typologie que nous livre Fougeret de Montbron lui permet de s’adonner à la critique : violemment anticlérical, son roman égratigne l’opéra ou les salons littéraires, et plus généralement la société, où quelqu’uns s’enrichissent sur le dos des pauvres.

On y trouve en revanche très peu de descriptions d’ébats. Je l’ai perçu comme plus humoristique qu’érotique. Les anecdotes rapportées, souvent grotesques, ne m’ont pas amusée. Cependant j’ai apprécié le ton ironique et mordant du roman :

Un mylord, ou plutôt un mylourd, vint me présenter ses hommages sterling et ses vapeurs. C’était une sorte d’individu court et ramassé, qui ressemblait parfaitement à un gros orteil, marchant comme un canard, et traversé d’une épée à la catalane, où pendait un gros gland qui lui flottait sur la cheville. Les qualités de son esprit répondaient si bien à celles du corps que l’un semblait fait pour l’autre, et que l’on eût été fort embarrassé auquel donner la préférence. On sera, peut-être, surpris que je n’aie jamais eu sous mes lois que des animaux indécrottables; mais il faut observer que les gens de mérite ne sont pas toujours les plus opulents, ni ceux qui recherchent le plus notre commerce; et qu’il n’y a guère que des sots et de maussades figures embarrassés de leur argent qui s’adressent à nous.

La fin du roman m’a un peu surprise : bien que Margot ne se repente pas de sa vie dissolue, son histoire s’achève néanmoins par son renoncement à la débauche et le retour à une vie respectable, au prétexte de raisons de santé.

J’ai lu ce court roman rapidement et sans déplaisir, ayant trouvé le style plutôt agréable, mais je ne peux pas dire que je suis enthousiasmée et je crois que ce n’est pas une oeuvre qui me marquera.

Je compte avec lui une troisième participation au challenge Badinage et libertinage de Minou.

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9782756027135_cgD’ordinaire, j’évite de chroniquer une série tome par tome. Je préfère de loin faire un seul billet pour l’ensemble, d’une part pour ne pas spoiler, et d’autre part parce qu’il n’y a pas forcément grand-chose à dire sur un seul tome. Je fais cependant exception à la règle aujourd’hui, parce que j’avais rédigé l’année dernière un billet sur le premier tome de Magasin sexuel, et qu’il me semble logique d’achever ce que j’ai commencé. Pour une fois, cependant, je vous livre un billet paresseux, parce que j’ai peu de chose à ajouter à ce que j’ai dit alors, et que j’aurais quasiment pu recopier ce que j’ai écrit à propos du premier tome.

Et d’ailleurs, je vais honteusement recopier la présentation que j’avais rédigée alors, étant donné que je ne me sens pas inspirée pour faire mieux et que je ne comptais de toute façon pas en révéler plus que ce que j’ai dit pour ce premier tome :

« Monsieur le maire des Bombinettes, « charmante bourgade de 234 âmes » et patrie de cette célèbre boisson, le Bombinou, avait déjà fort à faire entre ses soucis ménagers, les requêtes de ses administrés et une enquête d’envergure internationale : quelqu’un a volé le « i » de l’enseigne du « Bar du coin », sûrement un coup des anglais ou des belges! Il n’avait pas besoin que l’apparition d’un « sekchop » au marché hebdomadaire du village déclenche les foudres des habitants. La responsable du scandale est Amandine qui, obligée d’arrêter ses études pour gagner sa vie, vient de reprendre l’échoppe de son père en changeant d’activité, car elle trouve plus amusant de vendre des canards vibrants que des tuyaux. »

Je n’irai cependant pas jusqu’à recopier le commentaire que j’avais fait, car mon sentiment, à l’issue de ce second et dernier tome, est un peu plus tiède. J’ai encore apprécié les dessins, aux couleurs acidulés, et plutôt mignons. J’ai encore souri à plusieurs reprises en découvrant la suite des aventures d’Amandine et du maire. Toutefois, j’ai été plus frappée par les clichés sur les petits villages et leurs habitants et, de ce fait, j’ai trouvé l’humour un peu facile. Par ailleurs, ce second tome m’a paru un peu plat, même si le dénouement m’a surprise et, de ce fait, m’a plu. C’est divertissant, mais ça ne casse pas trois pattes à un canard, pour rester dans le thème de la couverture. Je sais, c’était facile… Mais j’avais prévenu que c’était un billet paresseux!

Je termine en rappelant, si besoin était, que la BD n’a rien d’érotique et que sa présence sur ce blog tient uniquement à la nature du commerce que tient Amandine.

Magasin sexuel
2 tomes (série finie)
Turf
Delcourt

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