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Archive for novembre 2012

Turning point

9782351806623_cgMon goût prononcé pour les mangas de Hinako Takanaga ne vous aura sans doute pas échappé si vous passez par ici régulièrement. C’est pourquoi, bien que son précédent one-shot m’aie relativement déçue, je me suis néanmoins précipitée sur Turning point, sorti le mois dernier. Bien m’en a pris car, si l’intrigue est assez conventionnelle et pas franchement crédible, je n’en ai pas moins trouvé la lecture très agréable. Si Liberty liberty, qui date de 2005, péchait par certains défauts, dans Turning point, publié au Japon 4 ans plus tard, la mangaka semble avoir gagné en maturité et en aisance dans la création d’une trame scénaristique.

Sakuragi est scénariste. Il s’est heurté à des échecs répétés et, bien qu’il s’obstine dans la voie de l’écriture, il a perdu énormément de confiance en lui-même. Hanté par les soucis, il n’arrive plus à dormir, ses nuits consistant en un enchaînement de cauchemars. Alors qu’il a pris quelques jours de vacances pour essayer de se changer les idées, il tombe sur un étudiant qui parcourt le Japon à vélo, et dont l’engin a un problème mécanique qu’il ne sait pas réparer. Cet étudiant, Imamura, s’inscruste dans la voiture de Sakuragi, qui le conduit chez un réparateur. La répararation du vélo demandant  2-3 jours, Sakuragi propose sur un coup de tête à Imamura de l’héberger. Ce dernier, qui est gay, est vite sous le charme de son hôte et lui fait des avances. Sakuragi, bien qu’hétéro, accepte, prêt à tout pour tenter d’oublier quelques heures ses soucis. Plein de honte de ce qu’il a fait, il disparaît au matin. Mais Imamura refuse d’en rester là et fait de son mieux pour se créer une place dans la vie de Sakuragi et, face à sa spontanéité, son naturel et sa gentillesse, l’armure de Sakuragi se fendille.

On peut reprocher au manga que l’évolution des situations professionnelles des deux héros soit un peu dure à gober. On peu également lui reprocher que Sakuragi change brutalement d’orientation sexuelle sans en être particulièrement perturbé et sans se poser de questions, mais il me semble que ça s’explique par le fait que ce n’était pas le propos de la mangaka. Celle-ci s’est principalement concentrée sur ce que les deux personnages s’apportent mutuellement et sur l’évolution de leur relation et leur évolution personnelle. Et c’est quelque chose que je trouve qu’elle réussit bien. L’aspect psychologique est beaucoup plus cohérent que dans Liberty liberty. Bien que le récit soit concentré en un seul tome, Hinako Takanaga a réussi à faire des personnages aussi fouillés que dans ses séries, et a développer son propos de façon harmonieuse et sans à-coups.

Peu de sexe dans ce manga, le propos de l’auteur étant ailleurs. Néanmoins on y retrouve la patte habituelle d’Hinako Takanaga : des personnages attachants et humains, beaucoup de sensibilité, de l’humour. Et, comme toujours, j’adore la façon dont elle dessine ses personnages. Je leur trouve beaucoup de charme, et en dépit du peu de passages érotiques, beaucoup de sensualité.

Cette fois encore, j’attends son prochain manga avec impatience.

Turning point
Hinako Takanaga
Taifu comics
Collection yaoi
Pour public averti

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Si le nom de Georges Lévis ne vous est pas familier, ses dessins vous rappelleront cependant forcément des souvenirs, pour peu que vous ayez grandi dans les années 70s. En effet, ce monsieur, de son vrai nom Jean Sidobre, fut l’illustrateur de la célèbre série le Club des cinq.

Cette édition regroupe l’intégralité des aventures de Liz et Beth, qui commencèrent à paraître dans la revue Multi en 1975 et dont la publication se poursuivit sur divers supports jusqu’en 1993. L’histoire peut se résumer en deux mots : Annie et Claude ont grandi, sont devenues nymphomanes et évoluent dans un monde où les gens qu’elles rencontrent ne pensent qu’au sexe! Du fait que leurs aventures étaient publiées en feuilletons, les différents épisodes sont très courts, et donc assez abracadabrants.

Néanmoins, alors que si Liz & Beth avait eu un autre auteur, j’aurais sans doute encore ronchonné contre la faiblesse du scénario… et accessoirement contre les tendres sentiments qui unissent Liz, la blonde, une douce divorcée, et Beth, la brune, dotée d’une forte personnalité et d’un mari ouvert d’esprit, j’ai, pour une fois, apprécié ma lecture de cette BD, pour plusieurs raisons.

Déjà, je suis fan de ses dessins depuis que je suis petite, et donc, son style pour ces aventures érotiques étant identique à celui des illustrations du Club des cinq, pas très objective. Et j’apprécie qu’il soigne autant ses dessins d’hommes que de femmes, chose trop rare à mon goût! D’autre part, si les intrigues sont peu crédibles, elles sont néanmoins construites et cohérentes. Par ailleurs, j’ai aisément pardonné leur rôle de prétexte à toutes sortes de situations sexuelles exotiques, parce que Georges Lévis y a instillé de l’humour, de l’esprit et des allusions amusantes. Ainsi, par exemple, Beth prête à Liz le journal intime de son aïeule Sophie, enfant souvent punie pour ses bêtises, dans lequel elle raconte son initiation sexuelle avec son cousin Paul.

Dans les différentes aventures que vivent Liz et Beth en ville, à la campagne ou dans des pays exotiques, il y a des éléments qui reviennent souvent, comme des marottes de l’auteur :

– le saphisme… et accessoirement le recours à des godes-ceintures

– les matrones à l’air sévère qui initient des adolescents aux choses du sexe, au besoin en recourant au chantage ou à la contrainte. Ce n’est pas l’aspect que j’ai préféré, même si l’auteur le traite d’une façon qui ne fait malsaine mais est, au contraire, plutôt attrayante.

– les héroïnes portent toujours de la lingerie sophistiquée. Elles me font, dans l’ensemble, penser à des élégantes des années 50s bien plutôt qu’à des femmes des années 80s, même s’il leur arrive de porter des strings. Porte-jarretelles et bas sont de rigueur. Soutien-gorges, guépières et petites culottes sont magnifiques. J’avais pratiquement envie de foncer dans un magasin de lingerie à chaque page!

– les fessées, nombreuses et variées, données et reçues par des hommes ou des femmes dans des circonstances diverses, mais souvent appétissantes!

Moi qui ai du mal à trouver mon bonheur en matière de BD, j’ai été charmée par ce gros album (plus de 300 pages), léger, plaisant et raffiné. J’ai bien envie de découvrir le reste de sa production et ai déjà rajouté un autre titre de lui à ma LAL.

Liz & Beth
G. Lévis
Editions Delcourt

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Ambition

Je vous resitue le contexte : j’avais 18 ans, j’étais encore très innocente, et j’étais en prépa dans un lycée assez exigeant en langues étrangères. Je m’efforçais donc de lire des romans en anglais pour m’entraîner et améliorer mon niveau. A cet effet, j’effectuais régulièrement des descentes chez W.H. Smith (à l’époque, il n’y avait pas internet!), et c’est lors de l’une d’entre elles que je suis tombée sur ce roman de Julie Burchill. Le titre et le quatrième de couverture m’ont naïvement fait penser qu’il s’agissait d’un roman de réussite sociale à la Paul-Loup Sulitzer dont j’appréciais alors les livres (rappelez-vous, j’avais 18 ans!), avec une pointe d’histoire d’amour en plus. Je l’ai donc acheté.

Je me suis rapidement rendu compte que je m’étais fourvoyée sur le genre du roman. En effet, dès les premières pages, alors que l’héroïne, Susan, belle jeune femme ambitieuse qui travaille pour un journal, se rend à une réunion où elle doit rencontrer son nouveau patron, elle tombe dans les couloirs sur un riche jeune homme au comportement de bad boy, pour qui elle éprouve un vif coup de foudre qui se concrétise aussitôt dans les toilettes, en une baise aussi sauvage qu’exaltante. Le problème est que le jeune homme en question est le fils de son nouveau patron. Le second problème est que ledit patron impose à Susan 6 épreuves, comme condition pour la faire progresser dans la hiérarchie de la société. Prête à tout pour réussir, Susan accepte, au risque de mettre en péril son idylle avec le fougueux jeune homme. Bien évidemment, les épreuves en question sont à caractère sexuel et son patron emmènera Susan aux 4 coins du monde pour la regarder se faire prendre par des hommes et femmes de toutes races, avec parfois une pointe de BDSM.

Un peu gênée au départ, j’ai été rapidement ravie de ma méprise (je commençais alors à découvrir la littérature érotique) et j’ai dévoré ce livre que j’avais, à l’époque, trouvé diablement émoustillant. Il m’avait fait une forte impression et, si les noms de certains personnages ou les subtilités de l’intrigue m’ont depuis longtemps échappé, certaines scènes sont encore bien gravées dans ma mémoire. J’ai voulu le relire, il y a 4-5 ans, pour essayer de retrouver un peu de ces sensations, mais ça n’a pas marché. J’ai trouvé le roman assez médiocre et les scènes, plus gentilles que dans mon souvenir, m’ont malheureusement surtout fait sourire, en repensant à mes souvenirs de lecture de jeunesse. Visiblement, j’ai passé l’âge.

Si je vous parle d’Ambition aujourd’hui, ce n’est donc pas pour vous inciter à le lire, d’autant plus que je pense qu’il ne doit plus être très aisé à trouver, excepté sur des sites anglo-saxons. Je ne sais pas ce que vous en pensez, mais moi le résumé de 50 shades of Grey me fait beaucoup penser à ce roman, si ce n’est que le livre de Julie Burchill semble avoir une intrigue plus complexe et être plus pervers. J’ai donc énormément de mal à comprendre pourquoi ce roman suscite un tel engouement, alors qu’il y en a eu plein auparavant dans la même veine (j’ai évoqué Ambition parce qu’il est celui qui m’a le plus marquée, mais j’aurais pu sans problème exhumer de ma mémoire d’autres horreurs romantico-pornographiques aussi peu dignes de passer à la postérité!).

Je suppose que vous aurez compris que je n’ai aucune intention de lire 50 shades of Grey, à propos duquel la plupart des billets et articles que j’ai pu lire s’accordent à dire qu’il est niais et mal écrit. Ma curiosité ne confine pas au masochisme, et mes PAL et LAL sont trop grosses et trop pleines de titres que j’espère plus intéressants!

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Elevée à la campagne dans une famille pauvre, Fanny Hill se retrouve orpheline alors qu’elle n’a pas encore 15 ans. Sur les conseils d’une femme du village, elle se rend à Londres pour tenter d’y trouver la fortune. Aussitôt arrivée, elle se rend dans un bureau de placement afin de trouver du travail et s’y laisse prendre aux beaux discours d’une maquerelle, qui s’est présentée comme une femme honorable cherchant de la compagnie. Ce sera le début d’une suite d’aventures que, s’étant rangée, Fanny raconte dans une longue lettre à une amie qui nous est inconnue.

 J’étais à la fois curieuse depuis longtemps de lire ce classique qui est sans doute l’oeuvre érotique anglaise la plus connue, et un peu réticente, m’attendant à y trouver, une fois de plus, les fantasmes masculins d’idéalisation de la prostitution. Lorsque Jérôme m’a annoncé qu’il avait trouvé le livre dans une brocante, j’ai pensé que c’était une bonne occasion et lui ai proposé une lecture commune. J’y suis néanmoins allée sur la pointe des pieds, en choisissant cette version écourtée, me réservant la possibilité d’en lire l’intégralité en VO si jamais ça me plaisait. Le fait que la traduction soit de Fougeret de Montbron m’intriguait également, puisque l’un de ses romans, Margot la ravaudeuse, figure dans mon recueil de récits libertins du 18ème siècle (je pense d’ailleurs que je vais déroger à l’ordre du livre et que ce sera ma prochaine relecture).

Cette traduction de Fougeret de Montbron, paru en 1751, est la première traduction française de Fanny Hill. Il fallut attendre 1887 pour pouvoir lire en français la traduction intégrale du roman de John Cleland. Fougeret de Montbron a effectué cette traduction alors qu’il séjournait à Londres, très peu de temps après la première publication de Fanny Hill, que John Cleland a rédigé en 1748, alors qu’il était en prison pour dettes. Fougeret de Montbron ne s’est pas contenté de traduire, il a également adapté : le texte que j’ai eu entre les mains compte à peu près 80 pages, soit environ un tiers de la longueur originale du roman, d’après ce que j’ai pu comprendre. Je ne peux donc pas juger du texte de John Cleland, bien que « l’introduction » (qui est très intelligemment située à la fin du livre, plutôt qu’au début, et ne gâche donc pas la lecture en dévoilant toute l’histoire avant qu’on ait commencé à lire) affirme que Fougeret de Montbron a été fidèle à l’esprit original, mais j’ai, du moins, bien envie de le découvrir.

J’ai, en effet, bien plus apprécié ma lecture que ce que à quoi je m’attendais. Je crois que cela tient au personnage de Fanny et à sa personnalité. Celle-ci est pleine de fraîcheur, naturelle, et garde toujours une part d’ingénuité jusque dans la débauche. Echappant aux stéréotypes des prostituées dans les romans libertins, elle n’est ni vénale, ni nymphomane. Lorsqu’elle se donne, c’est par amour, reconnaissance, estime, désir. Elle agit de façon spontanée, saisissant les occasions qui passent. J’ai perçu une certaine candeur dans sa façon de se laisser aller à ses envies. De ce fait, j’ai trouvé son personnage attachant.

De plus, elle est entière. Contrairement aux narrateurs des romans libertins que j’ai pu lire dernièrement qui se laissent entraîner ou se jettent dans la débauche jusqu’à en être écoeurés et finir par se repentir, Fanny trace sa route et reste fidèle à elle-même. Excepté dans les moments où elle est victime de méchants (telle que l’odieuse maquerelle rencontrée à son arrivée à Londres), elle prend son destin en main et choisit sa vie. De ce fait, Cleland et Fougeret de Montbron ont dressé un beau portrait de femme, avec une écriture qui est, de surcroît, fort agréable.

Le roman n’est pour autant pas exempt de clichés, tant dans les personnages que dans la description des scènes érotiques : douleur des dépucelages exagérément outrée, suivie aussitôt de plaisirs d’une intensité assez peu crédible. On retrouve d’ailleurs à plusieurs reprises d’abjects adeptes des dépucelages violents. Bien qu’on soit loin du réalisme montré dans la BD Chimère (s) 1887, par exemple, j’ai un peu de mal à lire ce genre de passages avec sérénité.

Hormis ce petit bémol, j’ai beaucoup apprécié la lecture de ce « résumé » de Fanny Hill et je me suis empressée d’ajouter la version intégrale à ma LAL. Il sera intéressant de comparer les deux versions.

J’ai donc fait cette lecture en compagnie de Jérôme, qui a lu la v ersion intégrale et a, lui aussi, bien aimé, et apporte d’autres précisions sur les traductions françaises du roman.

Je vous renvoie également à l’intéressant billet de Monsieur de C.

Et c’est une deuxième participation au challenge Badinage et libertinage.

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