Feeds:
Articles
Commentaires

Archive for septembre 2012

Louis a réalisé un film volontairement idiot mais très commercial, qui lui a rapporté plein d’argent. Avec ses gains, il achète un hôtel abandonné dans un endroit isolé au bord de la mer. L’y rejoignent pour les vacances sa petite amie, Corrine, et un couple d’amis. Corrine et lui forment un couple peu conventionnel : elle souhaiterait l’épouser, alors qu’il veut garder un espace de solitude. En même temps, Corrine, bi, continue à fréquenter d’autres femmes et a des jeux ambigus avec Muriel, l’amie en visite.

En parallèle, on suit Annie, une ex de Corrine, et Martin, amoureux de Annie pour qui il est un simple ami, et écrivain à succès que Louis et Corrine apprécient. Chaque chapitre s’ouvre sur une citation de ce qui est supposé être un livre de Martin. Ce dernier a pour confident Simone, qui semble, sans l’avouer, aussi amoureuse de lui qu’il l’est d’Annie, et tout aussi vainement.

On suit ces différents personnages le temps d’un été. On a donc affaire à une tranche de vie qui mêle réflexions sérieuses et passages plus légers où l’auteur laisse libre cours à ses fantaisies. Dans ce roman graphique qui n’a de pornographique que le nom, le dessin comme le fond sont à la fois pudiques et osés, et tout en douceur et en délicatesse.

J’ai beaucoup aimé les dessins, dont le style varie en fonction des pages. A certains moments, les couleurs sont fondues et, à d’autres, que j’ai particulièrement aimés, les traits de crayons sont très présents et visibles, ce qui donne à l’album un aspect que je qualifierais, sans doute maladroitement, d’artisanal, qui m’a beaucoup plu.

Pour le fond, nous accompagnons les personnages dans leur vie quotidienne, et dans leurs interrogations sur le monde et sur eux-mêmes. Néanmoins, je n’ai pas réussi à cerner ce que Jimmy Beaulieu a voulu faire. Il décrit quelques mois de la vie de ses personnages. L’album s’arrête sans qu’il y ait vraiment de fin. Je me demande s’il a voulu faire passer quelque chose et, si oui, quoi? Je n’ai pas eu l’impression que l’album allait quelque part et j’ai eu la sensation, en le lisant, qu’il ne m’en resterait pas grand-chose dans quelques mois. Ca m’a gênée et, de ce fait, je suis un peu déçue.

Au fil de l’album, l’auteur s’est également fait plaisir en inventant toutes sortes de mises en scène fantasmatiques dans lesquelles il place ses personnages féminins. Il s’en justifie en faisant dire à Louis, qui dessine aussi, en quatrième de couverture : « Et t’sais, pour moi, dessiner une femme, c’est déguster une crème brûlée. Dessiner un homme, c’est remplir un formulaire. » et, dans l’album :

Boaf. Les gens vont bien finir par se rendre compte que d’avilir systématiquement le désir masculin, c’est absurde…
Ca peut rien donner de bon.
Et c’est pas parce que la bande dessinée a l’habitude d’aborder la chose sexuelle d’une manière un peu tarte que je vais m’empêcher de parler de ce qui occupe la majorité de mon activité cérébrale.
C’est pas que je revendique un art amoral ou irresponsable, mais j’ai pas l’impression de mettre en scène des idioties, et j’ai jamais vu le sexe comme quelque chose de réducteur.

Et je trouve qu’il a entièrement raison. Néanmoins, la remarque de Corrine en quatrième de couverture exprime assez bien mon ressenti après lecture : « Des filles qui couchent ensemble? Franchement, Louis, tes fantasmes me déçoivent. C’est d’un banal. »

Même si je trouve tout naturel qu’un auteur dessine ce dont il a envie, je me sens lassée des BDs qui mettent en scène des fantasmes masculins qui me sont étrangers et qui visent surtout à montrer des corps féminins que je trouve beaux mais qui m’indiffèrent. Je crois qu’il faut vraiment que j’essaie les quelques auteurs féminins de bandes dessinées pour voir si mon ressenti sera différent.

Au final, j’attendais plus de cet album à propos duquel je n’avais lu que des éloges. Et c’est peut-être ce qui fait que j’en ressors un peu déçue. J’ai passé des heures agréables à le lire, j’ai apprécié les dessins, l’histoire et les personnages, mais je l’ai refermé avec une impression de « et alors? ».
Ne pouvant m’empêcher de penser que je suis passée à côté de quelque chose (ce qui fait que j’ai traîné un certain nombre de jours avant de rédiger ce billet), je vous renvoie vers celui de Mo’, qui est nettement plus positif.

Comédie sentimentale pornographique
Jimmy Beaulieu
Delcourt
Collection Shampooing

Read Full Post »

Charles Duclos est né en 1704 à Dinan. Après une jeunesse parisienne passablement dissipée, il se met à l’écriture à la fin des années 1730. Auteur de mémoire sur des sujets historiques puis moraux, il s’essaye aussi à la littérature, à travers quelques romans et contes libertins. Maire de Dinan en 1744, membre de l’Académie française, historiographe de France, il est également un auteur à succès : Les confessions du comte de ***, qui parurent à la fin de 1741, et qui furent rééditées 25 fois jusqu’à la fin du siècle, sont l’un des plus gros succès de l’époque. Réputé pour aimer les plaisirs de la chair et de la table, doté d’un franc-parler qui lui a attiré des inimitiés, Duclos était lié à la plupart des penseurs du temps, et notamment à Jean-Jacques Rousseau.

Comme son titre l’indique, Les confessions du comte de *** est une longue lettre écrite par ledit comte à un jeune parent, qui s’étonne de le voir retiré à la campagne. Le comte, qui n’a pas encore atteint la quarantaine, mais est lassé du monde, est pris de l’envie de raconter sa vie à son parent et de lui expliquer ce qui a motivé sa retraite.

Le sentiment que j’ai eu, en lisant les premières pages, est que le récit démarre comme Les égarements du coeur et de l’esprit, avec l’initiation aux femmes d’un jeune homme innocent. Bien que naïf et inexpérimenté, le comte de *** est cependant bien moins empoté que le narrateur de l’ouvrage de Crébillon fils :

Je ne sais pas trop causer, lui dis-je, mais pourquoi ne me permettez-vous plus de vous embrasser comme à la campagne?
– Pourquoi? reprit-elle, c’est que lorsque vous avez une fois commencé, vous ne finissez point. »
Je lui promis de m’arrêter quand elle en serait importunée, et son silence m’autorisant, je la baisai, je touchai sa gorge avec des plaisirs ravissants, mes désirs s’enflammaient de plus en plus, la marquise par un tendre silence autorisait toutes mes actions; enfin parcourant toute sa personne à mon gré, et voyant que l’on n’apportait aucun obstacle à mes désirs, je me précipitai sur elle avec tant d’empressement que j’obtins la dernière faveur ayant encore mon épée au côté et mon chapeau sous le bras.

J’ai été étonnée et ravie de voir, en lisant après coup la présentation de l’oeuvre, qu’il n’y avait là aucune obsession de ma part, et que Raymond Trousson faisait le même parallèle que moi et citait le même passage, qui m’amuse beaucoup. 

Mais la ressemblance avec le roman de Crébillon fils s’arrête vite. Alors que les Egarements s’étalent sur quelques semaines, reposent essentiellement sur la psychologie des personnages et l’exposé d’une philosophie de vie libertine, celui de Duclos s’étend sur plus de 20 années, que son héros passe tant à Paris qu’en Espagne, Italie et Angleterre. Le roman vire alors à l’ouvrage de sociologie : les histoires, courtes et répétitives, constituent un catalogue de femmes, de caractères, de classes sociales et de nationalités différentes. Aucune ne possède un tant soit peu d’épaisseur, elles représentent juste un type.

D’un point de vue historique, ce n’est pas inintéressant. Duclos évoque les principaux événements historiques de la fin du règne de Louis XIV et le début du règne de Louis XV. Mais surtout, il s’intéresse aux moeurs. On assiste ainsi au changement radical d’atmosphère de la Cour qui, de dévote, devint libertine à la mort de Louis XIV, ou à l’apparition de la mode des petites maisons :

Telle fut l’origine des petites maisons qui se multiplièrent dans la suite, et cessèrent d’être des asiles pour le mystère. On les eût d’abord pour dérober ses affaires au public; mais bientôt plusieurs ne les prirent que pour faire croire celles qu’ils n’avaient pas.

Mais, d’un point de vue littéraire, j’ai très vite été lassée, ce qui fait que j’ai énormément traîné sur cette première partie catalogue et que, comme je l’expliquais sur l’autre blog, il m’a fallu une quinzaine de jours pour venir à bout de la malheureuse petite centaine de pages que compte le roman. Là encore, l’introduction du texte m’a réconfortée après coup car, si de nombreux lecteurs ont apprécié cette liste, d’autres, comme Voltaire, ont eu du mal comme moi :

J’ai lu enfin Les Condessions du comte de *** : car il faut toujours être comte ou donner les mémoires d’un homme de qualité. J’aime mieux ces confessions que celles de saint Augustin; mais franchement ce n’est pas là un bon livre, un livre à la postérité. Ce n’est qu’un journal de bonnes fortunes, une histoire sans suite, un roman sans intrigue, un ouvrage qui ne laisse rien dans l’esprit, et qu’on oublie comme le héros oublie ses anciennes maîtresses. Cependant je conçois que le naturel et la vivacité du style, et surtout le fond du sujet aura réjoui les vieilles et les jeunes, et que ces portraits qui conviennent à tout le monde, ont dû plaire à tout le monde.

Néanmoins, il y a heureusement une deuxième partie qui m’a beaucoup mieux plu que la première. Elle est d’un style radicalement différent, à tel point qu’elle a même été publiée isolément, et décrit les quelques événements et personnes qui ont poussé le comte de *** à se lasser du monde et changer de vie. Le rythme change également totalement dans cette seconde partie. Duclos n’y court plus la poste et prend le temps de développer ses personnages et leurs actions.

Pour un roman libertin, Les confessions du comte de *** est bien sage et bien moralisateur. Le narrateur se comporte avec honnêteté et discrétion dans ses relations… Du moins, c’est ce qu’il dit, car ce qu’il rapporte de sa conduite n’est pas toujours irréprochable.  Et il a pour principe de rester en bon termes avec ses anciennes maîtresses, ce qui est tout à son honneur :

D’ailleurs toutes les femmes avec qui j’ai eu quelque intimité m’ont toujours été chères, et je ne les ai jamais retrouvées sans ressentir un plaisir secret.

Par ailleurs, le roman se borne à l’inventaire d’un tableau de chasse et est totalement dépourvu de descriptions croustillantes. Le narrateur, pour faire comprendre qu’il est parvenu à ses fins, se contente d’employer des expressions telles que : « je devins heureux ».

Mais surtout, Duclos met en opposition les infatuations qui reposent sur les sens, et dont on se lasse vite, et l’amour véritable, qui, lui, est durable, évidemment à l’avantage de ce dernier. Pour répétitif que soit le catalogue, il montre que les liaisons sont toutes identiques, que le nombre de types de partenaires possibles est limité et qu’il arrive forcément un moment où l’on en a fait le tour. Parmi toutes ces femmes stéréotypées, la seule qui ait une consistance est la comtesse de Selve, la seule qui aime le narrateur d’un amour véritable.

Si cette seconde partie m’a réconciliée avec Duclos, l’écriture m’ayant paru beaucoup plus agréable, je le trouve néanmoins trop visiblement dans la démonstration et son dénouement, aussi réjouissant que les happy end à l’américaine, ne me semble pas plus convaincant.  Pour poursuivre la comparaison que j’ai faite au départ, je lui préfère sans hésitation Crébillon fils!

Cette lecture constitue ma première participation au challenge Badinage et libertinage de Minou.

Read Full Post »

Je n’arrive pas à comprendre que l’éditeur n’ait pas traduit le titre de cette série en français, ou, tout du moins, n’ait pas repris le titre anglais tel quel, plutôt que d’y inclure une faute de grammaire monstrueuse, mais passons…

J’ai déjà eu l’occasion par deux fois de vous parler d’Hinako Takanaga, à propos de la série Little butterfly et du one-shot Liberty liberty, et de vous dire qu’elle est ma mangaka préférée pour les yaoi. The tyrant who fall in love est la série avec laquelle je l’ai découverte, et celle que j’aime le mieux.

Ce manga fait suite à Rien n’est impossible, qui a été la première série publiée par Hinako Takanaga, en 1997 (elle est parue en 2010 en France). Rien n’est impossible raconte l’histoire d’un jeune étudiant naïf, Tomoe Tatsumi. Celui-ci, alors qu’il se rend à un concours d’entrée dans une université, rencontre par hasard un employé, Mitsugu Kurokawa, qui lui propose de l’héberger pour la nuit. Par chance, le naïf Tomoe est tombé sur quelqu’un de bien mais, lorsqu’il accepte de loger chez Kurokawa pour étudier à Tokyo, il ne s’attend pas à l’engrenage dans lequel il a mis le doigt : Kurokawa est tombé amoureux de lui et ambitionne de lui faire partager ses sentiments. Comme dans beaucoup de mangas, les parents de Tomoe sont absents : la mère est morte et le père est en voyage à l’étranger. Cependant, Tomoe a un grand frère bien décidé à le protéger, Sô-Ichi, irascible, autoritaire et homophobe. Il n’aime pas du tout Kurokawa et fera son possible pour le séparer de son petit frère, en vain. Sô-Ichi, étudiant-chercheur, s’épanche souvent auprès de Tetsuhiro Morinaga, qui étudie dans la même université et l’assiste dans ses recherches. Il ignore que Morinaga est homosexuel et secrètement amoureux de lui depuis des années. Un jour, ce dernier n’y tient plus et embrasse Sô-Ichi. Cet épisode se déroule à la fin de Rien n’est impossible

The tyrant who fall in love, publié à partir de 2005 au Japon et de 2010 en France, est centrée sur Sô-Ichi et Morinaga, bien que les autres personnages de Rien n’est impossible y fassent quelques apparitions. L’histoire débute un an plus tard, année pendant laquelle Sô-Ichi a décidé de faire comme si de rien n’était et d’oublier ce qui s’était passé. Mais un ami de Morinaga, lassé que celui-ci souffre sans espoir, lui donne un flacon contenant une boisson aphrodisiaque. Morinaga hésite à le jeter, et finit par l’oublier au fond d’un placard. Un soir de beuverie, Sô-Ichi fouille dans les affaires de Morinaga, déniche la bouteille et la boit. Morinaga hésite, puis décide de profiter de cette occasion inespérée pour abuser de son ami. Evidemment, le lendemain Sô-Ichi et furieux et, dans sa colère, déclare à Morinaga qu’il ne veut plus le voir. Celui-ci décide de quitter l’université pour essayer d’oublier Sô-Ichi. Mais (il y a forcément un mais, sinon il n’y aurait pas de série!) Sô-Ichi se rend compte au bout de quelques jours qu’il ne veut pas perdre celui qu’il considère comme son ami. Il le retrouve et lui demande de rester, et consent pour cela à lui accorder quelques faveurs.

C’est ainsi que débute pour Morinaga un nouveau calvaire, Sô-Ichi continuant à se montrer, la plupart du temps, distant et odieux. De son côté, Sô-Ichi se pose des questions existentielles et fait tout son possible pour éviter de se le poser et, plus encore, d’avoir à y apporter des réponses.

Ce que j’aime bien chez Hinako Takanaga, c’est qu’elle fait un effort pour créer des intrigues qui tiennent la route et qui soient plausibles, et qu’elle s’intéresse à la psychologie de ses personnages. Il n’est pas question pour Sô-Ichi de retourner brutalement sa veste : il est confronté à un dilemme, entre perdre son ami et accepter un amour qui lui répugne, et c’est une situation douloureuse pour lui, qu’il s’efforce d’évacuer.

Autre point que j’apprécie : elle joue avec les codes habituels du yaoi. Sô-Ichi, coléreux et tyrannique, correspond au stéréotype du seme (partenaire actif) tandis que Morinaga, patient, attentionné et dévoué, correspond à celui du uke (partenaire passif). Et pourtant, lorsqu’il s’agit de sexe, les rapports s’inversent complètement, Sô-Ichi, avec ses cheveux longs, étant même dessiné sous une apparence plus effeminée, tandis que Morinaga, qui prend de l’assurance lorsqu’il se laisse guider par ses désirs, est diablement sexy. Ai-je déjà dit que j’aime beaucoup la façon dont Hinako Takanaga dessine ses personnages, Morinaga étant pour le moment, à mes yeux, le plus réussi toutes séries confondues?

Outre le soin apporté à la dimension psychologique, j’aime le mélange d’humour et de sensualité des mangas de Hinako Takanaga. Si certains de ses mangas sont très chastes et très fleur bleue, comme Rien n’est impossible, qui ne m’avait pas emballée, l’érotisme est beaucoup plus présent dans d’autres, tels que The tyrant who fall in love. Même si les scènes de sexe sont beaucoup moins explicites et perverses que chez d’autres mangakas que j’ai pu lire, et sont souvent empreintes de tendresse et de fraîcheur, elle est cependant l’un des auteurs de yaoi que je trouve le plus érotique, car elle excelle, à mes yeux, à créer et entretenir une tension sexuelle.

L’histoire de Sô-Ichi et Morinaga a pris fin avec le huitième tome de The tyrant who fall in love, qui est sorti en juillet. Néanmoins, dans la postface, l’auteur annonce que, si ce tome marque la fin de la série, elle n’en a pour autant pas fini avec ses deux héros, et j’attends avec impatience de pouvoir lire la suite de leurs aventures! En attendant, j’ai repéré que la publication d’un one-shot de Hinako Takanaga, Turning point, est annoncée pour le mois d’octobre et j’espère y trouver de quoi satisfaire mon côté midinette!

The tyrant who fall in love
Hinako Takanaga
Editions Taifu Comics
Collection Yaoi
8 volumes (série finie)
Pour public averti

Read Full Post »