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Archive for juillet 2012

Jean-Jacques Pauvert a démarré sa carrière dans le monde du livre à l’âge de 15 ans, en 1942, comme apprenti-vendeur à la librairie Gallimard. Dès 1945, il publie son premier livre et, en apprenant sur le tas, devient peu à peu éditeur. La traversée du livre retrace son parcours, essentiellement professionnel, de ses débuts à 1968.

Jean-Jacques Pauvert est un homme passionné, doté d’une grande curiosité et de fortes convictions. Ses publications, très variées (parmi lesquelles Alice au pays des merveilles, le Littré, les mémoires de Saint-Simon ou l’Histoire de l’art d’Elie Faure) résultent, non pas d’une stratégie commerciale, mais de ses goûts ainsi que des qualités littéraires et de l’intérêt qu’il voit à une oeuvre. J’ai présenté cette autobiographie passionnante et donné plus de détails sur l’auteur sur l’autre blog. Je tenais néanmoins à en parler également ici, car Jean-Jacques Pauvert a édité de nombreuses oeuvres érotiques.

Dès la fin des années 40s, il s’est mis en tête de publier Sade, qui n’était édité que de façon clandestine. Cela lui valu pas mal de soucis avec la police et un procès, sur lesquels je reviendrai dans un autre billet. Il est également le premier à avoir publié Histoire d’O. Je consacrerai aussi un billet à cet épisode. Mais on lui doit également des éditions de nombre d’autres ouvrages sulfureux, d’auteurs tels que Bataille, Aragon ou Mandiargues.

Outre les nombreuses idées de lecture qu’on peut y piocher, l’ouvrage est très intéressant parce qu’on y apprend beaucoup, tant sur le milieu des livres et de l’édition, que sur la législation en matière de livres et sur la censure qui s’exerçait en France après la guerre. Là encore, j’y reviendrai plus en détail dans un billet à part.

 Enfin, pour l’anecdote, Jean-Jacques Pauvert raconte comment il a accepté, en 1961, qu’on lui présente une jeune livraire, Régine Spengler. Celle-ci divorce peu après et reprend son nom de jeune fille, Deforges. Jean-Jacques Pauvert ne semble pas l’avoir éditée, mais il lui confia des missions professionnelles et eut de longues années, en parallèle à son mariage, une liaison avec elle.

Il s’attarde néanmoins très peu sur sa vie personnelle, axant essentiellement son propos sur tout ce qui touche aux livres et à l’édition, dont il parle avec passion, humour et de façon très claire.

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Mon adolescence a été marquée par la lecture (et la relecture régulière de certains passages) des Trois mousquetaires et de Vingt ans après. C’est donc tout naturellement que je me suis inscrite, il y a un an et demi, au challenge Alexandre Dumas, sur l’autre blog. J’en ai profité pour relire mon roman fétiche, et c’est là que j’ai eu envie de voir un peu comme il a été adapté en bande dessinée. J’ai donc lu des adaptations plus ou moins réussies, françaises ou japonaise, pour enfants, adolescents ou adultes et, quand je suis tombée par hasard sur cette version érotique, j’ai eu envie de l’inclure dans mon tour d’horizon.

J’avoue que je m’attendais au pire, d’autant plus que, connaissant Les trois mousquetaires sur le bout des doigts et ayant un fort rapport affectif avec l’oeuvre, je suis assez chatouilleuse sur la façon dont elle peut être (mal)traitée par les auteurs qui s’en inspirent. Aussi je dois dire que j’ai été agréablement surprise.

En effet, la trame du roman est rigoureusement suivie et les personnages sont interprétés de façon classique. Les seuls changements qui ont été apportés par rapport au roman, et qui sont non négligeables mais nécessaires au projet des auteurs, c’est que l’intrigue est essentiellement résumée, seuls quelques événements sont un peu développés. En revanche, les auteurs ont soit largement développé ce que Dumas nous a laissé soupçonné de la vie sexuelle de ses personnages, soit – le plus souvent – ils leur en ont inventé une, qui est parfois étonnante!

Néanmoins, à aucun moment, l’histoire n’est charcutée ni ne bascule dans le grotesque, comme je le craignais. Tout en laissant largement cours à leur fantaisie, les auteurs ont visiblement essayé de coller à l’atmosphère du 17e siècle de Dumas, et ils y ont relativement bien réussi. Le seul reproche que je ferais quant au fond est que les dialogues, durant les scènes de sexe, sont assez pathétiques. J’imagine qu’il est difficile de faire original en la matière, et j’aurais simplement préféré que les personnages soient moins bavards dans ces moments-là. Il est peut-être utile de préciser qu’on est ici dans l’érotisme et non dans la pornographie. L’ensemble est gentiment paillard et, à mon sens, essentiellement divertissant.

Pour ce qui est de la forme, j’ai été séduite par la finesse et la beauté du dessin de Mancini. Derrière ce pseudonyme se cache Robert Hugues, dessinateur prolifique de bandes dessinées érotiques, qui a également publié sous les pseudonymes de W.G. Colber ou de Trébor. Henri Filippini et lui ont déjà collaboré à maintes reprises, et se sont, entre autres, également attaqués à un autre roman de Dumas, La reine Margot. Je n’ai pas trop envie de lire celui-ci, car il touche à une période et des personnages qui me sont encore plus familiers que ceux des Trois mousquetaires, mais j’aimerais refaire un essai, avec une oeuvre issue de leur imagination, afin de voir les dessins de Mancini dans un autre contexte. Il y a plusieurs titres qui me tentent mais je n’ai pas encore arrêté mon choix. Si vous en avez un en particulier à me conseiller, je suis preneuse!

Les trois mousquetaires
Edition intégrale
Henri Filippini – Mancini
Editions Ange
Collection Sexy bulles

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Alors que je n’avais été prise d’aucun accès de challengite aigue depuis quelques mois, j’ai croisé par hasard un nouveau challenge au gré de mes promenades sur les blogs, un de ceux auxquels je suis incapable de résister!

Ce challenge Badinage et libertinage, dont j’aime beaucoup le logo, est proposé par Minou qui souhaite mieux faire connaître ce courant de pensée de l’Ancien Régime et faire découvrir sa richesse et sa diversité. Je n’ai pu qu’être alléchée par ce programme puisque c’est, à mon allure de tortue, ce que je m’efforçais de faire ici.

Pour ce challenge qui prendra fin le 30 août 2013, j’ai choisi d’office le niveau le plus élevé, intitulé Les roués, qui consiste à lire au moins 6 oeuvres d’au moins 3 auteurs différents. Ca ne devrait pas me poser de problème, puisque mon volume des Romans libertins du 18e siècle dont j’avais commencé la relecture il y a quelques mois avec Les égarements du coeur et de l’esprit s’inscrit parfaitement dedans. Il suffira juste que j’accélère un peu (beaucoup!) l’allure.

Au point où j’en étais, je me suis également inscrite à deux catégories bonus :

Les instituteurs immoraux, qui consiste à lire des essais sur le libertinage en général, ou un auteur ou une oeuvre en particulier

Les nostalgiques, qui consiste à lire « des textes postérieurs au 18e siècle, mais dont l’intrigue se déroule à cette époque, met en scène un libertin, etc. »

J’ai plein d’idées de lectures pour ces deux catégories dans ma LAL. Y a plus qu’à! Mon but, en m’inscrivant à ce challenge, est d’y trouver une stimulation pour accélérer un peu mes lectures. L’avenir dira si ça aura marché!

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Sous ce titre assez raccoleur se cache un essai très sérieux de Virginia Burrus, une historienne américaine spécialiste du christianisme ancien. Il porte sur un champ d’investigation limité : les hagiographies (Vies de saints), genre littéraire apparu dans l’antiquité tardive. Virginia Burrus traite, dans cet ouvrage, d’une dizaine d’entre elles, qui comptent parmi les premières et les plus célèbres, et qui, pour la plupart, ont été écrites et publiées à la fin du 4e siècle.

Une bonne partie de l’ouvrage consiste en une présentation des auteurs de ces Vies, dont certains sont célèbres (saint Jérôme, Sulpice Sévère ou saint Augustin) et un résumé desdites Vies. Ces parties étaient assez plaisantes car certaines Vies sont de vrais romans d’aventure et leurs auteurs, empressés de clamer les louanges des saints dont ils font la biographie, n’hésitent pas à verser dans le fantastique en rapportant leurs hauts faits et les miracles que ceux-ci ont accomplis. Par ailleurs, j’ai été très contente de connaître enfin les détails de la vie de gens que j’ai si souvent croisés soit dans des livres, soit en peinture dans les églises ou les musées : saint Jérôme, que j’ai déjà cité, saint Martin, l’évêque de Tours, ou sainte Marie l’Egyptienne, et d’être maintenant mieux à même de comprendre la façon dont ils sont représentés dans les oeuvres picturales.

Bien évidemment, la réalité est bien moins sulfureuse que le titre de l’ouvrage ne le laisserait supposer et ces moines et ces saintes femmes n’avaient pas de vie sexuelle ou y renonçaient. Pourtant, ces Vies ne sont pas totalement dépourvues d’érotisme, qu’il soit apparent (comme le récit que fait saint Jérôme de la tentation à laquelle est exposé un martyr, qu’une prostituée vient aguicher alors qu’il est attaché), symbolique ou l’expression inconsciente de l’univers fantasmatique de l’auteur de la Vie.

Et c’est là que je suis restée sur ma faim. Si le symbolisme et les sous-entendus sont, dans certains cas, évidents, ils le sont nettement moins dans d’autres, et j’aurais aimé que Virginia Burrus les analyse plus et de façon plus claire. Grosso modo, elle donne une longue lecture au premier degré de ces textes, n’explique que peu le second degré, mais part souvent au trentième degré, dans des interprétations philosophico-poétiques que j’ai eu beaucoup de mal à suivre et qui m’ont parfois fait m’interroger sur leur pertinence. Si, comme je le disais plus haut, le résumé des Vies est plaisant à lire, le reste est assez aride et d’un accès qui n’est pas aisé. J’ai regretté de ne pas avoir le livre en anglais, car je me suis demandé si cette aridité venait de l’auteur elle-même ou de la traduction française, la version originale étant, pour certains ouvrages, plus aisément compréhensible que sa traduction. Toujours est-il que j’ai lu le livre doucement et que j’ai dû pas mal m’accrocher.

Ce que j’ai néanmoins retenu, c’est qu’il y a une opposition entre les Vies de saints et les Vies de saintes. Ce qui compte dans la vie d’un saint, c’est sa vie, tandis que ce qui compte dans celle d’une sainte, c’est sa mort. Les femmes qui sont évoquées dans le livre ne sont pas pour autant des martyres. Souvent aisées, elles peuvent être mères de famille, comme Paula, la mère de saint Augustin, et décident de vivre en fonction de Dieu. Leur mort, tranquille, est érotisée. Le cadavre paraît beau et comme transfiguré, comme si la mort représentait un mariage avec Jésus.

Si l’on retrouve dans les Vies des saints cette aspiration à une union avec Dieu qui renvoie d’eux une image un peu féminisée, ce qui frappe essentiellement ce sont les « couples » entre le saint et l’un de ses disciples, qui évoquent une attirance homosexuelle. Dans le cas de la Vie de saint Martin par Sulpice Sévère, s’y ajoute tout un jeu sur les échanges de conditions sociales et de pouvoir, non seulement à l’intérieur du récit, mais dans la relation entre le saint et son biographe, celui-ci étant un gallo-romain lettré alors que Martin est d’origine barbare. Si bien que, dans ses commentaires sur ce récit, Virginia Burrus vient non seulement s’appuyer sur un ouvrage de Linda Hart, La performance sadomasochiste, qu’elle cite régulièrement tout au long du livre, mais aussi sur celui de Anne McClintock, Imperial leather : race, gender and sexuality in the colonial contest, parce que celle-ci y évoque le fétichisme né des relations sexuelles entre personnes de classes sociales différentes dans l’Angleterre victorienne.

Les Vies de celles que Virginia Burrus nomment les saintes catins forment une catégorie à part dans les hagiographies féminines. Contrairement aux autres saintes, leur mort n’est pas l’essentiel : leurs Vies, qui ont connu un grand succès d’édition à l’époque de leur publication, relèvent de la littérature de conversion. L’auteur refuse de voir une opposition binaire entre le péché et la sainteté. Elle y voit au contraire un prolongement :  la conversion est une forme de séduction, une conquête à laquelle on consent. De ce fait, elle voit une continuité et non une rupture dans la vie de ces femmes. Elle affirme ainsi que « la « sainte catin » de l’hagiographie antique est seulement cela : une « catin » déjà sainte et qui pourtant ne se repent pas. » La sainte catin ne cesse pas de séduire et de se rendre désirable mais change simplement d’objet. Cette vision me semble illustrée par la Vie de Pélagie. Celle-ci, à l’origine une actrice, passe un jour près d’une assemblée d’évêques qui détournent les yeux pour ne pas être tentés. Seul l’évêque Nonnos proclame qu’ils devraient se faire ses élèves, et parer leur âme pour plaire à Dieu comme elle pare son corps pour plaire aux hommes.

Je suis contente de cette lecture, même si j’ai peiné dessus. Beaucoup de passages étaient tout de même amusants et je me suis énormément instruite en lisant cet essai, mais je reste sur ma faim car j’aurais voulu comprendre mieux et apprendre plus. De ce fait, je ne le recommanderais pas à quelqu’un qui n’est pas particulièrement passionné par le sujet ou qui le découvre complètement.

La vie sexuelle des saints
Virginia Burrus
Bayard

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Je pensais qu’être une vraie femme (et une bonne féministe) voulait dire être « naturelle », ne surtout pas devenir un « objet sexuel ». A quarante-deux ans, je n’en suis plus si sûre. Est-il possible d’être sexuelle sans flirter dangereusement avec les termes de ma propre réification, de jouer à être « féminine » pour me faire « femme » afin de devenir quelqu’un d’autre qu’un « homme » ou son « objet » de désir? Blaesilla, la femme romaine qui a arrêté d’aller chez le coiffeur, suivait un changement radical qui finira tristement puisqu’elle meurt de faim. Sa mère, Paula, l’amie de Jérôme, s’est débarrassée de sa boîte à maquillage et de ses robes de soie pour cultiver un aspect grunge et austère, en négligeant ses cheveux et en enlaidissant son visage. Ce n’est pas plus ou moins « naturel » que les cosmétiques et les boucles, ou un balayage. Cependant, c’est l’articulation consciente de la double contrainte d’une femme prise dans une « féminité » immédiatement soupçonnée d’artifice, et réduite à sa simple chair. Plus encore, c’est un acte effectif de résistance.

Ce passage est extrait de La vie sexuelle des saints de Virginia Burrus, que je viens de lire et qui fera l’objet de mon prochain billet. J’ai voulu le citer à part parce qu’il n’a pas grand chose à voir avec la choucroute, mais j’ai eu envie de le relever car l’auteur soulève des points que je trouve intéressants et je vois dans ce petit paragraphe matière à beaucoup de réflexions.

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