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Archive for février 2012

Petit rappel des faits si vous n’avez pas suivi l’affaire : en 2011, deux associations catholiques ont porté plainte contre la boutique 1969 située rue Saint Martin dans le 4ème arrondissement de Paris.

La boutique enfreint en effet une loi de 1987, qui a été renforcée en 2007, et qui interdit l’implantation de magasins vendant des objets à caractère pornographique dans un périmètre de 200 m autour d’une école.

Il est à noter que le sociologue Baptiste Coulmont, qui a travaillé sur les sex shops, a démontré que cette loi rend quasiment impossible l’installation des sex shops en centre ville.  Il semble par ailleurs assez illogique que seul 1969, dont la devanture est neutre et ne laisse rien voir de potentiellement choquant, ait été inquiété alors qu’il y a une boutique Passage du désir seulement quelques dizaines de mètres plus loin! La différence tient peut-être à ce que la boutique 1969 est située pile en face de l’entrée de la fort jolie église Saint Merri.

Il faut également souligner que la plainte a été déposée non pas par l’école dans le périmètre de laquelle la boutique est située, ni par les parents d’élèves, ni l’une ni les autres ne semblant être particulièrement dérangés par ce voisinage, mais par des associations catholiques dont l’une m’était connue pour avoir réclamé, heureusement en vain, l’interdiction pour les mineurs d’assister au festival musical Hellfest, sous le prétexte ridicule que les groupes qui y jouent sont satanistes.

Le procès s’est tenu aujourd’hui même. Le noeud des débats reposait sur la question suivante : les sextoys sont-ils ou non des objets à caractère pornographique, sachant qu’il y a un vide juridique sur ce sujet. Pour comprendre les enjeux du procès, je vous invite à aller lire l’analyse très intéressante de Baptiste Coulmont.

Le tribunal a, visiblement, décidé que oui, les sextoys sont des objets pornographiques, puisque le love shop a été condamné à verser 1 euro de dommages et intérêts aux plaignants. Plus grave est la menace de fermeture qui plane sur la boutique. 1969 a donc décidé de faire appel. Vous pouvez lire le communiqué de presse qu’ils ont publié ici et les soutenir sur leur page Facebook qui se trouve ici. 

Je précise que je ne suis pas une inconditionnelle de 1969. C’est ce que je recherche comme sextoys et les prix auxquels ils sont proposés qui déterminent dans quels sexshops j’effectue mes achats. C’est simplement pour moi une question de principe.

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Mr

« Les caprices sont très sous-estimés pour la manière dont ils brûlent, comme un feu de paille, pour le manque de maturité qu’ils suggèrent; mais c’est oublier un peu vite quelle poussée vitale ils constituent, quel intense élan vers ce qui nous semble être plus beau. »

Ellie, 20 ans, est passionnée de littérature érotique. Apprenant qu’un collègue chirurgien de son oncle partage la même passion, elle le contacte via Facebook.  Après quelques échanges de mails puis de SMS enflammés, tous deux conviennent de se rencontrer. Dès les premières pages, on sait que l’histoire vécue avec cet homme marié qui pourrait être son père va se terminer mal. Mais, contrairement aux clichés, ce n’est pas l’homme mûr qui tombe fou amoureux de la petite jeune, c’est elle, à l’inverse, qui, sur la suggestion de Monsieur, écrit le récit de leur histoire, pour maintenir un lien avec cet homme qui, déjà lassé de sa passade, lui échappe.

Je vous avais fait part il y a quelque temps de mon enthousiasme à la lecture des premières pages de ce livre. Bien que je l’aie fait traîner aussi longtemps que j’ai pu, ne lisant que quelques pages chaque jour, il a malheureusement bien fallu que j’arrive un jour à la fin. Le livre a tenu ses promesses jusqu’au bout et je tiens là mon premier gros coup de coeur littéraire de l’année!

Même s’il m’a semblé logique d’en parler ici plutôt que sur l’autre blog, je ne le vois pas comme un roman érotique. C’est juste un roman. Un roman d’amour. Les scènes de sexe y sont, en fin de compte, peu nombreuses, situées plutôt au début du roman, et plutôt banales et répétitives dans les pratiques décrites. Mais, bon sang, ce que c’est bien écrit! Comme j’aimerais lire plus souvent de telles scènes! Cependant, si ce n’est pas un livre érotique, le sexe est omniprésent dans les préoccupations de la narratrice.

 Si je devais émettre une critique, ce serait que la deuxième partie du roman comporte quelques longueurs, et aurait gagné en vigueur à être un peu plus courte. C’est néanmoins le seul point négatif qui me vient à l’esprit.

J’avoue être totalement subjective concernant ce roman, car, bien que ma vie soit, à tous points de vue, infiniment moins dissolue que celle de la narratrice, je me suis pas mal retrouvée en elle et dans ses réflexions et préoccupations… et jusque dans le style de l’auteur qui mêle vocabulaire familier et langage soutenu comme j’aime à le faire avec mes proches. J’ai donc été beaucoup touchée par le livre et ai partagé les émotions de la narratrice, me sentant émoustillée lors du récit des débuts de leur relation et ayant la gorge serrée vers la fin du roman.

En même temps, je pense qu’il est assez facile de se reconnaître dans le roman et de se laisser toucher car, abstraction faite de la différence d’âge, nous avons sans doute tous plus ou moins vécu ce qu’elle décrit : l’amour qui nous fait magnifier l’autre et nous rend aveugle aux torts qu’il peut avoir envers nous, l’amour qui nous pousse à relancer l’autre, en dépit de notre fierté, qui nous fait vivre suspendus à l’attente d’un coup de fil ou d’un signe de vie…  Tout ceci est finement analysé et décortiqué. Mr est un livre intelligent et lucide. Et qu’est-ce que c’est bien écrit!

Et, évidemment, ce roman qui parle de littérature érotique très joliment et avec beaucoup de sensibilité n’a pu que m’inspirer des envies de lectures!

Emma Becker a annoncé, sur sa page Facebook, il y a déjà un moment, qu’elle travaillait à son second roman. Je vais en guetter la publication avec impatience. Quant à celui-ci, alors que les livres que j’ai terminés migrent en général dans ma bibliothèque chez mes parents, il va rejoindre les quelques ouvrages que je garde auprès de moi pour pouvoir en relire des passages de temps à autre.

Les curieux pourront trouver une interview de la jeune femme ici.

Je ne peux pas résister, pour terminer, à l’envie de citer « quelques » extraits. En fait, le choix a été rude parce que j’avais truffé mon livre de petits papiers au cours de ma lecture et que j’aurais presque eu envie de le copier en entier.

« Concernant ma théorie du vouvoiement; le mot « théorie » est peut-être un peu fort. Disons une esthétique du vouvoiement que j’ai développée en grandissant. A l’âge où j’ai commencé à m’intéresser aux hommes je me suis aperçue qu’il y avait dans le vouvoiement un charme très capiteux, une tension certaine qui rendait les rapports non pas solennels, comme vous l’avez dit, mais plutôt ambigus. Et le fait de conserver un certain temps cette politesse inutile fait du tutoiement un changement palpable. De plus le paradoxe lié au vouvoiement est savoureux; dire « Vous » dans certains contextes, est d’une rare indécence. »

 « Rends-moi service, il ne faut plus que tu aies pitié de moi. Si je ne t’obéis pas, même malgré moi, je n’irai nulle part, et j’arriverai à soixante ans sans avoir eu le moindre orgasme. Si on ne va nulle part, au moins qu’on aille là; sers-toi de moi, manipule-moi, modèle-moi, fais de moi une maîtresse parfaite, idéale. Je ne veux plus de cette sensualité sophistiquée pour feindre la gourmandise. Je ne veux plus de stratagèmes et de plans pour avoir l’air bandante – je veux retourner à une véritable sensualité primaire, enfantine, éhontée. Libère-moi. Je sais que tu en es capable. Je n’ai jamais rencontré quelqu’un qui en soit capable. Je n’ai jamais rencontré quelqu’un qui en soit plus capable que toi. Je suis sûre que si je ne jouis pas ça n’est que le fait d’un conditionnement imbécile que je me suis imposé moi-même. »

« C’est drôle, cette relation conflictuelle que j’ai toujours eue avec ma chatte, et Monsieur qui chaque fois semble tout à fait innocent de cela. Qu’est-ce qu’ils ont, tous, qui les pousse si irrésistiblement vers ça? Que voient-ils? Que peut-il y avoir de si passionnant dans ce que je regarde entre mes jambes? Deux lobes de chair tapissés d’un pelage brun, brillant, comme celui d’une loutre; on dirait la gueule d’un animal, barrée d’une large fente – et ces ondulations gracieuses, ces dentelles de l’amour dont parle Aragon, est-il possible que Monsieur les trouve aussi poétiques? Pourquoi suis-je incapable de voir autre chose qu’un excédent de chair? »

« Je ne suis jamais qu’une parenthèse dans la vie de Monsieur, et aussi accaparante ou passionnante que puisse être une parenthèse, après tout ça n’est jamais qu’un minuscule insert au milieu d’un texte déjà dense, une technique ornementale à laquelle on a recours lorsqu’il est impossible de rajouter une phrase de plus. »

« D’ailleurs, quel genre d’adolescence fabuleuse a-t-il connu pour avoir ainsi les cheveux gris et un tel appétit de tout? Car Monsieur en réalité choisit son âge tous les jours, entre quinze et trente-deux ans. Comme un adolescent, il s’emporte et se lasse vite, construire important relativement peu. Même marié et père de famille, même dans son habit de chirurgien, dans cette clinique retransformée en terrain de jeu par ses soins, Monsieur trépigne, bouillonne, tout en lui semble hurler je veux vivre, VIVRE – et les plaisirs qu’il s’accorde avec moi, ces heures que l’on dérobe au monde, font briller ses yeux d’adolescent arrivé par hasard dans un corps d’homme sage. »

« On s’était demandé, avec Babette, quelle question muette nous posaient les hommes pour que l’on répète Oui, Oui, Oui pendant l’amour. Comme il y a des questions oratoires, il y a des réponses strictement ornementales, qui n’assermentent et n’approuvent rien en particulier : le Oui qui naît à ce moment précis, de cette gorge précise, est une approbation totale – est l’Approbation même, son essence. Ca n’est pas dire Oui à des doigts ou à une queue, de toute façon interchangeables à merci, même s’ils sont l’axe de rotation de cet éphémère univers parallèle. C’est accepter en bloc un moment t, le plaisir, le sens véritable du fait d’être heureux, au-delà de toute ce qui se passe avant et après cet instant de grâce. Il n’y a rien d’autre à dire que Oui. C’est l’interjection qui résonne le plus fort, qui habille le mieux cette impression fragile et outrageusement puisante de complète liberté, d’amour inconditionnel. »

Mr
Emma Becker
Denoël

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Si la nouvelle a fait parler d’elle dans les media anglo-saxons, suscitant satisfaction ou indignation incrédule, elle ne semble curieusement avoir été que peu relayée en France sur la toile, si ce n’est par Sexactu, grâce à qui j’en ai eu vent.

Il y avait déjà eu des études scientifiques sur la question et de nombreuses voix s’étaient élevées pour souligner l’absence de fondement scientifique de la croyance en l’existence du point G. Celle dirigée par le Dr Amichai Kilchevsky, urologue à l’hôpital de Yale – New Haven dans le Connecticut, dont les résultats ont publiées dans le Journal of Sexual Medicine le mois dernier est cependant importante de par son ampleur. Le Dr Kilchevsky et son équipe se sont, en effet, penchés sur toutes les publications qui ont été faites à propos du point G depuis les années 50s et les ont analysées. Leur conclusion est qu’il n’existe aucune preuve sérieuse de l’existence d’un endroit de l’anatomie féminine qui pourrait correspondre à un tel point. L’utilisation de l’imagerie n’a pu mettre en évidence l’existence d’aucune structure particulière sur la paroi antérieure du vagin.

L’article en question peut être consulté ici mais l’accès est payant. Un bref résumé (en anglais, évidemment) est cependant disponible ici.

Kilchevski espère que ses conclusions rassureront les femmes qui cherchaient désespérément leur point G sans le trouver. Et j’ajouterais que ça devrait rassurer aussi ces hommes qui s’escrimaient en vain dans cette quête du Graal.

Alors que certains scientifiques essaient déjà de se raccrocher aux branches en expliquant qu’il faudrait parler de zone G plutôt que de point G, Kilchevski pense que les sensations particulières qu’on considère comme résultant de la simulation du fameux point G proviendraient de l’extrêmité du clitoris, voisine de la paroi antérieure du vagin, ce qui expliquerait la non-universalité du « point G » :

“My view is that the G-spot is really just the extension of the clitoris on the inside of the vagina, analogous to the base of the male penis »

C’est une hypothèse que j’ai déjà croisée à de nombreuses reprises dans mes lectures et qui, de mon point de vue d’ignorante, me paraît nettement plus plausible. Il conviendrait également de s’interroger sur le rôle de l’urêtre, apparemment encore mal connu, qui pourrait être responsable des fameuses éjaculations féminines. L’anatomie féminine recèle donc encore pas mal de mystères. Il est dommage qu’on en soit encore à batailler sur des légendes plutôt que de mener des études sérieuses sur le sujet.

Maïa Mazaurette conclut son article en disant :

« Mes condoléances à tous les auteurs de livres de sexo, à tous les éditeurs web et à tous les maquettistes de films porno, qui doivent maintenant refaire leurs couvertures. Du coup, ce serait bien que ça n’arrive pas trop souvent, des histoires pareilles… »

J’ai malheureusement bien peur que, vu le marché juteux que doivent représenter les guides pour trouver ce fameux point G, les sextoys spécial point G et autres produits surfant sur le même créneau, le mythe n’ait encore de beaux jours devant lui… Et puis il est tellement plus confortable d’avoir un mode d’emploi qui indique où trouver un bouton miraculeux que de devoir partir à l’aveuglette explorer le corps féminin!

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Ceux qui me suivent sur l’autre blog ont dû remarquer que j’ai la fâcheuse manie de me précipiter en urgence pour voir les expositions juste avant qu’elles ne se terminent. Je n’ai malheureusement pas fait exception avec celle-ci. Donc, dans la série « ce que vous avez peut-être pu voir si vous avez été plus rapides que moi », je vais vous parler de l’exposition sur Casanova qui se tenait à la BNF, sur le site François Mitterrand, et qui s’est terminée… aujourd’hui!

Cette exposition tire son origine de l’acquisition qui a été faite en 2010 par la BNF des 3 700 pages du manuscrit de l’Histoire de ma vie de Casanova. Dans chacune des salles étaient présentés des extraits de ce manuscrit. L’exposition retraçait la vie de Casanova, selon un parcours tant chronologique que thématique. Elle était riche et intéressante car de nombreux objets et documents venaient illustrer les pages écrites par le célèbre aventurier. J’ai pu ainsi voir des documents écrits (lettres de personnes ayant cotoyé Casanova mais aussi manuscrit de Goldoni ou partition de Mozart), de nombreux tableaux, notamment de Nattier ou de Canaletto, montrant les lieux et personnes qu’il a connus ou des moments de la vie quotidienne au 18ème siècle. Mais il y avait également des extraits de films, de la musique d’un compositeur que Casanova appréciait et de nombreux objets : vêtements, cartes à jouer, armes, nécessaire de voyage, instruments de médecin… L’exposition était, de ce fait, très vivante.

 Le plus intéressant et le plus émouvant à mes yeux était cependant ces pages écrites de la main de Casanova. Autant que la lecture, j’aime les livres en tant qu’objets. Il y a quelque chose de sensuel dans un livre. Et j’éprouve une fascination particulière pour les vieux papiers. Bien évidemment, le plaisir de voir un manuscrit sous une vitrine n’est en rien comparable à celui de pouvoir le toucher et en tourner les pages, mais j’y trouve malgré tout quelque chose d’émouvant.

L’Histoire de ma vie, chose que je ne savais pas ou que j’avais oubliée, a été écrite en français, langue que Casanova a apprise dans les années 1750 avec Crébillon (le père, cette fois, pas l’auteur des Egarements du coeur et de l’esprit). J’ai été étonnée de la facilité avec laquelle le manuscrit se lit : l’écriture est belle, nette. Certains passages sont soulignés mais il y a relativement peu de ratures. L’une des premières salles montre des brouillons qu’il utilisait : listes ou anecdotes jetées sur des bouts de papier, des factures. Le manuscrit doit donc correspondre au jet final. J’ai néanmoins été étonnée de sa propreté.

S’il n’y a pas (plus?) de page consacrée à l’exposition sur le site de la BNF, une vidéo disponible sur le site donne néanmoins un bon aperçu du contenu de l’exposition. Ce qui m’étonne, c’est que cette vidéo insiste sur le seul trait caractéristique de Casanova que le grand public retient : sa réputation de séducteur. Evidemment, c’est plus vendeur, mais ce n’est pourtant pas ce que j’ai retenu de la lecture de l’Histoire de ma vie que j’ai faite il y a une quinzaine d’années, sans doute parce que ce n’est pas ce qui m’a le plus intéressée, et j’ai trouvé, au contraire, que cet aspect était relativement peu développé dans l’exposition, qui laisse la part belle à toute la richesse de la personnalité et de la vie du célèbre vénitien.

 Je perçois Casanova bien moins comme un don Juan que comme un perpétuel amoureux. S’il a accumulé, et même parfois cumulé, les aventures éphémères, il se décrit dans ses mémoires comme soucieux des femmes qu’il fréquentait, soucieux de leur venir en aide quand il le pouvait et de savoir ce qu’elles devenaient au fil des ans. Par ailleurs, il n’a pas toujours été gagnant aux jeux de l’amour et a connu des déconvenues et des chagrins amoureux, même dans sa jeunesse.

S’il n’a pas connu le destin brillant auquel son ambition aspirait, et si son existence a connu plus de bas que de hauts, il a néanmoins mené une vie extraordinaire, qui suffirait largement à remplir plusieurs existences. Il a voyagé partout en Europe, de Londres à Saint-Pétersbourg et de Madrid à Constantinople. Il a exercé toutes sortes de métiers : tenté par la médecine, il faillit devenir ecclésiastique, fut brièvement musicien et se fit au cours de ses voyages homme d’affaires, espion, diplomate… Il a rencontré nombre de célébrités de son temps, souverains, penseurs et artistes, alchimistes, aventuriers. Et, surtout, il s’est intéressé à tout et a écrit sur beaucoup de sujets : agriculture, économie, mathématiques, sciences humaines…

Casanova est, à mes yeux, ce qu’on appelait au temps de la Renaissance un honnête homme : quelqu’un qui a une vaste culture sur tous les sujets. Le moteur de sa vie semble être cet appétit insatiable, cette curiosité dévorante qui le caractérisent. Autant que le goût des plaisirs, Casanova a le goût et la soif du savoir, il est en apprentissage permanent. S’il semble que cette curiosité se soit naturellement étendue au sexe féminin, c’est cette qualité que je trouve la plus fascinante chez Casanova et qui est, à mes yeux ce qui est le plus intéressant chez lui et ce qui le caractérise le mieux, bien plus que ses conquêtes.

 L’acquisition de ce manuscrit par la BNF rend possible la réalisation d’une nouvelle édition de l’oeuvre de Casanova dans la Pléiade, dont le premier tome paraîtra dès cette année. Je crois bien que je vais me laisser tenter. Je ruminais une possible relecture de cette autobiographie monumentale et l’édition de la Pléiade sera sans doute en tous points supérieure à la mienne, tant du fait de la beauté du livre que de la richesse de son contenu et, surtout, de son appareil de notes.

D’ici là, je compte me lancer dans une oeuvre plus courte et dont j’espère venir à bout plus rapidement. J’ai, en effet,  appris sur le blog de La muse galante qu’était publiée la correspondance du prince de Ligne, ami de Casanova et l’un de ses premiers lecteurs, avec le mémorialiste, et je me suis empressée d’ajouter ledit livre à ma LAL!

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Michel Dorais est un chercheur, spécialisé en sociologie de la sexualité. Aussi je m’attendais à ce que ce petit essai soit plus scientifique, qu’il s’appuie sur des études, indique les références de ses sources, creuse les thèmes abordés. L’ouvrage est, au contraire, dépourvu de tout cela. Il s’adresse à un large public et est aisément accessible au commun des mortels. C’est une qualité, et en même temps un défaut, car ses propos, dans leur simplicité, ont un faux air de discussion de café du Commerce. Je suis peut-être un peu sévère en écrivant cela, car les idées qu’il développe sont intéressantes et offrent matière à s’interroger sur soi-même. Mais je reste néanmoins sur ma faim, parce que le fait qu’il affirme sans justifier ce sur quoi il s’appuie, mis à part le bon sens, enlève de la force à son propos et parce que, en refermant le livre, je n’ai pas l’impression d’avoir appris grand chose.

Ce petit essai s’intéresse à la façon dont fonctionne l’attraction sexuelle, et donc à l’érotisation. Celle-ci est un processus actif. Elle consiste en effet à construire une mise en scène faisant appel aux cinq sens. L’érotisme est ainsi une forme d’art, puisqu’il repose sur l’imagination et la créativité de chacun. L’érotisation est un processus complexe qui met en jeu des mécanismes et sentiments contradictoires.

Ainsi, la détermination de ce que nous percevons comme érotique nous échappe dans une certaine mesure. Nous sommes influencés, de façon plus ou moins importante, mais au moins un minimum, par certains éléments des cultures et sous-cultures dans lesquelles nous vivons, que cette influence se traduise par une adhésion ou un rejet desdits éléments. Nous sommes également influencés par nos premiers émois sexuels, qui surviennent par hasard, et, de façon plus large, par notre vécu :

« Les frustrations émotives et les traumatismes affectifs de l’enfance, de l’adolescence puis de l’âge adulte conditionnent grandement les élans amoureux ou sexuels de chaque individu. En recherchant des situations ou des personnes susceptibles de calmer ou de compenser ses désarrois antérieurs, il essaie de réécrire le passé ou, mieux encore, de l’exorciser. »

Nous conservons cependant dans le même temps une bonne part de libre-arbitre. Si notre environnement et notre vécu nous poussent à être plutôt attirés par un certain type de personne, le choix des partenaires et des activités pratiquées avec ceux-ci nous appartient totalement. Par ailleurs, le processus d’érotisation est propre à la sensibilité de chaque personne : presque tout peut être perçu comme érotique mais chacun a sa propre conception de ce qui est érotique ou pas.

L’érotisme est attisé par le mystère. Il repose sur la suggestion, le désir. C’est une promesse. Nous sommes donc à la fois attirés par les personnes qui nous semblent les plus opposées à nous-mêmes, que ce soit par leur race, leur sexe, leur personnalité…, cette opposition les rendant mystérieuses et, en conséquence, attractives,  et par ce qui nous semble interdit. L’objet du désir doit être suffisamment hors de portée, car le désir s’éteint s’il est satisfait, mais pas inatteignable car un excès de frustration est tout aussi fatal au désir : il est bon qu’il y ait des obstacles à surmonter mais ceux-ci ne doivent pas être insurmontables.

L’amour, qui implique la sécurité et le partage au quotidien avec l’être aimé, est assez difficilement compatible avec la préservation d’une certaine part de mystère. De ce fait, la cohabitation entre le désir et l’amour s’avère délicate. Les aventures extra-conjugales ont le goût de l’interdit et

« L’infidélité ou plus précisément la non-exclusivité s’expliquent souvent du fait que la relation avec l’Autre est devenue sans surprise, sans défi, sans faculté d’étonnement. »

Pourtant, en même temps que nous recherchons ce qui nous est étranger, nous sommes également en quête de ce qui nous est complémentaire. Le terme complémentaire est ici entendu dans le sens de ce qui nous permettrait d’être complets. C’est donc ce dont nous estimons manquer, avoir en quantité insuffisante. Ce n’est pas nécessairement ce que nous n’avons pas. Une personne peut par conséquent devenir objet de désir si nous croyons qu’elle a ce qui nous manque. L’apparence, le rôle joué sont donc des éléments importants, d’où la place occupée par les jeux de rôles dans l’imaginaire érotique. Le revers de la médaille est qu’on s’expose à de possibles déconvenues si le partenaire n’a pas les qualités qu’on lui a prêtées ou si notre perception de ce qui nous manque évolue avec le temps, l’autre perdant de son intérêt avec la disparition de notre sensation de manque.

Dans une certaine mesure, nous avons tendance à déshumaniser les personnes désirées, dans la mesure où leur corps devient un objet dans notre imaginaire (attraction pour une certaine partie de l’anatomie d’une personne, par exemple). Cet aspect permet à l’auteur de faire remarquer l’opposition qui existe entre l’érotisme qui, est comme dit plus haut, tout en suggestion, et la pornographie, qui chosifie les personnes en les réduisant à leur génitalité, qui vise à exhiber le plus possible et ne laisse rien à l’imagination.

Mais, en parallèle à cette déshumanisation, nous éprouvons souvent de l’empathie à l’égard des personnes que nous érotisons, en raison de plusieurs facteurs, tels que l’importance d’une communion psychique venant s’ajouter à la communion des corps, le fait que notre plaisir s’accroît de celui de l’autre, ou celui que notre sexualité s’enrichit de ce que nous apprenons des pratiques des autres.

De ce fait, l’émoi érotique est perçu comme une révélation : révélation de soi, un individu ayant tendance à se croire défini par ses désirs, révélation de l’autre et révélation du plaisir.

Je me suis bornée à vous livrer une synthèse de ce que j’ai retenu de l’essai sans porter de jugement sur le fond. Il se trouve que j’ai été très souvent d’accord avec lui. Cependant je ne l’ai pas forcément trouvé très convaincant dans ses affirmations. Par exemple, au tout début du livre il écrit :

« Si les humains étaient, tels des zombies, téléguidés ou leurs gènes, on serait attiré par toutes les personnes d’un sexe ou de l’autre. »

Pour lui, le fait que nous soyons attirés par certaines personnes et pas d’autres, et que nos attirances soient différentes de celles du voisin est la preuve de notre libre arbitre et du caractère réfléchi de notre démarche. Mais quelqu’un qui soutient la thèse que nous sommes soumis à nos gênes / hormones / …  ne pourrait-il pas lui répondre que notre instinct de mammifères nous pousse à sélectionner les partenaires qui nous semblent les plus propices à la perpétuation de l’espèce et que donc ça ne prouve rien?

J’en reviens là à ce que je regrettais plus haut à propos du manque de justification et d’argumentation. Il y aurait largement eu matière à faire quelque chose de plus solide et approfondi.

De ce fait, sa lecture ne me paraît pas indispensable, c’est pourquoi je vous ai livré une longue synthèse afin de vous donner un aperçu du contenu. Les thèmes abordés sont cependant plus nombreux que ça et, pour ne pas tout dévoiler quand même, si certains se sentent inspirés par ce petit livre, je n’ai pas fait mention de certains développements et réflexions qui m’ont paru intéressants.

Si je reste sur une impression mitigée, j’ai cependant envie d’essayer un autre de ses livres, pour me faire une meilleure idée. Il  a notamment beaucoup travaillé sur la prostitution, qui est un sujet que j’aimerais aborder ici… un jour… quand je trouverai le temps!

Petit traité de l’érotisme
Michel Dorais
VLB Editeur

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Un an!

Ce blog a aujourd’hui un an et j’en suis très heureuse car, lorsque je me suis lancée dans l’aventure, je ne pensais pas être capable d’alimenter de façon plus ou moins régulière un site, et encore moins deux!

Au début, c’était facile. Nous étions deux et, si nous avions des sensibilités similaires et des avis convergents, nous nous complétions au niveau des supports abordés. Par ailleurs, j’ai tenu à rapatrier ici les chroniques de lecture que j’avais initialement rédigées, comme certains d’entre vous le savent, pour le CDS qui est malheureusement aujourd’hui moribond (j’en profite pour remercier une fois de plus Aretina, si elle passe par ici, de nous avoir permis d’utiliser ce nom de lubriothèque dont la paternité lui revient). Mais, depuis quelques mois que je suis toute seule et que je n’ai plus d’articles à recycler, c’est plus dur et le rythme de publication s’est bien ralenti. Cependant, si le temps me fait défaut, l’envie de partager est toujours la même!

A cette occasion, je voudrais dire un grand merci à nos lecteurs, que j’aimerais moins silencieux (pourtant je ne mords pas!) mais qui sont fidèles. Voir que les gens reviennent encore et encore encourage à continuer! Ca fait plaisir aussi de voir que des internautes qui arrivent ici par hasard s’intéressent, furètent un peu partout et parfois reviennent (merci Statcounter!).

Il est de tradition de faire de temps à autre un florilège des requêtes qui amènent sur un site. Au vu des requêtes farfelues qui amènent les visiteurs sur mon autre blog, qui est pourtant tout ce qu’il y a de plus anodin, je m’attendais à trouver du lourd ici. Grande a été ma surprise de voir qu’il n’en est rien! C’est donc la première fois que je me livre à cet exercice, faute de matière!

Ainsi, parmi les  10 requêtes qui reviennent le plus fréquemment, 5 d’entre elles sont des déclinaisons du nom du blog : « lubriothèque », « lubriothèque.wordpress », etc. Et ça aussi, ça fait chaud au coeur!

Notre visiteur le plus étrange est une personne qui a tapé sur son clavier « premier rapport perver » (sic) chaque jour, pendant 39 jours d’affilée, et qui a atterri chaque fois sur mon billet relatif aux Contes pervers de Régine Deforges, qu’il devait connaître par coeur à la longue… (ou pas)

Dans l’ensemble, les requêtes qui amènent les visiteurs sur la lubriothèque sont assez pointues, et je pense qu’une bonne partie d’entre eux (beaucoup plus importante que sur mon autre blog en tout cas) trouve ce qu’ils sont venus chercher.

Il y a cependant des requêtes particulièrement pointues qui ne doivent pas trouver de réponse ici :

bible black kurumi est morte ? Je ne spoile pas! (… sauf des fois pour les essais)

le sentiment de la famille + erich von gotha Euh… Je ne me sens pas particulièrement l’envie de me lancer dans une thèse sur son oeuvre.

scène de masturbation de margot stiley dans « 9 songs » Moi, je ne l’ai pas vu alors…

 fils à linge évolution lingerie ?!?

histoire des viols sexuels Ca peut ne pas être sexuel, un viol?

 

Pour d’autres requêtes, je vois bien ce qui a amené leurs auteurs ici… mais certains d’entre eux ont dû être étonnés!

devenir une bombe en 10 leçons C’est une requête fréquente!!!

zetman sex Je ferai un billet sur la série, mais seulement quand je l’aurai terminée, et sans doute pas ici!

essayé sylvie monthulé Eh oui, c’est tentant! Et en plus c’est les soldes!

j’avais envie d’être fessé par esparbec Tous les goûts sont dans la nature!

cors au pied

tout homme est un violeur C’est un peu radical, comme affirmation!

sexe entre la chaussure et le pied d’une fille

yaoi+viagrello Visiblement, il y en a qui confondent Georges Vigarello avec le viagra!

 

Et puis il y a ceux pour lesquels je ne comprends pas comment ils sont arrivés là!

sex hors / hors sex J’en ai 17 comme ça! Si quelqu’un peut m’expliquer?

bandes dessinees pornographique pour jeunes Je n’en ai encore jamais croisé en littérature jeunesse…

shibari hentai croquis noir et blanc Je n’ai pas ça en rayon mais ça m’intéresserait!

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 – dessin qui se divise en trois

 commentaire femme mariee sur la sodomie Le mariage change quelque chose à l’affaire?!?

recit humoristique des mesaventures du roi midas

 zoophilie de marie d’anjou Euh… Marie d’Anjou, la mère de Louis XI? Je n’ai jamais lu quoi que ce soit de tel à son sujet!

histoire revebebe je baise avec grand mere et grand pere

photos érotiques de femmes se mettant un concombre de leur sexe Je m’attendais à en avoir plein, des requêtes comme ça… mais non, c’est une rareté! Vu la formulation, je m’interroge…

 

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Grisaille

D’ordinaire, quand je n’écris pas, c’est que je n’ai pas eu le temps de lire. Ces derniers temps, au contraire, j’ai lu plein de trucs intéressants, mais je n’ai pas l’énergie pour écrire.

En ce moment, tout va mal. Le plus préoccupant, c’est mon père, qui a un gros ennui de santé et pour lequel je me fais beaucoup de souci. Je fais de mon mieux pour faire bonne figure auprès de mes parents mais, au boulot, ça va tout aussi mal. Je croule sous le travail mais l’envie n’y est plus. Je suis partagée entre ma conscience professionnelle et l’écoeurement. L’écoeurement et la rage de voir casser un outil qui fonctionnait bien, de voir qu’une boîte dans laquelle j’ai eu plaisir à m’investir et pour laquelle j’avais encore envie de mettre en place plein de choses est absorbée par des gens incompétents et malveillants. Partagée entre la certitude d’avoir pris la bonne décision et le soulagement de savoir que je n’ai plus que 4 mois à tenir, et en même temps l’inquiétude que me causent malgré tout les gens qui me disent que je fais une erreur et que je vais ramer pour retrouver un emploi, et les pressions qu’on exerce sur moi au travail pour que je revienne sur ma décision et que je reste. Il y a aussi l’inquiétude qui commence à monter du « et après, je fais quoi? ». S’y ajoutent les démêlés récurrents de mon fils avec son école et son étourdi de père qui s’emmêle les pinceaux dans les disponibilités de sa copine et me réclame sans arrêt des chamboulements de planning, ce qui fait que je n’ai eu qu’un week-end et quelques soirs de semaine de liberté en janvier… Mais ça, c’est de ma faute, je suis trop poire! Et pour couronner le tout, je me suis – encore! – fait flasher ce matin!

En conséquence, le soir, une fois le petit endormi, je n’ai le courage de rien faire de constructif. J’ai même laissé s’accumuler ces derniers jours les mails inquiets d’amis qui demandent des nouvelles. Je n’aspire qu’à me plonger dans un bain parfumé très chaud, avec quelques carrés de chocolat et un bon bouquin… et je suis, certains soirs, dans un tel état de déliquescence que j’ai même réussi à piquer du nez sur une enquête de Nicolas Le Floch, alors que j’adore Jean-François Parot!

Les deux jours de liberté que j’attendais depuis 3 semaines arrivent enfin. Ce week-end, j’hiberne!

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