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Archive for octobre 2011

Claude-Prosper Jolyot de Crébillon fut surnommé Crébillon fils pour le distinguer de son père, à qui Les égarements du coeur et de l’esprit sont dédiés, et qui, s’il est aujourd’hui tombé dans l’oubli, fut au 18e siècle un dramaturge célèbre, rival de Voltaire. Crébillon fils, né en 1707, débuta en littérature en 1730 et connut le succès en même temps que des ennuis avec la justice. Le sopha, dans lequel le narrateur a été transformé, à cause d’un mauvais sort, en un sopha sur lequel des couples viennent s’ébattre, lui valu d’être banni à trente lieux de Paris, en 1742. Il passa 12 ans en « exil » dans une relative gêne financière. A son retour, il obtint grâce à la Pompadour un poste qui lui assura un revenu régulier : il fut nommé… censeur royal pour les belles-lettres! Il continua à écrire tout en occupant sa fonction avec sérieux. Il décéda en 1777.

Les égarements du coeur et de l’esprit n’est pas un roman libertin mais un roman sur les libertins. L’auteur écrit dans sa préface :

« Le roman, si méprisé des personnes sensées, et souvent avec justice, serait peut-être celui de tous les genres qu’on pourrait rendre le plus utile, s’il était bien manié, si, au lieu de le remplir de situations ténébreuses et forcées, de héros dont les caractères et les aventures sont toujours hors du vraisemblable, on le rendait, comme la comédie, le tableau de la vie humaine, et qu’on y censurât les vices et les ridicules. »

Et c’est bien ce qu’il s’est efforcé de faire, cherchant à mêler l’utile et l’amusant dans ce roman où il met en scène une aristocratie parisienne aux moeurs dépravées, dont il épingle avec humour l’hypocrisie et les ridicules.

La préface indique également la trame initialement prévue pour le roman :

« On verra dans ces mémoires un homme tel qu’ils sont presque tous dans une extrême jeunesse, simple d’abord et sans art, et ne connaissant pas encore le monde où il est obligé de vivre. La première et la seconde partie roulent sur cette ignorance et sur ses premières amours. C’est, dans les suivantes, un homme plein de fausses idées, et pétri de ridicules, et qui y est moins entraîné encore par lui-même, que par des personnes intéressées à lui corrompre le coeur, et l’esprit. On le verra enfin dans les dernières, rendu à lui-même, devoir toutes ses vertus à une femme estimable; voilà quel est l’objet des Egarements de l’esprit et du coeur. »

Malheureusement, le roman est resté inachevé et, si Crébillon fils donne au cours du récit quelques indications sur ce qui était supposé se passer ensuite, le récit s’arrête alors que le jeune héros démarre à peine son apprentissage.

Le narrateur, M. de Meilcour, est un jeune homme de 17 ans qui fait son entrée dans le monde et ignore tout des usages de celui-ci et du sexe opposé. D’une grande naïveté, il peine à comprendre les codes qui régissent la bonne société. Il va faire son apprentissage au contact de trois femmes, qui représentent trois types différents.

La première, Mme de Lursay, est une amie de la mère du narrateur. Compromise dans sa jeunesse à cause d’une liaison qui a été publiquement connue, elle s’est depuis efforcée de rebâtir sa réputation en se glissant dans le rôle d’une prude à la vertu sévère, tout en continuant discrètement à vivre des histoires galantes. C’est le personnage le plus complexe et le plus intéressant du roman, car elle joue sur deux tableaux. Elle est une femme pleine de dignité qui en impose mais est en même temps très vulnérable : du fait qu’elle a fauté autrefois, sa réputation est restée fragile et un rien pourrait la faire s’écrouler, elle est donc à la merci de la moindre indiscrétion. Elle fréquente à la fois des personnes vertueuses qui l’aiment et l’estiment, comme la mère de Meilcour ou celle d’Hortense de Théville, et des libertins tels que Versac. Elle est touchante du fait de la sincérité des sentiments qu’elle éprouve pour le narrateur mais ses difficultés à parvenir à ses fins lui donnent un côté comique.

Lors d’une soirée à l’opéra, Meilcour a un coup de foudre pour une jeune inconnue qui se révèle être une parente éloignée, Hortense de Théville. Celle-ci incarne la jeune fille idéale, honnête et vertueuse, et on peut penser qu’elle est la femme estimable vers qui Crébillon fils pensait ramener son héros à la fin du roman.

Il y a enfin Mme de Senanges, une femme vieille, laide et dépravée qui s’entiche de Meilcour lorsqu’elle le rencontre chez Mme de Lursay et qui se persuade que cette inclination est réciproque. C’est un personnage totalement négatif et ridicule. On sait d’elle que, du fait de sa haute naissance, elle s’est toujours cru dispensée de se plier aux convenances et n’a suivi que ses fantaisies, et je me demande si ce refus de se conformer à l’hypocrisie ambiante n’est pas le plus grand crime dont il lui soit fait grief.

L’aristocratie parisienne dépeinte par Crébillon fils est, en effet, un milieu extrêmement codifié, qui repose sur l’hypocrisie. Les convenances et la politesse, qui peuvent nous sembler parfois étonnamment conçus, pèsent d’un tel poids qu’ils influent jusque sur le choix des liaisons. Ainsi, Meilcour est contrarié dans sa volonté de chercher à se rapprocher de Melle de Théville par Versac qui le pousse vers Mme de Sénanges, lui soutenant que, si elle a jeté son dévolu sur lui, il ne lui est pas possible de s’y soustraire.

Par ailleurs, les libertins, même s’ils se jouent de la pudeur et de la vertu, se doivent de paraître les défendre farouchement. Il n’est pas concevable, même pour une brève liaison, de s’abstenir de paraître éprouver un grand amour. L’homme doit le premier déclarer ses sentiments. Une femme n’est pas sensée faire des avances et doit se contenter d’attendre que l’homme s’explique auprès d’elle pour lui répondre. Elle n’est supposée céder qu’après une longue résistance. Si certains personnages regrettent que les moeurs se relâchent et que ces règles ne soient plus respectées, ils continuent néanmoins à agir en fonction d’elles. Inversement, toute profondeur doit être bannie de ce monde où tout n’est qu’apparence. Les conversations, quoique pleine d’esprit, se doivent d’être creuses. La vertu essentielle est de se conformer aux goûts du moment.

C’est ce système qu’expose clairement et longuement le libertin Versac, qui se pose en mentor du jeune Meilcour. Selon lui, la seule chose que peut ambitionner un jeune homme est de se faire un nom dans le public, et la meilleure façon d’y arriver est de plaire aux femmes. Ceci implique de cacher complètement ce que l’on est pour rentrer dans le moule en vigueur.

« C’est une erreur de croire que l’on puisse conserver dans le monde cette innocence de moeurs que l’on a communément quand on y entre, et que l’on y puisse être toujours vertueux et toujours naturel, sans risquer sa réputation ou sa fortune. Le coeur et l’esprit sont forcés de s’y gâter, tout y est mode et affectation. Les vertus, les agréments et les talents y sont purement arbitraires, et l’on y peut réussir qu’en se défigurant sans cesse. Voilà des principes que vous ne devez jamais perdre de vue : mais ce n’est pas assez de savoir que, pour réussir, il faut être ridicule. Il faut étudier avec soin le ton du monde où notre rang nous a placés, les ridicules qui conviennent le plus à notre état, ceux, en un mot, qui sont en crédit, et cette étude exige plus de finesse et d’attention qu’on ne peut l’imaginer. »

« Ce n’est pas tout : vous devez apprendre à déguiser si parfaitement votre caractère que ce soit en vain qu’on s’étudie à le démêler. Il faut encore que vous joigniez à l’art de tromper les autres celui de les pénétrer; que vous cherchiez toujours, sous ce qu’ils veulent vous paraître, ce qu’ils sont en effet. »

« – Je me souviens, lui dis-je, d’avoir vu quelquefois de ces gens que vous venez de me dépeindre; mais, loin qu’ils plussent, il me semble qu’on les accablait de tout le mépris qu’on leur doit, et qu’on les trouvait aussi insupportable qu’ils le sont.
– Dites, répondit-il, qu’on blâmait leurs travers, qu’on en riait même; mais que, malgré celà , ils ne plussent pas l’expérience y est totalement contraire. Voilà l’avantage des ridicules, c’est de séduire et d’entraîner les personnes mêmes qui les blâment le plus. »

Crébillon fils a donc voulu faire oeuvre utile en dressant un portrait critique de ses contemporains. Mais il a également su divertir. Personnellement, j’aime beaucoup son style fin et élégant et je me régale à le lire. De façon plus générale, je raffole du langage de cette époque et des jolies circonvolutions par lesquelles étaient exprimées des réalités qu’on exposerait aujourd’hui plus crûment. Ca m’amuse beaucoup. J’ai souvent souri à la relecture des Egarements du coeur et de l’esprit, la naïveté extrême du narrateur le mettant dans des situations assez comiques. J’ai trouvé particulièrement drôle le jeu de séduction entre lui et Mme de Lursay.

Comme je l’ai indiqué plus haut, c’est à l’homme de déclarer sa flamme. Mais Meilcour en est incapable en raison de sa timidité.

« j’aurais sans doute poussé en pareil cas mon respect au point où il devient un outrage pour les femmes, et un ridicule pour nous. »

Il craint encore plus de s’ouvrir sur le sujet auprès de Mme de Lursay, qui lui semble inaccessible. Celle-ci, sans faire au jeune homme un visage trop sévère, reste néanmoins dans un premier temps distante et digne afin de se maintenir sur le piédestal sur lequel Meilcour l’a placée, et de donner plus de prix à sa conquête.

« elle savait combien j’étais éloigné de la croire capable d’une faiblesse, et s’en croyait obligée à plus de circonspection, et à ne céder, s’il le fallait, qu’avec toute la décence que je devais attendre d’elle. »

Mais elle se rend rapidement compte que cette tactique bloque la situation et les conduit dans une impasse, et elle se trouve bien embarrassée quant à la façon d’en sortir. Elle se retrouve donc contrainte, pour parvenir à ses fins, de faire au jeune homme des avances de moins en moins discrètes. Sans succès.

« Il n’y avait assurément rien de si clair que ce qu’elle venait de me dire ; et elle m’avait traité en homme de la pénétration duquel on n’attend plus rien. »

Je vous laisse découvrir par vous-mêmes si elle parviendra finalement à conclure avec lui!

Pour ma part, j’avais envie, avant de passer à un autre auteur libertin, de rester encore un peu avec Crébillon fils et, pour ce faire, de recycler un petit commentaire que j’avais écrit il y a déjà quelques temps sur La nuit et le moment, mais j’ai pris tellement de plaisir à relire ce roman-ci que j’ai finalement décidé de relire celui-là aussi!

 

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Noyée!

Je n’ai encore réussi cette semaine ni à trouver le temps ni à mobiliser les neurones nécessaires pour avancer dans mes lectures. Je pars demain pour une semaine de vacances. Je ne sais pas encore si j’arriverai à bloguer de mon lieu de villégiature, mais j’ai bon espoir de rattraper enfin un peu de mon retard de lecture et de revenir avec des brouillons de billets!

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Etant affreusement en retard dans mes lectures, je vais me contenter pour une fois de faire un copier-coller de l’autre blog, du compte-rendu d’une conférence à laquelle j’ai assisté, lors des Rendez-vous de l’histoire. Je sais, ce n’est pas beau!… Mais j’ai très envie de faire connaître ces livres qui me tentent terriblement!

La virilité, une question d’époque?

C’est la conférence que j’attendais avec le plus d’impatience! Elle avait pour but de présenter un monument de 1 600 pages en 3 tomes qui vient de sortir : une Histoire de la virilité. Cet ouvrage, auquel ont collaboré une quarantaine d’auteurs renommés, a été dirigée par Georges Vigarello pour le premier tome (de l’Antiquité au 18e siècle), Alain Corbin pour le deuxième tome (19e siècle) et enfin Jean-Jacques Courtine pour le troisième et dernier tome (20e et 21e siècle). Si je ne connaissais pas ce dernier, qui est un spécialiste du corps, les deux autres noms m’étaient en revanche familiers.

Georges Vigarello, qui a également travaillé sur le corps, mais aussi sur l’apparence et l’hygiène, est notamment l’auteur de Le propre et le sale, d’une Histoire des pratiques de santé, d’une Histoire de la beauté et d’une passionnante Histoire du viol, que j’ai chroniquée ici. Alain Corbin a publié de nombreux ouvrages centrés sur la société du 19e siècle : Le miasme et la jonquille, L’avènement de la société des loisirs : 1850-1960, Les filles de noce : misère sexuelle et prostitution au 19e siècle, ou encore L’harmonie des plaisirs : les manières de jouir du siècle des Lumières à l’avènement de la sexologie, que je suis en train de lire. Je l’ai découvert avec Le destin retrouvé de Louis-François Pinagot, pour lequel il a choisi au hasard une personne dans des archives départementales et a essayé de faire sa biographie. Bien que l’histoire contemporaine ne soit pas trop ma tasse de thé, j’avais beaucoup aimé ce livre et espérais voir son auteur. Il n’a malheureusement pas pu être présent, mais Jean-Jacques Courtine et Georges Vigarello étaient bien là, et ils se sont révélés captivants.

 La virilité est apparue chez les grecs. Si elle se manifeste de différentes façons selon les lieux et les époques (par exemple, dans l’Antiquité on tolérait que la puissance sexuelle masculine s’exerce sur des adolescents ou des « non-citoyens », le christianisme a mis fin à ces pratiques), elle peut se définir en trois points :
– elle se caractérise par un comportement qui est celui de la domination et de la puissance, y compris physique
– cette puissance se manifeste vis à vis de la femme
– elle ne caractérise que les individus formés

Ce modèle s’est transmis avec tellement d’efficacité que nous n’en sommes jamais sortis. Pour expliquer cette domination du féminin sur le masculin, les deux auteurs ont renvoyé à Françoise Héritier qui explique qu’elle s’appuie sur :
– la force physique,
– des qualités morales dont l’homme fait la preuve dans l’affrontement (maîtrise de soi, courage),
– l’exercice de la puissance sexuelle.
Ces principes régissent non seulement la domination des hommes sur les femmes, mais également la hiérarchie des hommes entre eux. Ce qui fait l’efficacité de ce modèle c’est qu’est ancrée la conviction qu’il s’appuie sur une nature éternelle. Françoise Héritier voit dans la domination masculine une compensation au fait que les femmes peuvent enfanter et que ce sont elles qui mettent au monde les enfants mâles. De là vient l’importance de la transmission de la virilité aux garçons par les enfants, qui permet de perpétuer la virilité entre mâles.

La virilité s’est longtemps exprimée dans l’affrontement. Puis, à partir de la Renaissance, puis avec le développement de la vie de Cour, la notion de maîtrise de soi a pris de plus en plus d’importance. Les Lumières et la Révolution française auraient pu être le moyen d’en finir avec la virilité. Mais, au contraire, les représentations des hommes et des femmes se sont mises à changer : la physiologie de la femme la prédispose à enfanter, ce qui laisse la sphère sociale à l’homme. L’asymétrie homme-femme s’installe de façon définitive. Le 19e siècle, qui repose dessus, est celui de la virilité triomphante.

La première guerre mondiale a représenté un tournant: elle a marqué le triomphe de l’acier sur la chair, portant un rude coup à la virilité guerrière : la fragilité du corps masculin ne pouvait plus être niée. Un peu plus tard, le symbole de virilité qu’était l’ouvrier (avec comme modèle absolu Stakhanov) a été défait par la mécanisation.

On peut voir dans l’apparition des super-héros dans les années 30s et 40s et dans leur succès qui ne s’est jamais démenti depuis, le reflet des inquiétudes masculines et de la contradiction entre le désir de puissance de l’homme et son impuissance dans la vie réelle.

La deuxième moitié du 20e siècle a été marquée par l’obtention de droits pour les femmes. Les femmes ont complètement occupé l’espace public, ce qui fait que la position de l’homme est d’emblée vécue comme menacée, et ça c’est nouveau. Cependant, la virilité qu’on considère aujourd’hui comme en crise, l’a en fait toujours été au fil des siècles. En effet, cette nécessité de puissance et de perfection implique qu’il puisse y avoir fragilité, ce qui a toujours généré des inquiétudes et des angoisses. Les deux intervenants l’ont qualifiée d’idéologie d’homme âgé et de l’inéluctable (car relevant du type : « c’était mieux avant »).

La conférence s’est achevée sur une question à propos de l’affaire DSK. Sans se prononcer aucunement sur le fond, mais en se référant uniquement à la couverture médiatique de l’affaire, l’auteur de l’Histoire du viol a indiqué que l’importance accrue que notre société attache à l’individu fait que les gestes non voulus qui attentent à la pudeur ne sont plus acceptés, et il a conclu en disant qu’il était temps!

La conclusion que je ferais moi de cette passionnante conférence, c’est que je sais ce que je vais demander au Père Noël cette année!

 

Les Rendez-vous de l’histoire ne consistent pas uniquement en des conférences mais aussi en des expositions, projections de films et en un salon du livre riche en tentations! J’y ai fait une razzia et j’ai notamment acheté ceci :

Cette BD raconte l’histoire d’une jeune prostituée de la fin du 19ème siècle, officiant dans une maison close. Elle m’intéresse car le récit semble offrir une vision plus réaliste qu’idéalisée ou fantasmée. A voir!

 

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Bible Black était à l’origine un jeu vidéo eroge sur PC sorti en 2000. Le jeu a ensuite été adaptée, de 2001 à 2005, en une série animée hentai devenue très célèbre, qui se décompose de la façon suivante :

– Bible Black : La noche de Walpurgis (en français Bible Black) : 6 épisodes de 30 minutes
– Bible Black : Origins (en français Bible Black – Les origines) : 2 épisodes qui expliquent ce qui s’est passé 12 ans avant les événements racontés dans Bible Black
– Bible Black : New testament (en français Shin Bible Black) : 6 épisodes dont l’histoire se déroule quelques années après celle de Bible Black
– Bible Black only : qui consiste en 7 scènes de sexe autour de quelques-uns des principaux personnages de Bible Black

Le jeu n’est pas disponible en France, mais on peut le trouver sur la version américaine d’Amazon… et il n’est pas impossible que je me laisse tenter un jour ou l’autre. L’anime est distribué en France par EVA, en 6 DVDs. On peut trouver l’ensemble regroupé en un seul coffret. EVA propose également une version « édulcorée » en 2 DVDs (qui est celle qu’on trouve le plus couramment à la Fnac, par exemple), qui n’est interdite « que » aux moins de 16 ans, alors que la version originale est interdite aux moins de 18 ans.

J’en viens enfin à l’histoire et au contenu, après avoir encore précisé que je ne parlerai aujourd’hui que de Bible Black. Il y aura sûrement un autre billet ultérieurement sur Origins et Shin Bible Black.

L’histoire, donc! Le premier épisode s’ouvre sur une messe noire, dite au cours de la nuit de Walpurgis, propice à ces saines activités, par 4 jeunes filles qui veulent en sacrifier une cinquième (oui, c’est un peu sanglant, par moments). Mais les événements ne prennent pas la tournure qu’elles escomptaient. Le spectateur est ensuite projeté 12 ans plus tard, dans le lycée (Oh pardon ! Je voulais dire université !…) où cette messe noire a été dite. L’infirmière hermaphrodite de l’établissement cherche, d’une façon assez particulière, à trouver une vierge, dont elle a besoin pour mener à bien d’obscurs desseins encore inconnus du spectateur. Pendant ce temps, un élève, Minase, découvre un mystérieux livre qui lui confère le pouvoir de déclencher le désir sexuel des personnes de son choix. Il teste ses pouvoirs de façon tellement discrète que Kaori, une élève passionnée d’occultisme, s’en aperçoit et cherche à obtenir qu’il lui révèle son secret. Ces événements rendent inquiète et jalouse Kurumi, une pure jeune fille amoureuse de Minase, à qui l’on sent bien qu’il va arriver quelques bricoles…

Je vais commencer par aborder les défauts de l’anime. Même si je ne peux pas m’empêcher d’être critique et sarcastique, c’est une série que j’aime bien, et à laquelle je dois d’agréables moments, solitaires ou en compagnie, et c’est pourquoi je préfère terminer sur une note positive.

Comme je l’ai laissé entendre, la version française est un peu adaptée, pour tenir compte des différences entre la France et le Japon. Ainsi, ce qui est visiblement un lycée est qualifié avec insistance dans le troisième DVD d’université, et il est bien précisé sur les jaquettes que tous les personnages sont majeurs. Par ailleurs, la jeune fille que je prenais naïvement pour la sœur de Minase serait en fait sa cousine, d’après la version américaine de Wikipedia. Il va sans dire que je suis tout à fait d’accord avec ces adaptations dans le principe, mais je les trouve drôles car elles font artificielles et pas crédibles.

J’ai tiqué à plusieurs endroits parce que certaines choses (représentations des objets, mouvements, attitudes des personnages) ne me paraissaient pas cohérentes. Certaines scènes également m’ont semblé incohérentes… mais comme j’ai tiqué sur une scène du même type, se produisant dans les mêmes circonstances, dans le roman Sans âme de Gail Carriger, j’aurais tendance à être encline à l’indulgence.

Ce qui m’a le plus gênée, c’est le doublage. Déjà parce que celui du troisième DVD est différent des deux premiers : ça fait drôle que la voix de Minase devienne beaucoup plus adulte et plus rauque d’un épisode à l’autre, d’autant plus que cette deuxième voix ne m’a pas paru très bien coller au personnage. Il me faisait l’effet d’un bûcheron en train d’agoniser. Et surtout parce que le doublage m’a souvent paru sonner faux dans les scènes de sexe, ce qui est d’autant plus gênant que les personnages n’arrêtent pas de parler, commentant les moindres de leurs gestes, ce qui donne des dialogues d’une niaiserie désespérante. J’aurais préféré qu’ils soient moins bavards.

Néanmoins, il y a tout de même plein de choses qui m’ont plu. J’ai beaucoup aimé les dessins, que j’ai trouvés fins et très jolis. J’aurais juste préféré que les personnages féminins aient des seins d’une taille normale, mais je crois que je demande l’impossible, là ! Point de détail, mais qui a son importance : j’ai aussi aimé la musique, qui colle bien à l’atmosphère de l’anime.

Le point essentiel à mes yeux est qu’il y a une histoire et qu’elle tient la route. Si certains détails m’ont paru incohérents comme je l’ai dit plus tôt, la trame d’ensemble est consistante. Elle ne sert pas seulement de décor aux scènes de sexes, ce sont elles qui, dans leur grande majorité, s’insèrent au contraire naturellement dans l’intrigue. Et la fin, qui est plus amusante et moins convenue que le dénouement que j’escomptais, me plaît bien et m’a heureusement surprise la première fois que j’ai regardé le dernier épisode.

Enfin, j’aime beaucoup cette atmosphère glauque et cette alliance entre sexe et magie noire. La série mélange le démoniaque et le sacré, le sexe et la mort, avec une touche de surnaturel et de romantisme, et cette recette est au final une belle réussite.

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J’ai encore été prise de challengite aigue, mais essentiellement pour des lectures concernant l’autre blog (pour les curieux, c’est ici. Un seul d’entre eux devrait impacter ce blog ci. Il s’agit du challenge Images du Japon organisé par Kaeru. Il consiste à lire des livres qui ont pour sujet le Japon, et qui comportent une part importante d’images.

Ce sera donc pour moi l’occasion de lire un livre qui me tente depuis longtemps :

Par ailleurs, parmi les mangas et bandes dessinées que je compte lire pour ce challenge, il y en a une pour laquelle je ne sais pas encore si je la chroniquerai ici ou sur l’autre blog :

J’en profite pour annoncer, pour une fois, le programme des prochaines semaines. Mon prochain billet portera sur un grand classique du hentai :

Je vous emmènerai ensuite au 18ème siècle (saison des Rendez-vous de l’histoire oblige!), à travers un roman et un essai :

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Et j’attends impatiemment Ombres et lumière 3+4 que j’ai commandé. Je ne sais pas encore si je ferai de billet sur la série mais j’avais adoré le volume 1+2 et ne saurais trop vous recommander de vous jeter dessus!

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J’ai été un peu surprise en découvrant cet album, car il ne raconte pas vraiment d’histoire. Il me fait plutôt penser à une sorte de artbook. Chaque double-page met en scène une héroïne différente. Le plus souvent, il y a une petite histoire, mais il arrive qu’il n’y ait qu’une seule image qui occupe toute la double page.

Alessandro Mazzetti nous entraîne dans un monde de fantasy peuplé de jolies elfes (d’où le titre!), d’orques et autres créatures avenantes, mais aussi de pirates, rois, sorcières… L’auteur dessine aussi du hentai, et ça se ressent dans cet album.

Il ne fait pas dans la dentelle : c’est basique et sans fioritures. Très peu de paroles, des scénarios minimalistes… mais des chutes parfois amusantes. On change d’univers et de palette de couleurs chaque fois qu’on tourne la page, et le résultat est plus ou moins réussi. Néanmoins il y a une certaine douceur dans les couleurs et le dessin que j’ai bien aimée. Je trouve que c’est assez mignon, même si le terme paraît peu approprié compte tenu du contenu.

En effet, le but de la BD semble être de montrer de jolies demoiselles elfes aux seins surdimensionnés soit en train de se masturber, soit, le plus souvent, en fâcheuse posture. Ces jeunes femmes sont en effet assaillies par une horde de créatures mâles, ou, éventuellement, de tentacules phalliques, et finissent immanquablement couvertes de sperme.

Ca n’a rien d’intellectuel, ce n’est pas un album indispensable, mais c’est assez rigolo. Je pensais que cette BD, encore une fois très masculine, ne me plairait pas, mais finalement j’ai plutôt bien aimé.

L’auteur a lancé une souscription pour financer la publication d’un deuxième tome. Vous pourrez trouver les détails et voir quelques planches sur son blog.

Elves dreams
Alessandro Mazzetti
Editions Blanche

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Toute nue

Martina Iranco est ministre de l’intérieur. Un scandale, dont le lecteur n’apprend la teneur qu’à la fin du livre, l’oblige à renoncer à ses fonctions. Il lui reste une nuit avant que le scandale n’éclate, nuit qu’elle veut mettre à profit pour écrire le récit de sa vie. Non pas pour se justifier, mais pour être comprise, et dans l’espoir d’inciter ceux qui la liront à réfléchir sur eux-mêmes et à changer leur attitude vis à vis de la sexualité.

On peut lire Toute nue comme un roman érotique, certains chapitres se prêtant parfaitement à cette appellation, mais je pense que l’auteur, dont c’est le premier roman traduit en français, avait des vues bien plus ambitieuses en l’écrivant. C’est à une réflexion sur notre conception de la sexualité qu’elle semble inviter le lecteur.

D’un point de vue littéraire, c’est un roman de grande qualité. L’écriture est belle, le récit est intelligent et bien construit, et certains chapitres dans lesquels la narratrice se livre à une introspection comportent des idées intéressantes et invitent à la réflexion.

C’est un roman que j’aurais beaucoup aimé apprécier et je n’en suis que plus frustrée de l’impression désagréable qu’il m’a laissée. J’aurais certainement eu un ressenti différent si j’avais eu ce roman entre les mains il y a quelques années. Depuis que je suis mère, je réagis totalement différemment face à ce qui concerne les enfants et je suis beaucoup plus sensible à tout ce qui les touche. Ce n’est donc pas avec un regard de femme que j’ai lu ce roman, mais avec un regard de mère, ce qui fait que j’ai éprouvé un profond sentiment de malaise.

En fait, l’essentiel du récit de Martina consiste en deux histoires d’amour et de sexe qu’elle a vécues, l’une à 7-8 ans, à peine plus que l’âge de mon fils, et l’autre à 16 ans. C’est évidemment la première, qui occupe le premier tiers du roman, qui m’a le plus dérangée.

Petite fille, Martina n’a pas reçu d’amour ni de démonstrations affectives de ses parents. Ceux-ci attendent essentiellement d’elle qu’elle ne les dérange pas, et ne s’intéressent à elle que pour lui faire jouer les singes savants auprès de leurs amis. Aussi, lorsqu’un ami de ses parents, Damián, s’intéresse à elle, elle se met à l’aimer et fait de lui le centre de son univers. Il n’est pas question ici de contrainte ou de violence. Les attouchements sont très soft et décrits avec douceur et sensualité. Martina se décrit comme éperdument amoureuse, et réclame d’être traitée en femme par Damián, qui tente de résister à son attirance pour la petite fille et finit par quitter le pays pour ne pas succomber. L’idée me semble être que les enfants peuvent éprouver des sentiments amoureux et des pulsions sexuelles et que ce sont nos préjugés qui nous font considérer la sexualité enfantine comme tabou, celle-ci n’étant, dans certaines circonstances, pas nécessairement négative.

Je tiens à repréciser qu’il ne s’agit ici que de mon ressenti personnel, qui est donc éminemment subjectif. J’ai longuement hésité sur la façon dont il convenait que je tourne ce billet, ne sachant pas trop comment interpréter le livre ni ce que l’auteur avait en tête en l’écrivant, et me demandant si je n’étais pas passée à côté d’un truc parce que je n’avais rien compris. Mon sentiment est que cette façon de présenter des actes pédophiles de façon attrayante et presque positive est fallacieuse. Certes la narratrice se pense amoureuse et souhaite que Damián la touche, mais que sait un enfant de 7 ou 8 ans de l’amour et de la sexualité? Comment peut-on penser qu’un enfant puisse faire preuve d’assez de discernement en la matière? Un enfant a besoin qu’on lui laisse le temps de grandir, et de découvrir sa sexualité à son rythme, pas à celui des adultes. Martina, dans son aveuglement, dédouane totalement Damián : certes, c’est un homme qui « aime les femmes » et trompe allégrement la sienne, mais il apporte de l’amour et de la tendresse à la petite fille qui en manque si cruellement, et il s’efforce de résister à ses pulsions. Cependant, Martina aurait-elle eu l’idée de rechercher les attouchements si Damián ne les avait pas initiés? Il aurait pu apporter autant et même plus à l’enfant en lui prodiguant une affection paternelle dénuée d’ambiguïté. En dépit donc de ce dont la narratrice veut convaincre ses lecteurs, Damián est à mes yeux un pédophile et coupable d’avoir abusé de la détresse morale d’une enfant.

Après le départ de Damián, Martina s’ingénie à mener une double vie : irréprochable en apparence, elle multiplie dès son adolescence les contacts sexuels. Fidèle au souvenir de Damián, elle pense que l’amour n’est plus pour elle et, à une exception près, son coeur restera un désert. Alors qu’elle se décrit comme libre et libérée des préjugés, je l’ai perçue comme une jeune femme fracassée, qui traverse la vie désespérément seule. Comme vous le voyez, je suis passée complètement à côté du message de l’auteur (ou du moins de ce que je suppose l’être), d’où mes interrogations.

En dépit de ses nombreuses qualités, tant sur le fond que sur la forme, ce roman m’a trop dérangée pour que j’aie envie de le recommander.

Toute nue
Lola Beccaria
Editions La Musardine
Collection Lectures amoureuses

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