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Archive for septembre 2011

Est-il besoin de présenter encore le célèbre Dr Leleu? Il a commencé sa carrière comme médecin, avant de se tourner, à 45 ans, vers la psychothérapie. Il s’est principalement consacré au couple et à la sexualité et est l’auteur de nombreux ouvrages, dont beaucoup sont devenus des best-sellers.

La caresse de Vénus est le premier livre que je lis de lui. Je n’étais pas extrêmement motivée, je voulais simplement ne pas mourir idiote et me rendre compte par moi-même de ce que c’était, à force d’entendre parler de ses ouvrages. Je dirais que c’est plutôt une bonne surprise pour moi : je pensais que j’allais détester et je n’ai simplement pas aimé! Gérard Leleu est pour moi un peu le même style d’auteur que Coelho : il y a ceux qui trouvent ça génial et qui disent qu’il a révolutionné leur vie, et ceux qui trouvent que c’est creux et que c’est beaucoup de bruit pour rien. Je me classe plutôt dans la deuxième catégorie.

Avant d’évoquer le fond, je vais commencer par la forme. J’avais cru comprendre que Gérard Leleu avait un style assez particulier et poétique qui ravit ses adeptes et j’en étais assez effrayée. Et j’ai effectivement détesté ce style fleuri et ampoulé qui me semble totalement dépourvu de naturel. De plus, le fait que la majeure partie du livre est écrite à la première personne (c’est le clitoris qui parle!) me paraît mièvre et infantilisant. Bref, je n’adhère pas du tout!

 Sur le fond, le plan adopté est logique et structuré : après quelques rappels anatomiques (malheureusement, le livre ne comporte en tout et pour tout que 2-3 schémas que j’aurais, en outre, préférés plus lisibles), l’auteur traite de la masturbation, aborde ensuite les caresses manuelles et buccales prodiguées par le partenaire, puis en vient à l’érotisation du vagin et termine par le thème de l’orgasme. Le livre s’ouvre et s’achève également sur quelques rappels historiques. Les conseils prodigués sont progressifs et sensés… bien que pas toujours d’une clarté limpide. Et j’étais contente car j’ai appris des choses sur le plan physiologique. Ce qui m’ennuie, c’est que je me demande quel crédit je peux leur accorder.

Bien sûr, je ne suis pas médecin et n’y connais rien. Mais je reste dubitative car certaines choses qu’il affirme avec beaucoup d’autorité, comme par exemple qu’il faut nécessairement avoir connu l’orgasme clitoridien pour pouvoir connaître l’orgasme vaginal, que le coït se doit, pour la femme, de durer le plus longtemps possible, ou que l’orgasme du point G s’accompagne nécessairement d’une éjaculation et que, inversement, l’éjaculation féminine est déclenchée par un orgasme du point G, contredisent ma propre expérience ou celles de femmes avec qui j’ai eu l’occasion de discuter. De plus, il tient pour acquis l’existence du point G et en décrit l’emplacement et le fonctionnement, alors que l’existence de celui-ci n’a toujours pas été prouvée scientifiquement et que l’anatomie féminine semble être encore mal connue et soulever beaucoup de questions. Ceux qui sont intéressés pourront trouver un petit historique du point G ici et une série de trois articles sur le sujet que j’avais trouvé intéressants  et .

Quant à son discours concernant les sex toys, il m’a fait sauter au plafond! Il en déconseille tout usage autre qu’occasionnel, parce qu’il pourrait y avoir accoutumance, que les sex toys pourraient rendre la femme moins sensible aux caresses de son compagnon (je ne l’avais jamais entendue, celle-là!), et que de toute façon Gérard Leleu préfère le naturel! De façon générale, il semble avoir des idées assez conservatrices : clairement son livre s’adresse aux personnes qui sont en couple hétérosexuel stable. Il ne semble pas envisager d’autre forme de relation.

J’ai regretté également qu’il ne soit pas plus clair au niveau de ses sources. Il cite régulièrement des témoignages, mais on ne sait pas d’où ils sortent, et donne de temps à autre des statistiques mais, mis à part les classiques comme Kinsey, Master et Johnson et Hite, il ne dit pas d’où proviennent ces chiffres. Un exemple :

« 70% des femmes me font l’honneur de me caresser, chiffre qui est une moyenne entre différentes enquêtes. »

Pour moi, cette moyenne d’on ne sait pas quoi pourrait aussi bien sortir de son chapeau. Bien sûr, ce n’est qu’un point de détail, mais c’est pour moi une raison supplémentaire de douter de la rigueur de l’ensemble.

J’ai bien apprécié qu’il rappelle à plusieurs endroits qu’il n’y a pas une bonne technique, que chaque homme, chaque femme, est différent et apprécie des choses différentes, et qu’il faut pratiquement tout réapprendre à chaque nouveau partenaire. C’est un point de vue que je partage totalement. Mais j’aurais aimé qu’il se l’applique plus à lui-même, car je lui trouve, en de nombreux endroits, un ton très directif et péremptoire. Par exemple, dans le chapitre où il conseille les femmes qui ne se caressent pas pour démarrer dans cette pratique, s’il est très ouvert concernant la stimulation du clitoris proprement dite et se contente d’énumérer des manières possibles, il ne laisse pas d’options dans les « préliminaires », qu’il règle dans les moindres détails, allant jusqu’à préciser :

« Préparez aussi une théière ou une carafe de fruit de la passion. »!

J’ai également bien aimé qu’il insiste sur l’influence néfaste de Freud, qu’il s’élève contre la théorie de celui-ci comme quoi la stimulation clitoridienne est une forme de sexualité infantile et que la sexualité d’une vraie femme se doit d’être vaginale, l’orgasme vaginal en étant l’accomplissement, et qu’il défende le clitoris avec vigueur. C’est pourquoi j’ai regretté d’avoir parfois l’impression qu’il contredisait ce beau discours. Même s’il clame que la sexualité clitoridienne est tout à fait honorable, pour lui elle doit être au service de la sexualité de couple et a pour but principal l’érotisation du vagin. J’ai été un peu gênée que, lorsqu’il aborde le sujet des positions préférées des femmes pour se masturber, il incite les lectrices à privilégier non pas les positions qui leur semblent les plus confortables, mais celles qui sont les plus compatibles avec le coït, dans le but de se préparer à se caresser pendant les rapports sexuels. La femme est-elle indépendante sexuellement, comme il l’affirme haut et fort, ou doit-elle régir sa sexualité en fonction de partenaires éventuels? Et, dans le chapitre sur l’érotisation du vagin, il dit du premier orgasme vaginal :

« C’est l’événement le plus important de la carrière érotique d’une femme, celui qui la fait accéder à la majorité sexuelle, à la pleine féminité érotique. [… ] Elle accède alors à la maturité sexuelle. »

 Je veux croire que, sous une formulation maladroite, les intentions sont bonnes mais, au premier degré, on n’est pas si loin de Freud en fin de compte…

La caresse de Vénus
Gérard Leleu
Leduc.s Editions

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Voici un très beau livre qui nous invite à une promenade dans « un musée érotique imaginaire » à travers 69 œuvres. L’auteur et son éditrice ont souvent fait un choix d’œuvres qui manquent très souvent singulièrement d’originalité. Jugez plutôt : représentation d’Aphrodite, déesse de l’amour,  de Priape, la divinité au membre démesuré à jouissant d’une éternelle vigueur, de Pan, le jardin des Délices de Jérôme Boch, le déjeuner dur l’herbe d’Edouard Manet, l’Origine du Monde de Gustave de Courbet, le bain Turc d’le bain Turc d’Ingres, le baiser de Rodin, mais aussi des œuvres de Klimt, de Rembrandt, de Modigliani, de Leonor Fini, de David Hamilton, de Manara… J’ai quand même fait quelques jolies découvertes mais bien trop peu nombreuses à mon goût.  Soixante-neuf œuvres, même si le nombre est emblématique, je trouve vela un peu court pour traiter du sujet de l’érotisme dans l’art.

Les œuvres sont en écrasante majorité picturale. Une très faible place est laissée à la sculpture et à la photographie et je le regrette vraiment car je suis persuadée qu’il y avait matière à trouver dans ses disciplines de très belles oeuvres. Les sujets choisis sont très souvent puisés dans la mythologie, l’Antiquité, la Bible.

Il n’y a pas vraiment de fil conducteur puisque les œuvres sont classées presque par ordre chronologique ce qui aurait présenté un intérêt si l’auteur nous avait présenté les œuvres sous l’angle de l’évolution dans le temps de la représentation des corps, des désirs ce qui n’est pas du tout le cas. Il n’y a pas de classement thématique non plus. Je juge cette démarche un peu paresseuse.

J’ai trouvé souvent les textes accompagnant les œuvres de qualité très variables, certains sont vraiment intéressants et d’autres beaucoup trop superficiels. Certains replacent le tableau dans le contexte de la société de l’époque ou de la vie de l’artiste, d’autres évoquent les références de l’œuvre mais beaucoup se contentent d’une brève description en quelques mots ou encore de citations.

Malheureusement, je n’ai pas grand-chose à dire de plus sur cet ouvrage hormis que son très grand format et la qualité d’impression permet de jouir pleinement de la qualité des œuvres. J’ai apprécié ce livre mais sans être convaincue de son grand intérêt.

69 histoires de désir- Un musée érotique imaginaire
De Jean-Manuel Traimond
Ed Aubanel

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Ce recueil de nouvelles nous a été signalé par son auteur il y a déjà près de deux mois. Malheureusement, ayant été très prise ces dernières semaines, entre autres, par mon travail et  par mon fils, je n’ai quasiment pas avancé dans mes lectures, si bien que je n’ai réussi à me plonger dans ces nouvelles que ces derniers jours. Nous n’avons pas bénéficié d’un service presse et l’auteur ne nous a rien demandé, ce billet est donc rédigé en toute indépendance. Je préfère le préciser car, si je ronchonne d’ordinaire beaucoup, je suis, pour une fois, franchement enthousiaste! Si… je peux trouver un truc à critiquer : je ne raffole pas de la couverture.

Le recueil comporte huit nouvelles. Les plus courtes comptent une quinzaine de pages, les plus longues le double. Les thèmes abordés sont très variés et partent de situations au départ assez banales : un homme a recours à l’acupuncture pour soigner son dos, un couple part en vacances en Bretagne pour se retrouver, un jeune homme décide de partir voir du pays et rencontre une auto-stoppeuse… Mais les nouvelles sont originales de par la manière dont elle sont traitées, leur profondeur psychologique, l’émotion dont elles sont chargées, la façon dont l’auteur les fait flirter avec l’ésotérisme et le fantastique.

Dans ces histoires où l’érotisme semble parfois accessoire, on ne trouve pas d’inventaire de pratiques acrobatiques ou extrêmes, rien que des actes simples mais qui, dans certaines nouvelles, n’en sont pas moins d’une grande volupté. Ici, la sensualité découle de l’apprentissage de l’écoute de son corps et de ses sensations, ainsi que d’autrui. Faire l’amour est un acte spirituel et de communion avec le partenaire. Un autre trait que j’ai aimé, c’est la simplicité de l’auteur. J’entends par là que les personnages mis en scène ne sont pas des dieux du sexe au physique parfait et à la plastique avantageuse, ce sont des êtres humains comme vous et moi, avec leurs maladresses et leurs imperfections, et qui doutent d’eux-mêmes. Et je trouve ça beaucoup plus intéressant.

La nouvelle qui m’a le moins plu et qui, pour moi, se détache des autres dans le sens négatif, est celle qui a donné son titre au recueil, Perte de maîtrise, dans lequel une femme qui se retrouve en possession du téléphone portable d’un homme décédé dans un accident de voiture, s’interroge sur les messages stockés dans l’appareil. Je n’ai pas trop aimé la fin et en ai trouvé la trame plus maladroite que dans les autres nouvelles.

 Car les autres récits m’ont paru très habilement construits. Même lorsque la fin est prévisible, ce n’est pas gênant car ça conduit à créer une tension qui monte au fil du récit, comme dans Saut de l’ange, dans lequel un homme revient avec sa femme sur les lieux où il a effectué un plongeon dangereux lors d’un voyage au lycée, et se refuse à dire qui il souhaitait impressionner et conquérir par cet acte.

Je me trompe peut-être mais l’impression que me donnent ces textes est qu’ils sont très travaillés, non seulement sur le plan de la construction, mais plus encore sur l’écriture. Les mots m’ont semblé choisis avec soins, et de ce fait, l’écriture m’a paru juste. Même lorsque les péripéties ne sont plus crédibles, les personnages restent très humains et leurs sentiments et leurs réactions sont finement analysés. De façon générale, j’ai trouvé le style très agréable, élégant et sensible. Les nouvelles, qu’elles soient gaies ou plus dramatiques, ont en commun une certaine dose d’humour et le fait qu’elles soient touchantes.

Mes préférées sont Eros et Thanatos et Origami. Le thème d’Eros et Thanatos n’était pourtant, à la base, pas fait pour me séduire : un vieil homme, atteint d’un cancer en phase terminale, souhaite sentir encore une fois sous ses lèvres un sein avant de mourir. La nouvelle déroule deux récits en parallèle : le point de vue du malade, et celui des infirmières, dont l’une a le béguin pour le frère d’une autre. L’humour d’un des récits vient, à la fois, apaiser la tension créée par l’autre et en rendre plus apparente la tristesse. Le thème difficile de l’approche de la mort est abordé avec beaucoup de délicatesse et je me suis surprise à trouver ce petit vieux très attendrissant.

Dans Origami, une petite fille découvre dans le portefeuille de son père un bout de papier sur lequel sont écrits des prénoms de femmes. Cette découverte suscite chez sa mère une réaction négative si bien que, lorsque ses parents se séparent, l’enfant s’en juge responsable. Des années plus tard, devenue femme, la narratrice vient rendre visite à son père âgé et retrouve chez lui ce même papier. Cette fois elle veut comprendre. Afin de trouver les bonnes questions à poser, elle entame tout un travail de réflexion sur elle-même et sa propre vie amoureuse. Ce récit, que je qualifierais presque de philosophique, m’a paru très beau. Je ne pense cependant pas en avoir tout saisi et je compte le relire. Ce que j’en retiens, en deux mots, c’est l’idée que chaque rencontre, même éphémère, peut nous aider à nous construire et à avancer sur la route de notre vie. J’y ai vu le même message que dans une bonne partie des autres nouvelles : une invitation à aller vers l’autre et à chercher à le comprendre, à apprendre quelque chose de lui, à progresser grâce à lui.

Mais, sur le plan de la sensualité, c’est Calligraphie que j’ai le plus aimé. Une jeune artiste peintre expose dans une galerie avec une amie calligraphe. Elle a la surprise de découvrir un matin un bel homme nu qui dort dans la galerie. Les incursions nocturnes de l’homme se répètent et la jeune femme se rend compte avec stupeur qu’il semble avoir mieux compris sa peinture qu’elle-même, et qu’il sait ce qui lui manque et qu’elle cherche en vain. Cette nouvelle m’a fait penser à un chapitre qui m’a marquée de La femme de papier de Françoise Rey (dont il faudra que l’une ou l’autre de nous deux se décide à parler un jour). Dans les deux cas, l’homme s’empare des crayons ou pinceaux de la femme… mais alors que Françoise Rey utilise l’idée d’une façon qui nous a beaucoup déçues l’une comme l’autre et conclut le jeu par un viol horrible, Josselin Manoury nous livre une scène à la fois belle et torride. J’étais ravie!

Le recueil est disponible sur le site de l’éditeur : ici, sous format pdf ou papier, et vous pouvez également lire en ligne un large extrait de la première nouvelle pour vous faire une idée.

Pertes de maîtrise
Josselin Manoury
TheBookEdition.com

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Lingerie Addict

Quand je suis tombée par hasard, en farfouillant sur le net, sur cette BD, il m’a été impossible de résister. Rien que son titre disait qu’elle était pour moi!

J’ai beaucoup aimé les dessins. Les personnages sont mignons, les couleurs fraîches et gaies. Une mini-biographie de l’auteur figure au bas du quatrième de couverture, et je n’ai été qu’à moitié étonnée d’y lire qu’Olivia (à Paris) a été styliste lingerie. J’ai littéralement bavé devant certains modèles de sous-vêtements qu’on peut voir au fil des pages, me disant que, si je les trouvais dans une boutique, je m’empresserais de me jeter dessus.

La BD est divisée en quatre parties, la quatrième regroupant un petit guide et quelques bonus. Les trois premières parties ont pour thèmes respectifs les achats, les jeux érotiques (il y est donc question de lingerie mais pas que), et la famille, dans laquelle on voit apparaître enfants et grands-mères, ces dernières étant mises en scène dans des saynètes que je n’ai pas toujours trouvées du meilleur goût. Les petites histoires sont amusantes, et m’ont quelques fois fait sourire. Néanmoins, je n’ai pu m’empêcher de comparer Lingerie Addict, et principalement sa deuxième partie, avec Happy sex. Et, pour moi il y a tout de même un fossé entre les deux. Alors que Happy sex m’a parfois fait rire aux éclats, Lingerie Addict n’est pas parvenu a m’arracher plus qu’un sourire.

L’autre point sur lequel je suis restée sur ma faim est celui de la longueur : Lingerie Addict se lit d’autant plus vite qu’il n’y a souvent qu’une image par page. Pour ma part, je l’ai lu de bout en bout en pas plus de 10 minutes, y compris la dernière partie, dont le principal intérêt me semble être de faire du volume en rajoutant des pages supplémentaires. En effet, si l’on y trouve quelques trucs amusants, comme des tutoriels pour fabriquer un masque ou une jarretière et des poupées et leurs vêtements à découper (j’adorais ça quand j’étais petite!), et si le lexique et les sites internet peuvent éventuellement être utiles à certains lecteurs, je me serais fort bien passée de l’horoscope (!) et des pages de publicité pour une marque bien connue.

Je ne dis pas que je ne la refeuilleterai pas de temps en temps, car certains dessins m’ont vraiment beaucoup plu, mais je pense qu’elle est plutôt à réserver aux accros à la lingerie.

Cette lecture constitue notre quatrième contribution au challenge Read me, I’m fashion d’Irrégulière.

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Retour de pêche

Je viens d’attaquer La caresse de Vénus du célèbre Gérard Leleu, ouvrage qui traite du clitoris. Le premier chapitre célèbre les louanges du sexe féminin, décrivant avec beaucoup de lyrisme sa beauté et ses attraits à travers un certain nombre de métaphores. Après s’être extasié sur l’apparence visuelle de la vulve, l’auteur s’attaque aux odeurs, et cela donne cette phrase, à la construction grammaticale originale :

« Dans la fente vulvaire, à ma hauteur, moi, le clitoris, flottent des effluves marins qui évoquent une promenade sur une plage à marée descendante ou une criée où étincellent les rougets tout juste sortis des flancs d’un chalutier. »

Comme c’est poétique! Je sens que je vais avoir du mal…

Je suis très très en retard dans mes lectures actuellement et assez débordée en cette période de rentrée scolaire, mais je vais essayer de poster un ou deux billets d’ici la fin de la semaine.

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Lorsque George a lancé son challenge Le nez dans les livres, j’ai immédiatement pensé à ce roman que j’avais dans ma PAL. L’auteur, avocat de profession et bibliophile par passion, est un expert en littérature érotique, éditeur et traducteur à ses heures. Il s’est essayé au roman érotique avec L’éditrice, dont le thème a piqué ma curiosité.

Le narrateur, Loïc Mannoury, est un auteur de romans assez oisif et un bibliophile amateur de littérature érotique. Une maison d’édition le sollicite pour un projet : ils souhaitent publier un beau livre présentant certaines pièces de sa bibliothèque. C’est une charmante jeune femme qui lui est dépêchée afin de collaborer avec lui à l’élaboration de cet ouvrage. Le narrateur va initier cette éditrice, Jodie, tant à la littérature érotique qu’aux plaisirs charnels raffinés.

 «  »Vous devez comprendre qu’un livre érotique réussi allie deux qualités. Il a pour principale intrigue une ou des aventures sexuelles, décrites dans un langage plus ou moins cru, et selon un scénario allant crescendo […] De plus, le tout doit plonger le lecteur – ou la lectrice – dans un état physiologiquement vérifiable. En clair, quelle que soit votre sexualité, un bon livre érotique met toujours le rose aux joues… ou ne se lit que d’une main. » »

Cette recette que livre le narrateur à Jodie est également celle qu’Emmanuel Pierrat a suivie. Il s’est en fait livré à un exercice qui a consisté à mettre en application ce qu’il enseigne. Il maîtrise parfaitement les codes du genre, ce qui a pour inconvénient que l’intrigue érotique du roman sombre dans un certain nombre de clichés. Autour d’un narrateur (Emmanuel Pierrat avoue qu’il lui ressemble, mais qu’il a enjolivé) très imbu  de lui-même gravitent une belle eurasienne naïve qui s’ennuie dans son mariage et qu’il va s’empresser de déniaiser, une jeune anglaise délurée et une jeune fille qui n’a pas froid aux yeux. Si certaines mises en scènes sont attrayantes et si certaines idées m’ont plu, les ébats de ces personnages sont malheureusement relativement convenus, et j’ajouterais un peu trop sages à mon goût. De ce fait, Marianne, qui l’a lu dans le cadre de ce même challenge, a été déçue et a exposé sa déconvenue dans un billet assez sévère. J’étais beaucoup plus encline à l’indulgence car j’ai pris tout cela au second degré et ai trouvé le roman plutôt amusant. Je pensais que l’auteur avait voulu jouer avec ces codes qu’il connaît si bien et faire de l’humour. Mais je suis tombée cette semaine sur une interview dans laquelle Emmanuel Pierrat présente son roman (vous pouvez l’entendre ici), et il s’avère que Marianne avait raison. Le roman est bien à prendre au premier degré : Emmanuel Pierrat a voulu rédiger un roman initiatique qui mette « le rose aux joues ».

Pour la lecture d’une main, pour moi ça a été raté! Et pourtant, Emmanuel Pierrat met en scène mon plus gros fantasme : une grande bibliothèque avec des rayonnages jusqu’au plafond!

« Je m’installai néanmoins délibérément à distance, juché sur une échelle de bibliothèque, dominant ma visiteuse de deux bons mètres. La pièce, très haute de plafond, en comportait plusieurs, toutes amovibles, dont l’une en colimaçon. Elles me servaient, de temps à autre, comme l’ensemble de mon mobilier, à  pimenter mes jeux érotiques. Les jeunes femmes modernes ayant abandonné la jupe pour le jean, mieux vaut les observer de haut, ce qui à défaut de deviner les dessous de l’affaire permet de prendre la mesure des décolletés. »

Si je reste sur ma faim pour l’aspect récit érotique du livre, je suis tout de même globalement contente de ma lecture. J’ai, en effet, souvent souri en le lisant, et pas seulement à mauvais escient. De nombreuses remarques, comme celle qui clôt le paragraphe que je viens de citer, m’ont amusée. Je me suis régalée du style de l’auteur, qui a une fort jolie plume. Le raffinement un brin exagéré de l’écriture et son caractère désuet m’ont plu et m’ont, encore, faire sourire, parce qu’ils m’évoquent ces auteurs des 16ème et 17ème siècles que j’ai tant lus. Sous la plume d’Emmanuel Pierrat, un 69 se conclut ainsi :

« Elle fit glisser ses lèvres charnues le long de ma colonne de chair à plusieurs reprises, avant de remonter pour m’avaler comme par surprise. Elle joua ainsi un temps à m’engloutir avant de me parcourir à nouveau de côté jusqu’à descendre gober un à un mes testicules, puis de laper mon périnée. Ces explorations me firent tant d’effet que je me mis à accélérer mes propres caresses buccales afin que nous terminassions notre dégustation réciproque dans une même extase et nous sentissions concomitamment rassasiés – pour un temps. »

Si la formulation un peu ampoulée m’amuse, je ne peux pas résister au charme de l’imparfait du subjonctif, dont l’emploi est devenu si rare de nos jours. J’ai par ailleurs apprécié la justesse et l’originalité de certaines idées et l’esprit dont fait preuve l’auteur.

Mais le point fort majeur du livre, c’est que le lecteur a affaire autant à une promenade littéraire qu’à un récit érotique. Comment ne pas être favorablement disposée à l’égard d’un livre dans lequel un exemplaire des Dames galantes de Brantôme (que j’ai, du coup, très envie de relire!) est utilisé comme instrument de séduction? Tout au long du livre, Emmanuel Pierrat nous convie à un voyage dans le temps pour découvrir quelques-unes des oeuvres majeures de la littérature érotique. Il instruit avec légèreté et les informations qu’il donne s’intègrent naturellement dans le récit. Il se fait au passage un petit peu de publicité, car il a traduit en français ou publié certaines des oeuvres qu’il évoque, mais j’ai été intéressée par ses explications qui m’ont inspiré quelques envies de lectures.

Si les quelques défauts que j’ai trouvé à ce roman m’ont laissée insatisfaite, j’ai néanmoins été contente de découvrir cet auteur, et j’ai envie de lire les essais qu’il a écrits.

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