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Archive for juillet 2011

Une fois n’est pas coutume, je vais étaler mon compte-rendu de lecture de cet essai en deux billets. J’ai, en effet, envie de m’attarder un peu sur son avant-propos avant de rentrer dans le vif du sujet.

Cet avant-propos a été rédigé par Françoise Rey, à la demande de son éditeur. Elle y expose sa perception de la fellation. Ce texte a suscité chez moi beaucoup d’étonnement et pas mal d’interrogations, la principale étant que je me demande s’il s’agit simplement d’un exercice littéraire qui se prétend autobiographique sans l’être ou si elle relate réellement son rapport à la fellation.

J’ai été surprise par le discours qu’elle tient, dont l’extrait suivant permet d’avoir une bonne idée :

« Je n’aime pas partager mes fantasmes, y inviter autrui, je n’aime pas découvrir ce qu’il y a sous les vêtements des hommes qui pourtant me séduisent, je n’aime pas baiser, pas tout de suite, pas longtemps, pas fort, pas souvent, et surtout, dommage pour mon commanditaire, je n’aime pas prendre dans ma bouche le corps de mes amants. A de rares exceptions près. »

Et, plus loin, elle semble illustrer parfaitement ce que Gérard Lenne dans De la fellation : comme idéal du rapport amoureux appelait la « fellation stratagème » :

« Transformer la menace en proie consentante et charmée m’emplissait d’un bonheur pervers, je ne risquais plus rien, je déjouais les pièges de la conquête masculine en allant vite, plus vite que mon partenaire, en devançant son désir, en le comblant, en le castrant. Auprès d’un homme qui avait joui, j’étais en sécurité. Il ne me prendrait pas, pas tout de suite, peut-être pas du tout… Il n’entrerait pas dans ma chair, il ne serait pas mon occupant.
Il m’a fallu des années pour réaliser que le sucer, c’était lui permettre une autre sorte d’invasion, peut-être plus intime encore. Le jour où je l’ai compris, j’ai cessé de pratiquer la chose. »

Jusqu’à présent je n’ai lu de Françoise Rey que La femme de papier, que je n’ai pas aimé, pour de nombreuses raisons, l’une des principales étant que je l’ai trouvé très froid et que les ébats sexuels des deux personnages principaux, totalement dépourvus de tendresse et de communion, m’ont semblé n’être que les manifestations d’une compétition entre les deux amants.

En lisant cet avant-propos, je me suis demandé si je ne tiendrais pas là une explication partielle de ce qui m’a dérangé dans La femme de papier.

Dans ce roman, j’avais également eu du mal avec l’écriture. Il me semblait évident à le lire que Françoise Rey avait une très belle plume, qu’elle était capable de manier avec raffinement et virtuosité, et j’étais très agacée car il y avait au moins un passage dans chacun des chapitres dans lequel je trouvais qu’elle gâchait tout. Si j’ai regretté, dans cet avant-propos, que ses quelques jeux avec les champs sémantiques me semblent encore plus ostentatoires que naturels, je me suis néanmoins surprise à être conquise par sa plume, au point de me dire que je devrais peut-être essayer une de ses autres oeuvres pour confirmer ou infirmer ma première impression. Par ailleurs, j’ai aussi beaucoup aimé ses propos, qui m’ont paru intéressants et propices à susciter la réflexion.

Je ne résiste pas à l’envie de citer encore un passage :

« Je voulais être une femme libre, une sorte de courtisane aguerrie, avisée, très à l’aise dans le monde des caresses et du sexe, je voulais qu’on s’époustoufle de mes témérités, qu’on me reconnaisse d’artistiques dispositions, des talents sensuels, une hardiesse tranquille de putain, une lascivité efficace de geisha.
[…]
« Une femme libre » : imbécile! Peut-on parler de la liberté de l’hétaïre qui, pour régner sur le plaisir de l’homme, et ainsi croire l’asservir, et ainsi croire à sa propre importance, à sa propre séduction, se rend esclave de rites qui la rebutent?
Mon affranchissement était un leurre pitoyable, un miroir où je me voyais belle d’assurance, délivrée des tabous, formidable d’initiatives voluptueuses, admirable de compétence. Je mettais tout mon coeur, mon coeur soulevé s’il se fût écouté, à des prestations talentueuses et compliquées.
[…]
J’ai retrouvé plus tard, chez des hommes, des hommes faits, mûrs déjà, imbus de leur rôle de dispensateur de plaisir, la même joie passionnée du don, le même orgueil narcissique, la même fausse générosité. Régner sur le plaisir de l’autre, c’est se voir magnifique dans son regard chaviré, magnifique et redoutable, car c’est aussi, quelque part, le dominer et le réduire. Il y a sans doute la même ivresse à prodiguer la volupté que la douleur, et il n’est pas hasardeux que parfois les deux se rejoignent sous le fouet d’un bourreau raffiné. »

 Dans mon prochain billet, je vous parlerai de l’essai proprement dit et il y aura encore beaucoup à dire!

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