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Archive for juin 2011


La preuve par le miel est un récit présenté comme un audacieux roman érotique arabe, qui a subi la censure dans de nombreux pays.

Ce livre de Salwa Al Neimi est le récit d’une intellectuelle syrienne passionnée de littérature érotique arabe ancienne. Femme libre qui assume ses aventures, elle est conviée à une conférence sur la littérature érotique arabe, l’occasion pour elle de se pencher sur ses souvenirs et sur sa passion des écrits érotiques arabes.

Difficile de classer cette œuvre. Ce n’est ni un roman, ni un essai, mais plus un mélange des genres. Le livre est divisé en 11 parties nommées « portes ». Dans chacune de ses parties Salwa Al Neimi aborde un sujet différent.
Elle revendique la richesse de sa vie sexuelle même si un des hommes qu’elle a croisé semble avoir marqué plus profondément son corps et son esprit. Elle mélange souvenirs sensuels et anecdotes avec des citations d’auteurs arabes. Les références artistiques sont nombreuses. Elle souligne les contradictions de sa culture.

La prose de l’auteure est souvent d’excellente qualité même si parfois inégale, mais cela est peut-être dû à la traduction. Le livre se lit très rapidement, le style très fluide est souvent poétique et l’érotisme parfois très puissant sans vulgarité et sans fausse pudeur offre de jolis moments de lecture.

Mais au final, à l’issue de cette lecture j’ai ressenti comme un vide. D’une part, j’aurai aimé en savoir beaucoup plus sur la littérature érotique arabe et d’autre part, j’ai trouvé ce livre au final assez décousu et certains passages m’ont paru sans intérêt. Dommage, car ces quelques défauts ont gommé pour moi les qualités de ce livre pourtant très grandes.

La preuve par le miel
de Salwa Al Neimi
Ed Pocket

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Quelque temps après la publication de mes billets sur les BDs d’Erich von Götha, j’ai eu la surprise de me faire rabrouer par mail. Mon interlocuteur déplorait que je me sois lancée dans des BDs peu susceptibles de déclencher mon enthousiasme plutôt que de suivre ses conseils avisés. J’ai donc cette fois suivi sagement les conseils qu’on m’a prodigués (ça a intérêt à me plaire!), et j’y ai ajouté un peu de mon cru.

De toute façon, il était largement temps que je m’essaie à ces deux maîtres du genre que sont Crepax, que je n’ai jamais lu, et Manara, que je ne connais qu’à travers les illustrations qu’il a faites pour L’art de la fessée de Jean-Pierre Enard (billet à venir dans les prochaines semaines).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

J’ai également acheté quelques yaoi, dont je ne vous parlerai que s’ils en valent la peine, et quelques livres.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ainsi que de quoi me remettre à l’anglais…

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Jeanne est trentenaire, célibataire, accumule visiblement les échecs sentimentaux et mène une vie qui n’a pas l’air très exaltante. Une amie bien intentionnée organise à son domicile une soirée « tupperware » version sex toys, y convie Jeanne  et lui achète d’office un vibromasseur. Le premier mouvement de Jeanne est de mettre l’objet à la poubelle, mais elle se ravise et se décide à l’essayer. Le jouet s’avère redoutablement efficace… mais il présente quelques particularités assez inattendues : il parle et il fume!

Du fait du style du dessin et du ton, cette BD me semble s’inscrire dans cette tendance assez girly à la Pénélope Bagieu et à la Margaux Motin. Ce n’est pas forcément une critique, j’aime beaucoup Pénélope dont je suis le blog depuis déjà quelques années. Mais tout ce qui s’inscrit dans cette mouvance n’est pas forcément d’un intérêt et d’une originalité renversants.

C’est un peu le sentiment que j’ai eu en lisant Jeanne et le jouet formidable. C’est sympathique, mais je suis restée sur ma faim. Déjà, la BD se lit extrêmement vite (à peine 10 minutes) et, vu le prix des BDs (dont je peux comprendre qu’il soit justifié), c’est tout de même un peu frustrant.

J’ai bien aimé les dessins et les couleurs acidulées. J’ai trouvé certaines expressions de Jeanne très drôles. Les démêlés de Jeanne avec l’engin m’ont fait sourire… mais pas toujours et pas autant que je ne l’aurais voulu. L’idée de départ est amusante et me plaît bien, mais je pense qu’il y aurait eu matière à l’exploiter plus et différemment. J’ai trouvé l’histoire, sorte de parodie de conte de fées, parfois un peu convenue, et j’ai regretté qu’elle n’ait pas été plus développée et plus approfondie. Je ne sais pas si c’est un choix de l’auteur ou dû à des impératifs d’édition?

Je suis assez déçue parce que j’aurais eu envie de bien aimer cette BD et je regrette de me trouver si mitigée.

Jeanne et le jouet formidable
Zelba
Poisson dissolu

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Voici un livre très pudique mais qui n’en n’est pas moins intéressant et qui m’a enthousiasmée.

Un professeur d’université vieillissant à la virilité défaillante n’arrive plus à satisfaire l’insatiabilité sexuelle de son épouse fragile plus jeune que lui. Très différents l’un de l’autre, ils n’ont pas en apparence la même vision de l’amour charnel. Elle, pétrie d’une éducation confucéenne, ne désire faire l’amour qu’habillée et dans la seule position préconisée; tandis que lui, rêve de pouvoir contempler à l’envi le corps de son épouse. Amoureux et fou de désir pour sa femme, il va essayer de trouver des subterfuges pour stimulant érotique : la jalousie semble particulièrement efficace pour raviver sa vigueur et pour accomplir son dessein, il va permettre au fiancé de sa propre fille de s’immiscer dans son couple.

Ce roman rend la forme d’un dialogue impossible entre les deux journaux intimes des principaux protagonistes incapables de communiquer entre eux. Chacun écrit à destination de l’autre mais feint de ne pas vouloir et savoir être lu, de ne pas lire celui de l’autre. Dans un jeu de faux-semblants, mesquinerie, désir et dégoût sont mis en scène subtilement.

Ce sujet délicat est traité avec beaucoup de pudeur et d’ingéniosité. J’ai vraiment jubilé dès les premières pages au point d’avoir du mal à en abandonner la lecture, j’ai tout de même trouvé que le récit s’essoufflait légèrement sur la fin. Chef d’œuvre de cynisme et de perversité, ce livre demeure très sombre et amer dans son constat sur les relations humaines. Pour les amateurs de Tanizaki, nous retrouvons quelques ingrédients communs à d’autre de ses écrits que je ne dévoilerai pas pour en réserver la fraîcheur aux nouveaux venus dans son univers.

Contrairement à certaines librairies en ligne, malgré son sujet, je n’aurai pas spontanément classé ce roman parmi les livres érotiques. Cela faisait très longtemps que je n’avais pas éprouvé un tel plaisir (…de lectrice) et j’avais vraiment très envie de le partager !!!

Tanizaki Junichirô
La clef La confession impudique
Folio

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Je connaissais très peu Pierre Louÿs avant d’entamer la lecture de cet opuscule et je dois dire que le personnage me paraît assez fascinant. Ce poète et romancier a vécu de 1870 à 1925. Sa naissance est déjà peu commune puisqu’il pourrait être le fruit d’un inceste et avoir pour père son demi-frère. Il s’est fait connaître en 1894 grâce à une mystification : il a fait passer les Chansons de Bilitis, son premier succès d’estime, pour la traduction d’écrits d’une poétesse contemporaine de Sapho. Il obtint son premier gros succès deux ans plus tard, avec le roman Aphrodite. Il est également l’auteur de La femme et le pantin, qui a été adapté plusieurs fois au cinéma.

Bibliophile, très érudit en matière de lettres anciennes, il fit scandale en 1919 en publiant un article qui résumait ses recherches sur l’œuvre de Molière : de longs passages des pièces les plus fameuses de Molière seraient en fait de la plume de Corneille. Bien que ses recherches n’aient pas été publiées, cette théorie a été reprise après sa mort.

Il a par ailleurs pour caractéristique d’avoir doublé ses œuvres de pendants érotiques. Ainsi, par exemple, aux Chansons de Bilitis répondent les Chansons secrètes de Bilitis.

Une autre de ses œuvres les plus connues, le roman érotique Trois filles d’une mère a peut-être été inspiré par ses amours avec les sœurs Heredia, filles du poète. En effet, amoureux de Marie, qui épousa Henri de Régnier pour contribuer à éponger les dettes de la famille, il eut avec celle-ci une liaison qui se poursuivit après son mariage avec la sœur de Marie, Louise.

Le Manuel de civilité a été publié pour la première fois en 1926, donc après sa mort, sans aucune indication de date ni d’auteur. Il a connu depuis des éditions successives, dont deux éditions clandestines parues dans les années 50 qui valurent à l’ouvrage d’être interdit pour outrage aux bonnes mœurs.

Il faut dire que, si elle prête maintenant essentiellement à sourire, cette parodie de manuel de bonne conduite avait largement de quoi choquer à l’époque de sa parution. Outre le fait que ledit manuel s’adresse théoriquement à des petites filles, pas forcément pubères, l’auteur ne recule devant rien : inceste, zoophilie…

Ce petit guide d’à peine 80 pages dans mon édition (Allia) se compose uniquement de maximes organisées selon trois thèmes principaux  :
– le comportement qu’il convient d’adopter en différents lieux et circonstances
– le comportement qu’il convient d’adopter avec différents types de personnes
– un dernier chapitre composé de formules « Ne dites pas… dites… »

Pour le contenu, ce qu’il m’évoque serait plutôt de l’ordre de la blague de potache. Pour une bonne partie des maximes, l’humour ne vole pas très haut. Un petit exemple :

« Si vous videz subrepticement la moitié d’une bouteille de champagne, ne pissez pas dedans pour la remplir. »

Ca donne une bonne idée de l’esprit de l’opuscule. Personnellement ce genre d’humour me laisse assez froide…

Il y a cependant des conseils pleins d’esprit qui m’ont bien amusée et il faut dire que l’ensemble est fort joliment écrit. Et puis je me suis régalée avec le décalage entre le don désuet et sérieux, même carrément compassé, du style, et le contenu. Encore un exemple, tiré du chapitre sur les bains de mer :

« Autant que possible, ne vous enfermez pas avec un monsieur dans votre cabine de bain. Entrez-y plutôt avec une jeune fille, qui vous fera minette aussi bien, si ce n’est mieux, et ne vous compromettra pas. »

Je citerai pour terminer une maxime qui me parle tellement à tous égards que je l’avais adoptée comme devise en d’autres lieux :

« Ne dites pas : « J’ai douze godmichés dans mon tiroir. » Dites : « Je ne m’ennuie jamais toute seule. » »

En résumé, la lecture en est très amusante même s’il me semble que l’ouvrage aurait souffert d’être plus court, tout n’étant pas indispensable, loin de là.

Néanmoins, étant donné qu’il est en libre accès sur internet, je vous encourage vivement à y jeter un œil. Vous pouvez le trouver par exemple ici.

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Ce petit livre est le premier numéro d’une collection proposant des ouvrages de fond sur le manga. Deux autres ont paru depuis : Osamu Tesuka : dissection d’un mythe et Le manga au féminin. Ce petit ouvrage collectif est très complet et aborde le thème du yaoi selon des angles divers.

J’ai déjà chroniqué ici plusieurs yaoi mais il n’est peut-être pas superflu de commencer par rappeler de quoi il s’agit. Ce livre, dans ses premières pages, le résume en quelques lignes :

« Né dans le monde des dôjinshi, c’est à dire celui du fanzinat et de l’autopublication, le yaoi propose des histoires qui, pour la plupart, parodient les mangas à succès du moment en imaginant des relations homosexuelles plus ou moins explicites entre personnages de sexe masculin. Cela peut aller de la romance fleur bleue à la pornographie en passant par tous les stades de l’érotisme.

Le yaoi est réalisé par des femmes, souvent jeunes, et il s’adresse principalement à un lectorat féminin hétérosexuel. On devrait écarter de la définition les mangas gays, c’est à dire réalisés par des hommes à destination d’un lectorat masculin homosexuel. Cependant, les barrières entre le yaoi et le manga gay ne sont pas étanches au Japon. De nombreuses filles lisent des mangas gays, même pornographiques, et de plus en plus de garçons homosexuels lisent du yaoi. »

Les auteurs rappellent également que le terme yaoi est principalement employé en occident. Au Japon, on parle plutôt de boys love.

L’ouvrage est découpé en chapitres, chacun écrit par un auteur différent, qui abordent le yaoi sous différents aspects. On peut cependant dégager quelques thèmes principaux.

Plusieurs chapitres sont consacrés au marché du yaoi au Japon. Le premier dresse un historique du genre, de sa naissance dans les années 70s jusqu’à aujourd’hui, en retraçant les différentes phases de son évolution. Sont ensuite présentés les éditeurs majeurs et la façon dont ils se positionnent sur le marché, ainsi que les différents produits dérivés qui existent.

 Un chapitre est consacré au yaoi en France. Lorsque l’ouvrage a été publié, en 2008, l’offre en matière de yaoi était alors encore assez limitée. Seuls 3 éditeurs (Taifu Comics, Asuka et Tonkam) étaient présents sur le terrain et leur positionnement était encore parfois hésitant. Ce sont toujours ces trois mêmes éditeurs qui dominent le marché, mais ils ont désormais chacun une collection dédiée au yaoi, et proposent un catalogue de plus en plus étoffé. De plus, Asuka édite une revue bimestrielle, Be x Boy, qui propose des chapitres de plusieurs titres en prépublication. Et d’autres éditeurs tentent de s’introduire sur le marché.

Deux autres chapitres sont consacrés à la présentation de mangakas dont les oeuvres ont marqué le genre et à des chroniques de mangas. Le problème, c’est que ces chroniques ont été réalisées à partir du peu qui était disponible en France il y a 3 ans, et que ce peu n’était pas forcément enthousiasmant. Les yaoi ne brillant pas toujours par leur originalité et la qualité de leur scénario (loin de là), ces chroniques qui se veulent objectives ne donnent pas forcément envie de tenter l’aventure.

Enfin l’ouvrage propose des chapitres d’analyse que j’ai trouvé intéressants. Il y est question des interactions entre le shônen (mangas pour garçon) et le yaoi : comment le shônen inspire les amatrices et dessinatrices de yaoi, et, inversement, comment certains auteurs de shônen introduisent des touches ambiguës dans leurs mangas afin d’attirer les fans de yaoi. Il est dressé un rapide historique de l’homosexualité masculine et de l’évolution de sa perception au Japon, qui se termine par une description des relations parfois houleuses entre homosexuels et yaoi. En effet, comme le livre l’explique clairement, la vision de l’homosexualité qui est montrée dans le yaoi ne correspond pas à la réalité. C’est une représentation idéalisée, fantasmée qui offre aux lectrices ce qu’elles attendent : des beaux garçons et des sentiments.

L’interrogation quant à ce que les lectrices peuvent bien trouver dans le yaoi semblant récurrente, cette problématique est décortiquée dans l’ouvrage. Les shôjo (mangas pour filles) suivent souvent des codes rigides. Dans ces histoires, les lectrices sont naturellement amenées à s’identifier aux personnages féminins, qui ne sont pas forcément très satisfaisants : trop souvent, l’héroïne est une cruche qui aspire à trouver le grand amour, celui pour qui elle abandonnera sa carrière pour devenir femme au foyer. Le yaoi est certes très codifié : les couples sont toujours constitués d’un seme (l’actif), généralement dominant, protecteur et plus viril, et d’un uke (le passif), plus efféminé, souvent timide, naïf et, lui aussi, assez cruche. Toutefois, il ne présente pas les mêmes contraintes : les protagonistes étant des hommes, la lectrice ne se sent pas tenue de s’identifier à l’un d’entre eux. Elle peut être amusée ou attendrie par le uke sans se comparer à lui, ou se sentir plus proche du seme.

L’ouvrage s’achève sur une courte nouvelle et une interview de son auteur.

Ce petit livre sérieux et complet est une façon idéale de découvrir ou mieux comprendre ce genre si souvent décrié qu’est le yaoi.

Homosexualité et manga : le yaoi
Editions H
Collection 10 000 images

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Satisfaction , l’art de l’orgasme féminin est un livre qui a pour projet ambitieux de donner les clés aux couples pour un meilleur épanouissement sexuel de la femme.

Les deux auteurs Mark Levinson et Kim Catrall sont en couple dans la vie. J’ai lu ce livre sans a priori aucun puisque je n’ai jamais vu un seul épisode de la série TV Sex & the City dans laquelle joue Kim Catrall.

Le livre est beau en soi, la couverture est souple et satinée, le papier de grande qualité. L’éditeur a produit un joli travail.

Ce livre s’adresse avant tout à des hétérosexuels en couple stable. Outre la sexualité, il aborde la thématique du couple en général. Des notions triviales telles que l’écoute, la communication et la confiance, le respect qui sont les fondements de la réussite d’un couple sont évoquées. Même si une piqûre de rappel est parfois nécessaire, le côté très convenu et bien pensant de ces considérations m’ a légèrement lassée.

Les conseils techniques sont très précis et plutôt efficaces : caresses, positions favorables à l’orgasme, jeux de doigts et de langue variés sont décrits en détail. De multiples illustrations étayent le propos. Leur mise en pratique en est facilitée.

Les illustrations de Fritz Dury m’ont d’ailleurs paru particulièrement réussies. Sobres mais sans fausse pudeur et sans voyeurisme, elles dégagent pour beaucoup une puissante sensualité. Les corps sont représentés dans toute leur beauté sans céder aux stéréotypes physiques en général délivrés par l’industrie pornographique.

En dépit d’un avertissement qui m’ a surprise « Certains des actes décrits dans ce livre sont illégaux dans certains états américains », le livre n’est pas vraiment révolutionnaire dans son contenu mais beaucoup plus sur la forme qui est vraiment attrayante. Il se dégage beaucoup de douceur, de respect et de plaisir. Il est pour moi un livre à lire à deux qui constitue une excellente base de discussion et d’expression de ses désirs.


Satisfaction, l’art de l’orgasme féminin
De Kim Catrall et Mark Levinson
Illustré par Fritz Drury
Les Presses Libres

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Il n’est pas évident de trouver des informations biographiques à propos de Servane Vergy. Les quelques bribes que j’ai pu glaner proviennent de son blog, qu’elle a créé à peu près au moment de la sortie de ce petit livre. Elle s’y décrit comme « auteur de guides pratiques et d’essais sexy ».

Elle dit avoir écrit pour la collection Marabout, est donc l’auteur de ce petit livre paru chez La Musardine, et a depuis publié aux Editions Blanche Le petit livre rose de la serial loveuse qui, si j’en crois la présentation de l’éditeur, doit ressembler pas mal à celui-ci, si ce n’est qu’il s’adresse à un public différent : les femmes qui veulent séduire un homme (ou plusieurs) et non pas celles qui veulent garder le leur. Elle se définit également comme « une féministe qui s’épile » ce qui, au vu du choix de la formule, m’inciterait à penser qu’elle n’est justement pas féministe pour un sou.

Ce petit fascicule Osez a beaucoup en commun avec les magazines féminins : rapide et plaisant à lire, plein d’humour, il a le même ton péremptoire et la même vacuité. Voilà résumé en quelques mots tout le bien que j’en pense…  Je vais essayer d’expliquer un peu pourquoi je suis aussi négative.

Je n’ai pas aimé le ton familier qu’elle emploie pour s’adresser aux lectrices. Je n’ai pas aimé les stéréotypes dont son ouvrage est bourré. Pour reprendre les propos d’Alias, qui pense à peu près autant de bien que moi de ce guide, ces stéréotypes ne sont  flatteurs ni pour les femmes ni pour les hommes.

D’ailleurs, l’auteur reconnait elle-même ne pas avoir fait dans la dentelle, puisqu’elle décrit son guide sur son blog comme

« à mi-chemin entre le manifeste antiféministe et le guide de la femme soumise par choix devant son mâle dominant (au lit seulement, hein, faut pas exagérer) »

Si son but était de faire de l’humour, je pense qu’un petit peu plus de subtilité n’aurait pas fait de mal.

En ce qui concerne le contenu, il y a quelques astuces intéressantes, notamment au niveau des techniques de masturbation, mais je n’y ai globalement pas appris grand-chose, et je suis loin de me considérer comme une experte. Les conseils un peu techniques me paraissent assez légers et manquent cruellement de figures explicatives. L’idée de base, à laquelle je souscris tout à fait, est que ça ne sert à rien de se forcer si on n’est pas tentée par une pratique et qu’on ne fera vraiment bien que ce qu’on a plaisir à faire. Elle incite donc les femmes à prendre du plaisir au sexe et, pour cela, à explorer leur propre corps pour apprendre à se donner elles-mêmes du plaisir. Jusque-là, tout va bien. Sauf que très vite elle passe à un discours du type « de toute façon, si vous ne faites pas ça, votre homme ira voir ailleurs », et là je ne la suis plus du tout.

Elle me paraît à des années lumières de l’excellent Osez la sodomie. Alors que Coralie Trinh Thi fait preuve de beaucoup de respect vis-à-vis de ses lecteurs, n’imposant rien, respectant les idées possibles de chacun, proposant toujours plusieurs voies alternatives, Servane Vergy impose sa vision de l’amante idéale, de la façon dont elle doit s’habiller, se comporter, des pratiques qu’elle se doit de maîtriser, et va jusqu’à exposer sa propre conception de la façon de réagir à une infidélité, ce que je trouve assez cavalier. Là où Coralie Trinh Thi accomplit le tour de force d’aborder une multitude de sujets très variés et, malgré le petit format du livre, de proposer pourtant des idées intéressantes parmi lesquelles même ceux qui ne souhaitent pas pratiquer la sodomie peuvent trouver des choses à glaner, celui de Servane Vergy me paraît creux et frivole : il effleure tout, n’approfondit rien, et, au final, n’apporte pas grand-chose.

A moins que vous ne cherchiez une lecture humoristique pour vous détendre une heure, je vous conseille de passer votre chemin et de choisir un autre guide, tel que le Hot sex de Tracey Cox qui, dans le même genre, se lit tout aussi facilement et a un contenu beaucoup plus riche ou Le petit guide de la sexualité épanouie  qu’Alias a beaucoup apprécié.

Osez… les secrets d’une experte du sexe pour rendre un homme fou de plaisir
Servane Vergy
Editions La Musardine
Collection Osez

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Myashita, trentenaire célibataire ordinaire, rencontre à New York, lors d’un voyage professionnel, un curieux SDF, qui lui demande : « Et toi, tu sais pourquoi Van Gogh s’est taillé une oreille? » Peu avant le retour de Myashita au Japon, le SDF, dont on apprendra plus tard qu’il s’appelle Yazaki, lui confie un numéro de téléphone, lui disant que, s’il appelle, on lui donnera de l’argent. Le numéro s’avère être celui d’une femme, Keiko, qui recherchait Yazaki et qui demande à Myashita de bien vouloir l’écouter lui raconter leur histoire, lui imposant une condition assez particulière. C’est ainsi que Myashita met le doigt dans un engrenage qui va le détruire.

Ecstasy est le premier volume d’une trilogie intitulée Monologues sur le plaisir, la lassitude et la mort. Si l’on retrouve les trois personnages centraux (Keiko, Yazaki et une autre femme nommée Reiko) d’un livre à l’autre, Ecstasy peut se lire de façon indépendante car il propose une vrai fin.

Ectasy n’est pas un livre érotique mais il me semble avoir tout à fait sa place ici du fait que le sexe y occupe un élément central. En effet, la vie de Yazaki et de Keiko tourne autour de la drogue et des pratiques SM, dont Keiko est une professionnelle. Apparemment incapables de s’aimer sans ajouter ce piment à leur relation, tous deux semblent accélérer leur fuite en avant à mesure que leur relation s’essouffle. De nombreuses pratiques, parfois assez extrêmes, sont évoquées dans le courant du récit : sex toys, privation des sens, uro, scato. Toutefois si les séances sont le sujet principal du livre, l’auteur les décrit assez peu et les scènes qui sont détaillées sont plutôt soft, mis à part  de rares passages visant, je pense, à faire impression sur le lecteur. Il préfère s’étendre sur les personnages et leur psychologie.

Et le fait est que la psychologie joue dans le roman un rôle essentiel. Je serais intéressée de savoir comment la trilogie est perçue par des adeptes du BDSM. D’après le petit peu de connaissances que j’ai glané au fil de mes lectures, je serais tentée de considérer que les pratiques auxquelles se livrent Yazaki et Keiko avec diverses femmes ne relèvent pas du BDSM, mais plutôt du sadisme, car leur but est de détruire la personnalité de leurs victimes consentantes.

Ecstasy peut être perçu comme choquant non seulement du fait du rôle central dévolu au sexe dans le roman mais aussi de celui dévolu à la drogue. Les personnages de Murakami font une consommation effrénée de toutes sortes de drogues et ils narrent longuement les meilleures façons et circonstances pour les consommer ainsi que les effets induits.

C’est donc un roman qui est franchement glauque. J’ai le sentiment qu’il l’est d’autant plus du fait du type de narration adopté. En effet, le lecteur est à la fois dans une position similaire à celle de Myashita. Comme lui, il reçoit le récit de Keiko et se trouve convié à jouer le même rôle de voyeur fasciné et dégoûté tout à la fois. Toutefois, à la différence de Myashita, le lecteur peut voir la scène avec plus de recul, et observer celui-ci sombrer peu à peu. Autre motif de tension : le lecteur ignore pourquoi Keiko fait ces confidences à Myashita, un homme tout ce qu’il y a de plus ordinaire. Il est évident que ce n’est ni gratuit ni motivé par un simple besoin d’épanchement, mais la réponse ne nous est révélée qu’à la fin du roman.

Dans ce récit si pesant, je n’ai pas réussi à trouver le réconfort de trouver l’un ou l’autre des personnages sympathiques. Keiko et Yazaki sont aussi odieux que fascinants. Quant à Myashita, j’avais une terrible envie de le secouer pour qu’il se sorte de cette situation.

De cet auteur, j’avais lu récemment Les bébés de la consigne automatique et, si le thème traité est très différent, j’ai retrouvé dans Ecstasy la même atmosphère lourde et glauque. Murakami semble avoir une vision très sombre de la société contemporaine, et ne propose comme seule issue à ses personnages que la violence. Dans Les bébés de la consigne automatique, je l’avais trouvé un peu complaisant. Dans Ecstasy, j’ai eu l’impression que la destruction, d’eux-mêmes et de ceux qui croisent leur route, à laquelle se livrent Yazaki et Keiko, est purement gratuite, et je me suis interrogée sur les motivations de l’auteur, sans trouver de réponse. Peut-être dans les deux volumes suivants? Car j’ai beaucoup aimé Ecstasy, plus encore que Les bébés de la consigne automatique, et compte bien poursuivre ma lecture de la trilogie.

 Ce roman a été lu dans le cadre du challenge Murakami organisé par Martial.

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Il y a énormément à dire sur le rôle que jouent le pied et la chaussure dans l’érotisme. Le pied, symbole phallique, est propice à prodiguer et recevoir les caresses, est sollicité au moment de l’orgasme durant lequel il se contracte et s’attire les attentions de nombreux adorateurs. Les chaussures et bottes, qui l’habillent, peuvent conférer à la personne qui les portent une démarche propice à déclencher les fantasmes, ou être objets de fantasmes en elles-mêmes. C’est de tout cela que William Rossi traite, et bien plus encore. Cependant, j’ai été déçue par la lecture de cet essai, pour de nombreuses raisons.

Déjà, la traduction ne me paraît pas formidable, et j’ai regretté de ne pas l’avoir plutôt lu en anglais. J’ai particulièrement apprécié le « chauvinisme mâle » et « Fulk Rechin d’Anjou », que, au passage, je connaissais plus comme un habile politicien que comme un « dandy et un débauché notoire » et dont j’aurais plus volontiers expliqué le surnom supposé de « cornu » par le fait que le roi de France Philippe Ier lui avait pris sa femme, Bertrade de Montfort, qu’en raison de la forme de ses chaussures. Mais bon, ce n’est pas le sujet…

Je n’ai pas pu trouver de notice biographique relative à William Rossi, mais il me semble être plutôt un spécialiste des chaussures. Il s’engage cependant dans des théories psychologiques, sociologiques et anthropologiques, citant nombre de personnes, mais sans forcément indiquer quelle est leur discipline, et sans jamais citer précisément ses sources ni sur quels ouvrages il s’appuie. L’ouvrage ne comporte ni notes, ni bibliographie. Par ailleurs, à côté de ces disciplines très sérieuses, il parle parfois de radiesthésie ou de voyance. Il cite également nombre d’anecdotes, et se base même souvent sur elles pour étayer ses propos. Or, il m’a semblé plus intéressé par le côté pittoresque de ces anecdotes que par leur véracité, comme l’exemple de Foulques Rechin que j’ai relevé plus haut le montre. Pour toutes ces raisons, tout au long de ma lecture, je n’ai pas su sur quel pied danser car, si certaines informations qu’il donne sont intéressantes, je n’avais aucun élément me permettant de juger de leur véracité. Si bien que je ne sais pas ce que je peux retenir de ce livre et ce que je peux croire dans ses propos.

Sur le contenu en lui-même, il aborde nombre de thèmes intéressants. J’aurais bien aimé qu’il développe un peu plus les différents styles de chaussures et leur histoire, puisque ça semble être sa partie, et qu’il fournisse plus de croquis pour se faire une meilleure idée. J’ai néanmoins regretté qu’il se répète régulièrement, et j’ai eu le sentiment à plusieurs reprises qu’il se contredisait, comme sur le sujet de la pudeur, parfois simple prétexte pour montrer ce qu’on prétend cacher et parfois réelle, ou sur l’apologie qu’il fait du pied nu et des effets bénéfiques sur la sexualité du contact de toute la surface du pied avec le sol que j’ai du mal à faire coller avec le panégyrique qu’il fait des pieds déformés et atrophiés.

J’ai déjà énuméré pas mal de points négatifs, mais je n’ai pas encore abordé celui qui m’a le plus gênée. Je n’ai pas du tout aimé l’esprit du livre et je l’ai trouvé affreusement sexiste. En résumant grossièrement, le pied et la chaussure sont des éléments essentiels de la séduction que les femmes exercent sur les hommes (un homme peut aussi exprimer sa sensualité au travers de ses chaussures mais le corps de l’homme, du fait de son absence de formes, n’a pas grand-chose de susceptible de déclencher une attirance érotique, donc la question est réglée !). Les femmes se doivent donc d’être aussi séduisantes que possible pour plaire aux hommes, c’est quasiment leur raison d’être. Peu importe si elles souffrent pour ce faire. Visiblement, les femmes acceptent volontiers cette souffrance, ce qui est bien normal car il est bien connu qu’elles sont masochistes et ne placent rien au-dessus de l’attraction sexuelle qu’elles exercent. Je vous assure, je suis un peu ironique mais je ne caricature même pas ! La preuve :

« Nous portons des chaussures surtout dans un but d’attraction sexuelle, conscient ou inconscient. Et nous choisissons des styles particuliers adaptés aux messages sexuels que nous voulons exprimer. »

« Les femmes ont toujours su ce qu’elles faisaient en se déformant les pieds et de leur point de vue ce que les médecins appellent maux ou défauts du pied sont des blessures de plaisir ou des cicatrices sexuelles.
Cela ne veut pas dire qu’elles cherchent délibérément les blessures et les cors au pied, mais simplement qu’elles se résignent à supporter gêne ou douleur plutôt que de porter des chaussures confortables mais sans sexe. »

« La vanité, l’ignorance, la négligence et la stupidité ne sont aucunement responsables du traitement que nous infligeons à nos pieds. Les fabricants non plus. L’érotisme inné du pied en est seul la cause. La chaussure, revêtement du pied, a toujours joué le rôle d’une baguette de magicien pour transmettre les illusions érotiques du pied.
Il ne faut pas pleurer sur nos pieds déformés. Dans les sociétés civilisées modernes le pied n’accomplit plus les tâches qu’on exigeait de lui dans les sociétés primitives. Aujourd’hui, nous faisons du pied un emploi décoratif ; nous l’embellissons et nous le sexualisons. Etant libéré des travaux pénibles, il doit être sensuel et remplir son rôle érotique naturel ; soigné et dorloté comme une maîtresse dont le seul désir est de plaire au regard de son amant. »

Dans cette optique, et puisque 80% des chaussures sont achetées dans un but sexuel conscient ou inconscient, ceux qui ne portent pas de chaussures sexy et recherchent le confortable (pour les femmes, ces chaussures confortables sont appelées « sans sexe » et pour les hommes « eunuques » – il n’y va décidément pas de main morte avec les hommes) sont ceux qui ont fait une croix sur leur libido.

Le livre ayant été écrit il y a 35 ans, je me demande ce qu’il penserait de l’usage si répandu de nos jours des baskets. Je me suis par ailleurs amusée à regarder les pieds des femmes lors de mes pérégrinations aujourd’hui, et je pense que William Rossi pourrait être assez inquiet au sujet de la sexualité des françaises. Je me demande par ailleurs ce que pourrait éprouver un homme qui, attiré par un pied joliment chaussé, découvrirait, une fois le pied sorti de son écrin qu’il est déformé ou présente des cors ?

Loin de moi l’idée de nier tout l’attrait sexuel que peut exercer un pied joliment chaussé. Il est tout aussi évident que nombre de chaussures sont achetées pour leurs qualités esthétiques et non pour leur confort. Mais j’ai eu l’impression en lisant William Rossi d’être tombée sur un fanatique, une sorte d’intégriste. J’ai par exemple eu énormément de mal avec la façon dont il fait l’apologie des pieds bandés des chinoises et de leurs incomparables qualités érotiques, niant au passage toutes les souffrances et tous les maux que ces pieds atrophiés engendraient. Et puis pourquoi une femme aurait-elle besoin de marcher, après tout ?

Ce livre était notre deuxième contribution au challenge Read me, I’m fashion d’Irrégulière.

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