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Archive for mai 2011

Happy Sex

Je pense qu’il est inutile de présenter Zep, l’auteur de Titeuf. C’est aux adultes qu’il s’adresse cette fois dans cette BD. Pour ceux qui ne l’auraient pas encore lue, Zep a rassemblé en une soixantaine de pages quasiment autant de petites histoires mettant en scène, avec des personnages chaque fois différents, des déboires qui pourraient arriver à tout à chacun, ou les petites angoisses et complexes que chacun peut avoir vis-à-vis de la sexualité.

Il dresse un panorama assez large, abordant nombre de cas de figures, des adolescents aux personnes âgées, des rencontres éphémères aux couples avec enfants, différents contextes, des relations au travail à l’amour dans la nature, et diverses pratiques. Zep appelle un chat un chat, mais ne tombe pas dans l’humour graveleux, et, dans l’ensemble, ce n’est pas mal analysé. Si quelques histoires sont un peu tirées par les cheveux, la plupart sont susceptibles de faire tilt chez le lecteur et de lui évoquer son propre vécu.

J’ai eu un peu de mal au début avec le dessin qui ne me plaît pas, mais ça n’a pas grande importance, car j’ai pu en faire très vite abstraction, et me focaliser sur le fond, qui m’a beaucoup amusée.

Pour autant, cet amusement n’est pas dénué d’une certaine pointe d’amertume, car un grand nombre des petites histoires de l’album repose sur un décalage entre les deux partenaires. Ca m’a d’autant plus frappée dans les cas où un rapport sexuel est raconté du point de vue de l’un des partenaires, dont les pensées en ce moment qui devrait être intime, sont à mille lieues de ce que pourrait imaginer l’autre personnage. Je trouve ça un peu triste, parce que c’est trop souvent vrai.

En dépit de ce sentiment sans doute généré par mon esprit tordu, j’ai pris beaucoup de plaisir à lire cette BD et j’ai énormément ri. En la relisant, alors même que j’avais son contenu encore bien en mémoire, je n’ai pas pu m’empêcher de rire à plusieurs reprises tout fort toute seule. L’histoire qui me fait le plus rire est Toys, dans laquelle un charmant bambin, qui a découvert la cachette des jouets de ses parents, demande à quoi servent ces objets étranges à sa pauvre mère bien en peine de leur trouver une utilité innocente plausible. Un cauchemar !

Zep
Happy sex
Delcourt
Réservé aux adultes

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J’ai acheté ce livre sans rien connaître de son contenu, juste parce que son titre m’amusait et m’intriguait.

J’ai eu une heureuse surprise en le recevant. En effet, l’auteur est critique de cinéma et s’est proposé de traiter de la fellation de nos jours, à travers la littérature et le cinéma. Cette perspective originale me semblait très prometteuse. Et, en effet, la lecture du premier chapitre a été pour moi assez jubilatoire, car elle m’a remis en mémoire certaines de mes lectures et m’a donné envie de voir ou de revoir pas mal de films. Puis, malheureusement, mon enthousiasme est retombé.

Dès la première page, il règle en quelques lignes son affaire au rapport Kinsey et à son retentissement, arguant que les sondages ne sont ni pertinents ni fiables en matière de sexualité. Lui, donc, s’intéresse au cinéma, à la littérature, à la presse, qui sont des miroirs de notre époque et, inversement, influencent la société. Que tire-t-il de ses sources ? La problématique suivante :

« Or, ce que tout un chacun peut constater, ici, maintenant, c’est la contradiction entre une sorte de démocratisation (ou de banalisation) de la fellation et les réticences qu’elle continue de soulever, voire la courante médiocrité de son exécution. »

Il va donc s’intéresser au pourquoi de ces réticences et de cette médiocrité en s’appuyant sur un sondage (tiens donc !) qu’il a trouvé dans l’Histoire raisonnée de la fellation de Thierry Leguay (qui figure dans ma PAL, mais c’est un hasard). Ce sondage réalisé aux Etats-Unis portait sur les 10 pratiques préférées des hommes et des femmes. La fellation arrivait en tête pour les hommes, en dernier pour les femmes. Notre auteur théorise donc sur le pourquoi de cette popularité auprès des uns et de cette impopularité auprès des autres et, pour améliorer la qualité des prestations féminines, propose quelques règles de bonne pratique.

Le problème, c’est que ses références littéraires et cinématographiques sont plus des illustrations de ses propos parsemées ça et là qu’un appui, une source réels. J’ai le sentiment désagréable que tout ce qu’il énonce n’est que sa vision des choses et le fruit de son expérience. Ce qui n’est pas problématique en soi. Mais là, ça fait vraiment discussion du Café du Commerce. Et je lui trouve une vision de la sexualité assez étriquée.

Déjà, la fellation n’est envisagée que d’une femme à un homme. La fellation pratiquée entre hommes n’est que rapidement évoquée, comme un possible fantasme d’homme hétérosexuel. Il y a un chapitre sur la circoncision qui ne se fait que l’écho de préjugés dénués de fondement. Plus gênant, il rappelle les recommandations concernant l’utilisation du préservatif pour éviter certaines maladies désagréables, mais les traite avec ironie et déclare qu’une fellation perd tout intérêt à ses yeux si elle est faite avec un préservatif. Je suis loin d’être une amatrice de plastique mais je trouve ce genre de discours assez dangereux.

Je ne résiste pas au plaisir de dire deux mots des motivations supposées des femmes pour faire une fellation. Il décompose les fellations en deux types : la fellation stratagème, visant à éviter la pénétration vaginale, et la fellation utilitaire, visant au contraire à provoquer celle-ci. Un troisième type : la fellation plaisir n’est évoqué que beaucoup plus loin et juste en passant, à croire que cela relève de l’exception !

Pour avoir des conseils techniques, mieux vaut, à mon avis, opter pour un manuel du type Osez la fellation. Gérard Lenne ne s’intéresse qu’aux « faut-il ? » et « doit-on ?». J’avais l’impression de lire un manuel de savoir-vivre. A le lire, on dirait que la fellation est régie par des règles immuables et que tous les hommes ont les mêmes goûts en la matière. Ca ne m’étonne pas qu’il se plaigne de la médiocrité des prestations avec de tels principes… 

Malgré des passages intéressants et quelques agréables moments de lecture, je suis donc globalement déçue de ce livre dont j’attendais beaucoup mieux.

De la fellation : comme idéal dans le rapport amoureux
Gérard Lenne
Editions La Musardine
Collection L’attrape-corps

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Martial a lancé, l’hiver dernier, un challenge Murakami, auquel je me suis inscrite sur l’autre blog. Ce challenge, qui a pour but de nous inciter à découvrir ces deux romanciers japonais homonymes, Ryû et Haruki Murakami, prendra fin le 31 décembre 2012. L’objectif est de lire un maximum d’oeuvres de ces deux auteurs.

Martial nous propose également un petit concours : celui ou celle qui aura lu le plus de livres d’ici le 31 août gagnera un exemplaire d’1Q84, un roman d’Haruki Murakami qui fera l’objet d’une lecture commune à l’automne.

Quel rapport avec ce blog, me direz-vous? C’est très simple. Ryû Murakami est, entre autres, l’auteur d’une trilogie (Ecstasy, Melancholia et Thanatos) qui me paraît plus relever du champ de compétences de la Lubriothèque que de celui de Et puis…

 

Je vous en laisse en juger par vous-mêmes d’après le quatrième de couverture d’Ecstasy que voici :

Et toi, tu sais pourquoi Van Gogh s’est taillé une oreille ? C’est par cette énigme que Miyashita, le je fragile de l’histoire, va se laisser entraîner dans un autre jeu – qui lui sera fatal – de relations sadomasochistes. Aspiré malgré lui, comme dans un jeu vidéo, par la recherche vertigineuse du plaisir, il ira en un crescendo terrifiant jusqu’au point de non-retour.

 

 

Martial nous a également décerné un prix récompensant la créativité avec un logo joliment coloré et je le remercie d’avoir pensé à nous.

Les règles de ce tag sont les suivantes : remercier la blogueuse (le blogueur) qui vous a décerné le prix, désigner 7 autres blogueuses (blogueurs) en mettant leur lien (ne pas oublier de les prévenir) et surtout mettre le logo !!!

Comme ce tag a déjà pas mal circulé, et en particulier sur les blogs que je lis le plus régulièrement, je laisse qui voudra le reprendre.

Je sais, je suis une flemmarde et je m’en sors avec une pirouette! :-P

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Cleo, journaliste, ne parvient pas à atteindre l’orgasme avec son ami, Ben. Autre problème : Ben doit partir en déplacement professionnel à l’étranger pour 6 mois. Pour Mia, la meilleure amie de Cleo, parvenir à l’orgasme est une question d’entraînement. Cleo ne peut pas espérer y parvenir avec Ben si elle n’y arrive pas toute seule. Cleo décide donc de mettre à profit le temps de l’absence de Ben pour partir à la redécouverte de son corps.

Je ne m’ennuie jamais toute seule s’apparente beaucoup à un roman de chick lit. Il est léger, amusant, se lit vite, mais n’est pas vraiment excitant.

Au début, il m’a intéressée. En effet, cette femme qui court après l’orgasme pourrait être n’importe laquelle d’entre nous et les conseils de Cleo, qu’elle met en application, sont judicieux. Mais c’est dans la deuxième partie que j’ai décroché. En effet, Cleo y sombre dans une addiction à un vibromasseur qui m’a parue dérangeante dans la mesure où elle repose sur un cliché qui est faux (enfin, il me semble :-) ). Mais, plus encore, ce qui m’a gênée c’est simplement de voir l’héroïne risquer de mettre sa vie en l’air à cause d’une addiction. Peut-être que ce qui a contribué à me déranger, c’est que ce n’est pas un thème que je m’attendais à voir aborder de cette façon dans un roman léger.

J’ai passé un moment de lecture agréable avec ce roman mais, malgré tout, je le classerais dans la catégorie des « vite consommés, vite oubliés ».

Il est à noter que le titre de ce roman est inspiré d’une citation que j’aime bien tirée du Manuel de civilité pour les petites filles  à l’usage des maisons d’éducation de Pierre Louÿs, dont je vous parlerai prochainement.

Je ne m’ennuie jamais toute seule
Lucie Lux
Editions Blanche
et, en poche, chez
J’ai lu

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Sexualités humaines se présente, selon ce qui est indiqué sur la couverture, comme la « revue de sexologie des professionnels de santé ». Sa lecture est toutefois accessible et très profitable aux particuliers, du fait de la richesse de son contenu et de la variété des perspectives selon lesquelles les thèmes y sont abordés.

Cette revue est disponible chez les marchands de journaux, plutôt dans les rayons santé et psychologie, ou éventuellement parmi les magazines féminins. Pour ma part, j’ai déniché le numéro 6 par hasard, un jour que je farfouillais dans les magazines de cuisine, et je suis depuis devenue une fidèle lectrice.

C’est un magazine trimestriel, dont chaque numéro propose un thème central. Pour les 4 numéros en ma possession, les dossiers ont traité des thèmes suivants :
– Pourquoi la sexualité masculine est-elle si fragile?
– Dépasser les complexités du couple?
– Sexualité et gourmandise
-Questions sur l’éjaculation de l’homme et de la femme

Les dossiers sont composés de plusieurs longs articles, rédigés par des auteurs différents, de profils différents, et qui l’abordent donc selon des aspects différents. Les perspectives les plus fréquentes cependant sont celles de la psychologie, des théories freudiennes et de la philosophie. Il existe néanmoins quelques articles qui proposent une approche plus biologique, tel celui, dans le dernier numéro, qui fait un point utile sur les connaissances – ou l’absence de connaissances – à propos de l’éjaculation féminine, du point G et de la prostate féminine, sujets sur lesquels on peut entendre ou lire tout et n’importe quoi.

Outre ces dossiers trimestriels, la revue propose des articles isolés sur des sujets variés. On y trouve des discussions pratiques de cas cliniques, ainsi que des thèmes qui concernent les professionnels dans leurs pratiques mais qui peuvent aussi intéresser les particuliers en temps que sujets de société, tels que handicap et sexualité, ou bien la vie affective des femmes en situation de précarité. Certains thèmes abordés, même s’ils sont plutôt traités d’un point de vue psychologique, flirtent avec la sociologie. On peut citer par exemple le compte-rendu d’une étude de l’image du corps chez la femme voilée, ou un article sur les femmes au travail. Au nombre des auteurs des articles figure également la conseillère principale d’éducation d’un établissement francilien, qui traite du thème délicat de la sexualité des jeunes de banlieues et aborde dans le dernier numéro le sujet des tournantes.

Chaque numéro s’achève sur plusieurs articles traitant d’oeuvres musicales, et en particulier d’opéras, de films, et de thèmes historiques, ces articles présentant un lien plus ou moins lâche avec le sujet traité dans le dossier du trimestre.

C’est donc une revue qui offre à ses lecteurs un contenu très dense et très riche. Je m »étonne d’ailleurs qu’un magazine d’une telle qualité et d’une telle tenue laisse passer autant de fautes dans les articles. Mais c’est la seule critique que je vois à émettre!

En effet, pour quelqu’un qui est un peu curieux intellectuellement, cette revue est une véritable mine. J’apprends énormément de choses dans chaque numéro, et pas seulement sur des questions liées à la sexualité, puisque nombre d’articles touchent à la culture ou aux préoccupations de la société contemporaine. Par ailleurs, cet apprentissage est possible grâce à la façon très pédagogique dont sont rédigés ces articles. Je n’y connais rien en matière de psychologie et n’ai jamais compris quoi que ce soit en philosophie, n’ayant acquis des cours suivis au lycée qu’un blocage relatif à tout ce qui touche à cette discipline. En lisant ce magazine, cependant, j’ai l’impression de comprendre ce que les auteurs disent, sans plus d’effort qu’un peu de concentration, et ça me ravit.

Cependant, la lecture de cette revue ne permet pas seulement au lecteur de développer sa culture. Elle permet aussi de se poser des questions et de réfléchir aux gestes quotidiens en les abordant d’un point de vue différent et inhabituel. Ainsi, l’article que propose le dernier numéro sur la symbolique du sperme, par son approche que je trouve assez poétique, peut, à défaut de convaincre totalement, inciter néanmoins à la réflexion et à se poser des questions qu’on n’aurait pas imaginées sinon.

On y trouve également des informations beaucoup plus concrètes et pratiques. La lecture de ce magazine ne remplacera certes pas une consultation chez un sexologue pour qui a des problèmes de couple, mais elle peut donner des pistes, indiquer comment prévenir les problèmes, comment les aborder, fournir des clés pour communiquer. Je dirais qu’il aide à avoir une approche constructive de la sexualité dans le couple et, face à un problème, à savoir quelle attitude adopter et quelles pistes creuser.

Je me rappelle notamment d’un article paru dans le n°6, de l’été dernier, que j’avais trouvé particulièrement intéressant, et qui me semble assez bien résumer l’esprit de la revue. Cet article portait sur le thème classique de la construction de la sexualité de l’homme autour des clichés de la mère/vierge et de la putain. Une bonne partie de l’article était très théorique, mais néanmoins passionnante, et s’appuyait notamment sur Freud et Jung pour expliquer la construction de ces schémas dans l’esprit masculin, mais la fin était très concrète et incitait à la communication et au recours au sein du couple de jeux de rôles mettant en scène les fantasmes de l’un et de l’autre partenaire afin d’évacuer les schémas préconçus et les mettre à distance.

La revue présente encore un dernier atout non négligeable : on trouve, à la fin de chaque article, une bibliographie, parfois très fournie. Chaque numéro m’inspire donc de nouvelles idées de lectures, et ce, d’autant plus que les derniers proposent une page consacrée aux dernières publications d’essais et de guides pratiques.

Tous les numéros de la revue sont disponibles à l’achat sur ce site .

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Parmi les derniers achats que j’ai effectués, et que je vous ai présentés il y a quelques semaines, il y avait deux livres achetés dans l’optique du challenge d’Irrégulière. Je me demandais alors si l’un des deux, Le Traité des mouches secrètes, aurait sa place ici. Après lecture, j’ai jugé que non et ai finalement posté le billet de lecture chez moi. Mais j’ai été tellement emballée que j’avais envie de dire ici aussi quelques mots sur son auteur, Patrick Wald Lasowski, universitaire spécialisé dans la littérature des 18e et 19e siècles, et notamment dans la littérature libertine. Les titres de ses ouvrages me tentaient déjà beaucoup mais, après ce premier contact avec son oeuvre, j’ai désormais hâte de lire tout le reste. Vous risquez donc d’entendre parler de lui régulièrement dans le futur (par « dans le futur », entendre : « quand ma PAL de lectures douteuses sera revenue à une hauteur moins déraisonnable et moins déprimante »). Un petit aperçu en images de sa bibliographie :

 

 

 

 

Comme je le disais à Alias il y a quelques temps, la littérature libertine est l’un des (nombreux!) thèmes que j’aurais envie d’aborder sur ce blog. J’ai notamment le projet de rapatrier chez moi cette anthologie que j’ai lue dans ma jeunesse :

Plutôt que de faire un seul article sur ce gros livre, il me semble plus intéressant d’en faire un par récit, et de poster de temps à autre un billet présentant une oeuvre, son auteur et son contexte.

 

Dans un futur beaucoup plus immédiat, afin d’honorer le challenge, puisque je ne parlerai pas du Traité des mouches secrètes ici, je vais m’attaquer ce week-end à l’Erotisme du pied et de la chaussure. Pour le moment, je me suis contentée d’un coup d’oeil au sommaire, qui m’a l’air bien alléchant! Mon billet devrait arriver dans la semaine.

 

Auparavant, je vous parlerai d’un magazine que j’ai déniché par hasard l’année dernière et que j’achète depuis régulièrement, car il est très intéressant et de grande qualité. En vue de rédiger ce billet, j’ai relu les 4 numéros que j’ai en ma possession, et comme leur contenu est très riche et dense, ça prend un peu de temps. Pour en savoir plus, il faudra repasser ici en début de semaine!

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Pierre Fournier vient d’être quitté par sa femme, qui l’avait abondamment trompé avec tous ses amis, dont Hugo, le patron de l’écurie du roman La jument. Le mari délaissé se console donc avec sa bonne, une jeune femme qui se prête de plus ou moins bonne grâce à ses exigences les plus diverses, moyennant une généreuse rétribution.

Après avoir, des années durant, croisé le nom d’Esparbec sur les étalages de mon libraire préféré, c’est avec ce roman que je me suis enfin décidée à assouvir ma curiosité.

Avant de vous dire ce que j’en ai pensé, je vais me permettre une de ces digressions dont j’ai parfois la fâcheuse habitude. A peu près la moitié des billets que j’ai postés ici jusqu’à présent ont été écrits à l’origine pour un forum que j’ai fréquenté assidûment durant une longue période de temps (il m’en reste encore 5 ou 6 à poster, après quoi mon rythme de publication devrait se trouver quelque peu ralenti). Pour quelques-uns d’entre eux, je me suis contentée d’un simple copier-coller, en ne changeant quasiment aucun mot. Mais la majeure partie a subi des modifications, s’échelonnant du simple toilettage au remaniement en profondeur. Je constate en effet que les lectures que j’ai pu faire depuis modifient rétrospectivement mon opinion à propos de ce que j’ai lu avant. Par ailleurs, certains ouvrages gagnent à être relus et d’autres y perdent. J’ai donc été, pour certains ouvrages, moins tendre que je n’avais eu envie de l’être au moment de leur première lecture, et plus indulgente pour d’autres.

Si je vous raconte tout ça aujourd’hui, c’est bien évidemment parce que Monsieur est servi est concerné. La chronique que j’avais rédigée, il y a maintenant 1 an 1/2, sans être franchement négative, était tout de même assez tiède. Si je maintiens toutes les réserves que j’avais pu émettre à l’époque à son sujet, le fait que je n’ai pas lu depuis de romans ou de nouvelles qui soient réellement parvenus à m’enthousiasmer ou à m’inspirer m’incite à nuancer mes propos. Voici donc ce que j’ai envie de dire à propos de ce roman aujourd’hui.

Au risque d’enfoncer des portes ouvertes, je commencerai par rappeler qu’Esparbec revendique l’étiquette de pornographe. Et le fait est que c’est cru, pornographique, assez hard par moments, et que ça ne s’adresse pas à tout le monde. Ceci étant posé, même si ses romans ont visiblement pour principale destination d’être propices à la lecture d’une seule main, Esparbec écrit bien et manie la plume avec une aisance indéniable. Ce que je lui reprocherais, c’est que l’intrigue est maigre et l’ensemble sans grande originalité. Mais j’ai été agréablement surprise du soin qu’il met à créer une dimension psychologique à ses personnages, ce qui l’amène parfois à narrer des épisodes presque romantiques.

En revanche, j’ai été un peu déçue par les scènes de sexe, bien décrites mais, je me répète, pas excessivement originales et, somme toute, assez répétitives. Je me suis d’ailleurs demandé si l’auteur ne s’en était pas rendu compte lui-même, et n’avait pas essayé d’y remédier, car il propose parfois des changements de perspective, soit en introduisant un intermède pour raconter des épisodes de l’initiation à la débauche de l’ex-femme, soit en changeant de narrateur le temps d’un chapitre. A mon humble avis, le roman aurait gagné en efficacité à être plus court.

De ce fait, j’avais bien accroché avec le début qui me plaisait bien mais, au fur et à mesure que j’ai progressé dans le livre, je me suis mis à avoir la sensation de tourner en rond, et mon intérêt a diminué. J’ai fini par avaler la dernière centaine de pages d’un coup, plus ou moins  pour en être débarrassée.

Néanmoins, en dépit de ces réserves relatives aux longueurs, non seulement ce roman remplit globalement bien son office, mais ça a été une bonne surprise pour moi d’un point de vue littéraire, car je m’attendais à ce que la forme soit négligée au profit du fond. Je le recommanderais donc pour une bonne lecture de détente. Pour ma part, j’ai lu depuis un autre de ses romans et je n’exclus pas d’en lire d’autres dans le futur.

Monsieur est servi
Esparbec
La Musardine

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Premières fois est un recueil de dix courtes histoires d’une dizaine de pages chacune, dix récits de premières fois. Tous écrits par Sybilline, ils sont illustrés par dix dessinateurs, aux styles très variés. En voici la liste :

Première fois – Alfred
Sex shop – Capucine
Fantasme – Jérôme d’Aviau
1 + 1 – Virginie Augustin
2 + 1 – Vince
Nulle – Rica
Club – Olivier Vatine
Soumission – Cyril Pedrosa
Sodomie – Dominique Bertail
X-rated – Dave McKean

Ces artistes, qui s’illustrent dans des domaines variés (tranches de vie, science fiction…), n’avaient pas encore eu l’occasion de s’aventurer dans le domaine de l’érotisme. C’est donc une première fois pour eux aussi, de même que pour la scénariste. J’ai envie de dire que ça se sent à la lecture de la BD, mais peut-être ai-je eu cette impression parce que je le savais.

Curieusement, aucun des différents styles de dessin ne me me plaît vraiment, chacun a quelque chose qui me dérange, qui m’empêche d’accrocher, mais malgré tout, j’ai bien aimé l’ensemble. A mes yeux, c’est une BD qui se prête plus à une lecture attentive qu’à une lecture à une main. En effet, j’ai pris plaisir à la relire plusieurs fois et à examiner les techniques de chaque auteur, comment ils rendaient les mouvements, comment le style pouvait changer radicalement en fonction des situations et de ce qu’ils voulaient exprimer. L’histoire la plus caractéristique à ce point de vue est pour moi la dernière, X Rated, dont le style est à la fois celui qui m’a le moins plu et le plus intéressée, de par son originalité et sa puissance. Son auteur, Dave Mc Kean (que je ne connaissais absolument pas), aime en effet mélanger dans ses oeuvres peinture, collages, infographie… et le résultat est assez détonnant.

Les scénarii sont simples, sans grande originalité, mais sont malgré tout frais et, pour certains, émouvants. J’étais restée un peu sur ma faim lors de ma première lecture, mais je les ai mieux appréciés en me replongeant dans la BD récemment. Leur banalité m’a justement poussée à me sentir plus impliquée.

Ce que j’ai le plus apprécié dans cette BD, c’est le message que j’en ai retiré, que je trouve très positif. On peut voir le sexe comme quelque chose de très répétitif, qui se résume à 2-3 préliminaires et 2-3 positions dont on a vite fait le tour. On peut aussi en avoir une vision radicalement différente.

Au-delà de la vraie première fois, il reste encore un tas d’autres premières fois, plein de découvertes possibles et toute une palette de pratiques très variées à expérimenter. Ce que je retiens de Premières fois, c’est l’épanouissement des personnages, dans Fantasme ou Soumission par exemple, et l’importance du partage et la satisfaction retirée du plaisir donné à autrui. Je pense notamment à Sodomie, que j’ai trouvé très romantique, ou à 2 + 1, dont la fin est très belle. Il n’y a pas une unique sexualité stéréotypée mais une multitude de sexualités possibles. A chacun d’essayer afin de trouver la ou les formules qui lui conviennent le mieux.

Pour conclure, je voudrais citer une phrase extraite de la postface rédigée par Sybilline et qui, je trouve, résume bien l’esprit du recueil :

« J’avais envie de raconter des histoires qui rappellent que le cul c’est beau, et de dire que les excès de certains sont pour d’autres une normalité tendre. »

Premières fois
Sybilline
Editions Delcourt
Collection Mirages

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Contes pervers est le premier ouvrage érotique de Régine Deforges. Publié en 1980, soit un an avant la sortie du premier tome de La bicyclette bleue, il a été adapté en film la même année par son auteur. Quatre des neuf histoires qui le composent ont également été adaptées en bande dessinée. L’album, illustré par Gérard Leclaire, a été publié en 1985.

 J’ai acheté ce recueil de nouvelles après avoir lu une critique élogieuse à son sujet. J’étais cependant assez sceptique, car la seule expérience de Régine Deforges que j’avais eue jusque-là se limitait au premier tome de La bicyclette bleue, qui m’est tombé des mains et qui est l’un des rares livres que je n’ai pas eu le courage de terminer. Ce livre est donc dans l’ensemble pour moi relativement une bonne surprise.

J’ai été, en effet, favorablement impressionnée par la qualité littéraire du recueil. J’ai apprécié le soin apporté tant à l’écriture, belle et élégante, qu’à la construction de chacune des neuf petites histoires d’une vingtaine de pages qui constituent le recueil. En effet, je m’attendais à ce que des nouvelles aussi courtes soient simplement des esquisses, alors que, dans chacune d’elle, c’est tout un univers que le lecteur découvre, dans un pays et une ambiance chaque fois différents.

Certaines nouvelles sont très nettes et d’une grande précision, d’autres sont beaucoup plus floues. Le lecteur partage alors la confusion vécue par les personnages : parfois, on ne sait pas trop si les événements décrits sont un rêve ou une réalité et, à d’autres moments, on a du mal à suivre ce qui se passe quand le personnage semble brièvement perdre pied avec la réalité. Cependant, dans chacune d’entre elles, les lieux, les circonstances, la personnalité et le vécu des personnages sont minutieusement construits. Si bien que, dans certains contes, l’aspect érotique paraîtrait presque accessoire et n’occupe que peu de place.

De façon générale, les scènes érotiques sont beaucoup plus suggérées que décrites. L’auteur en rapporte brièvement les préliminaires ou brosse la scène à grands traits en peu de mots, quand elle ne reste pas totalement muette. Enfin… ce n’est pas tout à fait exact, car elle se fait plus explicite dans les histoires où je me serais justement volontiers passée des détails, mais j’y reviendrai un peu plus loin. Cette façon de faire m’a un peu fait penser à ces livrets de scenarii de jeux de rôle pour couples, qui plantent le décor, posent les personnages et leur personnalité, donnent la trame dans ses grandes lignes et laissent les lecteurs improviser à partir de ces éléments. Certaines des nouvelles m’ont donné l’impression que Régine Deforges plante le décor du théâtre, raconte certaines scènes de la pièce, et laisse le soin à l’imagination du lecteur de jouer le reste. Ca, c’est quelque chose que j’ai bien aimé.

Pour ce qui est du fond, les fantasmes mis en scène sont classiques mais souvent présentés de façon originale. Ainsi, Le placard aux balais a pour thème un jeu de séduction qui dérape entre un jeune élève (trop jeune!) et son professeur. Mais, plutôt que de raconter ce qui se passe entre l’adolescent et le professeur, ce sont les souvenirs d’enfance que de petits détails font revenir à la mémoire de la jeune femme qu’elle choisit de développer.

En dépit de ces qualités littéraires que je viens d’exposer, je n’ai pas réussi à rentrer dans les histoires. J’ai trouvé que c’était joli, bien fait, mais je ne me suis pas, sauf rares exceptions, sentie concernée ni intéressée. Evidemment, c’est éminemment subjectif et question de sensibilité, et d’autres personnes seront d’un avis totalement différent du mien.

Néanmoins, pour avoir été glaner ça et là sur le net ce que je pouvais trouver comme avis à propos de ce livre, j’ai constaté que la plupart des lecteurs qui l’ont chroniqué partageaient mon sentiment sur un point : si certaines histoires sont mignonnes et amusantes, et d’un ton léger, d’autres, plus dures, ont un contenu assez malsain et dérangeant. Je l’ai dit plus haut, les fantasmes qui servent de base aux histoires sont dans l’ensemble très classiques : viol, prostitution, personnages au sexe ambigu… Cependant, la façon dont elle les met en scène tend, je trouve, à les vider de leur contenu fantasmatique, si bien que j’ai éprouvé une sensation de malaise à la lecture de certains passages. L’histoire la plus dure est incontestablement Les amants de la Forêt Noire, très violente et vraiment horrible. Elle détonne par rapport au reste du recueil car, si elle est perverse, je n’y ai pas vu trace d’érotisme. J’aurais bien aimé savoir ce qui avait motivé l’écriture et les choix de nouvelles de l’auteur, car je reste assez perplexe.

L’un des commentaires que j’ai pu lire sur Amazon émanait d’une personne qui disait avoir lu tous les ouvrages de Régine Deforges et n’avoir éprouvé de sentiment de malaise qu’avec celui-ci. Peut-être devrais-je en essayer un autre pour pouvoir me faire une meilleure idée de son oeuvre érotique? Ou peut-être Alias aura-t-elle envie de tenter l’expérience, afin d’apporter un deuxième point de vue? :-P

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Gakuen heaven

Le lycée Liberty Bell est un endroit à part. Situé sur une île artificielle seulement accessible par un pont, cet établissement pour garçons est totalement gratuit et financé par un groupe de sociétés qui garantit aux élèves un emploi à leur sortie du lycée. Bien que tous les élèves aient pour caractéristique commune d’avoir un don particulier dans une matière sportive, artistique ou intellectuelle, le seul moyen d’y être admis est de recevoir le « platinum paper », lettre d’invitation à s’inscrire émise par le lycée.

C’est cette lettre que reçoit un beau jour à sa grande stupéfaction le jeune Keita Ito, qui n’est doué d’aucun talent particulier, si ce n’est celui d’avoir une chance insolente. Cependant sa grande gentillesse va lui permettre de gagner rapidement le cœur des autres élèves. Si bien que, lorsque le conseil d’administration du lycée, s’étant rendu compte de son erreur, veut renvoyer Keita, les élèves s’ingénient à trouver le moyen de le faire rester.

Chacun des volumes a pour thème la relation amoureuse entre Keita et l’un des élèves (bah oui, c’est encore un yaoi). Volage, ce garçon ? Eh non ! Les histoires ne se succèdent pas dans l’ordre chronologique mais présentent différentes versions possibles des événements. En quelque sorte, elles pourraient se situer dans des univers parallèles.

Cette structure particulière est due au fait que, à la base, Gakuen Heaven est un jeu de drague (ou dating sim – sorte de manga interactif dans lequel le joueur incarne un personnage qui doit développer avec d’autres personnages des relations romantiques ou plus) sorti au Japon sur PC en 2002, puis sur PS2 l’année suivante. Le succès remporté par le jeu lui a valu d’être adapté en série animée et, donc, en manga, par You Higuri. Célèbre mangaka qui a d’ordinaire une prédilection pour les séries historiques, elle est connue en France notamment pour Ludwig II (adaptation libre de la vie de Louis II de Bavière) ou Cantarella (inspiré de l’histoire de César Borgia).

Dans le jeu, Keita a le choix entre une dizaine de partenaires potentiels. Il aide chacun d’entre eux à surmonter son problème et sa personnalité s’adapte un peu en fonction du partenaire. Comme on retrouve la plupart des personnages du jeu dans le manga, celui-ci foisonne de personnages secondaires pas forcément indispensables et au milieu desquels on se perd, mais qui occuperont peut-être tour à tour des places centrales dans des volumes encore à paraître ? De même, les personnalités des personnages sont assez peu développées, ce qui fait que les histoires sont relativement télescopées. Et, de toute façon, le scénario n’est pas crédible une seconde.

L’intérêt de l’histoire est donc franchement très moyen. Malgré tout…ça se lit… enfin, un peu, du moins. Pas toute la série, quand même! C’est gentillet, amusant mais surtout… les personnages sont plus beaux les uns que les autres, tous dans des genres différents. Bah quoi ? Z’avez jamais craqué sur Nicky Larson ?

Parmi les 4 tomes que j’ai lus, c’est le tome 2 qui a ma préférence. Le personnage central y est le vice-président du conseil des élèves, Hidéaki Nakajima, sérieux, glacial, mais un chouille pervers. C’est d’ailleurs dans ce tome (qui, de façon amusante, est le seul qui ne soit pas indiqué comme interdit aux moins de 16 ans dans mon édition), qu’on trouve les scènes les plus chaudes…enfin les plus explicites, quoi.

Le quatrième tome m’a paru encore moins indispensable que les précédents. La mangaka, dans son petit mot de la fin, dit elle-même que ce qu’on lui a commandé cette fois, c’est une histoire guimauve, et la guimauve ne me passionne pas. Je vais donc, pour ma part, en rester là de la série.

Gakuen Heaven
You Higuri
Tonkam
Collection Boy’s love
4 volumes parus (série en cours)

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