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Archive for avril 2011

Francis, le narrateur, écrivain dont le succès est déjà derrière lui a perdu sa femme et ses enfants dans un accident d’avion. Il essaye tant bien que mal à vivre de ses différents petits trafics, à rendre service à sa maison d’édition en servant de « chaperon » à leur dernier auteur à succès Patrick qui excelle notamment dans l’écriture des scènes érotiques. Le deuil est difficile à surmonter, il parle en pensée à sa femme. Après une longue période d’abstinence, il va s’autoriser à avoir une vie sexuelle « sans amour » avec la femme de Patrick. Ce sera du sexe pur et dur sans tendresse qui lui pourrait lui servir d’inspiration.

Les thèmes abordés par ce roman de Philippe Djian me paraissaient intéressants : la difficulté de survivre à l’être aimé, l’interdiction d’aimer à nouveau, le tarissement de la source de la créativité, les rapports entre écrivains et éditeurs….

La multiplicité des thèmes abordés et le tout en quelques centaines de pages rend finalement leur traitement assez superficiel et je le regrette vraiment car au final la lecture de ce livre ne m’a pas embarquée. Le jeu de miroir entre Djian et l’écrivain narrateur donne une certaine dimension à ce roman.

L’écriture de Djian est simple, brute sans détours. Elle se lit très facilement mais je n’y suis pas particulièrement sensible. La galerie des portraits des personnages est sans concession mais remplie de tendresse. De nombreux passages frôlent le loufoque mais ne m’ont que trop rarement arraché un sourire car ils manquent de finesse.

Ce livre est l’occasion pour Djian de rendre hommage aux écrivains américains qu’il admire et mentionne explicitement.

Les scènes très pornographiques sont présentes sporadiquement mais pour moi pas forcément efficaces. Elles ne sont pas là pour ça d’ailleurs. Elles sont souvent décousues et parfois très incohérentes. Mais là encore, Philippe Djian reste en surface et m’a laissé sur ma faim. Il évoque dans une scène notamment que Francis est adepte le shibari sans aller beaucoup plus loin.
Francis baise comme il boit un verre d’alcool ou fume une cigarette. Le sexe est un exutoire, il devient une addiction. Le sexe semble presque sans désir, juste une habitude dans laquelle il s’abîme et va plus loin… Le seul véritable amour est réservé à celle qui n’est plus, les autres ont tout juste le droit à une petite portion de tendresse et encore.

J’ai tendance à noircir le tableau mais ce livre avait beaucoup d’ingrédients pour me plaire mais au final leur mise en œuvre m’a insuffisamment touchée. J’ai une fâcheuse tendance à être très amère et intransigeante dans la déception. Vers chez les blancs reste pour moi un roman de bonne facture que j’aurai aimé voir encore plus abouti.

Vers chez les blancs
Philippe Djian
Folio

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L’histoire des Malheurs de Janice est assez étonnante. Selon le récit fait par son auteur, le projet aurait pour origine une commande passée par un italien. Celui-ci, qui appréciait les publications d’Erich von Götha dans la revue érotique anglaise Torrid, lui écrivit afin de demander à l’artiste d’illustrer un scénario qu’il comptait écrire et publier. L’entreprise s’étendit sur un certain laps de temps, les pages de scénario et le règlement correspondant arrivant au gré des possibilités du commanditaire. Ce dernier, ayant connu de sérieux problèmes financiers au début des années 80s, abandonna l’idée de publier la bande dessinée issue de cette collaboration, et laissa Erich von Götha libre de trouver un éditeur, et de garder pour lui les droits d’auteur. Erich von Götha n’entendit plus jamais parler de lui, et ne parvint pas à le retrouver, en dépit de ses recherches.

L’histoire aurait pu s’arrêter là. Mais l’intervention d’un éditeur français qui s’intéressait au travail du britannique permit à Janice de sortir des cartons. C’est ainsi que la première partie des Malheurs de Janice fut publiée en 1987. Erich von Götha écrivit la seconde partie seul. Comme il traînait un peu pour s’atteler à l’écriture de la troisième partie, s’étant lancé entre temps dans l’écriture de Prison très spéciale, son éditeur lui adjoignit Bernard Joubert comme scénariste. Les troisième et quatrième parties sont donc le fruit de la collaboration des deux hommes.

L’ensemble des quatre parties a fait l’objet d’une nouvelle édition, avec une nouvelle traduction, l’année dernière. Cette intégrale est divisée en deux albums, regroupant l’un les deux premières parties, et l’autre les deux dernières. C’est donc le premier de ces deux albums que j’ai.

Janice est une jeune femme anglaise vivant au 18ème siècle, qui a été condamnée à la prison à perpétuité pour avoir avorté. Elle est choisie pour être confiée au vicomte Vauxhall qui a obtenu du ministère de la Justice l’autorisation d’ « expérimenter la réhabilitation de criminelles ». Sous couvert de réhabilitation, Vauxhall se procure en fait des esclaves sexuelles qu’il soumet à ses désirs et ceux de ses ami(e)s. Voilà grosso modo le résumé de la première partie. Je me bornerai à dire que la deuxième (et apparemment les deux suivantes) sont remplies de péripéties abracadabrantes et que la pauvre Janice est loin d’être au bout de ses peines! Se rendant à Venise, elle rencontrera même Sade, dont les romans semblent avoir inspiré les mésaventures de Janice.

 Si Janice ressemble à s’y méprendre à Twenty, le style de dessin m’a néanmoins paru assez différent entre les deux BDs, à l’avantage des Malheurs de Janice. Cela tient d’une part au fait qu’il y a très peu de couleurs, ce qu’Erich von Götha explique ainsi :

« J’ai dessiné ce Janice pour le noir et blanc, mais en utilisant des gris qui n’avaient pas le noir pour base. Quand M. Roc qui présenta l’histoire aux éditions CAP a vu mes planches, il a immédiatement décidé qu’elles devaient être réimprimées en couleurs. Pour l’album suivant [donc Janice 2], j’ai ajouté une teinte supplémentaire afin que les peaux soient plus sensuelles et mettent en évidence la brillance de la sueur et des sécrétions sexuelles… et cela, je le sais, m’a gagné des lectrices. »

Les deux premières parties sont à dominante sépia. Les quelques autres couleurs sont assez neutres et discrètes, mis à part un rouge éclatant utilisé en certaines occasions. Ce choix de couleurs, très joli, m’évoque les dessins du 18e siècle et s’harmonise, je trouve, plutôt bien avec l’histoire. Par ailleurs les dessins m’ont semblé plus soignés que ceux de Twenty. Les décors sont souvent riches et travaillés et je n’ai pas eu ce sentiment de bâclage que j’avais ressenti à certaines pages de Twenty. Toutefois, mon oeil a encore été attiré par quelques jambes à la morphologie étrange et certains costumes m’ont paru assez délirants, tout comme les dimensions des attributs de beaucoup de personnages masculins…

Là où je coince, comme pour Twenty, c’est sur le fond. Erich von Götha, dans une interview figurant dans l’album Twenty 1+2, s’exprime ainsi à propos du scénario de la première partie .

« Mon rôle s’est borné à l’illustrer et j’ai moi aussi été surpris, la première fois que j’ai lu l’histoire, par la soudaineté de sa conclusion. »

Et, un peu plus loin :

« Pendant la réalisation du tome 1, j’avais discuté par courrier avec mon commanditaire et lui avais fait part de mes doutes concernant l’histoire. Mais, finalement, cet album a été un grand succès public et je reconnais que j’avais tort. Cependant, pour le tome 2, j’ai voulu élaborer une histoire plus complexe. J’aime à penser que j’ai réussi… »

Certes, la fin de la première partie est plutôt abrupte (peut-être est-ce dû aux circonstances de la rédaction du scénario). Cependant, dans son ensemble, ce tome 1 se tient à peu près… alors que le suivant est une suite de rebondissements qui ne tiennent pas debout. La psychologie des personnages est inexistante. On n’y croit pas une seconde. Bon… c’est vrai qu’on n’y croit pas trop dans le premier tome non plus. Les compagnes de Janice chez Vauxhall me donnent l’impression d’une bande de pensionnaires en vacances. De temps en temps, l’auteur semble se rappeler que son héroïne n’a pas tout à fait choisi son sort et qu’elle aurait peut-être pu en espérer un plus enviable. Il lui prête alors un visage ou des propos horrifiés, que son corps dément dans le même temps. Personnellement, ça me donne plus envie de rire que quoi que ce soit d’autre.

Il y a des pages intéressantes, c’est indéniable, mais je déplore encore qu’une bonne partie de l’album se résume à des scènes d’orgies et des enchaînements de positions sans grande originalité. Pire, l’histoire semble souvent n’être qu’un prétexte et certaines pages pourraient quasiment être interchangeables avec des pages de Twenty. J’ai préféré de loin la première partie, plus cohérente, et dans laquelle le scénario prend le temps de laisser les scènes se développer (même si je me serais très volontiers passée de celle avec le chien…). Je qualifierais la seconde de plus fouillis plutôt que plus complexe : les événements et scènes de sexe s’y enchaînent à un rythme échevelé. C’est beaucoup trop rapide pour moi. Et puis, comme je l’ai dit dans mon billet sur Twenty, si je ne crois pas à l’histoire, je n’arrive pas à rentrer dedans. Ce qui fait que, en dépit des sujets plutôt inspirants et de la beauté des dessins, je reste mitigée à propos d’Erich von Götha, du fait de la faiblesse du scénario et de l’absence de dimension psychologique. Même s’il n’a fait qu’illustrer les troisième et quatrième parties de Janice, je ne me sens pas motivée pour lire la suite. Je pense plutôt que je vais en rester là avec cet auteur.

Les malheurs de Janice 1+2
Erich von Götha
Dynamite
Réservé aux adultes

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En début de semaine, plusieurs blogolecteurs ont montré le butin rapporté de leurs derniers passages en librairie, et , forcément, en bonne lectrice compulsive, je n’ai pu qu’être tentée d’en faire autant.

Comme mon travail ne me laisse pas trop le loisir de faire les boutiques en ce moment, et que j’avais promis à mon fils les DVDs de la deuxième saison d’une de ses séries préférées, qui sortaient cette semaine, j’ai passé une commande sur internet et me suis laissée aller à quelques achats pour moi aussi.

Quelques BDs :

 

Un peu de lecture pour le challenge :

et aussi celui-ci, dont le sujet m’a semblé amusant,  même si je ne sais pas encore sur lequel des deux blogs il trouvera sa place :

Et enfin un roman que j’avais prêté et qu’on ne m’a jamais rendu, et que j’ai envie de relire parce que je l’avais bien aimé.

 

Somme toute, je suis restée relativement raisonnable, non?

 

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Pour mon premier essai avec un petit guide de la collection Osez, j’ai eu la chance de tomber sur un bon cru. En effet, j’ai trouvé ce petit guide très complet et j’ai beaucoup aimé le ton, à la fois humoristique et léger mais aussi sérieux et bien documenté. J’ai aussi été étonnée de la richesse du contenu, compte tenu du format. Coralie Trinh Thi traite, en effet, de la sodomie sous tous ses aspects et aborde même pas mal de sujets connexes.

Néanmoins, du fait des contraintes liées au format, qui ne permettent pas d’approfondir énormément, ce petit livre n’apportera pas grand-chose à ceux qui sont déjà expérimentés dans la pratique. Comme les autres guides de la collection Osez, celui-ci s’adresse aux débutants. Mais aussi à ceux qui, sans être décidés à pratiquer, hésitent à franchir le pas ou sont simplement curieux de s’informer sur le sujet. En effet, l’auteur prend soin de toujours laisser libre son lecteur. Elle se contente de présenter les différentes options afin que chacun choisisse la voie qui lui convient le mieux en toute connaissance de cause. Et j’ai beaucoup aimé cet état d’esprit. De même, elle insiste énormément sur l’importance du respect, de la confiance et de l’écoute entre les partenaires. Même liberté dans le choix des configurations possibles : elle aborde tous les cas de figures, le « donneur » comme le « receveur » pouvant indifféremment être un homme ou une femme.  

Pour ce qui est du contenu, elle commence par faire des rappels historiques afin d’expliquer notamment d’où vient cette mauvaise presse qu’a la sodomie, avant de passer en revue tous les préjugés qui existent contre cette pratique. Sans chercher à convaincre le lecteur réfractaire de changer d’opinion, elle s’attache à démonter les préjugés erronés afin que ledit lecteur puisse choisir si cette pratique est pour lui ou non selon des critères objectifs.

Elle en vient ensuite aux choses sérieuses : elle rappelle quelques notions d’anatomie, s’arrête le temps d’un chapitre sur l’hygiène, fondamentale pour cette pratique, et aborde des thèmes tels que l’épilation ou la lubrification. Elle prend soin de démentir cette idée reçue qui veut que la sodomie soit fatalement douloureuse. Au contraire, si ça fait mal, c’est qu’il y a un problème et qu’il faut arrêter tout de suite, d’où le danger qu’il peut y avoir à utiliser des gels à effet anesthésiant.

Après une brève introduction aux sex toys, elle  développe longuement les préliminaires et explique comment érotiser la zone, que ce soit sur soi-même ou sur autrui. Enfin, elle s’intéresse à l’acte en lui-même et dresse un tableau des différentes positions qui peuvent être adoptées, à deux ou plus. L’ouvrage s’achève sur un très court chapitre sur le tantrisme, qui en dit juste assez pour donner envie au lecteur d’aller plus loin.

A mon sens, la variété des thèmes abordés en fait un livre qui n’est pas forcément à lire de la première à la dernière page, mais peut-être plutôt à picorer en fonction des besoins de chacun.

Osez la sodomie
Coralie Trinh Thi
La Musardine

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Erich von Götha, de son vrai nom Robin Ray, est né à Londres en 1924. Après avoir étudié la peinture dans une école d’art, il s’est orienté vers le design et l’illustration. Il a commencé à faire des BDs érotiques dans les années 70s, pour le magazine Torrid. Parmi les dessinateurs qui ont participé à Torrid, on peut citer Paula Meadows, qui est l’épouse d’Erich von Götha et avec qui il a occasionnellement collaboré. Travaillant sous divers pseudonymes, il a commencé à être publié en albums dans les années 80s. En parallèle à son oeuvre en tant qu’illustrateur de bandes dessinées, il continue à peindre et à dessiner.

Twenty, qui se divise en 3 volumes, a été commencée en 1997. L’édition qu’on peut trouver le plus couramment (et que j’ai) est celle des Editions Dynamite, en 2 albums, l’un qui regroupe Twenty 1 et Twenty 2, et l’autre pour Twenty 3.

La BD a pour origine un scénario qu’on avait proposé à Erich von Götha, qui ne lui avait que moyennement plu et qui ne s’est jamais concrétisé. Il en a gardé l’idée d’une BD qui aurait pour cadre une école de filles. Dans l’interview qui conclut le volume de Twenty 1 & 2, il déclare également s’être inspiré d’un couple d’amis.

Twenty est une utopie : l’histoire démarre en 2018, après la « révolution sexuelle de l’ère post-SIDA ». L’auteur a imaginé un monde dans lequel la libération sexuelle des années 70s aurait pu complètement s’accomplir, le spectre des maladies sexuellement transmissibles ayant disparu. En effet, dans le monde de Twenty, se faire implanter une « micro-spirale » protège à la fois des MST et des grossesses non désirées. L’idéal? Sans doute… mais d’un point de vue masculin. La révolution imaginée par Erich von Götha me semble en effet bien sexiste. Les femmes, bien souvent plus qu’à demi-nues au milieu d’hommes généralement habillés (c’est bien connu, les hommes sont frileux…) sont invitées, selon la bonne parole de sainte Emmanuelle Arsan (si si!), à se tenir à la disposition des hommes (il y en a rarement un seul à la fois) qui manifestent leur désir pour elles et à se plier à leurs fantaisies. Je suis un peu méchante, car l’amour, le couple et la notion de plaisir partagé occupent une place essentielle dans la BD, mais c’est tout de même à peu près ça, et je n’ai pas réussi à être suffisamment captivée par l’histoire pour ne pas être hérissée par cette vision très masculine. A ce stade, il est peut-être utile de préciser que j’avais déjà lu cette BD il y a un petit moment, et que j’aurais sans doute été plus indulgente si j’avais rédigé ce billet après ma première lecture. 

Venons-en à l’histoire… Dans le premier volume, Twenty, qui doit son prénom au fait qu’elle est née le dernier jour du 20e siècle, entre dans une école d’éducation sexuelle d’un genre assez particulier puisqu’elle est très orientée sur les exercices pratiques. Twenty, qui sort d’une école de religieuses et est complètement novice en la matière, va rapidement se révéler très douée. Très vite, elle rencontre un homme dont elle tombe amoureuse et qu’elle épouse. Ce mari, Gilbert, l’entraîne dans toutes sortes de turpitudes, mais ses intentions ne semblent pas des plus honnêtes.
Twenty 2 est centré sur Sally, la cousine de Twenty. Cette jeune femme pudique a une approche très traditionnelle de la sexualité. Son mari, qui souhaiterait que leur couple soit beaucoup plus libre, se fait aider de leur nouveau voisin et de Twenty pour décontracter Sally. C’est évidemment un doux euphémisme…
Dans Twenty 3, enfin, on retrouve Twenty et Sally et… je n’en dirai pas plus de crainte de révéler trop de choses, le scénario de la série tenant allègrement sur une feuille de papier à cigarette… Oui, je vais encore être méchante…
Il y a tout de même un certain nombre de points positifs dans cette BD. Erich von Götha est réputé pour la qualité et le soin de ses dessins, et sa façon de les colorer, inspirée des maîtres du 18e siècle. J’ai beaucoup aimé la façon, superbe, dont il dessine les femmes. Beaucoup sont coiffées de chignons qui m’évoquent les années 50s, ce qui leur fait un port très gracieux et leur confère une certaine allure. C’est d’ailleurs étonnant que, dans cette BD qui est tout de même franchement pornographique, ce qui caractérise le plus les femmes est la grâce des courbes, des mouvements, des traits du visage. Pour ce qui est des personnages masculins… dans l’ensemble, de corps, ils ne sont pas mal foutus… Deux ou trois ont une tête potable… mais, à mon grand désespoir, j’ai eu l’impression que l’auteur s’en fichait un peu. J’ai même noté que, dans un certain nombre de dessins, si les visages féminins étaient dessinés avec soin, certains visages masculins semblaient simplement esquissés, comme bâclés. J’ai par ailleurs été très surprise, moi qui m’y connaît très peu en dessin, de tiquer par moments parce que l’une des héroïnes avait un visage différent sur certaines images, ou parce que des bouts de jambes ou autres membres semblaient bizarrement faits.
Par ailleurs, il y a dans l’histoire de bonnes idées. J’ai bien aimé les clins d’oeil que l’auteur se fait à lui-même et l’intervention dans Twenty d’une autre de ses BDs, Les malheurs de Janice, dont je vous parlerai dans les prochains jours. Si la psychologie de Twenty n’est pas crédible une seconde (dans Twenty 1, j’ai vraiment eu l’impression que l’héroïne était une évaporée avec un pois chiche en guise de cerveau), celle de Sally, en revanche, est plus travaillée et plus crédible. Ce qui fait que Twenty 1 est le moins intéressant des trois.
Au niveau des scènes de sexe, il y a aussi quelques idées intéressantes. Le problème, c’est qu’il n’en fait rien. Les scènes de sexe s’enchaînent, beaucoup trop rapidement à mon goût. Il ne prend le temps de rien développer. On assiste donc la plupart du temps à des scènes d’orgies assez banales qui se succèdent. Malheureusement, voir des gens copuler ne me passionne pas franchement, s’il n’y a rien de plus que ça. Avec un scénario aussi peu crédible, pas de dimension psychologique et assez peu de tension sexuelle, j’ai du mal à rentrer dans l’histoire. Je n’arrive pas, parce qu’il est question d’érotisme, à mettre mes neurones en roue libre… et je ne vois d’ailleurs pas pourquoi je devrais le faire et me montrer moins exigeante sur la qualité que pour des livres ou des BDs classiques. Par ailleurs, comme je l’ai dit, l’utopie mise en scène dans Twenty me semble correspondre à un idéal très masculin et j’ai l’impression que la BD met en scène des fantasmes tout aussi masculins, qui ne me parlent pas forcément. Si bien que, s’il y a des passages qui m’ont bien plu, j’avoue qu’il y en a d’autres sur lesquels je suis passée assez rapidement et que, par moments, je me suis un peu ennuyée.
  

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Histoire de la lingerie

Bien que le nom de Chantal Thomass soit principalement mis en avant, ce livre a pour co-auteur Catherine Örmen, historienne de la mode, créatrice du musée de la Mode de Marseille et ancienne conservatrice du musée de la Mode et du Textile, au Musée des Arts Décoratifs de Paris.

Ce livre bénéficie d’une belle présentation très soignée, aux couleurs fétiches de Chantal Thomass. En effet, c’est un joli coffret rose que contenait le colis livré par mon facteur. Une fois le coffret ouvert, en dépliant le papier de soie noire qu’il contenait, je me serais presque attendue à découvrir une parure de lingerie fine de la célèbre créatrice, plutôt qu’un livre.

Ce que j’ai regretté, c’est que le livre comporte aussi peu de photos : seulement deux encarts, le premier couvrant la période qui va du Moyen Age à la première moitié du vingtième siècle, le deuxième allant des années 50s jusqu’à l’époque actuelle. Ce deuxième encart comporte principalement des photos extraites de films, montrant la vision de la lingerie donnée par le cinéma, ainsi que des photos de modèles de Chantal Thomass.

Sur cet aspect, je suis restée sur ma faim, d’autant plus qu’il m’aurait paru utile que beaucoup de thèmes abordés dans le livre (techniques de dentelles, points de broderies, formes de corsets…) soient illustrés afin que le lecteur puisse vraiment se rendre compte de quoi il était question.

Ce n’est néanmoins qu’une demi-déception, car je m’attendais à avoir entre les mains un beau livre qui aurait fait la part belle aux illustrations et n’aurait comporté que quelques explications, alors qu’il s’agit au contraire d’un véritable essai de plus de 250 pages. Ma fibre historienne s’en est donc trouvé pleinement satisfaite, bien que comme d’habitude, j’aurais aimé que le livre soit encore plus épais et aille encore plus loin.

C’est en effet un sujet vaste et sur lequel il y a beaucoup à dire. L’histoire de la lingerie est, bien évidemment, étroitement liée à celle des moeurs, de la pudeur, des variations des goûts esthétiques, mais également de l’histoire en général. Par exemple, si le fait que beaucoup de femmes ont dû entrer dans la vie professionnelle, durant la première guerre mondiale, a révolutionné la mode vestimentaire, il en a été de même pour la lingerie. Les dessous nombreux et contraignants que portaient les femmes auparavant ne s’accordaient pas avec leur nouvelle mobilité.

L’évolution de la lingerie est également étroitement liée à celle des techniques et découvertes. Ainsi, jusqu’au 19e siècle, les dessous se devaient d’être blancs. L’océan de blancheur éloquemment décrit par Emile Zola dans Au bonheur des dames en atteste. La raison en est que, en un temps où l’entretien du linge n’était pas chose aisée, une chemise bien blanche était un gage de propreté. Les sous-vêtements ont commencé à se colorer d’une part en parallèle avec l’équipement de tous les logements en eau courante, et, d’autre part, avec la découverte de tissus synthétiques plus faciles à entretenir.

Les sous-vêtements masculins, de jour et de nuit, sont évoqués. Néanmoins, la majeure partie du livre est consacrée à la lingerie féminine, composée d’éléments beaucoup plus nombreux et variés, qui ont évolué avec l’idéal féminin, se sont fait tantôt apparents et tantôt invisibles, tantôt sages et tantôt chargés d’érotisme, ont tantôt magnifié la silhouette et tantôt gommé les formes. Après la sensualité des modèles des années 50s, et la recherche par la génération suivante d’une lingerie confortable, minimaliste et invisible, la tendance d’aujourd’hui, d’après les deux auteurs, est à la coexistence en même temps de toutes les tendances, les femmes choisissant suivant l’humeur et les situations de jouer le confort ou la séduction. Le corps féminin n’en est pas libéré pour autant, car

« les régimes, l’exercice physique, la conscience de son corps en somme, ont remplacé l’instrument constricteur du XIXe siècle.  C’est ainsi que le corset est devenu mental… »

Si je connaissais les grandes lignes de cette histoire de la lingerie, j’ai néanmoins appris une foule de détails intéressants ou amusants. Saviez-vous que, dès que les corsets ont disparu de la garde-robe des femmes, après la première guerre mondiale, les fétichistes s’en sont emparés? Ou que les redresse-seins sont apparus dans les années 30s et étaient alors portés par les femmes la nuit, pour soutenir leur poitrine pendant qu’elles dormaient?

La lecture de ce livre m’a donné envie de creuser encore plus ce sujet qui, à la base, m’intéresse, et la bibliographie à la fin de l’ouvrage a encore rallongé ma LAL, qui était déjà monstrueuse. Je risque donc de revenir sur le sujet de la lingerie dans les mois à venir!

Je termine sur un extrait qui m’a bien plu du petit chapitre de conseils sur lequel s’achève le livre:

« Pensez, comme nos mères nous l’ont toujours dit, que nul ne sait jamais ce qui peut arriver dans une journée… Il faut toujours pouvoir être déshabillée ou se déshabiller sans avoir honte de ses sous-vêtements. »

Ce billet est notre première participation au challenge Read me I’m fashion d’Irrégulière.

Histoire de la lingerie
Chantal Thomass et Catherine Örmen
Perrin

 

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Les nus chez Hilaire sont le plus souvent accessoirisés : une paire de bas, un chapeau à voilette, un éventail ou un boa suffisent à les habiller et à leur ôter la fragililité que la nudité confère parfois.

Les femmes sont le plus souvent très girondes. Les cuisses, les fesses, les seins : tout exhale une immense sensualité et féminité. Les formes esquissées en quelques traits n’ont pas une mollesse paresseuse : elles sont le plus souvent sculpturales, ils se dégagent d’elles une grande force qui contraste étonnement avec un regard quasiment absent.

Cette absence confère une certaine lascivité provocatrice ainsi qu’une certaine distance : nous apercevons ses femmes dans leur nudité sans jamais atteindre leur intériorité. La peau se fait souvent miroir : elle prend souvent les teintes de leur environnement. Les jeux d’ombre et de lumière ajoutent au relief de leur corps.

 Les femmes chez Hilaire semblent parfois attendre leur amant ou leur client. Leurs poses sont alors provocantes, et assez érotiques.

Parfois, elles sont surprises dans leur quotidien, en train de se déshabiller devant un miroir, ou indolentes en train de se reposer et elles semblent alors plus vulnérables. Certaines oeuvres représentent deux femmes nues dans une ambiance quasi saphique.

De manière générale je suis assez sensible aux oeuvres de ce peintre que ne s’est pas exercé uniquement aux nus. Certains d’entre eux me touchent beaucoup.

« Je n’aime pas le Nu pour le Nu, je ne veux pas qu’il soit le seul sujet d’une toile. C’est pourquoi j’habille les modèles, je fais place à un décor, à des accessoires de leur féminité, des miroirs, des foulards, des gants, des rubans, des bracelets et parfois je les pare de plumes. Cela crée une atmosphère, une harmonie sensuelle. Et aussi parce que ces »ruptures » crées un cheminement optique qui casse le sujet dans ce qu’il pourrait avoir d’académique » Camille HILAIRE

Ils ont dit des nus de Hilaire :

« Qu’on ne s’y trompe pas, les formes sont bien nées de la réalité chaude et vivace, non du fantasme des rêves. Ici de l’ardente sensualité qu’éveille un beau corps épanouî dans un climat de « luxe, calme et volupté » » Raymond CHARMET (écrivain d’art 1906-1973)

« Chacun vit les femmes à sa manière depuis qu’elles ont été créées pour troubler le sommeil de l’homme et motiver sa conduite. Hilaire les voit en interlocuteur valable, habilité à les comprendre et à les traduire, il les glorifie dans la puissance et la majesté, et nous les offre, tel le roi Midas » Mario BRUN journaliste

Camille Hilaire (1916-2004) peintre français a illustré par ses lithographies des ouvrages d’auteurs comme Pierre Louys ou Armand Lanoux. Il s’est intéressé à différentes techniques (peinture, aquarelle, lithographie, tapisserie, vitrail…) et est particulièrement reconnu pour son usage des couleurs et son traitement de la lumière. Dans ces tableaux, l’influence du cubisme est souvent perceptible. Le figuratif tend parfois à l’abstrait. Il a affectionné peindre les paysages de Normandie, de la Côte d’Azur et des villes emblématiques comme Venise et Rome.

Pour visualiser d’autres oeuvres de ce peintre vous pouvez aller sur le site suivant et sur cette page facebook

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