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Archive for février 2011

Il est toujours difficile de s’attaquer à un grand classique d’autant plus si il a été moyennement apprécié. Ce qui est le cas.

J’ai été confrontée aux écrits de Sade, il y a fort longtemps, au collège je crois. Nous avons tous un jour dérobé un livre dans la bibliothèque des parents ou de son frère ou sœur aîné. Heureusement, je n’étais pas tombée sur le livre le plus extrême de l’auteur. Puis, cela a été les livres échangés sous le manteau au lycée…

Bizarrement, j’ai attendu fort longtemps avant de lire la philosophie dans le boudoir dont pourtant j’adore le titre.

Ce livre, Sade a choisi de développer sous forme de dialogues, forme chère aux philosophes de l’antiquité tout en respectant les trois règles d’unité (temps, lieu, action) du théatre classique.

Synopsis : Madame de Saint-Ange invite son frère, le chevalier de Mirvel et Dolmancé exclusivement sodomite pour pervertir la très jeune Eugénie tout juste sortie du couvent. Ce petit monde libertin va enseigner à la jeune fille nombre de pratiques sexuelles (cunnilingus, masturbation, sodomie, flagellation, inversion des rôles…) et ébranler tous les fondements de sa moralité. Théorie et pratique vont se succéder à un rythme soutenu. Dolmancé, ambassadeur de Sade développe  lors de longues diatribes les principes d’une véritable anti-société.

Si les premières leçons d’Eugénie sont agréables à lire, une lassitude naît très vite car tout devient assez prévisible et mécanique. Au fur et à mesure du livre,  en ce qui concerne les scènes pseudo-érotiques, j’ai eu l’impression de lire le scenario d’un mauvais film porno. Je m’explique.

Dolmancé serait le metteur en scène acteur expérimenté arrangeant lui-même et tout son petit monde dans des « tableaux » plus ou moins complexes. Madame de Saint-Ange aurait le rôle de la femme expérimentée et le Chevalier celui du bel homme libertin. Que dire d’Augustin le jardinier pourvu d’un membre aux dimensions très généreuses : ne serait-il pas le plombier ou le livreur de pizza de service ? Dans des arrangements incluant tous les acteurs, ce petit monde déniaise à l’envi  la toute jeune première et très docile Eugénie, si prompte à embrasser toute perversion que cela manque de crédibilité. Je caricature un peu, mais pas tant que cela.

Quant aux préceptes de Sade, ils sont très provocateurs comme toujours. Il s’amuse à démonter un à un les fondements de notre société et à contredire chacun des tabous. Les pulsions de l’homme justifieraient tout et il devrait s’y soumettre. Si la violence destructrice  est un penchant naturel, alors il faut qu’il s’y adonne. La souffrance du supplicié serait justifié par le plaisir du tortionnaire. L’inceste entre père et fille ou frère et sœur, pédophilie, meurtre : rien n’est interdit bien au contraire…  Je ne peux évidemment y adhérer même si certains passages livrent une pensée très moderne. Sade pense libérer l’homme de la morale qu’en le soumettant à ses propres pulsions dont il serait, selon moi, finalement l’esclave. Et si finalement le propre de la nature de l’homme serait son libre arbitre : choisir ou non de s’adonner à ses penchants. J’arrêterai là toute considération philosophique car ce n’est pas l’objet de notre blog.

L’écriture de Sade très XVIIIème est de bonne facture. Les dialogues sont parfois brillants même si certains raccourcis sont pris pour justifier la pensée sadienne.

Ironiquement, Sade, dans l’épigraphe du livre, conseille "La mère en prescrira la lecture à sa fille" . Quand nous savons ce qu’écrit ce cher marquis sur les mères dans ses livres, cela ne peut que nous laisser songeur.

Le programme de ce livre semblait très tentant sauf , que dans son développement, il est loin d’avoir combler mes attentes. L’érotisme est pour moi quasiment absent. J’avoue m’être souvent ennuyée à la lecture de ce livre que  je conseillerai pourtant à ceux qui veulent découvrir les écrits sulfureux de Sade car, c’est le  moins radical dans les faits. En ce qui concerne la pensée, je laisse chacun se faire son opinion.  J’ai trouvé cependant cet ouvrage plus sombre que Justine ou les malheurs de la vertu  dans lequel, si ma mémoire ne me fait pas défaut, même si l’héroïne subit des supplices encore plus malsains, elle garde une pensée pure et indépendante de ses tortionnaires contrairement à Eugénie qui, influençable, adopte les principes de ses "instituteurs" sans sens critique.

La Philosophie dans le Boudoir

D.A.F de Sade

Folio Gallimard, Flammarion, 10/18, La Musardine

NB : l’édition folio 2 euros est incomplète et n’inclut que 3 des 7 dialogues.

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Ce "petit guide" de près de 600 pages (les auteures sont modestes) attire l’œil dans une librairie avec ses allures de bottin pour Barbie. Ne vous méprenez pas sur son rose très girly, ce guide écrit par des femmes s’adresse à tous quelque soit leur orientation sexuelle. Son but n’est pas des moindres puisqu’il s’agit de fournir les informations nécessaires pour profiter pleinement d’une sexualité désinhibée et épanouie.

Ce livre a été réalisé par Good Vibrations, une chaîne de sex-shops dont le premier magasin ouvert en 1977 s’adressait avant tout aux femmes (leur clientèle s’est étendue depuis) et outre la vente de sextoys  proposait un lieu agréable où les femmes pouvaient avoir des conseils sur le sexe.

Les auteurs abordent la sexualité dans son ensemble et toutes ses particularités sans hiérarchisation des différentes pratiques. De nombreux témoignages anonymes  que Good Vibrations a collectés via un sondage nous sont livrés. Ceux-ci sont souvent instructifs et donnent des petites astuces que j’ai eu envie parfois d’essayer et des ressentis dans lesquels je me suis parfois reconnue. Le livre est émaillé de "portraits du plaisir" -mini biographie de personnes qui ont communiqué sur la sexualité (en photographie, médecine, industrie, cinéma…)- et de quelques articles sur des sujets très ciblés (intersexe…).

L’écriture est plaisante et l’humour parfois présent mais par contre les illustrations sont de piètre qualité.

Ce guide est tellement complet qu’il est difficile de vous en livrer un compte-rendu. Je me contenterai de vous en livrer quelques grandes lignes. Le ton est assez différent des autres guides qu’il m’a été donnés de lire. Il ne présente pas de méthode miracle pour parvenir au plaisir mais juste des pistes aux lecteurs qu’ils auront ou non l’envie d’explorer. Les conseils sont parfois d’ordre très pragmatique.

 Les premiers chapitres sont consacrés à l’image et l’estime de soi, à l’anatomie sexuelle, à l’évolution du sexe dans la vie et à l’importance de la communication. Ces points qui semblent très généraux abordent également des points très particuliers tels que l’incidence d’un viol sur la sexualité ou de la dépression…

Une large place est faite ensuite à la masturbation. Comme dans de nombreux guides, la masturbation est prônée comme le meilleur moyen de se connaître pour pouvoir accéder à un plaisir accru avec ses partenaires.

 La lubrification est ensuite abordée avec pleins d’aspects pratiques sur les meilleurs lubrifiants : quels sont ceux à privilégier en cas de tendance allergique ou aux mycoses, les composés à éviter. Saviez-vous par exemple que lorsqu’un lubrifiant à base d’eau sèche et devient collant il est souvent inutile d’en rajouter mais qu’un peu d’eau ou de salive permettront de le réactiver ?

Un chapitre consacré au massage nous donne quelques idées (« toucher créatif »)

Les diverses types de pénétration (sexe oral, pénétration anale et vaginale,"fist" y compris) sont abordés de manière très complète et sans jugement aucun. La majorité des pratiques sexuelles sont replacées dans l’histoire et des raisons historiques sont souvent données si elles font l’objet en général d’inhibition. Il n’y pas de "protocoles" à suivre comme dans certains guides très directifs. Des astuces pratiques sont livrées. Les avantages et inconvénients des positions (et ici pas d’abracadabrantesques hélicoptère tournoyant ou de poiriers et autres acrobaties périlleuses) sont décrits.

De larges chapitres sont consacrés aux sextoys (il ne faut tout de même pas oublier que c’est une chaîne de sextoys qui l’a réalisé). Ils sont très détaillés. Les auteurs nous donnent des critères, des conseils pour aider au choix, des scenarii  d’utilisation.

Les fantasmes et les jeux de pouvoir SM sont ensuite abordés de manière non négligeable. Le BDSM n’est pas résumé à dix lignes comme dans la plupart des ouvrages généralistes.

Le « safer sex » est ensuite évoqué de manière très détaillée et précise. Là où beaucoup de guide s’arrête aux préservatifs ici, les doigtiers et les digues dentaires sont évoquées. L’importance de gérer le risque selon les pratiques est abordée.

Ce guide va  souvent plus loin que les autres en démarginalisant certaines pratiques  en donnant quelques clefs pour les réussir. Ce livre a réussi à me faire perdre les quelques derniers a priori que j’avais. Le ton fédérateur et militant est parfois un peu lassant. Malheureusement  beaucoup de produits ou livres mentionnés sont difficilement trouvables en France.

Ce livre est réellement très complet, c’est un guide que j’aurai aimé avoir pu lire plus tôt ! J’ai un gros regret : ne pas avoir mis un post-it sur toutes les pages qui me donnaient envie d’essayer de nouvelles choses ! Si je devais garder un seul guide sur la sexualité qu’il m’a été donné de lire : ce serait sans aucun doute celui-là.

Le petit guide de la sexualité épanouie

Cathy Winks & Anne Semans

Tabou

 

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Venus Erotica fait partie des grands classiques de la littérature érotique et il reste un de mes préférés.

J’ai découvert le nom d’Anaïs Nin alors que je venais à peine d’entrer au lycée en lisant un livre d’Henri Miller que j’avais choisi juste parce que son titre me plaisait (Tropique du cancer). Les parents devraient toujours jeter un coup d’oeil aux lectures de leurs enfants…. J’ai attendu quelques années avant de me procurer ce livre.

Anaïs Nin a écrit des nouvelles érotiques destinées à un collectionneur pour un dollard la page. Le mystérieux mécène demandait des récits dénués de toute poésie mais sexuellement explicites. Malgré toute sa bonne volonté et pour mon grand plaisir, la romancière n’a pas su dénuer ses lignes  d’un certain lyrisme toute en délicatesse. Il existe un deuxième volume de ces nouvelles : les petits oiseaux.

La majorité des nouvelles de ce recueil se déroulent dans un milieu où se cottoient prostitués, modèles, artistes. D’autres plus improbables ont une certaine dimension exotique.  De nombreux personnages se retrouvent au coeur de plusieurs nouvelles, ce qui leur donnent plus d’épaisseur rendant la lecture encore plus intéressante.

La narration concise est fluide, très plaisante à lire. Les pages de ce recueil se dévorent en quelques heures. Les descriptions sont impudiques et sans vulgarité aucune. Leur puissance évocatrice ne pâtit en rien de leur brièveté, bien au contraire, car celle-ci devient un atout  en laissant l’imaginaire de chacun flâner à sa guise dans des rêveries érotiques.

Certains récits vous refroidiront peut-être car les perversions évoquées ne sont pas des plus anodines (pédophilie, sadisme, viol, nécrophilie..) mais elles ne sont pas du tout révélatrices de la majorité des récits qui réjouiront le plus grand monde par la diversité des situations et par l’écriture limpide et lumineuse de l’auteure qui ne sombre jamais dans le sordide.

Venus Erotica d’Anaïs Nin
Lgp

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Les filles perdues reste à ce jour la seule bande-dessinée érotique que j’ai lue à ce jour. Pour « ma première fois », je souhaitais avoir à faire à un expert en qui j’avais toute confiance. Alan Moore, scénariste reconnu du neuvième art, me semblait tout indiqué.

L’éditeur français Delcourt a choisi de réunir les trois volumes originaux de 10 chapitres chacun en un seul et même recueil de toute beauté. Le papier est épais est odorant, la reliure brochée est de qualité. Cet ouvrage a eu toutes les difficultés à être publié en France en raison de son caractère choquant.

Cette fois-ci, Alan Moore n’a pas choisi de réunir des super héros mais les trois plus célèbres héroïnes de la littérature enfantine anglo-saxonne devenues adultes :

- Lady Alice Fairchild,  femme mûre énigmatique et entreprenante (Les aventures d’Alice au pays des merveilles, De l’autre côté du miroir de Lewis Carol)  est une riche héritière rejetée par sa famille suite à des scandales.

  - Mrs Wendy Potter (Peter Pan de Sir James Matthew Barry), est une femme timorée à la personnalité morne et éteinte, elle est mariée à un homme de 25 ans son aîné.

- Miss Dorothy (Dottie) Gale (Le magicien d’Oz de Lyman Frank Baum), jeune fille irréfléchie très ouverte est toujours prête à vivre de nouvelles aventures.

Les trois héroïnes se rencontrent en Autriche à l’hôtel Himmelgarten. Elles vont rapidement sympathiser et se confier.  Leurs confidences relatent de leurs expériences sexuelles désirées ou non de  leur adolescence. Ces épisodes font référence aux oeuvres romanesques enfantines originales. Leurs aveux se font de plus en plus dérangeants. Parallèlement à ces conversations, elles vont devenir amantes et connaître des expériences sexuelles avec le personnel de l’hôtel. Dans cette histoire s’insèrent des pages d’un recueil érotique laissé par le tenancier de l’hôtel dans chaque chambre.

Le scenario de cette bande-dessinée est riche en dépit de sa construction répétitive. Les dialogues très simplistes manquent cruellement  cependant de subtilité. Les situations érotiques y sont variées et parfois inventives. Chacun des opus initiaux constituent une phase dans l’histoire. Le récit est ancré historiquement (veille et début du conflit 1914-1918) dans son époque. Artistiquement, les références aux auteurs controversés et à de grands artistes  notamment via le recueil distribué dans l’hôtel sont des plus intéressantes. Jugez plutôt : Oscar Wilde, Pierre Louÿs, D.A.F. Sade, Colette, Egon Schiele, Alfons Mucha, Gustav Klimt…

Les illustrations sont très belles. Melinda Gebbie que j’ai découverte dans cet ouvrage a fait un travail magnifique : reconstitution de l’art nouveau, du balai de Nijinski, pastiches des différents peintres et illustrateurs précédemment cités. Les couleurs sont lumineuses, les techniques utilisées variées. Les coups de crayon encore visibles donnent du relief. Les illustrations pleines pages sont détaillées et magistralement réalisées.

L’illustratrice à attribué à chacune des héroïnes une mise en page spécifique :

- Des cases ovales, telles des miroirs pour Alice perdue dans les méandres de son passé et de son esprit.

- Des cases rectangulaires étirées horizontalement, telles les représentations d’odalisques pour Dottie nonchalante jeune fille, esclave de ses propres désirs.

- Des cases rectangulaires verticales, érigées comme un phallus en érection surmontée d’un théâtre d’ombre pour Wendy qui semble si droite et inébranlable mais ce n’est que faux semblant.

Les scènes érotiques et pornographiques sont nombreuses et variées, certaines vous mettront en émoi d’autres vous choqueront peut-être. J’ai trouvé malheureusement que la pédophilie, l’inceste et le viol étaient montrées avec un peu trop de légèreté pour moi ce qui tendrait à banaliser ces déviations. Certes, les protagonistes semblent éprouver un certain malaise voire des remords mais pour moi cela n’est pas suffisant. Les héroïnes transposent ces situations dans un univers très onirique mais ces rêves ne me semblent pas tout à fait en adéquation avec leur âge au moment des faits.

Une note d’espoir rejaillit en dépit de la troisième partie plus sombre, les confidences semblent avoir aidé les filles perdues à se retrouver et à pouvoir envisager leur avenir sous un jour nouveau. La parole est purificatrice. (Nous ne sommes pas loin de Vienne patrie de Freud).

Ce recueil, je l’ai aimé dans sa globalité par la magnificence de ses illustrations, par les nombreuses références artistiques, par l’érotisme des situations. J’ai cependant trouvé parfois les dialogues très simplistes, la référence à la psychanalyse très triviale et l’évocation de certains tabous un peu trop complaisante.  Mais il y a des signes qui ne trompent pas. Cet ouvrage n’a pas souffert d’une relecture à quelques mois de la première….

[FILLES PERDUES]

Les Filles Perdues (Lost Girls)
Dessinateur : Melinda Gebbie
Scénariste : Alan Moore
Editeur : Delcourt

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Matt, un glaciologue anglais se remémore sa relation avec une étudiante anglaise Lisa. Des bribes de leur histoire nous parviennent à travers son regard.
Ce film est extrêmement découpé, les scènes se succèdent dans un contraste saisissant :
- la solitude actuelle de Matt dans l’immensité blanche et silencieuse de l’antarctique.
- L’intimité du couple sur fond de mélodies aériennes d’un piano
- Concerts de rock bruyant et peuplés.
Les 9 chansons des concerts qui égrènent ce film sont comme un compte à rebours inéluctable jusqu’à la fin annoncée de leur relation.

Nous ne savons que peu sur ce couple, nous les connaissons uniquement qu’à travers leurs relations physiques : sont-elles le reflet exact de ce qu’est leur couple ? Là est ma frustration, j’aime profondément les caractères humains mais là nous ne pouvons que deviner qui ils sont. Elle : égoïste, insouciante qui livre d’elle que ce qu’elle veut et prend des autres ce qu’elle peut. Lui, respectueux, patient et compréhensif. S’aiment-ils ? Autant que le peuvent deux personnes qui n’ont pas les mêmes attentes et qui ne communiquent que difficilement en dehors du domaine sensuel.

L’intimité est filmée sans artifices. Il ne s’agit ni de faire joli, ni de verser dans la performance mais d’essayer de s’approcher au plus près d’une réalité sensuelle. De ce point de vue, le réalisateur a réussi son pari. Les peaux sont filmées sans maquillage, sans éclairage embellissant : nous pouvons distinguer leurs pores et toutes leurs petites imperfections. C’est magnifique. Les acteurs sont d’une jolie banalité qui ne les rend que plus charmants et touchants ainsi que plus proches de nous.

Les scènes de concert sont loin d’être toutes réussies. J’ai trouvé la plupart du temps leur qualité sonore insuffisante.

Les scènes de sexe variées paraissent naturelles et sont joliment filmées. J’ai souvent aimé la lumière et l’ambiance de ces scènes qui offrent pour beaucoup de jolis moments de complicités. Les acteurs sont vraiment confondants dans leur rôle. Le réalisateur a laissé une grande place à l’improvisation des acteurs.

Au fur et à mesure du film, les scènes se font plus explicites. Nulle fausse pudeur, les sexes sont montrés mais sans gros plans clinique. Le réalisateur a choisi comme scène sexuelle finale une pénétration « classique » très explicite et finalement je trouve que cela est un très mauvais choix. Non seulement, il s’agit certainement de la scène la moins réussie, mais aussi parce que la placer en toute fin revient à la présenter comme un but en soit, une sorte de zénith de ce film. Finalement, non, filmer le sexe ne se résume pas à montrer une simple pénétration quelle qu’elle soit : cela dessert toutes les autres scènes qui, elles, étaient réussies. Et c’est vraiment dommage…

Au delà de tout ça, ce film m’a invité à me poser pas mal de questions. Je ne suis pas amatrice de films érotiques ou pornographiques. Le peu que j’ai pu en voir, m’a généralement ennuyée voire agacée. Mais finalement, ce film  banalise le sexe et le considère comme une activité comme les autres pouvant être l’objet de jeux d’acteurs…

9 Songs de Michael Winterbottom (2004)
Avec  Kieran O’Brien, Margo Stilley
Durée : 69 min
Interdit au moins de 18 ans

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Ce petit récit, que je qualifierais de sensuel plutôt que d’érotique, comporte à peine 70 pages et se lit très vite. L’histoire est simple, presque banale : ça pourrait arriver à chacun d’entre nous, ou, tout du moins, chacun d’entre nous pourrait se prendre à rêver vivre une aventure similaire sans que cela semble irréaliste.

Chaque lundi matin, très tôt, une femme prend le train pour Paris. Un matin d’hiver, elle trouve un homme installé dans le siège en face du sien. Elle l’a déjà croisé, lui aussi est un habitué de ce train matinal, mais, cette fois, elle le regarde différemment parce qu’il semble endormi et que regarder les hommes abandonnés dans le sommeil l’émeut. Mais, bien vite, elle se rend compte que son sommeil n’est que feint, et y voit l’amorce d’un jeu entre eux. Son imaginaire se met en marche. Bientôt leurs regards se croisent, puis le tissu d’un pantalon vient frôler le tissu d’un bas et, très vite, un pied sort d’un escarpin et entreprend l’ascension d’une jambe. C’est ainsi que tout commence entre eux.

Leurs attouchements sont limités par le cadre de leurs rencontres : un wagon qu’ils partagent avec d’autres voyageurs. Les mots qu’ils échangent sont rares et banaux. Ils ignorent tout l’un de l’autre, jusqu’à leur prénom. Néanmoins, l’auteur nous fait partager l’importance croissante que prennent ces rencontres du lundi matin, l’attente tout au long de la semaine et l’inquiétude de savoir si l’inconnu(e) du train sera là la prochaine fois. Par petites touches, Gabrielle Ciam nous les fait connaître, à mesure que tous deux s’interrogent sur ce qu’est leur vie, et sur la possibilité d’y faire une place pour l’autre.

Mais, en parallèle à la naissance des sentiments, ce que Gabrielle Ciam excelle à peindre c’est la montée du désir. Avec, en quelque sorte, peu de moyens, elle insuffle une sensualité extraordinaire dans les petits gestes et détails du quotidien. Son écriture est simple mais juste et assez poétique, elle est à la fois pudique et audacieuse, donne juste ce qu’il faut de détails et laisse notre imagination décider d’une éventuelle suite à donner à l’histoire.

Le train de 5h50
Gabrielle Ciam
Arléa
ou, en poche, chez
Pocket

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Je suis assez partagée concernant ce petit livre qui se veut un plaidoyer en faveur de cette partie de l’anatomie féminine qui a, trop longtemps, été, au mieux, oubliée.

L’auteur, Rosemonde Pujol, n’est, a priori, pas une spécialiste des questions sexuelles. C’est une femme de 89 ans, ancienne résistante, qui a fait carrière comme journaliste après la guerre et s’est spécialisée dans les questions de consommation.

On sent son passé de journaliste dans la façon dont elle écrit. Ce petit livre, découpé en chapitres courts et aérés, est écrit dans un style percutant, dans un registre oral même, par moments. C’est un livre qui se lit facilement et qui est accessible à un large public. En cela, l’auteur a atteint son but.

Son propos est, en effet, de réhabiliter le clitoris. Elle le compare au « figuier stérile » de la Bible. La citation suivante me paraît résumer assez bien son point de vue :

« il faut le brûler, le faire disparaître puisqu’il ne porte point de fruits. Peu importe que disparaissent, en même temps que lui, l’ombre qu’il dispensait, le repos qu’il offrait aux pèlerins fatigués de soleil et de sable…Peu importe… »

De la même façon qu’elle juge que le figuier a une utilité, en dépit de sa stérilité, elle revendique le droit, pour le clitoris, de ne servir à rien, si ce n’est à donner du plaisir…ce qui est déjà beaucoup. Elle dénonce la méconnaissance qu’en ont, encore aujourd’hui, les jeunes générations, due principalement au fait que le clitoris est ignoré aussi bien des manuels de biologie que des média, et elle œuvre à y suppléer en donnant une foule d’informations.

Elle aborde en effet tous les aspects de la question, anatomiques, historiques aussi bien que sémantiques, et donne beaucoup d’informations intéressantes et utiles, toujours de façon très claire et accessible.

Sur le plan pratique, elle explique d’un point de vue médical ce qu’est le clitoris et ce qui se passe dans le corps de la femme quand il est stimulé. Elle évoque aussi les jouissances qu’il peut procurer. Mais elle ne fournit pas de mode d’emploi. Elle invite simplement, dans un chapitre que j’ai trouvé assez poétique, le lecteur à partir en exploration, expérimenter, et à découvrir ainsi peu à peu, pour les femmes ce qu’elles aiment, et pour les hommes ce qui plaît à leur compagne. Elle se contente de donner quelques pistes sur les différentes manières possibles de réaliser cette exploration. J’ai trouvé cette partie très bien traitée.

Face à tant de points positifs, qu’est-ce qui m’a déplu alors dans ce livre ?

Dès le départ, j’ai été gênée par l’assimilation qu’elle fait de l’ignorance du clitoris à une excision. Je comprends qu’elle veuille commencer par une image choc, pour frapper les esprits, mais je trouve choquant de comparer la souffrance que doit causer l’ablation du clitoris à l’absence de jouissance due à la non-connaissance de l’existence du clitoris ou de son fonctionnement.

J’ai eu aussi un peu de mal avec son style, très journalistique, comme je l’ai dit. Et j’ai eu le sentiment que ça partait dans tous les sens, qu’elle effleurait un peu tout et ne développait rien : un chapitre sur l’anatomie est suivi d’un sur la phonétique, puis elle part sur Freud et la réhabilitation du clitoris au 20ème siècle, repart sur les aspects médicaux, revient sur l’histoire depuis l’antiquité….Je trouve que ça y perd en clarté et j’ai eu parfois un peu de mal à voir où elle venait en venir. Ainsi, elle a, par exemple, mené sa propre enquête auprès de femmes de tous âges. Mais on ne sait pas combien de femmes elle a interrogé, sur quels critères elle les a choisies, quelles questions elle leur a posées, et elle n’en tire pas vraiment de conclusion.

En fait, j’ai trouvé le sujet très intéressant, l’idée très bonne, mais j’aurais aimé que l’ensemble ait une structure plus classique et qu’elle aille plus loin pour chacun des thèmes abordés. Mais ça c’est mon goût personnel. Je pense malgré tout que la lecture de ce livre ne peut être que profitable.

Un petit bout de bonheur : Petit manuel de clitologie
Rosemonde Pujol
Edition Jean-Claude Gawsewitch
Collection Coup de gueule

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J’ai acheté ce livre, il n’y a pas loin d’une vingtaine d’années, à l’époque de mes premières lectures douteuses, alors qu’il figurait au catalogue de France Loisirs. Heureusement que mes parents se contentaient de payer sans s’inquiéter de ce que je commandais, ils seraient devenus fous ! Bref, passons…

Ceux qui ont grandi dans les années 80 se rappellent certainement de ces livres « Une aventure dont vous êtes le héros ». Ils étaient divisés en courts chapitres à la fin de chacun desquels le lecteur avait le choix entre plusieurs options. Chaque option renvoyait à un nouveau chapitre dans lequel le héros soit progressait dans sa quête soit se faisait éliminer, de façon souvent assez cruelle. C’est exactement le principe de ces livres qu’Alina Reyes, principalement connue pour son roman Le boucher, a utilisé dans Derrière la porte, en corsant encore les choses puisque l’ouvrage peut se lire dans les 2 sens : un côté pour les hommes, un pour les femmes.

Un court chapitre introductif amène un homme et une femme à rentrer dans un cirque dans lequel ils vont vivre des aventures érotiques. Chaque chapitre correspond à une rencontre ou d’une situation. Le but à atteindre est que l’homme et la femme se rencontrent. Les chapitres sont très variés et illustrent toutes sortes de fantasmes, classiques ou plus originaux. Ca va du très soft et même assez romantique jusqu’à certains chapitres vraiment chauds. Je me souviens par exemple qu’un épisode implique le marsupilami, un autre toute une caserne de pompiers, et, du côté des hommes, je me rappelle d’une joueuse de tennis amatrice de fessée. Aline Reyes semble avoir anticipé la curiosité de ses lecteurs, car on ne peut comprendre complètement les circonstances dans lesquelles l’homme et la femme se croisent qu’en lisant les deux parties. Par ailleurs, si certains chapitres diffèrent complètement entre le côté homme et le côté femme, d’autres se répondent ou sont, dans une certaine mesure, parallèles. Il serait donc dommage de se limiter à un seul sens.

Bien sûr le nombre des chapitres n’est pas infini, mais il faut un certain temps pour tester toutes les options jusqu’à parvenir au bout de la quête. Et puis il serait dommage de ne pas tout lire.

J’ai adoré ce livre : il est original, ludique, l’écriture est agréable, il y en a pour tous les goûts et, à l’époque de ma première lecture, il m’avait permis d’apprendre pas mal de choses sur moi. C’est l’un des rares livres que j’ai relus plusieurs fois.

Derrière la porte
Alina Reyes
Robert Laffont
ou, en poche, chez
Pocket

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Makoto et Yura ont fait connaissance par l’intermédiaire d’une agence de rencontres. Ils se sont plu, sont tombés amoureux, et ont décidé de se marier. Tous deux ont 25 ans et sont encore vierges. Ils vont tout apprendre ensemble.

Considérer Step up love story comme un manuel de sexualité, comme le souhaite l’auteur, me semble hasardeux pour deux raisons. D’une part, les informations reposent essentiellement sur des statistiques, et très peu sur des données réellement fiables. D’autre part, la sexualité y est, forcément, traitée d’un point de vue japonais. Ca peut être instructif d’un point de vue culturel, mais je trouve assez ennuyeux de le présenter comme une référence sérieuse à des adolescents alors que les MST n’y sont quasiment jamais évoquées (sauf dans les intéressants suppléments que le traducteur français a pris la peine d’inclure en fin de volume) et que les méthodes de contraception expliquées se limitent plus ou moins au suivi de la courbe des températures, éventuellement complété de l’usage d’un préservatif lors des périodes critiques. Or, il me semble que le public visé est essentiellement les adolescents, les 2 héros étant tellement ignorants et maladroits au départ que les adultes n’ont pas grand-chose à apprendre du manga. Mais c’est vrai que, pour les pratiques de bases, le manga peut donner des indications pour bien démarrer.

Au-delà de ces questions pratiques, le manga est agréable à lire. C’est frais, sympathique, amusant, les filles sont très mignonnes. Malheureusement, les deux personnages principaux sont très stéréotypés et manquent de personnalité, mais l’auteur a pris soin de nous faire suivre en parallèle les épisodes de la vie amoureuse d’un grand nombre de personnages secondaires : petites soeurs, cousine, voisins, collègues, ce qui permet d’étoffer et de relancer l’histoire. Malgré cela, le manga commence à tourner en rond après 6 ou 7 tomes et n’apporte plus grand-chose. Personnellement, j’ai craqué après une dizaine de volumes.

Lire quelques tomes, seul ou à deux, permet de passer un bon moment, mais lire l’intégralité de la série me paraît bien fastidieux et superflu.

Step up love story
Aki Katsu
Pika Editions
36 volumes parus à ce jour en France
48 volumes parus au Japon
(série toujours en cours)

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